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17/09/2006

LA SOCIETE CANCERIGENE (extraits)

(…) En s’interrogeant sur la question de la santé en France, on pourrait tout aussi bien se demander si le devoir d’un citoyen français ne serait pas de souffrir ou de mourir du cancer pour participer à la prospérité économique nationale, à l’essor industriel et aux progrès de la recherche, de sorte qu’on mourrait presque avec autant de gloire et de misère dans les hôpitaux aseptisés que nos ancêtres dans la boue des tranchées. Le cancer deviendra t-il, lui aussi, patriotique ? La question peut choquer, mais elle a sa raison d’être. La France industrielle envoie chaque année sur le front du cancer près de 300 000 soldats, dont la moitié ne revient pas.

(…) C’est ainsi que les produits de synthèse inexistants ou très rares dans la nature gagnent aujourd’hui tous les points du globe avec la course des eaux et le souffle des vents et que tous les hommes, tous les animaux, tous les milieux, terrestre, marin, aérien, tropical, arctique, urbain ou rural, sont contaminés. Le « progrès » auquel on les associe ne connaît pas de sanctuaire. Aucun être vivant n’est hors de leur portée. Transcendant les peuples, les continents, les classes, les âges, les sexes, le cancer, comme le bon sens, est en passe de devenir la chose du monde la mieux partagée.

(…) Les chiffres du cancer sont en constante augmentation et les courbes d’incidence présentent une accélération à partir des années 60, qui atteint 63 % entre 1980 et 2000. Non seulement la croissance du mal est proportionnelle aux taux d’industrialisation, qu’on préfère appeler chez nous un facteur de développement, mais l’OMS, en 1994, a même pu établir une corrélation entre le produit national brut et le nombre des cancéreux, comme si le cancer était le prix à payer pour une vie à la fois plus longue et plus facile.

(…) Vivre dans un monde cancérigène n’est pas une fatalité. Nul besoin d’attendre des recommandations ou des interdictions : cesser dès aujourd’hui d’acheter les aliments suspects et tous les produits inutiles limiteraient déjà le pouvoir de ceux qui les vendent.
Enfin à ne voir que les polluants, on en oublierait l’organisation générale qui autorise, légitime et maintient les toxiques comme l’inévitable rançon du progrès. Toute comptabilité qui tend à évaluer la production sans allusion à la destruction qu’elle implique est mensongère, car les énormes dégâts en termes de santé ou d’environnement sont incalculables. Les 150 000 morts par cancer chaque année sont bien les pertes civiles de notre guerre économique, acceptés par tous mais supportés plus lourdement par quelques uns, au nom d’un confort par ailleurs bien mal réparti. Comment croire encore à une croissance infinie, à un développement sans limite, à une conquête et une expansion de marchés qu’il faudrait bientôt aller chercher sur d’autres planètes ?



Extraits de La société cancérigène – Lutte-t-on vraiment contre le cancer ?

Geneviève Barbier, Armand Farachi Ed. de La Martinière 2004



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