Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

06/12/2022

Soliflore 125 – Haroun Guino

Turfu.JPG

 

Turfu 

C’est un petit soir à Marseille
Et le vent souffle sur l’avenir.
Qui en devine le fond absurde ?
Son chant baroque ou minuscule ? 
La vie superbe qu’il annonce,
Avec ses airs de victoire ?
Verra-t-on dans la vérité qu’il chante, 
La faiblesse de ses armes ? 
Et comment ne pas voir aussi, 
Dans le profond de son sourire, 
Dans la jolie révolte qu'il porte, 
Son refus d'aboutir. 

 

 

01/12/2022

Soliflore 124 – Lucie Roger

 

 

Mosaique.PNG

image de l'auteur

 

 


Mosaïque

Par petites touches, petites pièces 
Construisant mosaïque chemin 
S’animant en couleurs mélangées 
Mélangeant porcelaine les instants 
Instants du chemin coloré, parsemé 
Sinueux, ce chemin porcelaine 
Porcelaine s’ajoutant par touches petites
Touches de mots, pièces aimantes
Porcelaine fine, colorée et vibrante 
Du chemin incomplet, lacunaire
Aux mots dépareillés, oscillants,
Pièces porcelaine colorées s’agençant
Formant improbable le chemin 
Fragmentaire, chemin inavouable 
Conduisant vacillants les pas 
Tremblement des cœurs porcelaines
Vers ces instants fébriles, fragiles
Ces chers instants colorés marquants
Instants savourés sur chemin mosaïque 
Inachevé chemin en mosaïque vers toi

 

 

07/11/2022

Soliflore 123 - Pierre Théobald

7-1.jpg

auteur inconnu

 

 


ÉLEVAGE SAUVAGE

Mâles castrés, oreilles coupées :
Mise en préparation !
Queues tranchées, becs meulés :
À vif, ces amputations !
L’animal est maintenant prêt :
Apte à la production !
Ces centimes font rendement :
Voilà la croissance !
Performer pour l’amortissement :
Objectif finance !
L’animal, déjà mis en aliment :
Performance !

 

 

 

05/11/2022

Soliflore 122 - Dorothée Coll

 

Le cuir.jpg

illustration originale de Philippe Chevillard

 

 

Le cuir

Le cuir de nos amours
exhibe ses entailles
Je passe la main sur les blessures, les cicatrices
imprime sur ma peau la dentelle des bords 
Empreinte des remords

On s’étripe, on s’éviscère
nos lignes de conduite s’écrivent à cœur ouvert
Transparence des ruisseaux de sang
qui zigzaguent entre les rochers

Les patrons de nos deux corps mal ajustés
attendent qu’un couturier fantasque
les drape d’un tissu moiré
et les faufile de blanc
que les coutures apparentes
guident les petits poucets
que nous étions, souviens-toi, avant de nous égarer

 

 

 

04/11/2022

Soliflore 121 - Sacha Zamka

 

Nuée - Photo de l'auteur - 2022.png

Nuée - photo de l'auteur - 2022

 

 

arbres

une seule injustice et c’est celle de naître
les siècles sont figés les heures sont inertes

arbres nous revenons à ceux de la genèse
que sommes-nous ? un corps que la souffrance innerve
l’aube n’est rien de plus que de l’imaginaire
nous dormons regard givre et nous rêvons yeux neige

dérivons-nous sur une ou bien plusieurs planètes ?

 

 

 

 

 

07/03/2022

Soliflore 120 - Thierry Delhourme

 

 

Gil Goulpié - lumière sous la porte nb.jpg

©Gil Goulpié

 

 

 

L’ombre épousant la lumière

 

 

Bienvenue à l’enfant que je n’aurai jamais

il court déjà dans les herbes folles

 

Bienvenue au futur de mes amis

pour eux j’avais le désir de naître

sous leurs sabots aux pointes givrées

c’était un désir sans volonté ni rituel

avec juste la transparence à mon seuil

mes visions fraîches comme pains de l’aurore

 

Bienvenues les femmes de pailles et d’or

dont j’envie la flamme dressée

chaque nuit pour réparer le monde

 

Idem les funambules et jongleurs qui brisent

la roche pour en sucer l’âme

ils sont guetteurs de joies ravaleurs de mensonges

et bien plus nombreux les yeux dans le dos

que dans nos chansons nos aventures humaines

 

Alors comment allons nous dire

l’odeur de la fête qui frappera tantôt

 

Peut-être

 

Bienvenue la chose hantée en sa pure merveille  

 

 

 

 

22/02/2022

Soliflore 119 - Carl Hallak

20220216_082519.jpg

photo de l'auteur

 

 

une chance


s'il reste une chance
mince infime ou immense
cela vaut la peine je t'aime
juste une fissure
murmure dans le mur
cela vaut la peine je t'aime
s'il reste un copeau
de nos plus vieux fagots
cela vaut la peine je t'aime
juste un brin de vent
de nos grands ouragans
cela vaut la peine je t’aime

 

 

11/02/2022

Soliflore 118 - Alexandra Norelli

 

Erik-Johansson-impact-1024x768.jpg

©Erik Johansson - Impact

 

 

 

Garde-robe

 

Il s’était fait un beau costume
Brodé de nuit
"Ça devrait faire fuir le bonheur"
Qu’il a dit


Elle avait cousu des miroirs
sur son corps nu
"Il se verra comme je le vois"
Qu'elle a cru


Et ne sachant pas comment le
Déshabiller
Elle fit tomber toute son armure
En premier.

(et comme il y avait du verre partout

elle a fini par se blesser

et c’est une bien triste fin)

 

 

 

 

09/12/2021

Soliflore 117 - Stéphane Mongellaz

 

le ciel en larmes (2).JPG

Cathy Garcia Canalès

 

 

 

REPOS DE L’ARME

 

Ainsi m’ont-ils eu

et déjà tu le savais,

et durant le temps qui fut le nôtre   ̶

 

échangeant nos saveurs intimes,

trafiquant nos humidités crues,

reconnaissant tracé et inconnu

 

le passage ancien

d’une source claire

encore sourde de nous   ̶

 

tu ramenais l’ombre à sa brute matière

 

dans tout l’espace scellé maintenant

sur mon front, ruisseau de pluie

portée vivante par le vent

 

que je sais être toi,

ô l’Infiltrée, l’Échappée des lacunes.

 

 

 

28/11/2021

Soliflore 116 - Éric Moutier

image0.jpeg

Xiaoming Yang

 

 

TÊTE À L’ENVERS

 

Prisonniers de nos tours syllabiques,

À écrire des mots

Quand d’autres vivent des histoires,

Laboureur de lumière

À la lueur de l’encre noire,

Nous cherchons libération

Dans le jour virevoltant,

Quittant nos maisons de papier

Pour de plus grands espaces.

Ne plus s’interdire de rugir,

Sentir l’existence nous souffler ses poèmes,

Souffleuse de verre brûlant,

Modelant

La finesse de nos êtres.

Attendre la dernière expiration

Pour se bomber de flamme,

Voir nos matières rougissantes

Prendre forme

Sous l’inspirante lave

Et revenir

Parfois à la marge

Parfois à la page

Graver nos lignes muries

Sur nos cahiers

Devenues mémorielles.

 

 

https://m.facebook.com/eric.moutier.3

 

 

 

 

09/11/2021

Soliflore 115 - Michel Woelffle

le passage.jpg

 

Le passage


Le gamin descendait du Chabre
Il avait chaud je l’ai arrêté
Il m’a dit
“j’viens de là-haut”
J’ai regardé la montagne
haute, verte dans cette apparence immobile
qu’ont les arbres regardés de loin
J’ai encore songé que les hommes étaient nés là-haut
de ces arbres étrangement silencieux, attentifs
s’élevant lentement vers le ciel
sans répit
Je songeais à cela en regardant cet enfant échappé de la montagne
que les arbres avaient connu
écorce rompu des siècles et des légendes
La légende d’un monde qui avait relevé les arbres pour en faire des hommes
“T’es passé par le col de l’ange ?”
Il savait pas trop...
“T’as rencontré des anges ?”
“Non il m’a dit... personne...”
“Alors c’est qu’tes pas grimpé assez haut”
Il avait l’air sympa.
Il me regardait sans se foutre de ma gueule
Alors j’ai ajouté
“De toute façon tant que t’en seras pas un
t’en rencontreras pas”

 


Ballons 20/21 Juillet 21

 

 

 

 

15/09/2021

Soliflore 114 - Christophe Salus

 

chiens violets dans la nuit rouge 001.jpg

tableau de René Mazyn, tous droits réservés

 

 

 

Religieuse prose

 

Les exégèses exagèrent :

 

Dans ces Livres pleins de virgules,

que l’histoire a lentement essuyées,

Tout peut se voir et s’interprète,

et si l’on s’en tient au seul mot,

ce sont bien des pages glauques d’horreurs !

 

Et comme on peut pas faire pire

et que le délit plagiaire est proscrit :

 

« Écrivons nous-même notre livre sacré ! »

 

 

 

 

 

23/08/2021

Soliflore 113 - Silvère Cordin

unnamed2.jpg

Suivre les mélodies monophoniques
Se laisser prendre par le jeu de la pluie
renoncer au reflet du miroir
le combat des astres, aux rites d'autrefois
lumineux, irradiant râles d'un sous-monde
souffles de liberté, de mains et de cœurs
proches d'un monde tempétueux qui s'ouvre.
Qui est l'inculte ? Qui est le païen de l'autre ?
Qui sera celui qui nous donnera l'avenir d'un millier d'arbres ?
Celui qui fera renaître les cendres d'une terre nébuleuse ?
peut-être,
celui qui purgera la laideur à l'intérieur de nos fibres ?
sûrement.
Qui absoudra la rage muette et indicible dans nos regards ?

 

 

 

09/08/2021

Soliflore 112 - Gorguine Valougeorgis

received_831720867737116.jpeg

photo de l'auteur

 

 

Dans l’obscurité

la mer au loin

fume une île brûle

consume coule une île nous

regardons les étoiles la fin

d’un monde encore

un de moins

c’est si calme ici

mon ami comme chaque 

soir allume 

en regardant la mer sa

cigarette

on ne laisse pas la mer

mourir seule il me dit



 

 

15/07/2021

Soliflore 111 - Yvan Robberechts

salle-de-classe-école.jpg

 

 

CANCRE

 

Cancre…
Dix ans de mitard à buller au fond d’une classe,
suivre une plume invisible livrée au vent. 
Dix ans de trous d’air et de brumes. 
Dix ans à me téléporter de vagues en vagues, 
ma peau sur une chaise où mes idées divaguent. 
Dix ans de solitude… presque cent.

Cancre. Cancrelat, petit cafard assoupi, 
déguisé en écolier, trahi par ses antennes. 
Bousier indécrottable.

- « Il ne fera jamais Polytechnique » (moue navrée et entendue). 
Litote,  licence poétique.
Continuer à vaquer à mes songes. Envers et contre tous. 
Rester focus sur la téléportation, mon petit domaine d’expertise.

-  « Yvan, au tableau ! »
Calcul du périmètre d’un cercle. 
Pris en flagrant délit de téléportation. 
Le nez dans le pot de miel de la liberté volée, dérobée à l’institution. 
Me pousse un groin entre ma chaise et le tableau. 
Le maître se paie la bête. Bête à manger du foin.
Rien… Presque rien … Rien que moi et le tableau,
 … Moi et ma craie, …  Ma nullité et moi. 
Mon groin dans la fange et ses clapots de honte.

J’aurais pu devenir mauvais, hargneux, 
à boire jusqu’à la lie le jus amer de la défaite. 
Moi et ma nullité on vous emmerde !!
Revendiquer cette médiocrité, étendard de mon identité enclavée. 
Persister et signer. A la lame et dans le sang. Cruel à mon tour. 
J’en ai eu longtemps la tentation.
Allumer les mots par la mèche et les jeter à la face 
des faux-semblants, des évidences et des litotes, 
faire péter le malheur et la honte.

Il a fallu se débarrasser du petit niaiseux,
…Oublier. 
Plier mes antennes et mes ailes, les ranger sous le pupitre, 
me désincarcérer de ce corps d’insecte,
laisser ma mue de blatte accrochée à la chaise devant mon bureau vide. 
Dernier regard sur la scène de crime.
Fermer la porte.

 

 

 

 

27/06/2021

Soliflore 110 - Isabelle Garreau

Pech Merle main-negative-art-parietal.jpg

 

RETOUR À PECH MERLE

 

la pierre est chair

où vit la rhétorique magique des images

peuplant la même aspérité

mammouth buffle tigre cheval

par transparence on lit

emballement dévoration vitesse frayeur fuite et chaos chair chair

le réel se conforme à de telles objurgations

 

oui nous ferons des signes

nous mettrons en scène

nous manierons le symbole

nous créerons un langage vivant

 

nous mêlerons la salive et le sang

le pigment et les cendres

lapis et carmin régurgités

par nos sarbacanes

nous sommes la bouche

qui crache

au cortex de la grotte

ces images rétiniennes hors du temps

 

la camera oscura

transmute nos mains en négatif

monstration des reliques

la hyène digérée par l'ours digéré par l'image digérée par la grotte

dans son intimité suintant le souffre

un boyau retient prisonnières

les images inverses apposées

au cerveau de la grotte

 

on voit son œil blanc et fendu

 

ombres mêlées

le mammouth la biche l'aurochs la tête d'ours l'homme la femme la femme treize fois la femme le point la jument le brochet

 

ce langage c'est Eurydice aux Enfers

et nous voudrions en retirer quelque chose

alors nous rebroussons chemin

chemin rebroussé au-delà du texte

au-delà de la feuille

au-delà de l'articulation

par-delà les limites que nous nous sommes infligées

nous rebroussons chemin vers l'image pure

le signe vivant

 

 

pech-merle9a.jpg

 

 

 

05/05/2021

Soliflore 109 - Pierre Théobald

 

falling-4352856_1920.jpg

©Heather Plew

 

Sucs à plaies 

 

Ici ou là coulent leurs plaies 

 

En cônes enroulés 

Leur haché vert à apaiser 

S’inhale en cautère herbacé 

 

Ici ou là coulent leurs plaies 

 

Contre un mur ou bien cachés 

Fondre la came en suc troublé  

Et par la veine les panser

 

En silence regards concentrés

 

Ô bonbon Éden à avaler 

Chimie d’instants colorés

Tout éteindre et s’envoler 

 

 

 

04/05/2021

Soliflore 108 - Yvan Robberechts

Etude de Nuages de John Constable.jpg

Étude de Nuages de John Constable

 

 

Nuage...

...qui ne s'achète ni se vend
ni se soumet ni se prend
ni se contraint ni se consomme
indispensable à rien ni à personne

archives éphémère pour poète indigent,
traversé de vide, boursouflures du néant,
confluents du rêve, de la pluie et du vent

dans tes flancs vague à l'âme
dérivent les mémoires fantômes,
cartographie errante de pensées perdues,
rêves oubliés, souvenirs diaphanes,
archipel des songes, écumes filigranes

Mais bientôt les orques grondent
et roulent dans les hauts fonds de tes limbes,
percent de leur sang noir
les entrailles de tes brumes
et soufflent aux oracles du chaos
les présages à venir...

 

septembre 2019

 

 

24/03/2021

Soliflore 107 - Fabienne Roitel

fil à plomb.jpeg

Depuis longtemps, que mon père et le père de mon père et d’autres avant eux
m’ont donné le maillet et le ciseau, le burin et la pierre
je suis fils, artisan, compagnon en apprentissage
sans gants ni tablier 
vers un lieu d’harmonie  
cent fois espéré 
les gestes se superposent aux leurs
pour suspendre le temps sans jamais y réussir.

Mon père et le père de mon père et d’autres avant eux
m’ont légué un poignet osseux, un cuir rêche, une mémoire mosaïque
je m’éloigne des berges d’un fleuve qui fut le leur, qui fut origine, qui fut fardeau
qui fut voyage
ma joue posée au creux de l’effort 
mes paumes lisent la douceur comme une autre manière de s’abandonner.

Mon père et le père de mon père et d’autres avant eux, ces fils de plomb
avec lesquels je me réconcilie surveillent et éclairent mon espace
de liberté. 

 

 

04/03/2021

Soliflore 106 - Fabrice Fossé

 

 Fabrice Fossé.JPG

œuvre de l'auteur

 

En haut de la tour sur la colline

Tu touches le ciel du bout de tes doigts

Et les nuages autours de toi

Se moquent de moi

Se moquent de moi

 

Hivernale   hivernale

Tu es mon hivernale

Tu es mon hivernale

 

Dans ton château au cœur de la nuit

Tel un rapace tu guettes ta proie

Et les étoiles haut-dessus de toi

Se moquent de moi

Se moquent de moi

 

Hivernale hivernale

Tu es mon hivernale

Tu es mon hivernale

 

De ton nid de glace tu souffles le froid

Un baiser du nord qui mord sa proie

Et le temps qui règne

Me dicte sa loi

Me dicte sa loi

 

Hivernale  hivernale

Tu es mon hivernale

Tu es mon hivernale

 

 

https://www.youtube.com/channel/UC86Sn9--6L3EJsAUUM0E2Sw

 

 

 

27/02/2021

Soliflore 105 - Nathaël Bethencour

 

Nathaël Bethencour_n.jpg

photo de l'auteur

 

 

L'espoir est capital

 

 

Il a le pas rapide de la hyène, il s'offre en holocauste au grand capital.

Dieu est une ruine, sur laquelle les gargouilles tombent et se fracassent.

Les enfants ont peur du masque du corbeau, des petits Moha disparaissent.

Sur les hautes collines, les prisons de Babylone grouillent du cri des infamies.

Baladant ma carcasse et mon chapelet, je rentre en payant dans Notre-Dame.

Le spirituel est une sinistrose, l'art est une mangeoire d'usurier.

J'ai goûté de l'œil la rue du Cherche-Midi, il n'y avait que des dents blanches.

Je tournai vers la rue du Dragon pour y chercher la demeure de l'Ours Hugo.

Ma vie va aussi vite que l'échange des marchands du temple et des veaux éclatants.

J'ai hurlé dans le métro que je ne voulais pas d'argent, ils baissaient les yeux.

À la Butte Montmartre, je me suis acheté un tissu, j'en ai fait un pagne.

J'étais nu, quant au cœur du printemps, j'ai senti un oranger du Mexique, ô senteur !

Ivre de ma folie, j'ai regardé la capitale, avec l'œil de la pitié.

Je me suis allongé sur l'herbe menue, pour prier, des images d'animaux m'envahirent.

À mon réveil, l'amante inconnue me caressa, elle était de toutes les nations.

 

Paris c'est l'aumône du miracle !

 

 

23/02/2021

Soliflore 104 - Isabelle Bois Cras

 

99A.JPG

photo de l'auteur par Jean-Marie Cras, photographe

 

Plastique

 

Alerte !

Lèpre de la terre,

Gangrène des berges,

Interstices humanoïdes entre limon et humus,

Qui glisse ses métastases dans les dermes de nos sols.

L’indigeste plastique dégueule sur le rivage des fleuves,

Et incruste ses couleurs criardes dans l’humble nature.

Il souille,

Il tue,

Il mine la plénitude des paysages, le mystère des sous-bois,

Tranche l’équilibre des rizières et des campagnes du monde.

Des rives de l’Ouémé traversant le Bénin aux temples du Cambodge,

Des criques méditerranéennes au vert bocage normand,

Des cimes Himalayennes aux abysses Atlantiques,

Les poches volent au vent et flottent dans les courants,

Accrochant follement aux branches et aux algues leurs anses insécables.

Membranes informes…

 

Cancer des océans,

Magma meurtrier

De particules indestructibles,

Qui flotte entre deux mers ;

Entre La Californie et Hawaï,

Dérive la nappe immonde,

Charriée par les courants.

Le septième continent engloutit tout,

Étouffe les coraux,

Emplit les ventres des baleines,

Emmêle les tentacules des poulpes.

 

Plastique,

Que ce mot est comique ; 

Place-tique, plassstik, plaztik, clastip,

Il saute en bouche et rebondit comme une petite farce,

Qu’il est doux, ce mot qui claque la langue et tape les dents,

Choque le palais et pousse les lèvres,

Il se moque !

 

Plastique,

Jamais il ne s’efface.

Quand l’homme périra,

Il disparaîtra dans un sac

Et deviendra poussière,

Le sac demeurera.

 

Alerte !

L’écosystème est en péril et l’équilibre bascule,

Alerte !

Sur les chemins du monde, ramassez, recyclez.

 

 

 

 

21/02/2021

Soliflore 103 - Parme Ceriset

 

 

 

IMG_9389.JPG

illustration de l'auteur

 

 

L’enfant de l’aubépine

 

C’est un petit enfant tombé d’une branche morte, 

Chassé du nid douillet de la pré-Vie.

Il est né différent, il se nourrit de roses sauvages, 

Il ne sent plus les épines qui déchirent son cœur sage.

Il avance dans l’ombre mais il se bat,

Il a en lui toute l’âme du monde...

Et le feu inextinguible

De la joie.

 

http://parmecerisetlaplumeamazone.over-blog.com/

 

 

 

 

17/02/2021

Soliflore 102 - Kiko

20200428_123923.jpg

                             ©Kiko

 

 

Le der des doutes

 

                        File beauté File

                        Reste fier              Tu es magnifique

                                           & bien plus encore

Reprends confiance malgré les chagrins & leurs suites

                        A l'infini

                        La répétition du geste

                                  de l'espoir à chaque fois renouvelé

                                                          Brisé

     Non merci tu es gentil

                Laquelle des deux a les plus petits seins

                                     Tombent-ils

                                     se cherchent-ils             seulement

La douleur aveugle

C'était tout bonnement l'âge             Bonsoir        Bonjour

                                    A la prochaine

                                      si la came n'est pas trop forte

              Perdre son chéri

                    son frère à l'adoration des minorités

           Illes sont sur le même fil

           Trop occupé(e)s à ne pas chuter     Illes n'ont fait que se croiser

                                      Illes seront pris de spasmes ce soir

                                      Illes n'ont rien vu

                                                rien connu

                                      Tout était pourtant là

                                                 à portée de main

Le vent          La lumière        Les étoiles

Seul(e)s en un hasard illes seront deux

                          deux & plus qu'un(e)

               Si par surprise illes chutent ensemble

               C'est en riant qu'illes se relèveront du sol bétonné

                                    Qu'importe les blessures

                                            passées

                                            actuelles

                                            à venir

          Illes n'ont plus peur

                           A leurs âges illes ne risquent plus rien

             

                           MERCI AMIE      Je l'espère

 

 

Longpont-sur-Orge – samedi 22 août 2020 – Après-midi

 

 

 

20200428_123947.jpg

  ©Kiko

 

 

 

11/02/2021

Soliflore 101 - Jérémy Semet

20210208_122135.jpg

photo de l'auteur

 

 

Goût de trésor 

 

Dans "Les forêts de Sibérie"

Sylvain Tesson parle d'une vieille coutume russe

Celle qui 

En hiver 

Consiste à éparpiller

Autour de sa cabane

Des bouteilles de vodka qui

Une fois le printemps

Réapparaîtront à la fonte des neiges

Sortes de trésors plus que bienvenu 

 

Je ne suis 

Pas plus que ça 

Porté sur l'alcool 

Mais depuis qu'il neige ici

J'y repense

 

Et je me dis

Que j'aimerais ralentir le rythme 

Sortir de cette sarabande infernale 

De covid

Du confinement 

Me glisser sous le tapis de neige

Trouant la peau de l'hiver 

Et m'y loger

Comme un ver

Puis attendre 

La belle saison

 

Il y aura bien

Une âme 

Pour qui ma réapparition 

Aura comme un goût 

De trésor

 

 

 

 

10/02/2021

Centième Soliflore ! - Antoine Durin

 

 

Détail du tableau LE DEPART A L'ECOLE de Philippe Durin.JPG

Détail du tableau Le départ à l’école de Philippe Durin

 

 

Qu’importe la hauteur de la porte de la maison

car elle ne reçoit que des ombres courbées.

Ensuite, elle ferme les fenêtres de bonne heure

pour ne pas les projeter dans les arbres dénudés.

Il y a des soirs où elle a vu pleurer des sèves noires

le long des méandres de l’écorce du temps.

 

*

 

 

 

 

08/02/2021

Soliflore 99 - Adeline Raquin

 

Adossée à la nuit Adeline Raquin ok.JPG

©Adeline Raquin

 

Adossée à la nuit

 

Dans la bolge du souvenir,

cris d'airain qui te hèlent,

cris d'hommes aux yeux fins,

poumons forts et cris d'acier.

 

Dans la bolge du souvenir,

 

claquent les rires qui rident la surface des flaques d'échos enlacés.

 

Au fond de la caverne aux parois brunes,

le bois imputrescible se met à flotter,

 

témoin noir, témoin plein, témoin sage des temps passés.

 

Mais regarde,

regarde le jour qui résonne des nids étales des alouettes.

 

 

À plat, face au ciel brûlant, l'oiseau, bec ouvert, fait bruire les herbes sèches.

Mais regarde, le mulot qui ventre à terre défend son être, qui ventre à terre remue la terre, la fait tourbillonner en poussière sous la charge du vent.

 

C'est là,

face au vide,

les yeux piqués dans le ciel qu'il faut se tenir.

C'est là,

 

le dos encore engourdi par l'haleine fraîche des morts, le corps ouvert à l'air sifflant,

que dans la fixité du ciel, la lumière viendra déposer son lit de cendres irradier ta pénombre, jusqu'à t'en rendre les yeux blancs.

 

 

 

05/02/2021

Soliflore 98 - Virginie Seba

 

20200722_095355.jpg

photo de l'auteur

 

 

 

DEVENIR TROU


Faire des trous
Remplir des trous
Boucher les trous
Changer de trou
Fuir les trous

Découper des trous
Compter les trous
Vider les trous
Trier les trous
Alimenter les trous
Surveiller les trous
Balader les trous
Fleurir les trous
Arroser les trous

Parler aux trous
Soutenir les trous
Applaudir les trous

Vendre des trous
Acheter des trous
Échanger des trous
Trouver le meilleur trou
Penser :

c’est un bon trou
L’adopter
Faire son trou

Filmer les trous
Jouer comme un trou
Admirer les trous
Encenser les trous
Adorer les trous
Embrasser les trous
Lécher les trous

Gratter les trous
Curer ses trous

Virer les trous
Déloger les trous
Casser du trou

Ramasser des trous
Offrir des trous

Rencontrer des trous
Planifier des trous
Engendrer des trous
Éduquer les trous
Dompter les trous
Graisser les trous
Tromper les trous


Tomber dans le trou
Voir le fond du trou
Sentir le trou
Parler le trou
Avaler des trous

Devenir trou

 

https://www.slamchante.fr/


 

 

29/01/2021

Soliflore 97 - Julie Cayeux

Dessin de Camille Moukli-Pérez.jpg

© Camille Moukli-Pérez 

 

Un amour de jeunesse

 

Mon premier amour s’appelait Croûte.

Il n’était pas méchant, seulement il me grattait.

Il me grattait la vie, il me grattait l’amour, il me grattait jusqu’à la nuit.

Arriva ce qui devait arriver.

A force de me gratter, Croûte est devenu une plaie.

Une plaie purulente, dont je n’arrivais pas à me débarrasser.

Je ne le souhaite à personne.

Il me chantait des sérénades.

Veux-tu fermer ta gueule ? je lui répondais sèchement.

Je ne sais pas ce qu’il est devenu, ce brave Croûte.

Tout ce que je puis vous dire, c’est que depuis nos différends,

dès qu’un amour me gratte, je disparais.

La fuite reste encore le moyen le plus efficace de se prémunir des plaies.

 

 

 

25/01/2021

Soliflore 96 - Romain Richard

spilliaert-6623-l.jpg

Léon Spilliaert, "Arbres, blanc et noir" (1941)

 

 

Il y a trop

  

Il y a trop

Il y a ces arbres monstrueux

Qui m’observent la nuit

De leurs yeux grands ouverts

Qui m’observent de haut

L’air sévère

Et moi qui suis petit

Si petit

Ramassé

Tête au sol

Interdit

Étranger 

Importun

Déplacé

 

Moi tout seul dans le noir

Où les formes enfouies

De l’esprit

Me découpent un monde

Inhumain

Moi de trop comme humain

A l’heure où sont les choses

Où l’être n’est personne

Où gagne la matière

Où je ne suis plus moi

Où rien n’est plus que masse

Insignifiante masse

Au regard impérieux

De ce qui n’a pas d’yeux

Et l’esprit

Quand le noir le libère

De ce qu’il reconnaît

S’abandonne à ses affres

Tenté par l’ombre d’y plonger vers le grand fond

Son propre fond qu’il craint

Son fond qu’il réalise 

A mesure

Qu’il n’ose le trouver

 

Mais aussi

Il y a la lumière

Qui grouille de matière où le regard s’épuise

De ne pouvoir l’épuiser elle

Il y a ses grands yeux si perdus

Qui me jouent me délaissent

Et puis m’aiment

Et son cou frêle au point que paraît lui peser

Une tête elle-même si frêle

Un visage si fin si joliment tourné

Un petit nez troussé

Puis sa bouche au dessin plus parfait

Que celui des grands Maîtres

Une lèvre infinie que pourtant

Un menton délicieux

Ponctue de sa virgule

Mais il y a trop encore

 

Un constant sentiment d’être pauvre

Le savoir humilié

L’esprit insuffisant

Faillant toujours à ses amours

L’harmonie du présent

Déborde tous mes sens

A plus forte raison mon esprit qui l’admire

Perdant de l’impression tout ce qu’il veut en dire

L’harmonie du présent

Excède la caresse

Que lui portent mes mots

Jamais ils ne pourront

L’aborder que de loin

Jamais ils ne sauront

L’embrasser tout entier

 

Alors mes yeux s’épuiseront à voir

Mon nez à respirer

Mon oreille à entendre

Tout mon sens à sentir

Ce que rien ne peut dire.