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20/09/2018

Soliflore 72 - Jean Marc Farge

 

 

DSC_0697.JPG

(c)photo de l'auteur

 

 

Aimer

 

La femme est un Temple,

Un lieu sacré à l'image de l'univers,

Un lieu de don de vie, de lumière.

Tu m'as donné un pouvoir

Celui de dédicacer ce sanctuaire.

 

C'est en toute liberté que je te voue un culte,

Sans liturgie, car tout se crée dans l'instant.

Rien n'est enfermé dans un cadre imposé

L'amour ne peut être emprisonné,

Il vit et se nourrit de chaque instant.

 

La vie triomphera de tout si nous y croyons,

Elle est pureté comme l'aurore naissante.

Le corps devient une oreille qui écoute l'âme,

Invite-moi au banquet des futures épousailles.

 

L'absolu du désir ne peut être violence

Il est cette juste certitude qui régit tout.

Cette vérité que l'homme cherche tant

Se situe dans son exacte liberté de conscience.

 

Allons là où se situe ce secret qui nous anime

Le reconnaître, c'est soulager son cœur.

 

 

 

11/09/2018

Soliflore 71 - Hubert Boisselier

 

ALVARO SANCHEZ.jpg

(c)Alvaro Sanchez

 

 

Tu n'as pas d'empreinte 

Hormis la cendre 

Pas de nom 

Excepté celui hurlé entre les dents dont tu es né 

- L'injure de l'oubli dans ta gorge 

Fore un puits de lave dans ta poitrine 

Mais il faut bien s'empreindre d'un avenir - 

Tu n'as de nom que celui écrit par dessus 

Le tien le leur a eux qui t'appelaient 

Par ce nom hurlé entre les dents 

Qui devaient te déchirer 

Dont tu devais mourir 

 

Pas trace de toi avant que tu t'imprimes 

Sur les murs et les pages et les écrans 

Avant que tu détournes les voies toutes tracées 

Par ton nom et ceux qui te nommaient alors 

Vers d'autres lieux vers d'autres corps

 

Tu n'as d'empreintes 

Que dans la cendre de qui tu fus 

De qui tu fuis en lui fermant les yeux 

Le laissant vivre de son aveuglement 

Dans cet ailleurs qui fut toi 

 

 

 

Soliflore 70 - Xavier Monloubou

 

 

pour Soliflores - la paix. Xavier Monloubou.jpg

photo de l'auteur

 

la paix.

elle mue d’arbre en arbre. apparition enlacée au cuivre du soleil. d’une marche lente. jamais à l’abri. majesté venue d’ailleurs. mal de rêveur, son agenda toujours ouvert. contre la pierre entrebâillée qui traîne sous la pluie. son brouillon épuisé de ville. ce quelque chose dans le pain. elle sauvera l’autre rêveur. qu’elle impose. au rythme de l’invisible ciel qui respire l’onde blonde, la présence, le geste libre. elle, la paix. elle anime le « i » d’aimer. se déporte avec le pollen et le vent. part encensée. passage secret. pour nous trouver enfin.

 

 

 

 

 

 

 

09/09/2018

Soliflore 69 - Patrice Blanc

 

alison scarpulla-02.jpg

(c)Alison Scarpulla

 

 

vagabond,

le sommeil flirtait avec la mort

crises justes, aiguisées

 

 

chose des morts

dans l’enfer des buissons !

 

 

images cuites des mots,

étoiles baignées d’ivresse…

 

 

les mots sucent  la poussière

la bête approche

sur le sentier du dire

 

elle flanne

jusqu’au repère du poème

 

 

 

(…)

 

les nerfs besognent en terre de douleur

champs malades

 

l’existence use le poème

 

ailleurs,

mêmes les rêves meurent…

 

 

 

 

un sommeil rouillé

un mort lave la nuit

 

les flaques cassantes

du ciel

drainent les falaises

 

au hasard des pierres…

 

 

 

05/09/2018

Soliflore 68 - Patrick Le Divenah

 

P.Le Divenah illustration café 2 (Nouv.Délits) 001.jpg

illustration de l'auteur

 

 

café  2

 

claque aux doigts

fringué de sa dégaine

 

coup d'œil qui délimite le territoire

 

claque la commande

 

se jette un verre

rituel

 

claque la langue

 

coude affirmé

billet désinvolte sur le comptoir

 

claque le fric

 

main qui s’impose paternaliste

droit de cuissage

claque la cuisse

 

le pas irrémédiable qui doit laisser un vide

 

claque la porte

 

 

 

Patrick Le Divenah a illustré le n°56 de la revue

http://larevuenouveauxdelits.hautetfort.com/archive/2016/...

 

 

 

Soliflore 67 - Laurence Skivée

 

 

 

La Roche-en-Ardenne, LS août 2018.jpeg

(c)photo de l'auteur - La Roche-en-Ardenne, août 2018

 

 

   Revenir à la source

 

    Lumière pure             entre les plus hautes déchirures

 le vent      la pluie         la liberté

        le chant         et le silence

          mon beau pays

         de joie

 

 

 

         www.laurenceskivee.be

 

 

 

 

04/09/2018

Soliflore 66 - Antoine Durin

 

 

Dieter Appelt self-portrait 1978.jpg

Dieter Appelt - self-portrait - 1978

 

 

Le miroir te renvoie
des rides nouvelles
qui s’accentuent
avec ton sourire benêt.

Que s’est-il passé
pendant ton sommeil ?

Tu avais pourtant mis
une crème de nuit
dans le gouffre
de tes angoisses…

 

 

 

 

01/09/2018

Soliflore 65 - Pierre J. Niedergang

 

lucile lert.jpeg

(c)Lucile Lert

 

 

Attaqué de tous les côtés, 

Je suis une pile

d’accablement 

étoile d’un filant

manque d’espoir

un dévorant

dévoré.

Mais je l’ai dit à votre juge, 

amoureux.

J’ai répété, j’ai crié 

la secousse

l’ouverture

qui m’habitait.

J’ai tenté la suturation,

J’ai même voulu écrire,

mais je ne suis pas un graveur de roche 

Je suis une fumée habile

qui vibre

de toutes parts.

Je ne suis pas un fluide, un flux,

je ne coule pas.

Je suis une fumée en vibration 

en expansion.

Mais tu m’assièges, 

tu m’assènes

que la porte est fermée 

et les clés, perdues

dans un lointain futur; 

que nous sommes

une prison en démolition

 

pniedergang@gmail.com

 

 

30/08/2018

Soliflore 64 - Anne B.

 

 

L'Absence  Raphaël Fournier.jpg

 (c)Raphaël Fournier

 

 

L’ABSENCE

 

L’absence,

C’est une part de nous

Qu'on a éprouvé dans l’autre

Et qui se respire sans visage

L’absence,

C’est une veine

Qui se frotte à notre démouillée

C’est cet absurde grillé par l'absolu

De vouloir tout garder et grandir

Dans notre fragilité

L’absence,

C’est le satin de la branche

De nos racines

Où l’on ne voudrait que la cambrure

Sans la surface dessoudée

L’absence,

C’est ce voile

Qui trempe notre encre dans sa chair

L’absence,

C’est la terre brouillée

A l’indélébile de notre présent

L’absence,

C’est cette bulle couchée

Aux larmes épuisées de la nuit

L’absence,

C’est cette promesse que le buvard

Se remplira à nouveau

Dès l’aube de sa rosée

L’absence,

C’est ce miroir

Où le cœur se fond dans ses graines

De toiles de silence.

 

 

https://www.facebook.com/Anne.B.SOLEIL/

 

Soliflore 63 - Jean Piet

 

 

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(c) Séverine Portejoie

 

 

Sagesse

 

 Elle s'assied au pied d'un chêne centenaire,

Hume l'odeur du temps, fumant sa pipe en bois,

Fait bruisser  les feuilles rouges entre ses doigts

Lève les bras, enlace le ciel salutaire.

 

Elle est le loup solitaire sur son rocher,

Celui veillant sur la meute juste en dessous.

La sagesse est le fil du temps, l'eau, ses remous,

Le ruisseau qui connait la mer et ses dangers.

 

Elle est dans le souffle du vent, dans les embruns,

Parfume les soupes, le pain des pauvres gens,

Dîne à la table sans nappe des indigents,

Puis, calme les colères de ceux qui ont faim.

 

Vous la trouverez au creux d'un arbre pourri,

Dans les pommes vertes, dans votre potager,

Dans les  cimetières, au détour d'une allée,

Vous parlant de la mort, mais surtout de la vie.

 

https://www.facebook.com/jean.piet1967/

 

 

 

29/08/2018

Soliflore 62 - Frédéric Vitiello

 

 

Christian HALNA DU FRETAY .gif

Christian Halna du Fretay

 

 

Prendre le parti du large

sans étroitesse ni a priori

Espérer la tempête

pour se hisser sur la pointe de l’eau

à flux tendu

Braver le ciel

les navires conquérants

et préférer toujours

au monde de terre

les horizons moqueurs

 

http://fredericvitiello.hautetfort.com

 

 

 

 

Soliflore 61 - Charles Orlac

 

 

 

Cézanne.jpg

Cézanne - La montagne Sainte-Victoire

 

 

 À celle qui

 Verse l’eau fertile sur les sables de la nuit

Qui barre la route aux vaines encyclopédies

 

 À celle des

 Restanques lézardées sous l’effort de mémoire

Celles des

 Villages perchés jeunes filles ou grand-mères loquaces

Leurs collines en marche vers des golfes rutilants

 

 À celle des

 Oiseaux prénommés de couleurs

Des ravines calcinées et leur bouche plus grave

Celle des

Portraits d’anonymes sous la plume désennuyée

Quand la pensée en panne se cherche un vocabulaire

Celle qui

Souligne les crêtes arpégées d’une glorieuse brume

 

 À celle des

Parapluies emmurés qui désamorce les malheurs

Qui rapatrie dans leur brousse

Les taxis aux cœurs embouteillés

Celle qui

Rive les ciels nocturnes de réverbères-pleines lunes

Pour tous les mécréants qui craignent

Un jour de les voir s’écraser

 

 À celle des

Abris-bus aux sans-abris parasités de matins clairs

Parasités du luxe de l’espoir

 À celle qui

Revêt le vent de pardons jaunissants

Quand sous la porte il glisse paupières mi-closes

Celle qui

Garde-barrière se soulève

Quand passent les soleils couchants

 

  À celle des

 Volontés puissantes, des barrages défiant les montagnes

Celle des

Garrigues hiérarchisant les parfums les heures

Celle des

Après-midi incendiés de crépitements d’insectes

 

 À celle qui

Écosse les jours et les délie de leur fil spatiotemporel

Celle des

Balustrades-belvédères où s’arrête la parole

Où le regard vient à nouveau tout unifier tout simplifier

Pour mieux partager l’éternité ainsi retrouvée

 

 À celle qui

 Coule l’horloge de cire dans nos cerveaux flottants

 

extrait de Vie d'origami et autres pliages (Édilivre)

 

https://www.facebook.com/CharlesOrlac/

 

 

 

 

 

29/07/2018

Soliflore 60 - Anne Perrin

 

chaleur image.jpg

(photo de l'auteur)

 

 

Chaleur suave et étrangeté de ce soir en pointillé
où rôdent les épaves. Que les yeux se plissent
aux immondices, que l'écarlate jaillisse
à l'horizon-délice.

Fais-moi silence pour ne plus voir l'orage et sa robe de plage,
fais-moi absence.

Retenons merveilles aux creux de l'océan,
sablons les courants des étoiles-vermeil

Et d'un ciel de feu, nous peindrons
les oraisons des nouveaux dieux.

 

 

 

21/07/2018

Soliflore 59 - Sébastien Cochinard

La Lavandière Toulouse-Lautrec.jpeg

Toulouse-Lautrec - La blanchisseuse, Rosa

 

 

je ne t’idéalise pas
d’une glaise de mots je sculpte ton retard
je vais t’inverser de couleurs
peau rousse et cheveux lactés d’alpaline
ta langue de feldspath marouflant l’espace de nos bouches
d’un millefeuilles la mienne ruant aux flux de tes secousses
à l’oraison de tes jambes
le rougeoiement des estrans
l’incendie joint à ses couleurs
ta langue de victoire des rapides du monde
ton sexe mont-cratère gorgé de cerises racines
beau de son ignorance pour l’ardeur du jour
pour la cannelle de tes yeux
pour le pluriel ovni de ton regard
belle d’inassouvance
pour ton gypse gitan dont je ne sais la saveur

 

https://www.facebook.com/scochinard

 

 

 

 

30/04/2018

Soliflore 58 - Pierre Aurélien Delabre

 

Ernest Pignon-Ernest  Pasolini portant sa propre dépouille  prise à quelques pas de Campo dei Fiori, Roma par Pierre Aurélien delabre..jpg

 

catania

 

j’arrive à catania

mais mon cœur est souillé

hésitant

à l’heure de vivre simplement

 

et tout dans ma vie

à ce goût de l’indifférence sordide

 

mais j’arrive a catania

qui m’invite à jeter

un verre d’eau fraiche sur mes regrets

 

pas envie de rire

pas envie de jouir

je tiens trop à mes regrets

 

et je tisse un monde

où même les ombres doutent de leurs effets

 

 

photo prise par l'auteur :

Ernest Pignon-Ernest Pasolini portant sa propre dépouille prise à quelques pas de Campo dei Fiori, Roma

 

 

 

 

 

14/02/2018

Soliflore 57 - Ivan Pozzoni

 

La ballade.jpeg

La ballata del Fantozzi -  Paolo Villaggio

 

 

BALLATA DEGLI INESISTENTI

 

Potrei tentare di narrarvi

al suono della mia tastiera

come Baasima morì di lebbra

senza mai raggiunger la frontiera,

o come l’armeno Méroujan

sotto uno sventolio di mezzelune

sentì svanire l’aria dai suoi occhi

buttati via in una fossa comune;

Charlee, che travasata a Brisbane

in cerca di un mondo migliore,

concluse il viaggio

dentro le fauci di un alligatore,

o Aurélio, chiamato Bruna

che dopo otto mesi d’ospedale

morì di aidiesse contratto

a battere su una tangenziale.

 

Nessuno si ricorderà di Yehoudith,

delle sue labbra rosse carminio,

finite a bere veleni tossici

in un campo di sterminio,

o di Eerikki, dalla barba rossa, che,

sconfitto dalla smania di navigare,

dorme, raschiato dalle orche,

sui fondi d’un qualche mare;

la testa di Sandrine, duchessa

di Borgogna, udì rumor di festa

cadendo dalla lama d’una ghigliottina

in una cesta,

e Daisuke, moderno samurai,

del motore d’un aereo contava i giri

trasumanando un gesto da kamikaze

in harakiri.

 

Potrei starvi a raccontare

nell’afa d’una notte d’estate

come Iris ed Anthia, bimbe spartane

dacché deformi furono abbandonate,

o come Deendayal schiattò di stenti

imputabile dell’unico reato

di vivere una vita da intoccabile

senza mai essersi ribellato;

Ituha, ragazza indiana,

che, minacciata da un coltello,

finì a danzare con Manitou

nelle anticamere di un bordello,

e Luther, nato nel Lancashire,

che, liberato dal mestiere d’accattone,

 fu messo a morire da sua maestà britannica

nelle miniere di carbone.

 

Chi si ricorderà di Itzayana,

e della sua famiglia massacrata

in un villaggio ai margini del Messico

dall’esercito di Carranza in ritirata,

e chi di Idris, africano ribelle,

tramortito dallo shock e dalle ustioni

mentre, indomito al dominio coloniale,

cercava di rubare un camion di munizioni;

Shahdi, volò alta nel cielo

sulle aste della verde rivoluzione,

atterrando a Teheran, le ali dilaniate

da un colpo di cannone,

e Tikhomir, muratore ceceno,

che rovinò tra i volti indifferenti

a terra dal tetto del Mausoleo

di Lenin, senza commenti.

 

Questi miei oggetti di racconto 

fratti a frammenti di inesistenza

trasmettano suoni distanti

di resistenza.

 

[Scarti di magazzino, 2013]

 

 *

 

BALLADE DES INEXISTANTS

 

Je pourrais tenter de vous conter

au son de mon clavier

comment Baasima mourut de la lèpre

sans jamais atteindre la frontière,

ou comment l’arménien Méroujan

sous un flottement de demi-lunes

sentit s’évanouir l’air de ses yeux

jetés dans une fosse commune;

Charlee, qui transvasée à Brisbane

en quête d’un monde meilleur,

conclut le voyage

dans la gueule d’un alligator,

ou Aurélio, nommée Bruna

qui après huit mois d’hôpital

mourut de sidaïe contractée

après s’être battu sur un périphérique.

 

Personne ne se rappellera Yehoudith,

ses lèvres rouges carmin,

effacées à boire des poisons toxiques

dans un camp d’extermination,

ou Eerikki, à la barbe rouge, 

vaincu par l’agitation des flots,

qui dort, récuré par les orques,

sur les fonds de quelque mer;

la tête de Sandrine, duchesse

de Bourgogne entendit la rumeur de la fête

en tombant de la lame d’une guillotine

dans un panier

et Daisuke, samurai moderne,

comptait les tours du moteur d’un avion 

transcendant un geste de kamikaze en harakiri.

 

Je pourrais rester à raconter

dans la chaleur étouffante d’une nuit d’été

comment Iris et Anthia, enfants spartiates

difformes furent abandonnées,

ou comment Deendayal creva de privations

imputables au crime unique

de vivre une vie de paria

sans jamais s’être rebellé;

Ituha, fille indienne,

menacée d’un couteau,

qui finit par danser avec un Manitou

dans l’antichambre d’un bordel

et Luther, né dans le Lancashire

libéré du métier de mendiant,

et forcé de mourir par sa majesté britannique

dans les mines de charbon.

 

Qui se souviendra d’Itzayana,

et de sa famille massacrée

dans un village aux marges du Mexique

par l’armée de Carranza en retraite,

et quoi d’Idris, africain rebelle,

assommé de chocs et de brûlures

alors qu’indompté par la domination coloniale,

il tâchait de voler un camion de munitions;

Shahdi vola haut dans le ciel

au-dessus des hampes de la révolution verte,

atterrissant à Téhéran, les ailes déchiquetées

par un coup de canon,

et Tikhomir, maçon tchétchène,

s’abîma devant les visages indifférents

sur la terre du toit du Mausolée

de Lénine, sans commentaires.

 

Des objets de récit

fractures aux fragments d’inexistence

qui transmettent des sons lointains

de résistance.

 

   [Déchets de magasin, 2013]

 

traduction de Pierre Lamarque

 

 

https://independent.academia.edu/IvanPozzoni

 

 

 

 

 

 

 

 

26/12/2017

Soliflore 56 - Maxime Deprick

 

 

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Edward Hopper - Chop suey, 1929

 

 

Le peintre de la terrasse

 

Je suis le peintre de la terrasse. Celui qui voit les gens à travers les culs de verres. Celui qui trompe son crayon dans les couleurs de la ville tentaculaire. L’aube et le crépuscule forment ma parenthèse. Avant, après, je disparais. Pendant, j’esquisse, je gribouille, je trafficote, je brouillonne, je mange des cacahuètes et j’observe.

J’observe tout, surtout les bouches. Une bouche guimauve, une bouche bavasse, une bouche pincée, une autre relâchée, encore une bouche triste, beaucoup de bouches tristes ces temps-ci. La bouche, c’est un peu comme le dernier tiroir de la commode, là où on planque son histoire : malléable au fil des récits mais jalonnée de faits essentiels à sa construction. La bouche, c’est la juxtaposition de toutes ces photos du dernier tiroir de la commode. C’est un aboutissement et une cacophonie. Une halle de marché et un grenier rongé aux mites. Et c’est ce que je dessine, la bouche et son histoire. Je m’assieds sur une terrasse chauffée et j’attends que les perles multicolores jaillissent de l’antre aux contes sans fin. Et alors j’esquisse, je gribouille, je trafficote et je brouillonne. Et je mange des cacahuètes. Mon vocabulaire se définit par les formes de ces perles : un elle, un lui, un on, un toujours, un jamais, un éclair, une madeleine ou un verre de cognac. Et parfois, j’ajoute un nuage.

Ça fait beau un nuage entre mes formes, ça fait respirer le dessin. J’ai tout un répertoire de nuages. Pour les colériques, il y a le nuage gros et gris, porteur de pluie et de remords que je dessine toujours en deux parties. Pour les amoureux, il y a le nuage duveteux, léger, effleuré par le soleil ; le nuage rose et violet, bleu et doré. Pour les simples d’esprits, il y a le nuage-mouton qui me plaît parce qu’il me dit que le ciel est toujours une cour de récré. Et puis, pour les gens importants, il y a le nuage pet-de-lapin, le nuage qu’on ose pas assumer, comme si on ne pouvait plus faire des nuages qu’on fumant des cigarettes à la pause. Et on s’efforce de faire le plus de nuages possible, mais le seul qu’on fait vraiment, c’est le nuage pet-de-lapin quand une fois par jour ou par semaine peut-être, on se permet de rigoler de quelque chose qui est drôle, et pas de quelque chose qui est triste. Pour les enfants, je fais quasiment que des nuages, mais dans ce cas, les formes sont des nuages, aussi grand, aussi colorés, aussi variés que les perles de leur imagination, quand par exemple ils expliquent avec leurs mots qu’ils ont vu une fée, une vraie, avec des ailes et qu’elle brillait, et que même s’ils l’ont pas vu longtemps, ils l’ont vu tout de même et maintenant plus de doute, les fées existent bien. Ou quand ils ont vu un gros monsieur se moucher avec un bruit de tonnerre et que le monsieur a regardé dans son mouchoir avant de le ranger, et qu’ils trouvent ça dégoûtant, mais qu’en cachette de leurs parents, ils t’en gobent une en passant, ni vu ni connu.

Je suis le peintre de la terrasse et je m’amuse de leurs vices, de leurs vertus, comme d’une araignée aux poils si longs qu’elle trébuche sans cesse et forme des lambeaux de toile le long de son logis – comme d’un monstre extraordinaire et malicieux, qui entre sans frapper dans vos rêves de vies sérieuses et n’en ressort que lorsque le tour est joué. J’interroge alors mon araignée : Tisse-perle, quel est mon nuage aujourd’hui ?

 

https://www.facebook.com/Mezimezak/

 

 

 

 

 

 

 

 

 

23/11/2017

Soliflore 55 - Évelyne Charasse

 

David Moynahan-4.jpg

(photo : David Moynahan)

 

 

Quand
L'océan
S'éloigne
La plage
Se ride
Quand
Il revient
Elle rajeunit

 

 

 

 

 

 

16/11/2017

Soliflore 54 - Jasmin Limans

 

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(photo (c)Alain Hugonenc)

 

(Mimi, 18 cité Besson.) 

 

Elle pleure en pelant des oignons. C'est une occupation précieuse, que trop de gens sérieux négligent. Elle avoue, au passage, qu'un de ses amis médecins, suite à ses recommandations, prescrit désormais à ses patients de peler et manger au moins deux fois par semaine, ses propres oignons. Elle dit ça fièrement, sans fausse humilité. Elle ne fait pas semblant. Il y a longtemps qu'elle n'a plus de prétention. Elle n'a pas de temps à perdre. Elle a 81 ans. Elle a, comme ça, des ordonnances étranges, que personne ne comprend. Elle dit que le monde meurt à cause de ça : des gestes de la main qui disparaissent ou que l'on oublie et des oignons qu'on ne mange jamais assez toute seule. Elle ne va pas plus loin. On n'en sait jamais plus.

Je mange mes oignons, moi. Tous les jours, alors, deux fois par semaine, quand même, vous pourriez faire de même. 

Elle mange ses oignons de différentes façons : seule, dans le salon, après les avoir cuits à la vapeur, ou bien couchée dans son lit, coupés en petits dés, qu'elle dispose en cavaliers sur des tartines de beure. Parfois, elle se contente de les dévorer crus, assise en tailleur. Souvent, elle les accommode à une soupe aux orties. Quand elle n'a plus d'idée, elle les fait revenir. Elle dit que c'est moins saint, que c'est au poil, c'est tout. Elle ne s'attarde pas.  Elle dit que les oignons, un rien les accompagne, qu'ils se marient à tout, qu’ils s’accommodent toujours, qu'ils sont faciles à vivre malgré nos sautes d'humeurs.   

Elle dit que les oignons, c'est l'explication même du sens de l'univers. Elle en est sûre et certaine et selon elle, plusieurs textes sacrés, encore mal traduits, l'approuvent. 

Elle fait famille, comme ça, depuis des décennies et des mauvaises décisions, des divorces et des morts avec les Amaryllidacées et les Asparagales.

 

 

11/11/2017

Soliflore 53 - Jacques Lallié

 

Evelyne&Gribouilli.jpg

 

Encens

 

Un thé du Luxembourg

Cheveux argentés

Yeux bleus vaporeux

La voix lente et suave de Jeanne

Et son parfum violet

 

Plus tard

Imprégné de l’odeur de cette rencontre

Retrouvaille remontant les âges

Le sourire solaire d’Alice

 

De femme à femme

Le chemin est tendre

 

(c)photo prise par l'auteur

 

 

05/11/2017

Soliflore 52 - Paul Dalmas-Alfonsi

 

Castel d'Acqua - settembre 2011 (Paul D-A).JPG

photo de l'auteur

 

 

des giboulées de pluie

et de neige mêlées

jusque tard

hors-saison

 

renardeau vs rat – corneilles

en éveil au sommet

des lauzes

 

pour un écart au sens

des mots

une griffure qui s’emporte

et ton passé

mal résolu

sous arguments

d’autorité

 

renardeau vs rat – corneilles

en rappel au milieu

des toits

 

 

 

02/11/2017

Soliflore 51- Marcel Moratal

 

sandrine gateau.jpg

(c)Sandrine Gateau

 

 

Condiments

 

Il n'y en a plus

plus de cornichons

Sont tous partis

sans dire au revoir

même pas un signe

au p'tit oignon blanc

resté tout seul

au fond du bocal

dans son vinaigre blanc

c'est peut-être çà la solitude

tout seul au fond d'un bocal

dans du vinaigre blanc

 

 

 

29/06/2017

Soliflore 50 - Estelle Decamps

 

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illustration de Clarisse Robin

https://www.facebook.com/clarisse.robin.illustratrice/

 

 

Intramuros

D'égouts en dégoûts cela piaille d'hypocrisie, on déverse du venin en faux scénario de vie. Des refrains de cloches qui ne cessent de détonner, de grâce sont mes matins hors des remparts et pavés. Les faubourgs à scandales mettent à jour leurs cruautés, les langues s'y étalent et t'assaillent par croche pied. Des camions poubelles qui te dévient de côté, sans faire dans la dentelle et qui laissent à désirer. Des regards assassins qui en silence te condamnent, un sourire taquin est d'avance la plus belle arme. Ils tombent comme des mouches dans un flot d'immondices, la coupe est alors pleine, de haine ils s'enlisent. Des femmes aigries qui profanent ta jeunesse, elles t'envient, leurs hommes fantasment sur tes caresses. Je n'avais qu'un désir, que l'on m'arrache de ses entrailles, où résonnent mes soupirs comme le vent de la grisaille. On m'évalue sous A et je suis jugée sous B, ils renient le jeu double de leurs faces dépravées. Ils se dévoilent sages mais planteront un couteau, les cartes sont sur tables, leurs places rampent derrière mon dos. La bave des crapauds ne peut atteindre les étoiles, c'est au bout du rouleau qu'ils se noient dans leurs spirales. Ils avalent de travers ce que renvoie ton aura, ils arpentent en vipères sur le fil de tes émois. La vidange qu'est la place y répand tout son crottin et, quand vient un revers, ils s'entassent dans leurs dédains. Ils projettent la lumière sur la moindre de tes failles alors, ils brassent de l'air et leurs cervelles déraillent. Ils prédisent tes pertes et sous estiment tes rêves, ce que dévoilent leurs becs n'est que reflet de leurs trêves. Pauvre est celui qui taille par complexe mal soigné, en silence mes batailles se cultivent sous leurs nez...

 

 

 

19/04/2017

Soliflore 49 - Gabriel Zimmermann

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tableau de Théodore Géricault

 

 HARAS

 

Les chevaux avaient profil de serpe

Dans le halo hérissé de l’hiver

Et l’agonie devenait familière

Pour les lads qui avaient balayé la neige.

C’était le froid de février, quand la sève endormie

Mène au plus près du repos d’ossuaire.

 

Glaciale et silencieuse,

L’écurie. Quelquefois, des sabots qui claquent,

Morne signal de la vie enfermée ;

Un début de hennissement qui cesse

Comme un envol se brise. Et le vent ? Pas même à s’engouffrer.

 

On entend mâcher. Dans les boxes,

Le jour n’a qu’un sursaut face à la nuit

Et pendant que l’air gifle et gerce les hommes,

Ils ont, dans leur cloison en bois, le regard immense

Et effaré des mourants.

 

http://gzimmermann.blogspot.fr/

 

 

 

 

 

 

 

 

 

03/04/2017

Soliflore 48 - Yoann Lévêque

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Lisa Carney

 

 

dans le tumulte opaque

 

le calme boit au broc d’un vert

ceint d’un blanc maculé d’ondées

 

dans la gorge d’indécision

je rince une bouche cousue

à la limpidité du verre

empli d’une nuit sans étoiles

 

rondes d’étincelles les lames

cassent se déprennent du monde

me rappellent aux murs du vide

vide du mur où traverser

 

enfin

 

http://continuerlecho.blogspot.fr/

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

01/04/2017

Soliflore 47 - Armand Ségura

 

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John William Waterhouse - Hylas and the Nymphs (détail)

 

L’ART DE LA DRÔLERIE

  

Idolâtre et fougueux, quand ton corps

 s’extasie sous ma main vagabonde

et si peu belliqueuse, tes yeux vont discerner

 la pluie pernicieuse qui épingle un éclair

 tranchant de fantaisie. Ah! splendide ondine!

or sur ta peau rosie descendent les rayons

 d’une lumière heureuse, et j’abandonne alors

 la diablerie fangeuse,

le mal réapparu, la survie artistique!

Quel souvenir as-tu de ce mur de fougères,

 suave autour de nous,

d’où fleure de nos mères ce bouquet de naissance

 où s’incruste la vie? L’immense ciel grisâtre

 agite ses nuages en rudes saccades

et renonce aux lubies…

Mes baisers prennent l’eau comme des coquillages!

 

 

22/03/2017

Soliflore 46 - Pierre Andreani

 

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(dessin de l'auteur)

 

 

Trajet (d'un genou sur la bouche)

 

 Je n'avance plus, le balançoir tendu,

en extase,

ayant avalé plusieurs petits cachets,

je suis abattu.

Les bronches dilatés,

distention des pupilles,

diminution temporaire des capacités cérébrales,

polarisé, je vois

des poètes sur le trottoir qui se gavent d'excréments,

noyés dans le lac des infamies fantasmées, jamais connues

mais fantasmées.

Plongeant dans les poubelles

à la recherche d'une médaille

de dérèglement de tous les sens,

le cul piqué de fourches.

Tête en terre et traitement dur de la chair.

 

Qui va mal ? Tous, sauf moi.

On patauge dans la mare

sur de belles écrevisses

qui préfèrent l'eau de pluie

aux chaussons pleins de boue.

 

J'ai soixante-dix ans de nacre aux coins des os ;

c'est étrangement sourd quand je crie,

quand je m'explique sur mes songes.

 

Les bardes, les aèdes, gorgés de désir impalpable,

se relèvent et ils miaulent ;

avec ma grande hache, je les expédie dans l'au-delà.

 

 

http://p-andrean.blogspot.com

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Pierre Andreani

20/03/2017

Soliflore 45 - Claire Von Corda

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(photo prise par l'auteur - Marseille)

 

 LAIDE

 

Et les femmes en jogging sortent des zones industrielles tôt le matin ventre à l'air pour rejoindre leurs véhicules tape à l'œil garés en double file.

Et les sportifs de supérette encombrent et gênent sur les nationales pour les énervés qui partent à la mine dans leur bunker d'aluminium.

Et on ne sait pas si c'est le brouillard ou le pare brise qui est sale.

Et je ne suis pas jolie.

Et il me dit qu'il ne me trouve pas jolie.

 

Et les camions de livraisons s'entassent comme leurs gros muscles serrés dans des marcels, l'hiver aussi.

Et la circulation est alternée parce que le bas côté est en travaux par les hommes en sweat et cernes noires des heures pas humaines.

Et la radio diffuse son con de silence d'engin éteint pour faire entendre les mots lourds de la discussion lourde que lourde nous répétons une fois tous les lourds mois.

Et je ne suis pas jolie.

Et il me dit qu'il ne me trouve pas jolie.

 

Et les mots se heurtent dans le vide débile de mon crâne débile rempli d'air, de chimères et de souvenirs à décortiquer, à surmâcher, à chier à la colle et de schémas mentaux, moyens mnémotechniques dont je ne me souviens pas.

Et le glauque de la sombre situation sort en morse, en silence par le néant débile de mon regard débile posé sur le tableau de bord débile devant moi.

 

Et de tout ça j'en sais rien. Et n'importe quoi ma tête pense. Et n'importe quoi ma bouche dit et il faudrait comme une sorte de lexique en bas de page.

Et je ne suis pas jolie.

Et il me dit qu'il ne me trouve pas jolie.

 

https://www.facebook.com/claire.vonf

 

 

 

 

08/03/2017

Soliflore 44 - Michel Meyer

 

IMG_6640.JPG

 

 

Visages orangés 

 

commerce amoureux

et cris lugubres

tapis aux encoignures

des ailes de la nuit

 

et la police dieselle

dans le cône de sodium

vers la fenêtre ouverte

ruisselante de râles

 

et les visages orangés

qui épongent la vie

virent aussi sec au vert

 

 

http://unjoursurterre.hautetfort.com/

(photo de l'auteur)

 

 

 

07/02/2017

Soliflore 43 - Damien Paisant


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Edvard Munch, "Séparation", 1896

 

 

Prochaine fois

 

Nuit-éclair

Je n’ai vu de toi…

Qu’une suite de dioramas

Déjà oubliée;

Tu es arrivée

Comme un train

A grande vitesse

Que j’ai attendu

Et qui ne s’est jamais arrêté;

Ce matin je ne retiens

Que ton absence

Mais je n’oublie pas

Que tu existes;

Nous nous sommes ratés,

Ce sont des choses qui arrivent;

Demain nous ferons mieux

Que de rattraper le temps perdu,

Nous en inventerons un nouveau.