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17/09/2006

NUMERO 19

Septembre 2006
La lumière décline, l’énergie entame son lent retour vers les racines
Et je songe aux miennes qui sont européennes, Espagne, Angleterre, catholiques, protestantes. Mes racines… Des conquistadors, des envahisseurs, des colons, des esclavagistes, des exploiteurs, des pilleurs, des violeurs, des assassins…
Mes racines sont gorgées de sang avec lequel s’est bâti un empire.
Des fleuves de sang versé qui ont infiltré mes cellules, et je suis née comme ça, hantée par les cris, les pleurs, la rage et le désespoir de tous ces peuples, hommes, femmes et enfants humiliés, décimés, réduits à néant. Je porte ce poids, ce sang lourd d’injustices non réparées et je tente d’y puiser un peu de cette dignité dont nous avons perdu le souvenir.
Mes racines sont gorgées de sang avec lequel s’est bâti un empire pour néo-humains sous plastique, élevés en batteries sophistiquées et non dénuées de confort, il faut le dire.
Je ne porte pas de culpabilité. Je ne veux pas payer pour des crimes que je n’ai pas commis de mes mains, mais j’aurais terriblement honte si je cautionnais par mon silence et mon indifférence ce qui perpétue ces horreurs encore et encore, quels que soient les noms sous lesquels on les dissimule.
Mes racines sont gorgées de sang avec lequel s’est bâti un empire.
Un empire arrogant, plein de mépris, imbu de son pouvoir temporel, si illusoire en vérité face à l’immensité de notre ignorance. Un empire menteur, cupide, violent, barbare, sans respect, sans aucune grandeur.
Mais cela avait été dit, ce sang reviendrait hanter l’esprit des enfants, petits-enfants, petits-petits-enfants des assassins et aujourd’hui la tribu des opprimés ne cesse de croître mais l’énergie humaine n’a pas dit son dernier mot.
Une énergie spirituelle, une poésie dont le savoir s’est perdu dans les ténèbres de l’Histoire.
Son souffle baigne nos cellules en permanence. Cette énergie comme une vague vient régulièrement se briser sur les récifs mais ne meurt jamais… La roue tourne, soyez attentifs.
CG
Indifférence aux masses de vivants sacrifiés ; quelques minutes d'émotion, toutefois, lorsque la télévision diffuse
deux ou trois images de ces dérélictions, de ces tortures, et que nous nous grisons discrètement de nos indignations magnanimes, de la générosité de nos émotions, de nos serrements de cœur sous-tendus par la satisfaction,
plus discrète encore, de n'être que des spectateurs – mais dominants.

Viviane Forrester
in  L'horreur économique
 
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AU SOMMAIRE

Mes complices du Délit de poésie : Pascal Perrot (Paris), Denis Heudré (Ille et Vilaine), Alexandre L. Amprimoz (Canada),  Farid Chettouh (Algérie), plus invité spécial, Mohamed  Ksibet (Syrie), en quatrième de couverture.
Délit piquant : un concentré des Pensées d’un ortieculteur et du Lexique d’anthropoclastie de Éric Dejaeger (Belgique).
Délit d’immersion : des extraits de Trente oiseaux face au soleil (voyages) de Gilles Lanneau (Cantal).
Vous pouvez abuser sans modération du Délit d’(in)citations et du Bulletin de complicité, les effets secondaires n’en seront que meilleurs.
 
et le retour de
Joaquim Hock
 
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joaquimhock@brutele.be
Grand Illustrateur Attitré de Nouveaux Délits
Autrefois, le chemineau faisait horreur ;
le saltimbanque était méprisé :
Les sédentaires se jugeaient supérieurs aux errants.
Aujourd'hui, l'homme immobile regarde l'homme bolide écraser sa volaille
et disparaître dans une poussière de gloire.

François Mauriac
in La Province, 1964

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