16.09.2011

Pour répondre à la question de Fabrice Marzuolo

 

Réponse publiée dans L’Autobus n°4

http://autobus.centerblog.net/48-numero-4

 

L'univers poétique actuel, pour moi ça ne veut rien dire ou alors faut parler de multivers. Il y a donc toutes sortes de choses dans les multivers poétiques actuels, multitude de courants, de réseaux, de pelotes emmêlés, d'auteurs divers et variés, variables aussi, de styles et d'anti- styles qui font styles etc.


En tant que revuiste autant qu'en tant qu'auteur, je garde un œil distancié sur les bousculades, les polémiques, les défenseurs de la vraie poésie, les défenseurs de la poésie pour tout le monde, les défenseurs de la non-poésie, les censeurs et les sangsues, les poètes rebelles et ceux qui ont la part belle, les poètes maudits et ceux qui maudissent, les poètes d'hier et d'aujourd'hui, les poètes et les pouets.


La poésie c'est tout ça et rien de tout ça. Haaaaaaaaaaaaaaaa, la poésie !


En tant qu'auteur, la poésie, je n'en "fais" pas, elle est là, elle était là avant moi, elle y sera après, je ne pense pas qu'elle soit l'apanage des poètes, les poètes à la limite sont des révélateurs de la poésie qui elle-même est révélatrice de quelque chose que faute de mieux on appelle poésie. La poésie c'est un mot. En tant que mot, elle rejoint le dictionnaire. J'ai déjà dit que les poètes sont des bergers, les mots toutes sortes de bestiaux, qu'on regroupe, qu'on aligne pour en tirer sens, et parfois on les tisse pour en tirer de la magie, qui est au-delà du sens. La poésie a quelque chose à voir avec la beauté, mais pas pour tout le monde, donc je pense qu'il n'y a pas de règle à imposer sinon à soi-même si on en a envie ou besoin de règle. Chacun s'exprime comme il le souhaite, et pour moi finalement l'important dans la poésie, c'est le lecteur. En tant que lectrice, j'aime, je n'aime pas, ça me parle, ça ne me parle pas, ça m'exalte, ça me laisse froide, quels que soient le style, l'école, le genre, le sujet, et donc ainsi se font les rencontres, entre un auteur qui écrit et un(e) lectrice/lecteur qui aime... Alors la poésie elle est peut être là, dans cet entre-deux, dans l'espace de la rencontre. Le reste... n'est que... ce qu'on voudra.


En tant que revuiste, je peux dire qu'il m'arrive d'avoir la nausée de la poésie, sous toutes ses formes, comme un pâtissier peut-être ou un chocolatier qui ne supporterait plus le sucré... donc là je fais des pauses. Je vous avouerais cependant que je suis extrêmement difficile en poésie, et que je ne m'enthousiasme pas si souvent que ça, et je peux avouer aussi qu'il y a de la poésie que j'aime, parce qu'en fait ce n'en est pas... ce sont des histoires, des récits, des instantanés de vie, et seuls les poètes peuvent peut-être arriver à y voir de la poésie. D'où le fait que beaucoup de lectrices-lecteurs de poésie sont des poètes.

 

 

Cathy Garcia, 2011

23.12.2010

Vidéo de l'interview d'Esmeralda Romanez par le Midi-Libre (Millau-12)

A voir, entendre surtout et à faire circuler :

http://www.dailymotion.com/video/xg6718_interview-esmeralda_news#from=embed

 

 

 

L'ENFANT NU 

 

Au terrain vague des Tsiganes

Où papillonne l'enfant nu,

Aux marches froides des ghettos,

Aux usines où l'on enchaîne

Hommes et femmes pour la soupe,

Aux fonds des prisons politiques,

A la caserne " troisième âge "

Où l'on exile le vieillard,

A la réserve des indiens

Crevant au cœur d'un peuple " neuf "

Indifférents " civilisés ",

Aux trottoirs noirs des rues des ports,

Aux piloris nauséabonds

Où pourrissent des innocents,

A la braderie de l'amour,

Aux cris des chambres de torture,

Aux vieux bordels de Thaïlande

Où se consument des enfances,

A la merde des bouges noirs,

A la longue désespérance

De la putain de quatorze ans,

Il me faudrait gueuler l'espoir... !

Dans le bleu tendre du matin,

Au terrain vague des Tsiganes

Où papillonne l'enfant nu,

J'entends un orchestre d'oiseaux

... Ecoute ami, entends la vie,

Elle serait belle...

Respecte là !

 

Esméralda Romanez

(Nouveaux Délits n°24)