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24/11/2019

Soliflore 85 - Sarah Lecina

 

 

Caspar David Friedrich L'Abbaye dans une forêt de chêne.jpg

©Caspar David Friedrich - L'Abbaye dans une forêt de chêne

 

 

Ruines III

 

 

Lui,     qui toque

aux fenêtres noires

pupilles-mouches

courant d'une étincelle à l'autre

et tes joues                  qui tremblent

entre les vitraux de tes finalités

jalouses du baiser du vent

sur tes chevilles.

Les arabesques sombres de sommeil

s'éveillent à l'interstice de la nuit :

je veux tomber à l'envers

de tes yeux.

 

 

            Les yeux chavirés d'alcools

il fallait écrire, à présent,

sur l'amour des failles et des soubresauts violents.

Pas une ruine encore ;

            seulement rime.

Seulement déplacée de tes lèvres closes.

 

 

 

 

22/11/2019

Soliflore 84 - Jacques Allemand

 

 

aaron-j-groen.jpg

©Aaron J. Groen, Dakota du Sud

 

 

ces deux là feraient briller un terrain vague
un champ de mottes et de choucas pareil
autour d'eux les autres ne sont plus les autres
vous non plus

tourner autour sans les nommer
(tant d'êtres et de choses perdent leurs forces dans la définition)
juste les regarder lancer leurs bras
par la fenêtre vers les arbres
le chahut des criquets entre dans le train
encore un instant et ces deux là
ne feront plus qu'un avec les voyageurs les malles
la ferraille qui bringuebale
ils sont l'aujourd'hui de tous les voyages
ceux du grand-père armé
de l'enfance au masque de suie
des corps volages
des enneigés
de tous ceux qui attendent leur tour
dans les sacs et dans les reins

 

 

 

25/10/2019

Soliflore 83 - Serge Muscat

Bonhomme-rouge.JPG

photo©Corinne Nativel 

 

 

UN VOISIN BRUYANT

 

              Auguste Bouton avait décidé de consacrer ce samedi à la lecture. Il avait acheté la veille plusieurs ouvrages qu'il n’avait pas eu le temps de parcourir et, en ce début d’après-midi, il s’apprêtait avec enthousiasme à tourner la première page d’un roman dont il appréciait particulièrement l’auteur.

            Installé sur le canapé du salon, avec sur la table basse un verre et une bouteille de Martini, il commença, comme il en avait souvent l’habitude, par lire la quatrième de couverture du roman. Un bref extrait du récit y était rédigé, ce qui mit en appétit sa curiosité. Il était question d’un homme en prise avec le désespoir qui songeait à la manière la plus efficace de se suicider.

            Alors qu’Auguste Bouton entamait la lecture de la première page de l’ouvrage, il entendit les premières notes, plus précisément les coups de batterie d’une musique populaire, filtrer du plafond. Pressé de commencer la lecture de son livre, il se concentra sur le premier paragraphe du premier chapitre en détournant l’attention de la nuisance sonore.

            A peine entama-t-il le deuxième paragraphe que la musique provenant de l’étage supérieur monta en puissance de plusieurs décibels. Il redoubla alors d’attention en focalisant toute son énergie mentale sur les caractères imprimés de la feuille. Mais tandis qu’il lisait tant bien que mal le début du troisième paragraphe, les rythmes de la batterie montèrent en puissance jusqu’à donner l’impression que l’on essayait de défoncer la porte du salon à grands coups de bélier. A partir de ce moment, les phrases inscrites sur la page se vidèrent de toute signification. Il y avait bien des signes tracés à l’encre noire, mais pour Auguste Bouton ceux-ci devinrent de simples formes qui ne voulaient plus rien exprimer à sa conscience.

            Dans un accès de colère, il posa brusquement le livre sur la table et se précipita vers la cuisine. Là, il saisit un balai et revint au salon. Choisissant un endroit où le plâtre était dur, il se mit à cogner au plafond avec le balai. Après avoir donné une dizaine de coups, il constata avec dépit que la musique résonnait toujours aussi fort. Essayant de se contrôler, il se laissa choir dans un fauteuil, le balai à la main. Quelques poignées de secondes suivirent puis il alla remettre l’ustensile ménager à sa place.

            De nouveau au salon, il choisit un disque de jazz sur une étagère et plaça celui-ci dans la chaîne hi-fi. Presque immédiatement les premières notes de saxophone se répandirent dans l’appartement. Cela rendait une étrange musique faite d’instruments à vent et de coups de batterie provenant de chez le voisin. Auguste Bouton appuya trois fois sur la touche + du volume, ce qui eut pour effet de transformer le son du saxophone alto en une sorte de baryton. La batterie déchaînée filtrant toujours du plafond, il donna trois nouvelles impulsions sur la touche + du réglage de volume. Cette fois-ci le saxophone ressemblait à un son provenant d’une grande caverne, un peu à la façon d’un monstre criant depuis les entrailles de la terre. Les vitres des meubles du salon se mirent à vibrer, comme à l’approche d’une secousse sismique. La batterie de la musique du voisin était à présent devenue inaudible.

 

            Dans sa cuisine, en train de faire la vaisselle, D. pensa : « mais ils sont devenus fous ! »

            Les fous en question étaient bien entendu les responsables de ce vacarme indescriptible qui parvenait aux oreilles de D. Elle finit de rincer ses verres et ses assiettes, puis enleva ses gants de caoutchouc. Elle sortit ensuite de l’appartement et alla sonner à la porte d’Auguste Bouton.

            Malgré l’insistance de D, la porte de son voisin de palier resta close. D’ailleurs, la musique de jazz recouvrait totalement le timide bruit de la sonnerie composé d’une succession de deux notes. Elle patienta tout de même quelques instants, avec l’espoir que son voisin avait peut-être entendu quelque chose. Mais après deux minutes qui lui parurent une heure, elle regagna son logis, désappointée.

            Afin de se détendre de ses émotions, elle se servit un grand verre de lait qu’elle but d’un trait. Sentant ses forces lui revenir, elle ne trouva pas mieux, pour oublier le boucan fait par les voisins, de mettre une cassette de son compositeur favori. Afin de couvrir la musique des voisins, elle poussa le volume jusqu’à huit sur une échelle de dix. Ayant laissé les fenêtres ouvertes pour aérer l’appartement, la mélodie s’entendait jusque de l’autre côté de la rue. Satisfaite, D. s’alluma une cigarette et s’installa confortablement sur le grand canapé. Elle n’entendit même pas la sonnette d’entrée qui carillonnait. M., un homme âgé habitant l’étage en-dessous et souffrant de malaises cardiaques, sonna à quatre reprises. Constatant que cela ne donnait aucun résultat, il se mit alors à cogner à la porte ; d’abord faiblement, puis progressivement de plus en plus fort. D. écrasa sa cigarette dans le cendrier et alla se servir un autre verre de lait. Furieux, M. rentra chez lui et mit le poste de radio à fond.

 

            Lorsque tout l’immeuble trembla sous l’effet des enceintes déchaînées qui distillaient diverses musiques, les voisins de la rue d’en face prirent la relève. D’appartement en appartement la musique se mit à gronder jusqu’à couvrir le bruit des voitures. Bientôt tout le quartier manifesta son mécontentement en poussant le volume de la sono. Puis les jeunes descendirent dans la rue avec leur appareil à musique portable. Sur les places publiques on commença à danser sous une gigantesque cacophonie musicale.

 

            Vingt minutes s’étaient écoulées lorsque le disque qu’Auguste Bouton écoutait arriva à sa fin. Il prit alors conscience du remue-ménage qui régnait au dehors et alla à la fenêtre du salon. Il fut surpris de voir la rue grouillante de monde et d’entendre un brouhaha composé d’une mosaïque de mélodies et de chants. La curiosité éveillée, il décida d’aller observer tout cela de plus près.

 

            Après s’être rapidement vêtu, il descendit les trois étages de l’immeuble et déboucha dans la rue. Sous le soleil de ce début d’été, des gens allaient et venaient tandis que d’autres se trémoussaient au son de la musique brésilienne qui émanait d’un gros appareil portable posé sur l’épaule d’un jeune homme marchant d’un pas lent. Auguste Bouton remonta la rue en direction de la place sur laquelle se rassemblaient souvent les jeunes gens. Tout le long du chemin jaillissait des fenêtres ouvertes des musiques disparates couvrant pratiquement tous les genres que cet art propose. Des portes d’entrée apparaissaient des flots continus de personnes, comme si les immeubles se vidaient tous au même moment. Cela faisait un peu penser au sable coulant par l’ouverture d’énormes silos. Sans interruption, les gens se pressaient dans la rue jusqu’à finalement totalement encombrer celle-ci. Bientôt obligé de jouer des coudes pour se frayer un chemin dans la foule, Auguste Bouton, par on ne sait quel hasard, se retrouva alors face à face avec son voisin du dessus. La colère étant passée, ils se dirent courtoisement bonjour tandis qu’à une fenêtre proche un enfant criait à sa mère : « Maman viens voir, il y a une fête ! »

 

 

 

29/09/2019

Soliflore 82 - (annulé)

 

 

Côtes d'Armor - Bretagne  (1).JPG

photo : cathy garcia canalès

 

 

 

"Vos préjugés sont vos fenêtres sur le monde.

Nettoyez-les de temps en temps, ou la lumière n’entrera pas."

 

Isaac Asimov

 

 

 

24/09/2019

Soliflore 81 - Marc Liênet

OSCAR PRUDHOMME 2019 Rue de la cathédrale 50x50 FB.jpg

Oscar Prudhomme - Rue de la Cathédrale - 2019

 

 

L’Être

 

L’être que tu penses être

Ne m’intéresse pas

Ou si peu

 

Je m’adresse plutôt à ce naïf

Que tu rabroues sans cesse

À cet idiot dans sa superbe

Qui continue d’alimenter

La flamme

 

Toi

Cela fait longtemps

Que tu es devenu rentable

 

Lui

L’autre toi-même

Dont tu ignores toujours le nom

Et qui croupit seul

Dans le cachot de ton cœur

Vibre encore

Sur la musique du monde

Entre tes rêves d’enfant

Et la tristesse

 

Toi

Le bourreau le tortionnaire

Toi l’esclave

Toi l’arrogant dans son costume

Toi la peur

 

Lui

L’amoureux le pendu

Lui la tendresse

Lui le poète à ses heures

A n’en pas douter

Lui mon ami

 

 

 

 

 

21/09/2019

Soliflore 80 - Mélanie Carron

 

PASSAGE

 

Pas.sage MélanieCarron.jpg

Cliquez sur l'image pour lire

 

 

 

 

 

 

 

03/07/2019

Soliflore 79 - Bernard B

Carnac Bernard B.jpg

photo de l'auteur

 

pause surréaliste – saison 2 (V)

 

sous les pavés de pierre de lune rousse c’est une plage de sable fin qui glisse entre les six doigts translucides de l’humanoïde aux mille souvenirs bien ancrés dans sa mémoire cache-cache où s’effleurent des corps célestes munis de lampes hallucinogènes où se bousculent des chimères sans queue ni tête où un quartet de soldats de plume sonne la charge en coulisse sous un ciel de cuivres sous une trompette de neige sous une averse de trombones à piston à double effet de surprise sous une grêle de croche-pieds sous un cyclone polaire de demi-tons en boîte de nuit sous un orage de notes piquées au vif du sujet de la phrase musicale que l’humanoïde claironne dans l’espoir du grand renversement des tables rondes en langue de bois non équitable dans l’espoir du grand effondrement de la tour infernale dans l’espoir d’un nouveau paradigme sans dogmes dans l’espoir de trouver sous les pavés de pierre de lune noire une plage de sable sans fin ni fond

 

https://bernardbblog.wordpress.com/

 

 

 

 

26/05/2019

Soliflore 78 - Pierre Melendez

 

 

Caroline Roméo (Pépite).jpg

©Caroline Roméo (Pépite)

 

 

 

Notes

 

Accroupie sur le balcon

elle fume une clope

penchée sur un carnet

de notes

des fa des sols des si

et elle fait comme si

elle ouvrait grand les portes

de l’inspiration

au dessus du sol

en quelque sorte

On lui a souvent dit

qu’elle chantait trop mal

alors elle écrit

dans un mode animal

avec des cris

des grognements

hululements

elle écrit comme elle ment

des poésies de pacotille

aux rimes qui brillent

 

 

 

24/05/2019

Soliflore 77 - Magali Fenoglio

 

L.T._n.jpg

photo ©L.T.

 

 

 

J'ai écrit
Beaucoup
Sur tout et n'importe quoi
Sur ma vie et n'importe qui
Et même sur toi, qui n'existait pas !
J'ai écrit
Parfois
Que la solitude c'était moche
Que ça ne baisait pas bien...
J'ai menti !
Je me suis menti
Tout ça pour quoi ?
Pour rentrer dans un moule beaucoup trop petit
Faire semblant de... Ne plus être soi...
Me perdre, me laisser aller
Me dégoûter de cette chose molle
Toute en douleur et sans joie
Que je suis devenue, 
Par choix !
Je n'en veux à personne
Même pas à moi, surtout pas à moi !
Et puis un jour tu le fais, tu te regardes
Pour de vrai !
Et en fait t'es juste morte, t'es plus folle !
Alors
Qu'il soit bon ou mauvais
J'ai fait un choix !

Et je sais
Je sais le mal que j' te fais !
Je la connais
Cette douleur
Cette rancœur
Cette envie de s'arracher cette merde 
Qui ressemble à un cœur !
Il paraît que l'amour ça n' dure pas
Ou que ça dure 3 ans...
Bien moins longtemps
Quand ce n'en est pas !
Mais j'ai choisi, 
J'ai choisi de me sauver, moi !

Et putain oui, Solitude t'es la plus belle des catins !
Et putain non, tu n'es pas moche et triste.
Tu es une salope en dessous de satin
Pas en blouse blanche qui pue le médecin légiste !
Tu as une odeur que je reconnais...
Tu sens le vent un soir d'été
Tu sens la forêt et la terre brûlée
Tu as ce goût sucré-salé
Qui dans ma bouche la salive fait monter
Tu as l'odeur et la saveur de ma liberté...

Alors non chérie, tu n'es pas laide, viens approche !
Tu me libères, tu me retournes 
Tu m' vides, tu m' fais les poches
J' deviens liquide... 
Flot ininterrompu coulant de mes doigts
Tu m' fais grimper comme jamais
Orgasmes trop longtemps contenus, oubliés
Explosent enfin autour de moi !
J'ai retrouvé l'envie, bordel !
J'ai retrouvé sur ma langue, le goût du miel
L'envie d'en écrire, l'envie de et je respire !

J'ai écrit
Beaucoup
Mais je n'ai jamais écrit dans l' tiède !
J'écris quand ça fait mal
Ou quand j'ai la dalle !
J'écris quand j'ai les yeux qui brillent
Ou quand tout part en vrille...
J'écris sur les murs, les trottoirs
Ou quand sonne l'heure des messes noires...
J'écris quand j'en crève
Ou quand j'en rêve...

Mais il reste une certitude
J'écrirai toujours avec Solitude.
A mes côtés ou ancrée en moi
Elle sera toujours là !
Alors je la laisse faire ce qu'elle veut
Et je la regarde s'emparer de mes mains
Elle me fouille, elle me fait du bien
Explosion au bord des yeux
Elle me souffle de ne plus me taire
Alors oui, je la laisse faire...
Écris putain ! Écris !
#Marie, elle s'est retrouvée et elle aime ça...
Écoute putain ! Elle rit !

 

 

https://www.facebook.com/Marie-Mad-Moi-SAiles-Perch%C3%A9...

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

22/05/2019

Soliflore 76 - Delphine Evano

 

 

 

©.jpg

photo ©Thomas Peschak  

 

 

nid

 

sans maîtriser plus ici que demain

le degré d'inclinaison de ton corps

 

comme un crabe aux pinces claires qui claque au ciel ses lucidités

ses ribambelle de pétards

 

tu rêves debout

 

 

Extrait de Des rives humaines

 

 

 

 

 

15/04/2019

Soliflore 75 - Grégory Pichot

 

Magnétisme du large,.jpg

photo de l'auteur

 

 

Magnétisme du large, lanières vives,

cristallines, émouvantes fibreuses

Danses du bord de mer

frivolités, petits airs et bon cœur

Ondes, phases lunaires

Il suffirait de vagues  

pour me faire vivre — un jour de plus

D'une lumière — même plus frêle,

 sur les épaules

Loge solaire, eaux primordiales

Tout est matière qui se veut songe,

lumière réémise — Oubli

Point d'ultime cendre,

mais rumeur et ressac

Vagues de l'humilité

brisées aussitôt que bâties

Toujours ce même sentiment

de majesté tragique et futile

Splendeur se dérobe,

où je me devais d’être

Présent qui ne cesse d’être

Coulée pleine, interdépendances

préciosité des sens

 

 

 

 

 

13/01/2019

Soliflore 74 - Adrien Braganti

 

 

 andrew_wyeth_winter_carnival.jpg

© Andrew Wieth

 

 

 

Chambre avec vue

 

Les marmots se défoulaient près des chaudières

Et se roulaient dans les poussières du dernier cercle.

Leur dos déjà voûté supportait leurs ascendants

Dont un pied s'engouffrait en enfer,

L'embonpoint aidant.

La poésie respirait dans le souffle

Des quelques épouvantails encore debout

Et l'hiver esquissait des mots étranges

Dans les couches des premières neiges.

La beauté du songe et l'amour pour l'amour

Surplombaient l'arrière boutique de nos carrières.

 

 

 

Extrait de son premier recueil, Le Ventre de l'hiver, Editions Prem'Edit, à paraître en 2019

  D'autres textes disponibles sur la revue en ligne Le Capital des mots

http://www.le-capital-des-mots.fr/2018/05/le-capital-des-...

 

 

 

 

 

 

 

17/12/2018

Soliflore 73 - Philippe Martinez

 

 

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Pieter Brueghel dit l'Ancien

 

 

 

deuxième des lyres

 

                                     

                                        j’ai égaré des émotions

                                        que tu trouverais nécessaires

                                        je ne sais plus à quoi ça sert

                                        ce paquet de vaines passions

                             j’ai abandonné même la FIERTÉ

                             je dois dire que j’en ai presque honte

                             au dernier soupir  je ferai le compte

                             être fier de quoi ?   qui peut m’expliquer ?

                                              se sentir content     ça ne suffit pas ? 

                                              la fierté   c’est la médaille inutile

                                              l’expansion du soi  - orgueil imbécile !

                                              manquer de confiance aggrave son cas

                  j’ai plongé dans un lac par un hiver très rude

                  pour sauver ces gens qui coulaient dans leur voiture

                  j’ai pu les ramener     gratifiante aventure

                  -    mais pas question de célébrer mon attitude 

                  j’ai fait ce que j’ai fait   un secours immédiat

                  il faudrait des lauriers      une couronne d’or ?

                  un simple sourire est le plus charmant trésor

                  ce serait largement assez  -  restons-en là !

                                        une histoire de réussite

                                        et la fatuité du vainqueur

                                        arborer de nobles couleurs

                                        jouer le paon     plein de « mérite »

                                        est-ce vraiment ce que l’on veut ?

                                        où avez-vous mis la tendresse ?

                                        nous aider est notre richesse

                                        nous aimer est notre seul vœu

                           certains sont fiers    dit-on    d’être nés quelque part

                           mais ils n’y sont pour rien !     qui pourra le leur dire ?

                           d’autres    de leur projet  -  s’ils ont pu l’accomplir

                           c’est que leur santé leur a offert ce pouvoir

                           ou peut-être la chance  -  on peut les applaudir

                           c’est leur son favori    bravo pour leurs efforts

                                                   ils veulent notre accord

                                                      tout cela fait sourire

                                       être fier de ce que tu as réalisé

                                       c’est d’abord t’occuper des choses du passé

                                       mais pas de celui-ci   -   du passé répété

                                       qui tourne sans arrêt dans son éternité

                                  ça a commencé quand ?   il n’y a pas de date

                                  les faits ont bossué un parcours infini

                                  que tu ne peux que suivre     au soleil    dans la nuit

                                  maintenant ou avant  -  la frontière est étroite

                                             et tu vas te vanter d’une splendeur antique ?

                                             ça semble dérisoire     on n’y comprendrait rien

                                             il faudrait accepter cet incroyable point :

                                             être fier mille fois  pour une chose unique

                                                             ce serait trop

                                                             dédain stupide

                                                             mépris sordide

                                                             qui sonnent faux

                                                        si tu joues ce jeu

                                                        avançant dans l’ombre

                                                        calculant ton nombre

                                                        de gestes glorieux

                                                        tu vas t’aveugler

                                                        sans t’en rendre compte

                                                        et même la honte

                                                        devra te laisser

                      il faut que tu te reconnaisses

                      que tu poses sur la balance

                      l’image de ton excellence

                      ET tes faiblesses  -  tes prouesses

                      les plateaux cherchent l’équilibre

                      aide-les  -  tu en es capable

                      jette tes cartes sur la table

                      il ne tient qu’à toi d’être libre

                                non      je ne suis pas fier    je suis parfois content

                                où donc est mon pouvoir ?    il a dû disparaître

                                je ne le cherche pas    je refuse tout maître

                                respirer calmement me semble suffisant

                                                vivre profondément

                                             toujours prêt à renaître

 

extrait de l'ensemble "Le son des lyres"

 

 

 

 

 

 

20/09/2018

Soliflore 72 - Jean Marc Farge

 

 

DSC_0697.JPG

(c)photo de l'auteur

 

 

Aimer

 

La femme est un Temple,

Un lieu sacré à l'image de l'univers,

Un lieu de don de vie, de lumière.

Tu m'as donné un pouvoir

Celui de dédicacer ce sanctuaire.

 

C'est en toute liberté que je te voue un culte,

Sans liturgie, car tout se crée dans l'instant.

Rien n'est enfermé dans un cadre imposé

L'amour ne peut être emprisonné,

Il vit et se nourrit de chaque instant.

 

La vie triomphera de tout si nous y croyons,

Elle est pureté comme l'aurore naissante.

Le corps devient une oreille qui écoute l'âme,

Invite-moi au banquet des futures épousailles.

 

L'absolu du désir ne peut être violence

Il est cette juste certitude qui régit tout.

Cette vérité que l'homme cherche tant

Se situe dans son exacte liberté de conscience.

 

Allons là où se situe ce secret qui nous anime

Le reconnaître, c'est soulager son cœur.

 

 

 

11/09/2018

Soliflore 71 - Hubert Boisselier

 

ALVARO SANCHEZ.jpg

(c)Alvaro Sanchez

 

 

Tu n'as pas d'empreinte 

Hormis la cendre 

Pas de nom 

Excepté celui hurlé entre les dents dont tu es né 

- L'injure de l'oubli dans ta gorge 

Fore un puits de lave dans ta poitrine 

Mais il faut bien s'empreindre d'un avenir - 

Tu n'as de nom que celui écrit par dessus 

Le tien le leur a eux qui t'appelaient 

Par ce nom hurlé entre les dents 

Qui devaient te déchirer 

Dont tu devais mourir 

 

Pas trace de toi avant que tu t'imprimes 

Sur les murs et les pages et les écrans 

Avant que tu détournes les voies toutes tracées 

Par ton nom et ceux qui te nommaient alors 

Vers d'autres lieux vers d'autres corps

 

Tu n'as d'empreintes 

Que dans la cendre de qui tu fus 

De qui tu fuis en lui fermant les yeux 

Le laissant vivre de son aveuglement 

Dans cet ailleurs qui fut toi 

 

 

 

Soliflore 70 - Xavier Monloubou

 

 

pour Soliflores - la paix. Xavier Monloubou.jpg

photo de l'auteur

 

la paix.

elle mue d’arbre en arbre. apparition enlacée au cuivre du soleil. d’une marche lente. jamais à l’abri. majesté venue d’ailleurs. mal de rêveur, son agenda toujours ouvert. contre la pierre entrebâillée qui traîne sous la pluie. son brouillon épuisé de ville. ce quelque chose dans le pain. elle sauvera l’autre rêveur. qu’elle impose. au rythme de l’invisible ciel qui respire l’onde blonde, la présence, le geste libre. elle, la paix. elle anime le « i » d’aimer. se déporte avec le pollen et le vent. part encensée. passage secret. pour nous trouver enfin.

 

 

 

 

 

 

 

09/09/2018

Soliflore 69 - Patrice Blanc

 

alison scarpulla-02.jpg

(c)Alison Scarpulla

 

 

vagabond,

le sommeil flirtait avec la mort

crises justes, aiguisées

 

 

chose des morts

dans l’enfer des buissons !

 

 

images cuites des mots,

étoiles baignées d’ivresse…

 

 

les mots sucent  la poussière

la bête approche

sur le sentier du dire

 

elle flanne

jusqu’au repère du poème

 

 

 

(…)

 

les nerfs besognent en terre de douleur

champs malades

 

l’existence use le poème

 

ailleurs,

mêmes les rêves meurent…

 

 

 

 

un sommeil rouillé

un mort lave la nuit

 

les flaques cassantes

du ciel

drainent les falaises

 

au hasard des pierres…

 

 

 

05/09/2018

Soliflore 68 - Patrick Le Divenah

 

P.Le Divenah illustration café 2 (Nouv.Délits) 001.jpg

illustration de l'auteur

 

 

café  2

 

claque aux doigts

fringué de sa dégaine

 

coup d'œil qui délimite le territoire

 

claque la commande

 

se jette un verre

rituel

 

claque la langue

 

coude affirmé

billet désinvolte sur le comptoir

 

claque le fric

 

main qui s’impose paternaliste

droit de cuissage

claque la cuisse

 

le pas irrémédiable qui doit laisser un vide

 

claque la porte

 

 

 

Patrick Le Divenah a illustré le n°56 de la revue

http://larevuenouveauxdelits.hautetfort.com/archive/2016/...

 

 

 

Soliflore 67 - Laurence Skivée

 

 

 

La Roche-en-Ardenne, LS août 2018.jpeg

(c)photo de l'auteur - La Roche-en-Ardenne, août 2018

 

 

   Revenir à la source

 

    Lumière pure             entre les plus hautes déchirures

 le vent      la pluie         la liberté

        le chant         et le silence

          mon beau pays

         de joie

 

 

 

         www.laurenceskivee.be

 

 

 

 

04/09/2018

Soliflore 66 - Antoine Durin

 

 

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Dieter Appelt - self-portrait - 1978

 

 

Le miroir te renvoie
des rides nouvelles
qui s’accentuent
avec ton sourire benêt.

Que s’est-il passé
pendant ton sommeil ?

Tu avais pourtant mis
une crème de nuit
dans le gouffre
de tes angoisses…

 

 

 

 

01/09/2018

Soliflore 65 - Pierre J. Niedergang

 

lucile lert.jpeg

(c)Lucile Lert

 

 

Attaqué de tous les côtés, 

Je suis une pile

d’accablement 

étoile d’un filant

manque d’espoir

un dévorant

dévoré.

Mais je l’ai dit à votre juge, 

amoureux.

J’ai répété, j’ai crié 

la secousse

l’ouverture

qui m’habitait.

J’ai tenté la suturation,

J’ai même voulu écrire,

mais je ne suis pas un graveur de roche 

Je suis une fumée habile

qui vibre

de toutes parts.

Je ne suis pas un fluide, un flux,

je ne coule pas.

Je suis une fumée en vibration 

en expansion.

Mais tu m’assièges, 

tu m’assènes

que la porte est fermée 

et les clés, perdues

dans un lointain futur; 

que nous sommes

une prison en démolition

 

pniedergang@gmail.com

 

 

30/08/2018

Soliflore 64 - Anne B.

 

 

L'Absence  Raphaël Fournier.jpg

 (c)Raphaël Fournier

 

 

L’ABSENCE

 

L’absence,

C’est une part de nous

Qu'on a éprouvé dans l’autre

Et qui se respire sans visage

L’absence,

C’est une veine

Qui se frotte à notre démouillée

C’est cet absurde grillé par l'absolu

De vouloir tout garder et grandir

Dans notre fragilité

L’absence,

C’est le satin de la branche

De nos racines

Où l’on ne voudrait que la cambrure

Sans la surface dessoudée

L’absence,

C’est ce voile

Qui trempe notre encre dans sa chair

L’absence,

C’est la terre brouillée

A l’indélébile de notre présent

L’absence,

C’est cette bulle couchée

Aux larmes épuisées de la nuit

L’absence,

C’est cette promesse que le buvard

Se remplira à nouveau

Dès l’aube de sa rosée

L’absence,

C’est ce miroir

Où le cœur se fond dans ses graines

De toiles de silence.

 

 

https://www.facebook.com/Anne.B.SOLEIL/

 

Soliflore 63 - Jean Piet

 

 

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(c) Séverine Portejoie

 

 

Sagesse

 

 Elle s'assied au pied d'un chêne centenaire,

Hume l'odeur du temps, fumant sa pipe en bois,

Fait bruisser  les feuilles rouges entre ses doigts

Lève les bras, enlace le ciel salutaire.

 

Elle est le loup solitaire sur son rocher,

Celui veillant sur la meute juste en dessous.

La sagesse est le fil du temps, l'eau, ses remous,

Le ruisseau qui connait la mer et ses dangers.

 

Elle est dans le souffle du vent, dans les embruns,

Parfume les soupes, le pain des pauvres gens,

Dîne à la table sans nappe des indigents,

Puis, calme les colères de ceux qui ont faim.

 

Vous la trouverez au creux d'un arbre pourri,

Dans les pommes vertes, dans votre potager,

Dans les  cimetières, au détour d'une allée,

Vous parlant de la mort, mais surtout de la vie.

 

https://www.facebook.com/jean.piet1967/

 

 

 

29/08/2018

Soliflore 62 - Frédéric Vitiello

 

 

Christian HALNA DU FRETAY .gif

Christian Halna du Fretay

 

 

Prendre le parti du large

sans étroitesse ni a priori

Espérer la tempête

pour se hisser sur la pointe de l’eau

à flux tendu

Braver le ciel

les navires conquérants

et préférer toujours

au monde de terre

les horizons moqueurs

 

http://fredericvitiello.hautetfort.com

 

 

 

 

Soliflore 61 - Charles Orlac

 

 

 

Cézanne.jpg

Cézanne - La montagne Sainte-Victoire

 

 

 À celle qui

 Verse l’eau fertile sur les sables de la nuit

Qui barre la route aux vaines encyclopédies

 

 À celle des

 Restanques lézardées sous l’effort de mémoire

Celles des

 Villages perchés jeunes filles ou grand-mères loquaces

Leurs collines en marche vers des golfes rutilants

 

 À celle des

 Oiseaux prénommés de couleurs

Des ravines calcinées et leur bouche plus grave

Celle des

Portraits d’anonymes sous la plume désennuyée

Quand la pensée en panne se cherche un vocabulaire

Celle qui

Souligne les crêtes arpégées d’une glorieuse brume

 

 À celle des

Parapluies emmurés qui désamorce les malheurs

Qui rapatrie dans leur brousse

Les taxis aux cœurs embouteillés

Celle qui

Rive les ciels nocturnes de réverbères-pleines lunes

Pour tous les mécréants qui craignent

Un jour de les voir s’écraser

 

 À celle des

Abris-bus aux sans-abris parasités de matins clairs

Parasités du luxe de l’espoir

 À celle qui

Revêt le vent de pardons jaunissants

Quand sous la porte il glisse paupières mi-closes

Celle qui

Garde-barrière se soulève

Quand passent les soleils couchants

 

  À celle des

 Volontés puissantes, des barrages défiant les montagnes

Celle des

Garrigues hiérarchisant les parfums les heures

Celle des

Après-midi incendiés de crépitements d’insectes

 

 À celle qui

Écosse les jours et les délie de leur fil spatiotemporel

Celle des

Balustrades-belvédères où s’arrête la parole

Où le regard vient à nouveau tout unifier tout simplifier

Pour mieux partager l’éternité ainsi retrouvée

 

 À celle qui

 Coule l’horloge de cire dans nos cerveaux flottants

 

extrait de Vie d'origami et autres pliages (Édilivre)

 

https://www.facebook.com/CharlesOrlac/

 

 

 

 

 

29/07/2018

Soliflore 60 - Anne Perrin

 

chaleur image.jpg

(photo de l'auteur)

 

 

Chaleur suave et étrangeté de ce soir en pointillé
où rôdent les épaves. Que les yeux se plissent
aux immondices, que l'écarlate jaillisse
à l'horizon-délice.

Fais-moi silence pour ne plus voir l'orage et sa robe de plage,
fais-moi absence.

Retenons merveilles aux creux de l'océan,
sablons les courants des étoiles-vermeil

Et d'un ciel de feu, nous peindrons
les oraisons des nouveaux dieux.

 

 

 

21/07/2018

Soliflore 59 - Sébastien Cochinard

La Lavandière Toulouse-Lautrec.jpeg

Toulouse-Lautrec - La blanchisseuse, Rosa

 

 

je ne t’idéalise pas
d’une glaise de mots je sculpte ton retard
je vais t’inverser de couleurs
peau rousse et cheveux lactés d’alpaline
ta langue de feldspath marouflant l’espace de nos bouches
d’un millefeuilles la mienne ruant aux flux de tes secousses
à l’oraison de tes jambes
le rougeoiement des estrans
l’incendie joint à ses couleurs
ta langue de victoire des rapides du monde
ton sexe mont-cratère gorgé de cerises racines
beau de son ignorance pour l’ardeur du jour
pour la cannelle de tes yeux
pour le pluriel ovni de ton regard
belle d’inassouvance
pour ton gypse gitan dont je ne sais la saveur

 

https://www.facebook.com/scochinard

 

 

 

 

30/04/2018

Soliflore 58 - Pierre Aurélien Delabre

 

Ernest Pignon-Ernest  Pasolini portant sa propre dépouille  prise à quelques pas de Campo dei Fiori, Roma par Pierre Aurélien delabre..jpg

 

catania

 

j’arrive à catania

mais mon cœur est souillé

hésitant

à l’heure de vivre simplement

 

et tout dans ma vie

à ce goût de l’indifférence sordide

 

mais j’arrive a catania

qui m’invite à jeter

un verre d’eau fraiche sur mes regrets

 

pas envie de rire

pas envie de jouir

je tiens trop à mes regrets

 

et je tisse un monde

où même les ombres doutent de leurs effets

 

 

photo prise par l'auteur :

Ernest Pignon-Ernest Pasolini portant sa propre dépouille prise à quelques pas de Campo dei Fiori, Roma

 

 

 

 

 

14/02/2018

Soliflore 57 - Ivan Pozzoni

 

La ballade.jpeg

La ballata del Fantozzi -  Paolo Villaggio

 

 

BALLATA DEGLI INESISTENTI

 

Potrei tentare di narrarvi

al suono della mia tastiera

come Baasima morì di lebbra

senza mai raggiunger la frontiera,

o come l’armeno Méroujan

sotto uno sventolio di mezzelune

sentì svanire l’aria dai suoi occhi

buttati via in una fossa comune;

Charlee, che travasata a Brisbane

in cerca di un mondo migliore,

concluse il viaggio

dentro le fauci di un alligatore,

o Aurélio, chiamato Bruna

che dopo otto mesi d’ospedale

morì di aidiesse contratto

a battere su una tangenziale.

 

Nessuno si ricorderà di Yehoudith,

delle sue labbra rosse carminio,

finite a bere veleni tossici

in un campo di sterminio,

o di Eerikki, dalla barba rossa, che,

sconfitto dalla smania di navigare,

dorme, raschiato dalle orche,

sui fondi d’un qualche mare;

la testa di Sandrine, duchessa

di Borgogna, udì rumor di festa

cadendo dalla lama d’una ghigliottina

in una cesta,

e Daisuke, moderno samurai,

del motore d’un aereo contava i giri

trasumanando un gesto da kamikaze

in harakiri.

 

Potrei starvi a raccontare

nell’afa d’una notte d’estate

come Iris ed Anthia, bimbe spartane

dacché deformi furono abbandonate,

o come Deendayal schiattò di stenti

imputabile dell’unico reato

di vivere una vita da intoccabile

senza mai essersi ribellato;

Ituha, ragazza indiana,

che, minacciata da un coltello,

finì a danzare con Manitou

nelle anticamere di un bordello,

e Luther, nato nel Lancashire,

che, liberato dal mestiere d’accattone,

 fu messo a morire da sua maestà britannica

nelle miniere di carbone.

 

Chi si ricorderà di Itzayana,

e della sua famiglia massacrata

in un villaggio ai margini del Messico

dall’esercito di Carranza in ritirata,

e chi di Idris, africano ribelle,

tramortito dallo shock e dalle ustioni

mentre, indomito al dominio coloniale,

cercava di rubare un camion di munizioni;

Shahdi, volò alta nel cielo

sulle aste della verde rivoluzione,

atterrando a Teheran, le ali dilaniate

da un colpo di cannone,

e Tikhomir, muratore ceceno,

che rovinò tra i volti indifferenti

a terra dal tetto del Mausoleo

di Lenin, senza commenti.

 

Questi miei oggetti di racconto 

fratti a frammenti di inesistenza

trasmettano suoni distanti

di resistenza.

 

[Scarti di magazzino, 2013]

 

 *

 

BALLADE DES INEXISTANTS

 

Je pourrais tenter de vous conter

au son de mon clavier

comment Baasima mourut de la lèpre

sans jamais atteindre la frontière,

ou comment l’arménien Méroujan

sous un flottement de demi-lunes

sentit s’évanouir l’air de ses yeux

jetés dans une fosse commune;

Charlee, qui transvasée à Brisbane

en quête d’un monde meilleur,

conclut le voyage

dans la gueule d’un alligator,

ou Aurélio, nommée Bruna

qui après huit mois d’hôpital

mourut de sidaïe contractée

après s’être battu sur un périphérique.

 

Personne ne se rappellera Yehoudith,

ses lèvres rouges carmin,

effacées à boire des poisons toxiques

dans un camp d’extermination,

ou Eerikki, à la barbe rouge, 

vaincu par l’agitation des flots,

qui dort, récuré par les orques,

sur les fonds de quelque mer;

la tête de Sandrine, duchesse

de Bourgogne entendit la rumeur de la fête

en tombant de la lame d’une guillotine

dans un panier

et Daisuke, samurai moderne,

comptait les tours du moteur d’un avion 

transcendant un geste de kamikaze en harakiri.

 

Je pourrais rester à raconter

dans la chaleur étouffante d’une nuit d’été

comment Iris et Anthia, enfants spartiates

difformes furent abandonnées,

ou comment Deendayal creva de privations

imputables au crime unique

de vivre une vie de paria

sans jamais s’être rebellé;

Ituha, fille indienne,

menacée d’un couteau,

qui finit par danser avec un Manitou

dans l’antichambre d’un bordel

et Luther, né dans le Lancashire

libéré du métier de mendiant,

et forcé de mourir par sa majesté britannique

dans les mines de charbon.

 

Qui se souviendra d’Itzayana,

et de sa famille massacrée

dans un village aux marges du Mexique

par l’armée de Carranza en retraite,

et quoi d’Idris, africain rebelle,

assommé de chocs et de brûlures

alors qu’indompté par la domination coloniale,

il tâchait de voler un camion de munitions;

Shahdi vola haut dans le ciel

au-dessus des hampes de la révolution verte,

atterrissant à Téhéran, les ailes déchiquetées

par un coup de canon,

et Tikhomir, maçon tchétchène,

s’abîma devant les visages indifférents

sur la terre du toit du Mausolée

de Lénine, sans commentaires.

 

Des objets de récit

fractures aux fragments d’inexistence

qui transmettent des sons lointains

de résistance.

 

   [Déchets de magasin, 2013]

 

traduction de Pierre Lamarque

 

 

https://independent.academia.edu/IvanPozzoni

 

 

 

 

 

 

 

 

26/12/2017

Soliflore 56 - Maxime Deprick

 

 

 Edward Hopper Chop suey, 1929.jpg

Edward Hopper - Chop suey, 1929

 

 

Le peintre de la terrasse

 

Je suis le peintre de la terrasse. Celui qui voit les gens à travers les culs de verres. Celui qui trompe son crayon dans les couleurs de la ville tentaculaire. L’aube et le crépuscule forment ma parenthèse. Avant, après, je disparais. Pendant, j’esquisse, je gribouille, je trafficote, je brouillonne, je mange des cacahuètes et j’observe.

J’observe tout, surtout les bouches. Une bouche guimauve, une bouche bavasse, une bouche pincée, une autre relâchée, encore une bouche triste, beaucoup de bouches tristes ces temps-ci. La bouche, c’est un peu comme le dernier tiroir de la commode, là où on planque son histoire : malléable au fil des récits mais jalonnée de faits essentiels à sa construction. La bouche, c’est la juxtaposition de toutes ces photos du dernier tiroir de la commode. C’est un aboutissement et une cacophonie. Une halle de marché et un grenier rongé aux mites. Et c’est ce que je dessine, la bouche et son histoire. Je m’assieds sur une terrasse chauffée et j’attends que les perles multicolores jaillissent de l’antre aux contes sans fin. Et alors j’esquisse, je gribouille, je trafficote et je brouillonne. Et je mange des cacahuètes. Mon vocabulaire se définit par les formes de ces perles : un elle, un lui, un on, un toujours, un jamais, un éclair, une madeleine ou un verre de cognac. Et parfois, j’ajoute un nuage.

Ça fait beau un nuage entre mes formes, ça fait respirer le dessin. J’ai tout un répertoire de nuages. Pour les colériques, il y a le nuage gros et gris, porteur de pluie et de remords que je dessine toujours en deux parties. Pour les amoureux, il y a le nuage duveteux, léger, effleuré par le soleil ; le nuage rose et violet, bleu et doré. Pour les simples d’esprits, il y a le nuage-mouton qui me plaît parce qu’il me dit que le ciel est toujours une cour de récré. Et puis, pour les gens importants, il y a le nuage pet-de-lapin, le nuage qu’on ose pas assumer, comme si on ne pouvait plus faire des nuages qu’on fumant des cigarettes à la pause. Et on s’efforce de faire le plus de nuages possible, mais le seul qu’on fait vraiment, c’est le nuage pet-de-lapin quand une fois par jour ou par semaine peut-être, on se permet de rigoler de quelque chose qui est drôle, et pas de quelque chose qui est triste. Pour les enfants, je fais quasiment que des nuages, mais dans ce cas, les formes sont des nuages, aussi grand, aussi colorés, aussi variés que les perles de leur imagination, quand par exemple ils expliquent avec leurs mots qu’ils ont vu une fée, une vraie, avec des ailes et qu’elle brillait, et que même s’ils l’ont pas vu longtemps, ils l’ont vu tout de même et maintenant plus de doute, les fées existent bien. Ou quand ils ont vu un gros monsieur se moucher avec un bruit de tonnerre et que le monsieur a regardé dans son mouchoir avant de le ranger, et qu’ils trouvent ça dégoûtant, mais qu’en cachette de leurs parents, ils t’en gobent une en passant, ni vu ni connu.

Je suis le peintre de la terrasse et je m’amuse de leurs vices, de leurs vertus, comme d’une araignée aux poils si longs qu’elle trébuche sans cesse et forme des lambeaux de toile le long de son logis – comme d’un monstre extraordinaire et malicieux, qui entre sans frapper dans vos rêves de vies sérieuses et n’en ressort que lorsque le tour est joué. J’interroge alors mon araignée : Tisse-perle, quel est mon nuage aujourd’hui ?

 

https://www.facebook.com/Mezimezak/