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24/03/2021

Soliflore 107 - Fabienne Roitel

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Depuis longtemps, que mon père et le père de mon père et d’autres avant eux
m’ont donné le maillet et le ciseau, le burin et la pierre
je suis fils, artisan, compagnon en apprentissage
sans gants ni tablier 
vers un lieu d’harmonie  
cent fois espéré 
les gestes se superposent aux leurs
pour suspendre le temps sans jamais y réussir.

Mon père et le père de mon père et d’autres avant eux
m’ont légué un poignet osseux, un cuir rêche, une mémoire mosaïque
je m’éloigne des berges d’un fleuve qui fut le leur, qui fut origine, qui fut fardeau
qui fut voyage
ma joue posée au creux de l’effort 
mes paumes lisent la douceur comme une autre manière de s’abandonner.

Mon père et le père de mon père et d’autres avant eux, ces fils de plomb
avec lesquels je me réconcilie surveillent et éclairent mon espace
de liberté. 

 

 

04/03/2021

Soliflore 106 - Fabrice Fossé

 

 Fabrice Fossé.JPG

œuvre de l'auteur

 

En haut de la tour sur la colline

Tu touches le ciel du bout de tes doigts

Et les nuages autours de toi

Se moquent de moi

Se moquent de moi

 

Hivernale   hivernale

Tu es mon hivernale

Tu es mon hivernale

 

Dans ton château au cœur de la nuit

Tel un rapace tu guettes ta proie

Et les étoiles haut-dessus de toi

Se moquent de moi

Se moquent de moi

 

Hivernale hivernale

Tu es mon hivernale

Tu es mon hivernale

 

De ton nid de glace tu souffles le froid

Un baiser du nord qui mord sa proie

Et le temps qui règne

Me dicte sa loi

Me dicte sa loi

 

Hivernale  hivernale

Tu es mon hivernale

Tu es mon hivernale

 

 

https://www.youtube.com/channel/UC86Sn9--6L3EJsAUUM0E2Sw

 

 

 

27/02/2021

Soliflore 105 - Nathaël Bethencour

 

Nathaël Bethencour_n.jpg

photo de l'auteur

 

 

L'espoir est capital

 

 

Il a le pas rapide de la hyène, il s'offre en holocauste au grand capital.

Dieu est une ruine, sur laquelle les gargouilles tombent et se fracassent.

Les enfants ont peur du masque du corbeau, des petits Moha disparaissent.

Sur les hautes collines, les prisons de Babylone grouillent du cri des infamies.

Baladant ma carcasse et mon chapelet, je rentre en payant dans Notre-Dame.

Le spirituel est une sinistrose, l'art est une mangeoire d'usurier.

J'ai goûté de l'œil la rue du Cherche-Midi, il n'y avait que des dents blanches.

Je tournai vers la rue du Dragon pour y chercher la demeure de l'Ours Hugo.

Ma vie va aussi vite que l'échange des marchands du temple et des veaux éclatants.

J'ai hurlé dans le métro que je ne voulais pas d'argent, ils baissaient les yeux.

À la Butte Montmartre, je me suis acheté un tissu, j'en ai fait un pagne.

J'étais nu, quant au cœur du printemps, j'ai senti un oranger du Mexique, ô senteur !

Ivre de ma folie, j'ai regardé la capitale, avec l'œil de la pitié.

Je me suis allongé sur l'herbe menue, pour prier, des images d'animaux m'envahirent.

À mon réveil, l'amante inconnue me caressa, elle était de toutes les nations.

 

Paris c'est l'aumône du miracle !

 

 

23/02/2021

Soliflore 104 - Isabelle Bois Cras

 

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photo de l'auteur par Jean-Marie Cras, photographe

 

Plastique

 

Alerte !

Lèpre de la terre,

Gangrène des berges,

Interstices humanoïdes entre limon et humus,

Qui glisse ses métastases dans les dermes de nos sols.

L’indigeste plastique dégueule sur le rivage des fleuves,

Et incruste ses couleurs criardes dans l’humble nature.

Il souille,

Il tue,

Il mine la plénitude des paysages, le mystère des sous-bois,

Tranche l’équilibre des rizières et des campagnes du monde.

Des rives de l’Ouémé traversant le Bénin aux temples du Cambodge,

Des criques méditerranéennes au vert bocage normand,

Des cimes Himalayennes aux abysses Atlantiques,

Les poches volent au vent et flottent dans les courants,

Accrochant follement aux branches et aux algues leurs anses insécables.

Membranes informes…

 

Cancer des océans,

Magma meurtrier

De particules indestructibles,

Qui flotte entre deux mers ;

Entre La Californie et Hawaï,

Dérive la nappe immonde,

Charriée par les courants.

Le septième continent engloutit tout,

Étouffe les coraux,

Emplit les ventres des baleines,

Emmêle les tentacules des poulpes.

 

Plastique,

Que ce mot est comique ; 

Place-tique, plassstik, plaztik, clastip,

Il saute en bouche et rebondit comme une petite farce,

Qu’il est doux, ce mot qui claque la langue et tape les dents,

Choque le palais et pousse les lèvres,

Il se moque !

 

Plastique,

Jamais il ne s’efface.

Quand l’homme périra,

Il disparaîtra dans un sac

Et deviendra poussière,

Le sac demeurera.

 

Alerte !

L’écosystème est en péril et l’équilibre bascule,

Alerte !

Sur les chemins du monde, ramassez, recyclez.

 

 

 

 

21/02/2021

Soliflore 103 - Parme Ceriset

 

 

 

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illustration de l'auteur

 

 

L’enfant de l’aubépine

 

C’est un petit enfant tombé d’une branche morte, 

Chassé du nid douillet de la pré-Vie.

Il est né différent, il se nourrit de roses sauvages, 

Il ne sent plus les épines qui déchirent son cœur sage.

Il avance dans l’ombre mais il se bat,

Il a en lui toute l’âme du monde...

Et le feu inextinguible

De la joie.

 

http://parmecerisetlaplumeamazone.over-blog.com/

 

 

 

 

17/02/2021

Soliflore 102 - Kiko

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                             ©Kiko

 

 

Le der des doutes

 

                        File beauté File

                        Reste fier              Tu es magnifique

                                           & bien plus encore

Reprends confiance malgré les chagrins & leurs suites

                        A l'infini

                        La répétition du geste

                                  de l'espoir à chaque fois renouvelé

                                                          Brisé

     Non merci tu es gentil

                Laquelle des deux a les plus petits seins

                                     Tombent-ils

                                     se cherchent-ils             seulement

La douleur aveugle

C'était tout bonnement l'âge             Bonsoir        Bonjour

                                    A la prochaine

                                      si la came n'est pas trop forte

              Perdre son chéri

                    son frère à l'adoration des minorités

           Illes sont sur le même fil

           Trop occupé(e)s à ne pas chuter     Illes n'ont fait que se croiser

                                      Illes seront pris de spasmes ce soir

                                      Illes n'ont rien vu

                                                rien connu

                                      Tout était pourtant là

                                                 à portée de main

Le vent          La lumière        Les étoiles

Seul(e)s en un hasard illes seront deux

                          deux & plus qu'un(e)

               Si par surprise illes chutent ensemble

               C'est en riant qu'illes se relèveront du sol bétonné

                                    Qu'importe les blessures

                                            passées

                                            actuelles

                                            à venir

          Illes n'ont plus peur

                           A leurs âges illes ne risquent plus rien

             

                           MERCI AMIE      Je l'espère

 

 

Longpont-sur-Orge – samedi 22 août 2020 – Après-midi

 

 

 

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  ©Kiko

 

 

 

11/02/2021

Soliflore 101 - Jérémy Semet

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photo de l'auteur

 

 

Goût de trésor 

 

Dans "Les forêts de Sibérie"

Sylvain Tesson parle d'une vieille coutume russe

Celle qui 

En hiver 

Consiste à éparpiller

Autour de sa cabane

Des bouteilles de vodka qui

Une fois le printemps

Réapparaîtront à la fonte des neiges

Sortes de trésors plus que bienvenu 

 

Je ne suis 

Pas plus que ça 

Porté sur l'alcool 

Mais depuis qu'il neige ici

J'y repense

 

Et je me dis

Que j'aimerais ralentir le rythme 

Sortir de cette sarabande infernale 

De covid

Du confinement 

Me glisser sous le tapis de neige

Trouant la peau de l'hiver 

Et m'y loger

Comme un ver

Puis attendre 

La belle saison

 

Il y aura bien

Une âme 

Pour qui ma réapparition 

Aura comme un goût 

De trésor

 

 

 

 

10/02/2021

Centième Soliflore ! - Antoine Durin

 

 

Détail du tableau LE DEPART A L'ECOLE de Philippe Durin.JPG

Détail du tableau Le départ à l’école de Philippe Durin

 

 

Qu’importe la hauteur de la porte de la maison

car elle ne reçoit que des ombres courbées.

Ensuite, elle ferme les fenêtres de bonne heure

pour ne pas les projeter dans les arbres dénudés.

Il y a des soirs où elle a vu pleurer des sèves noires

le long des méandres de l’écorce du temps.

 

*

 

 

 

 

08/02/2021

Soliflore 99 - Adeline Raquin

 

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©Adeline Raquin

 

Adossée à la nuit

 

Dans la bolge du souvenir,

cris d'airain qui te hèlent,

cris d'hommes aux yeux fins,

poumons forts et cris d'acier.

 

Dans la bolge du souvenir,

 

claquent les rires qui rident la surface des flaques d'échos enlacés.

 

Au fond de la caverne aux parois brunes,

le bois imputrescible se met à flotter,

 

témoin noir, témoin plein, témoin sage des temps passés.

 

Mais regarde,

regarde le jour qui résonne des nids étales des alouettes.

 

 

À plat, face au ciel brûlant, l'oiseau, bec ouvert, fait bruire les herbes sèches.

Mais regarde, le mulot qui ventre à terre défend son être, qui ventre à terre remue la terre, la fait tourbillonner en poussière sous la charge du vent.

 

C'est là,

face au vide,

les yeux piqués dans le ciel qu'il faut se tenir.

C'est là,

 

le dos encore engourdi par l'haleine fraîche des morts, le corps ouvert à l'air sifflant,

que dans la fixité du ciel, la lumière viendra déposer son lit de cendres irradier ta pénombre, jusqu'à t'en rendre les yeux blancs.

 

 

 

05/02/2021

Soliflore 98 - Virginie Seba

 

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photo de l'auteur

 

 

 

DEVENIR TROU


Faire des trous
Remplir des trous
Boucher les trous
Changer de trou
Fuir les trous

Découper des trous
Compter les trous
Vider les trous
Trier les trous
Alimenter les trous
Surveiller les trous
Balader les trous
Fleurir les trous
Arroser les trous

Parler aux trous
Soutenir les trous
Applaudir les trous

Vendre des trous
Acheter des trous
Échanger des trous
Trouver le meilleur trou
Penser :

c’est un bon trou
L’adopter
Faire son trou

Filmer les trous
Jouer comme un trou
Admirer les trous
Encenser les trous
Adorer les trous
Embrasser les trous
Lécher les trous

Gratter les trous
Curer ses trous

Virer les trous
Déloger les trous
Casser du trou

Ramasser des trous
Offrir des trous

Rencontrer des trous
Planifier des trous
Engendrer des trous
Éduquer les trous
Dompter les trous
Graisser les trous
Tromper les trous


Tomber dans le trou
Voir le fond du trou
Sentir le trou
Parler le trou
Avaler des trous

Devenir trou

 

https://www.slamchante.fr/


 

 

29/01/2021

Soliflore 97 - Julie Cayeux

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© Camille Moukli-Pérez 

 

Un amour de jeunesse

 

Mon premier amour s’appelait Croûte.

Il n’était pas méchant, seulement il me grattait.

Il me grattait la vie, il me grattait l’amour, il me grattait jusqu’à la nuit.

Arriva ce qui devait arriver.

A force de me gratter, Croûte est devenu une plaie.

Une plaie purulente, dont je n’arrivais pas à me débarrasser.

Je ne le souhaite à personne.

Il me chantait des sérénades.

Veux-tu fermer ta gueule ? je lui répondais sèchement.

Je ne sais pas ce qu’il est devenu, ce brave Croûte.

Tout ce que je puis vous dire, c’est que depuis nos différends,

dès qu’un amour me gratte, je disparais.

La fuite reste encore le moyen le plus efficace de se prémunir des plaies.

 

 

 

25/01/2021

Soliflore 96 - Romain Richard

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Léon Spilliaert, "Arbres, blanc et noir" (1941)

 

 

Il y a trop

  

Il y a trop

Il y a ces arbres monstrueux

Qui m’observent la nuit

De leurs yeux grands ouverts

Qui m’observent de haut

L’air sévère

Et moi qui suis petit

Si petit

Ramassé

Tête au sol

Interdit

Étranger 

Importun

Déplacé

 

Moi tout seul dans le noir

Où les formes enfouies

De l’esprit

Me découpent un monde

Inhumain

Moi de trop comme humain

A l’heure où sont les choses

Où l’être n’est personne

Où gagne la matière

Où je ne suis plus moi

Où rien n’est plus que masse

Insignifiante masse

Au regard impérieux

De ce qui n’a pas d’yeux

Et l’esprit

Quand le noir le libère

De ce qu’il reconnaît

S’abandonne à ses affres

Tenté par l’ombre d’y plonger vers le grand fond

Son propre fond qu’il craint

Son fond qu’il réalise 

A mesure

Qu’il n’ose le trouver

 

Mais aussi

Il y a la lumière

Qui grouille de matière où le regard s’épuise

De ne pouvoir l’épuiser elle

Il y a ses grands yeux si perdus

Qui me jouent me délaissent

Et puis m’aiment

Et son cou frêle au point que paraît lui peser

Une tête elle-même si frêle

Un visage si fin si joliment tourné

Un petit nez troussé

Puis sa bouche au dessin plus parfait

Que celui des grands Maîtres

Une lèvre infinie que pourtant

Un menton délicieux

Ponctue de sa virgule

Mais il y a trop encore

 

Un constant sentiment d’être pauvre

Le savoir humilié

L’esprit insuffisant

Faillant toujours à ses amours

L’harmonie du présent

Déborde tous mes sens

A plus forte raison mon esprit qui l’admire

Perdant de l’impression tout ce qu’il veut en dire

L’harmonie du présent

Excède la caresse

Que lui portent mes mots

Jamais ils ne pourront

L’aborder que de loin

Jamais ils ne sauront

L’embrasser tout entier

 

Alors mes yeux s’épuiseront à voir

Mon nez à respirer

Mon oreille à entendre

Tout mon sens à sentir

Ce que rien ne peut dire.

 

 

 

24/01/2021

Soliflore 95 - Cédric Landri

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Une déchirure dans le vêtement planétaire,

déchirure entre les espoirs les couleurs les flirts

et les disparitions dans les écumes du temps

de tants d'espèces.

 

Le sang coule à flots sur la plaine béante,

tandis que des volcans éternuent des plastiques

dans le ventre des océans.

 

Et au coin du globe crachotant,

l'ours pôle erre.

 

Pendant ce temps on visse à la chaîne

des smartphones qui grillent le pain

ou des robots qui tombent amoureux.

 

Au lieu de former

des infirmiers de la Terre.

 

 

11/12/2020

Soliflore 94 - Pierre Bastide

Caramelle est une grenade inoffensive. Si on goupille bien son truc, il demeure secret, et on peut la savourer lentement. C’est une transe dans le bouche, d’où son nom Caramelle Mou. C’est succulent.

 

Évidemment, si on ne fait pas attention, si on veut précipiter le mouvement, elle vous pète à la gueule et vous en prenez plein les dents !

 

 

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Ainsi va la poésie

 à la saillie du cri

comme une voix sur l’indicible

 

comme un doigt sur la plaie

le couvert est mis à l’aveugle

sur le continent noir de la beauté

 

 

29/11/2020

Soliflore 93 - Éric Bouchéty

 

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"Ciel haut" - photo de l'auteur

 

 

À l’heure grave 

 

À l’heure grave, à l’heure constante,

Comme aux autres heures passées,

Maintenant que l’eau ne t’abreuve plus

 

Que la bouche sèche a épuisé

Ses grands chemins, ses lieux communs

Goûtons-nous entre les deux espaces

 

Tends l’évidence de ta gorge

Maintenant qu’il n’y a plus de ciel

Tends-y l’échelle de tes jambes.

 

Dans l’heure juste, dans l’heure sensible,

Apprends-moi le désir sagace,

 

Ce qui nous tient sur le chaos.

 

 

 

14/11/2020

Soliflore 92 - Clément Bollenot

 

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©Sylvie Frénillot - Quartier de Perrache - Lyon

 

 

le tunnel avale le tram et moi aussi

les lumières clignotent

fragiles comme des lucioles

le serpent de fer rampe mollement

sur la voie ferrée

ses yeux jaunes éblouissent la nuit

je sens les murs vibrer le sol trembler

et les lettres noires qui se détachent

des murs ternes salis par la vie

ACAB

en ville pas besoin de lire le journal

ni de regarder la télé

tout est sur les murs

ACAB

les murs se souviennent

si les images sont interdites

ACAB

mon index repasse les lettres une par

une

le tram est passé

sa voix se perd près de la sortie

et l'œil de la vidéosurveillance

est braqué sur moi

 

www.kildaprojet.com

 

 

 

09/11/2020

Soliflore 91 - Tom Saja

Kos - Tom Saja.jpg

photo©Daphné Castreau-Charara

 

 

Kos

 

Sable Grec

Mer Égée

Embruns de temps immémoriaux

 

Le soleil renait derrière les montagnes

De l’ancienne Halicarnasse

 

Visages salés

De silhouettes

Qui veulent vivre

Ardemment

 

L’amour ne manque pas

Mais que le monde en manque

Immanquablement

 

Ce monde n’est pas juste

Et nous sommes nés du bon coté de la mer

 

 

 

 

08/11/2020

Soliflore 90 - Anne Barbusse

 

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on entre dans l’ère des femmes révoltées : le jardin se vêt

de vignes vierges rouges comme les combats

et les femmes hurlent le machisme surplombant,

les coups, les professions perdues pour cause d’amour maternel

(dans les divorces les pères demandent la garde pour que les mères

ne puissent pas partir, ils possèdent l’enfant-objet et tu renonces à un poste universitaire)

l’homme révolté c’est fini

alors les femmes se lèvent

elles en ont assez du machisme des pères des maris des maires des chefs

elles sont #metoo par étouffement, pleurs, abnégations, face aux plantes ravagées

les femmes opposent les luttes, manifestantes insultées et vivantes

plus Marianne que le monde détruit, face au béton

et aux maires, aux conseillers municipaux inamovibles et

à la démocratie grippée, aux petits chefs ridicules et désuets

face aux campagnes désertées, aux friches et vignes arrachées

et aux lois faites par des hommes pour des hommes, (tu l’as dit à la présidente de l’université années 90, aube du second millénaire, les interruptions de thèse sont autorisées pour service militaire mais non pour congé maternité)

cela le monde au tournant du millénaire, cela les forêts tranchées, le global warming

et l’anthropocène absolu

cela les violences silencieuses et urgentes, le monde à nos pieds exténué

 (étudiante tu ne coucheras pas pour obtenir un poste de secrétaire auprès d’un haut fonctionnaire parisien, poète tu ne coucheras pas pour subventionner un livre auprès d’un vieux maire crapuleux de province)

droit de cuissage primitif et privilège des hommes mûrs du XXième siècle

le capitalisme est plus masculin que nos rêves

au village les femmes sont les seules à hurler au maire leurs révoltes criblées de blessures

les femmes prostrées se lèvent

contre les pères qui frappent (soulèvent la petite fille de terre en la tenant

par ses longs cheveux frisés et dénoués) contre les maris

qui frappent (parce que nous disent hystériques)

contre les amants alcoolisés ou camés contre les coups - le fond de teint

que tu te mets sur le visage le lendemain car

c’est toi qui as honte d’être la battue de source sûre (avec le père la lèvre

éclate de sang, mais en grandissant tu as appris à courir vite

à faire vibrer la rampe d’acier de l’escalier pour t’enfermer

dans les toilettes), avec le temps tu n’as rien appris

puis tu jettes ton corps de femme à la face des mondes

et tu éclates avec les oiseaux, et tu montes en haut

des arbres pour que le ciel t’absolve, pour que tilleul et acacia

te pardonnent d’avoir été la frappée, la battue, la folle

(tu prends des coups parce que tu es folle, disent-ils, répètent-ils,

ou mauvaise, ce sont leurs termes inébranlés)

alors tu construis des ZAD et des pancartes rouges, tu bouleverses le cours

des pouvoirs et tu tiens tête à tous les chefs fonctionnarisés par excès

et dehors les plantes prennent courage

la vigne vierge rougit sans honte

tu seras la révoltée vierge telle la vigne rouge

et tes pas divorcés auront l’aplomb des arbres fiers comme des ciels

et ton cri aura la gorge tranchée de féminité et de lune, tu seras

#metoo dans le réel exalté et les hommes n’osent plus,

parmi l’effondrement de toutes les biodiversités, décapiter tes désirs

surnuméraires et tes accouchements flambants et alors

tu dresseras ta maternité comme une création intempestive tu joueras

Delacroix pour de vrai mais sans le drapeau tu

éteindras tous les bûchers dressés par la Didon malheureuse

et tu prendras les rênes, dans le cours de l’histoire effondrée

parmi vergers et landes – un soir de juin, le maire abandonne la préemption du potager et

toutes les plantes respirent, le tilleul pleure d’été – alors les femmes

sont du côté des oiseaux, tout en haut des arbres elles

se jettent dans les mots écologiques, dans l’écriture la jamais battue l’instinctive

 

 

 

26/08/2020

Soliflore 89 - Chris Giot

 

John Terlet, University of Adelaide Graphite sur papier au microscope. .png

 

John Terlet, University of Adelaide

Graphite laissé par la mine d'un crayon sur du papier vu au microscope

 

 

Je nous ai vu l’un mourant du pouls de l’autre de ces éclats qui font pourrir les corps plus vite, satisfait de la couleur qui murmurait au sol une histoire de nerfs et sans ponctuation, de nerfs à sectionner et sitôt fait. Pourquoi pas ma béance, calice, et langoureux le sel sur les bordures à vif, le bien être du sel, hurler d’absolu devant le monde, en flammes devers nous. Une justice d’abîme. Mais c’est mettre trop de chaux, et sur quoi encore ? Sur la terre sèche de nos fripes, qui ne connaîtront pas les braises du dehors pour être promises au calcaire.

 

 

 

21/06/2020

Soliflore 88 - Nicolas Saeys

 

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Mark Jenkins – photo : ©Gilles Bergeret

 

 

CHOC

 

Un coup dans la tête

ça sonne dur ça résonne creux

je n'ai pas vu le mur arriver

 

Je parlais du coup j'avais la tête ailleurs

un songe en image résonnant acoustiquement

je n'ai pas entendu le vent

dont l'attention soudaine aurait pu m'avertir

 

la tempe comme un tambour de cloche

ce coup pris en pleine ascension du vide

sur un moi tremblant entre deux rêves oubliés

 

 

http://aureoledessatyres.over-blog.com/

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

10/05/2020

Soliflore 87 - Bernard Malinvaud

 

 

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©cathy garcia canalès

 

 

C'est un voyageur

Sur les traces de l'aube

Il suit la migration des rails

Le cheminement des fleuves.

 

Il cherche la ferveur

Qui pousse sur le bord des routes

Invite ses pas de traverse

Dans un été buissonnier.

 

C'est un explorateur

Dans l'imminence des regards

L'espérance sur le qui-vive

Il lance des vœux aux étoiles.

 

 

 

 

04/05/2020

Soliflore 86 - Nelson Jacomin

 

 

peinture-85.JPG

©Nelson Jacomin

 

 

Un drone passe

Un homme tombe

 

Un drone tombe

On le remplace

 

 

1.8.19

 

 

 

 

24/11/2019

Soliflore 85 - Sarah Lecina

 

 

Caspar David Friedrich L'Abbaye dans une forêt de chêne.jpg

©Caspar David Friedrich - L'Abbaye dans une forêt de chêne

 

 

Ruines III

 

 

Lui,     qui toque

aux fenêtres noires

pupilles-mouches

courant d'une étincelle à l'autre

et tes joues                  qui tremblent

entre les vitraux de tes finalités

jalouses du baiser du vent

sur tes chevilles.

Les arabesques sombres de sommeil

s'éveillent à l'interstice de la nuit :

je veux tomber à l'envers

de tes yeux.

 

 

            Les yeux chavirés d'alcools

il fallait écrire, à présent,

sur l'amour des failles et des soubresauts violents.

Pas une ruine encore ;

            seulement rime.

Seulement déplacée de tes lèvres closes.

 

 

 

 

22/11/2019

Soliflore 84 - Jacques Allemand

 

 

aaron-j-groen.jpg

©Aaron J. Groen, Dakota du Sud

 

 

ces deux là feraient briller un terrain vague
un champ de mottes et de choucas pareil
autour d'eux les autres ne sont plus les autres
vous non plus

tourner autour sans les nommer
(tant d'êtres et de choses perdent leurs forces dans la définition)
juste les regarder lancer leurs bras
par la fenêtre vers les arbres
le chahut des criquets entre dans le train
encore un instant et ces deux là
ne feront plus qu'un avec les voyageurs les malles
la ferraille qui bringuebale
ils sont l'aujourd'hui de tous les voyages
ceux du grand-père armé
de l'enfance au masque de suie
des corps volages
des enneigés
de tous ceux qui attendent leur tour
dans les sacs et dans les reins

 

 

 

25/10/2019

Soliflore 83 - Serge Muscat

Bonhomme-rouge.JPG

photo©Corinne Nativel 

 

 

UN VOISIN BRUYANT

 

              Auguste Bouton avait décidé de consacrer ce samedi à la lecture. Il avait acheté la veille plusieurs ouvrages qu'il n’avait pas eu le temps de parcourir et, en ce début d’après-midi, il s’apprêtait avec enthousiasme à tourner la première page d’un roman dont il appréciait particulièrement l’auteur.

            Installé sur le canapé du salon, avec sur la table basse un verre et une bouteille de Martini, il commença, comme il en avait souvent l’habitude, par lire la quatrième de couverture du roman. Un bref extrait du récit y était rédigé, ce qui mit en appétit sa curiosité. Il était question d’un homme en prise avec le désespoir qui songeait à la manière la plus efficace de se suicider.

            Alors qu’Auguste Bouton entamait la lecture de la première page de l’ouvrage, il entendit les premières notes, plus précisément les coups de batterie d’une musique populaire, filtrer du plafond. Pressé de commencer la lecture de son livre, il se concentra sur le premier paragraphe du premier chapitre en détournant l’attention de la nuisance sonore.

            A peine entama-t-il le deuxième paragraphe que la musique provenant de l’étage supérieur monta en puissance de plusieurs décibels. Il redoubla alors d’attention en focalisant toute son énergie mentale sur les caractères imprimés de la feuille. Mais tandis qu’il lisait tant bien que mal le début du troisième paragraphe, les rythmes de la batterie montèrent en puissance jusqu’à donner l’impression que l’on essayait de défoncer la porte du salon à grands coups de bélier. A partir de ce moment, les phrases inscrites sur la page se vidèrent de toute signification. Il y avait bien des signes tracés à l’encre noire, mais pour Auguste Bouton ceux-ci devinrent de simples formes qui ne voulaient plus rien exprimer à sa conscience.

            Dans un accès de colère, il posa brusquement le livre sur la table et se précipita vers la cuisine. Là, il saisit un balai et revint au salon. Choisissant un endroit où le plâtre était dur, il se mit à cogner au plafond avec le balai. Après avoir donné une dizaine de coups, il constata avec dépit que la musique résonnait toujours aussi fort. Essayant de se contrôler, il se laissa choir dans un fauteuil, le balai à la main. Quelques poignées de secondes suivirent puis il alla remettre l’ustensile ménager à sa place.

            De nouveau au salon, il choisit un disque de jazz sur une étagère et plaça celui-ci dans la chaîne hi-fi. Presque immédiatement les premières notes de saxophone se répandirent dans l’appartement. Cela rendait une étrange musique faite d’instruments à vent et de coups de batterie provenant de chez le voisin. Auguste Bouton appuya trois fois sur la touche + du volume, ce qui eut pour effet de transformer le son du saxophone alto en une sorte de baryton. La batterie déchaînée filtrant toujours du plafond, il donna trois nouvelles impulsions sur la touche + du réglage de volume. Cette fois-ci le saxophone ressemblait à un son provenant d’une grande caverne, un peu à la façon d’un monstre criant depuis les entrailles de la terre. Les vitres des meubles du salon se mirent à vibrer, comme à l’approche d’une secousse sismique. La batterie de la musique du voisin était à présent devenue inaudible.

 

            Dans sa cuisine, en train de faire la vaisselle, D. pensa : « mais ils sont devenus fous ! »

            Les fous en question étaient bien entendu les responsables de ce vacarme indescriptible qui parvenait aux oreilles de D. Elle finit de rincer ses verres et ses assiettes, puis enleva ses gants de caoutchouc. Elle sortit ensuite de l’appartement et alla sonner à la porte d’Auguste Bouton.

            Malgré l’insistance de D, la porte de son voisin de palier resta close. D’ailleurs, la musique de jazz recouvrait totalement le timide bruit de la sonnerie composé d’une succession de deux notes. Elle patienta tout de même quelques instants, avec l’espoir que son voisin avait peut-être entendu quelque chose. Mais après deux minutes qui lui parurent une heure, elle regagna son logis, désappointée.

            Afin de se détendre de ses émotions, elle se servit un grand verre de lait qu’elle but d’un trait. Sentant ses forces lui revenir, elle ne trouva pas mieux, pour oublier le boucan fait par les voisins, de mettre une cassette de son compositeur favori. Afin de couvrir la musique des voisins, elle poussa le volume jusqu’à huit sur une échelle de dix. Ayant laissé les fenêtres ouvertes pour aérer l’appartement, la mélodie s’entendait jusque de l’autre côté de la rue. Satisfaite, D. s’alluma une cigarette et s’installa confortablement sur le grand canapé. Elle n’entendit même pas la sonnette d’entrée qui carillonnait. M., un homme âgé habitant l’étage en-dessous et souffrant de malaises cardiaques, sonna à quatre reprises. Constatant que cela ne donnait aucun résultat, il se mit alors à cogner à la porte ; d’abord faiblement, puis progressivement de plus en plus fort. D. écrasa sa cigarette dans le cendrier et alla se servir un autre verre de lait. Furieux, M. rentra chez lui et mit le poste de radio à fond.

 

            Lorsque tout l’immeuble trembla sous l’effet des enceintes déchaînées qui distillaient diverses musiques, les voisins de la rue d’en face prirent la relève. D’appartement en appartement la musique se mit à gronder jusqu’à couvrir le bruit des voitures. Bientôt tout le quartier manifesta son mécontentement en poussant le volume de la sono. Puis les jeunes descendirent dans la rue avec leur appareil à musique portable. Sur les places publiques on commença à danser sous une gigantesque cacophonie musicale.

 

            Vingt minutes s’étaient écoulées lorsque le disque qu’Auguste Bouton écoutait arriva à sa fin. Il prit alors conscience du remue-ménage qui régnait au dehors et alla à la fenêtre du salon. Il fut surpris de voir la rue grouillante de monde et d’entendre un brouhaha composé d’une mosaïque de mélodies et de chants. La curiosité éveillée, il décida d’aller observer tout cela de plus près.

 

            Après s’être rapidement vêtu, il descendit les trois étages de l’immeuble et déboucha dans la rue. Sous le soleil de ce début d’été, des gens allaient et venaient tandis que d’autres se trémoussaient au son de la musique brésilienne qui émanait d’un gros appareil portable posé sur l’épaule d’un jeune homme marchant d’un pas lent. Auguste Bouton remonta la rue en direction de la place sur laquelle se rassemblaient souvent les jeunes gens. Tout le long du chemin jaillissait des fenêtres ouvertes des musiques disparates couvrant pratiquement tous les genres que cet art propose. Des portes d’entrée apparaissaient des flots continus de personnes, comme si les immeubles se vidaient tous au même moment. Cela faisait un peu penser au sable coulant par l’ouverture d’énormes silos. Sans interruption, les gens se pressaient dans la rue jusqu’à finalement totalement encombrer celle-ci. Bientôt obligé de jouer des coudes pour se frayer un chemin dans la foule, Auguste Bouton, par on ne sait quel hasard, se retrouva alors face à face avec son voisin du dessus. La colère étant passée, ils se dirent courtoisement bonjour tandis qu’à une fenêtre proche un enfant criait à sa mère : « Maman viens voir, il y a une fête ! »

 

 

 

29/09/2019

Soliflore 82 - (annulé)

 

 

Côtes d'Armor - Bretagne  (1).JPG

photo : cathy garcia canalès

 

 

 

"Vos préjugés sont vos fenêtres sur le monde.

Nettoyez-les de temps en temps, ou la lumière n’entrera pas."

 

Isaac Asimov

 

 

 

24/09/2019

Soliflore 81 - Marc Liênet

OSCAR PRUDHOMME 2019 Rue de la cathédrale 50x50 FB.jpg

Oscar Prudhomme - Rue de la Cathédrale - 2019

 

 

L’Être

 

L’être que tu penses être

Ne m’intéresse pas

Ou si peu

 

Je m’adresse plutôt à ce naïf

Que tu rabroues sans cesse

À cet idiot dans sa superbe

Qui continue d’alimenter

La flamme

 

Toi

Cela fait longtemps

Que tu es devenu rentable

 

Lui

L’autre toi-même

Dont tu ignores toujours le nom

Et qui croupit seul

Dans le cachot de ton cœur

Vibre encore

Sur la musique du monde

Entre tes rêves d’enfant

Et la tristesse

 

Toi

Le bourreau le tortionnaire

Toi l’esclave

Toi l’arrogant dans son costume

Toi la peur

 

Lui

L’amoureux le pendu

Lui la tendresse

Lui le poète à ses heures

A n’en pas douter

Lui mon ami

 

 

 

 

 

21/09/2019

Soliflore 80 - Mélanie Carron

 

PASSAGE

 

Pas.sage MélanieCarron.jpg

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03/07/2019

Soliflore 79 - Bernard B

Carnac Bernard B.jpg

photo de l'auteur

 

pause surréaliste – saison 2 (V)

 

sous les pavés de pierre de lune rousse c’est une plage de sable fin qui glisse entre les six doigts translucides de l’humanoïde aux mille souvenirs bien ancrés dans sa mémoire cache-cache où s’effleurent des corps célestes munis de lampes hallucinogènes où se bousculent des chimères sans queue ni tête où un quartet de soldats de plume sonne la charge en coulisse sous un ciel de cuivres sous une trompette de neige sous une averse de trombones à piston à double effet de surprise sous une grêle de croche-pieds sous un cyclone polaire de demi-tons en boîte de nuit sous un orage de notes piquées au vif du sujet de la phrase musicale que l’humanoïde claironne dans l’espoir du grand renversement des tables rondes en langue de bois non équitable dans l’espoir du grand effondrement de la tour infernale dans l’espoir d’un nouveau paradigme sans dogmes dans l’espoir de trouver sous les pavés de pierre de lune noire une plage de sable sans fin ni fond

 

https://bernardbblog.wordpress.com/

 

 

 

 

26/05/2019

Soliflore 78 - Pierre Melendez

 

 

Caroline Roméo (Pépite).jpg

©Caroline Roméo (Pépite)

 

 

 

Notes

 

Accroupie sur le balcon

elle fume une clope

penchée sur un carnet

de notes

des fa des sols des si

et elle fait comme si

elle ouvrait grand les portes

de l’inspiration

au dessus du sol

en quelque sorte

On lui a souvent dit

qu’elle chantait trop mal

alors elle écrit

dans un mode animal

avec des cris

des grognements

hululements

elle écrit comme elle ment

des poésies de pacotille

aux rimes qui brillent