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14/02/2018

Soliflore 57 - Ivan Pozzoni

 

La ballade.jpeg

La ballata del Fantozzi -  Paolo Villaggio

 

 

BALLATA DEGLI INESISTENTI

 

Potrei tentare di narrarvi

al suono della mia tastiera

come Baasima morì di lebbra

senza mai raggiunger la frontiera,

o come l’armeno Méroujan

sotto uno sventolio di mezzelune

sentì svanire l’aria dai suoi occhi

buttati via in una fossa comune;

Charlee, che travasata a Brisbane

in cerca di un mondo migliore,

concluse il viaggio

dentro le fauci di un alligatore,

o Aurélio, chiamato Bruna

che dopo otto mesi d’ospedale

morì di aidiesse contratto

a battere su una tangenziale.

 

Nessuno si ricorderà di Yehoudith,

delle sue labbra rosse carminio,

finite a bere veleni tossici

in un campo di sterminio,

o di Eerikki, dalla barba rossa, che,

sconfitto dalla smania di navigare,

dorme, raschiato dalle orche,

sui fondi d’un qualche mare;

la testa di Sandrine, duchessa

di Borgogna, udì rumor di festa

cadendo dalla lama d’una ghigliottina

in una cesta,

e Daisuke, moderno samurai,

del motore d’un aereo contava i giri

trasumanando un gesto da kamikaze

in harakiri.

 

Potrei starvi a raccontare

nell’afa d’una notte d’estate

come Iris ed Anthia, bimbe spartane

dacché deformi furono abbandonate,

o come Deendayal schiattò di stenti

imputabile dell’unico reato

di vivere una vita da intoccabile

senza mai essersi ribellato;

Ituha, ragazza indiana,

che, minacciata da un coltello,

finì a danzare con Manitou

nelle anticamere di un bordello,

e Luther, nato nel Lancashire,

che, liberato dal mestiere d’accattone,

 fu messo a morire da sua maestà britannica

nelle miniere di carbone.

 

Chi si ricorderà di Itzayana,

e della sua famiglia massacrata

in un villaggio ai margini del Messico

dall’esercito di Carranza in ritirata,

e chi di Idris, africano ribelle,

tramortito dallo shock e dalle ustioni

mentre, indomito al dominio coloniale,

cercava di rubare un camion di munizioni;

Shahdi, volò alta nel cielo

sulle aste della verde rivoluzione,

atterrando a Teheran, le ali dilaniate

da un colpo di cannone,

e Tikhomir, muratore ceceno,

che rovinò tra i volti indifferenti

a terra dal tetto del Mausoleo

di Lenin, senza commenti.

 

Questi miei oggetti di racconto 

fratti a frammenti di inesistenza

trasmettano suoni distanti

di resistenza.

 

[Scarti di magazzino, 2013]

 

 *

 

BALLADE DES INEXISTANTS

 

Je pourrais tenter de vous conter

au son de mon clavier

comment Baasima mourut de la lèpre

sans jamais atteindre la frontière,

ou comment l’arménien Méroujan

sous un flottement de demi-lunes

sentit s’évanouir l’air de ses yeux

jetés dans une fosse commune;

Charlee, qui transvasée à Brisbane

en quête d’un monde meilleur,

conclut le voyage

dans la gueule d’un alligator,

ou Aurélio, nommée Bruna

qui après huit mois d’hôpital

mourut de sidaïe contractée

après s’être battu sur un périphérique.

 

Personne ne se rappellera Yehoudith,

ses lèvres rouges carmin,

effacées à boire des poisons toxiques

dans un camp d’extermination,

ou Eerikki, à la barbe rouge, 

vaincu par l’agitation des flots,

qui dort, récuré par les orques,

sur les fonds de quelque mer;

la tête de Sandrine, duchesse

de Bourgogne entendit la rumeur de la fête

en tombant de la lame d’une guillotine

dans un panier

et Daisuke, samurai moderne,

comptait les tours du moteur d’un avion 

transcendant un geste de kamikaze en harakiri.

 

Je pourrais rester à raconter

dans la chaleur étouffante d’une nuit d’été

comment Iris et Anthia, enfants spartiates

difformes furent abandonnées,

ou comment Deendayal creva de privations

imputables au crime unique

de vivre une vie de paria

sans jamais s’être rebellé;

Ituha, fille indienne,

menacée d’un couteau,

qui finit par danser avec un Manitou

dans l’antichambre d’un bordel

et Luther, né dans le Lancashire

libéré du métier de mendiant,

et forcé de mourir par sa majesté britannique

dans les mines de charbon.

 

Qui se souviendra d’Itzayana,

et de sa famille massacrée

dans un village aux marges du Mexique

par l’armée de Carranza en retraite,

et quoi d’Idris, africain rebelle,

assommé de chocs et de brûlures

alors qu’indompté par la domination coloniale,

il tâchait de voler un camion de munitions;

Shahdi vola haut dans le ciel

au-dessus des hampes de la révolution verte,

atterrissant à Téhéran, les ailes déchiquetées

par un coup de canon,

et Tikhomir, maçon tchétchène,

s’abîma devant les visages indifférents

sur la terre du toit du Mausolée

de Lénine, sans commentaires.

 

Des objets de récit

fractures aux fragments d’inexistence

qui transmettent des sons lointains

de résistance.

 

   [Déchets de magasin, 2013]

 

traduction de Pierre Lamarque

 

 

https://independent.academia.edu/IvanPozzoni

 

 

 

 

 

 

 

 

26/12/2017

Soliflore 56 - Maxime Deprick

 

 

 Edward Hopper Chop suey, 1929.jpg

Edward Hopper - Chop suey, 1929

 

 

Le peintre de la terrasse

 

Je suis le peintre de la terrasse. Celui qui voit les gens à travers les culs de verres. Celui qui trompe son crayon dans les couleurs de la ville tentaculaire. L’aube et le crépuscule forment ma parenthèse. Avant, après, je disparais. Pendant, j’esquisse, je gribouille, je trafficote, je brouillonne, je mange des cacahuètes et j’observe.

J’observe tout, surtout les bouches. Une bouche guimauve, une bouche bavasse, une bouche pincée, une autre relâchée, encore une bouche triste, beaucoup de bouches tristes ces temps-ci. La bouche, c’est un peu comme le dernier tiroir de la commode, là où on planque son histoire : malléable au fil des récits mais jalonnée de faits essentiels à sa construction. La bouche, c’est la juxtaposition de toutes ces photos du dernier tiroir de la commode. C’est un aboutissement et une cacophonie. Une halle de marché et un grenier rongé aux mites. Et c’est ce que je dessine, la bouche et son histoire. Je m’assieds sur une terrasse chauffée et j’attends que les perles multicolores jaillissent de l’antre aux contes sans fin. Et alors j’esquisse, je gribouille, je trafficote et je brouillonne. Et je mange des cacahuètes. Mon vocabulaire se définit par les formes de ces perles : un elle, un lui, un on, un toujours, un jamais, un éclair, une madeleine ou un verre de cognac. Et parfois, j’ajoute un nuage.

Ça fait beau un nuage entre mes formes, ça fait respirer le dessin. J’ai tout un répertoire de nuages. Pour les colériques, il y a le nuage gros et gris, porteur de pluie et de remords que je dessine toujours en deux parties. Pour les amoureux, il y a le nuage duveteux, léger, effleuré par le soleil ; le nuage rose et violet, bleu et doré. Pour les simples d’esprits, il y a le nuage-mouton qui me plaît parce qu’il me dit que le ciel est toujours une cour de récré. Et puis, pour les gens importants, il y a le nuage pet-de-lapin, le nuage qu’on ose pas assumer, comme si on ne pouvait plus faire des nuages qu’on fumant des cigarettes à la pause. Et on s’efforce de faire le plus de nuages possible, mais le seul qu’on fait vraiment, c’est le nuage pet-de-lapin quand une fois par jour ou par semaine peut-être, on se permet de rigoler de quelque chose qui est drôle, et pas de quelque chose qui est triste. Pour les enfants, je fais quasiment que des nuages, mais dans ce cas, les formes sont des nuages, aussi grand, aussi colorés, aussi variés que les perles de leur imagination, quand par exemple ils expliquent avec leurs mots qu’ils ont vu une fée, une vraie, avec des ailes et qu’elle brillait, et que même s’ils l’ont pas vu longtemps, ils l’ont vu tout de même et maintenant plus de doute, les fées existent bien. Ou quand ils ont vu un gros monsieur se moucher avec un bruit de tonnerre et que le monsieur a regardé dans son mouchoir avant de le ranger, et qu’ils trouvent ça dégoûtant, mais qu’en cachette de leurs parents, ils t’en gobent une en passant, ni vu ni connu.

Je suis le peintre de la terrasse et je m’amuse de leurs vices, de leurs vertus, comme d’une araignée aux poils si longs qu’elle trébuche sans cesse et forme des lambeaux de toile le long de son logis – comme d’un monstre extraordinaire et malicieux, qui entre sans frapper dans vos rêves de vies sérieuses et n’en ressort que lorsque le tour est joué. J’interroge alors mon araignée : Tisse-perle, quel est mon nuage aujourd’hui ?

 

https://imaginairehallucinogene.wordpress.com/

 

 

 

 

 

 

23/11/2017

Soliflore 55 - Évelyne Charasse

 

David Moynahan-4.jpg

(photo : David Moynahan)

 

 

Quand
L'océan
S'éloigne
La plage
Se ride
Quand
Il revient
Elle rajeunit

 

 

 

 

 

 

16/11/2017

Soliflore 54 - Jasmin Limans

 

Alain Hugonenc (3).jpg

(photo (c)Alain Hugonenc)

 

(Mimi, 18 cité Besson.) 

 

Elle pleure en pelant des oignons. C'est une occupation précieuse, que trop de gens sérieux négligent. Elle avoue, au passage, qu'un de ses amis médecins, suite à ses recommandations, prescrit désormais à ses patients de peler et manger au moins deux fois par semaine, ses propres oignons. Elle dit ça fièrement, sans fausse humilité. Elle ne fait pas semblant. Il y a longtemps qu'elle n'a plus de prétention. Elle n'a pas de temps à perdre. Elle a 81 ans. Elle a, comme ça, des ordonnances étranges, que personne ne comprend. Elle dit que le monde meurt à cause de ça : des gestes de la main qui disparaissent ou que l'on oublie et des oignons qu'on ne mange jamais assez toute seule. Elle ne va pas plus loin. On n'en sait jamais plus.

Je mange mes oignons, moi. Tous les jours, alors, deux fois par semaine, quand même, vous pourriez faire de même. 

Elle mange ses oignons de différentes façons : seule, dans le salon, après les avoir cuits à la vapeur, ou bien couchée dans son lit, coupés en petits dés, qu'elle dispose en cavaliers sur des tartines de beure. Parfois, elle se contente de les dévorer crus, assise en tailleur. Souvent, elle les accommode à une soupe aux orties. Quand elle n'a plus d'idée, elle les fait revenir. Elle dit que c'est moins saint, que c'est au poil, c'est tout. Elle ne s'attarde pas.  Elle dit que les oignons, un rien les accompagne, qu'ils se marient à tout, qu’ils s’accommodent toujours, qu'ils sont faciles à vivre malgré nos sautes d'humeurs.   

Elle dit que les oignons, c'est l'explication même du sens de l'univers. Elle en est sûre et certaine et selon elle, plusieurs textes sacrés, encore mal traduits, l'approuvent. 

Elle fait famille, comme ça, depuis des décennies et des mauvaises décisions, des divorces et des morts avec les Amaryllidacées et les Asparagales.

 

 

11/11/2017

Soliflore 53 - Jacques Lallié

 

Evelyne&Gribouilli.jpg

 

Encens

 

Un thé du Luxembourg

Cheveux argentés

Yeux bleus vaporeux

La voix lente et suave de Jeanne

Et son parfum violet

 

Plus tard

Imprégné de l’odeur de cette rencontre

Retrouvaille remontant les âges

Le sourire solaire d’Alice

 

De femme à femme

Le chemin est tendre

 

(c)photo prise par l'auteur

 

 

05/11/2017

Soliflore 52 - Paul Dalmas-Alfonsi

 

Castel d'Acqua - settembre 2011 (Paul D-A).JPG

photo de l'auteur

 

 

des giboulées de pluie

et de neige mêlées

jusque tard

hors-saison

 

renardeau vs rat – corneilles

en éveil au sommet

des lauzes

 

pour un écart au sens

des mots

une griffure qui s’emporte

et ton passé

mal résolu

sous arguments

d’autorité

 

renardeau vs rat – corneilles

en rappel au milieu

des toits

 

 

 

02/11/2017

Soliflore 51- Marcel Moratal

 

sandrine gateau.jpg

(c)Sandrine Gateau

 

 

Condiments

 

Il n'y en a plus

plus de cornichons

Sont tous partis

sans dire au revoir

même pas un signe

au p'tit oignon blanc

resté tout seul

au fond du bocal

dans son vinaigre blanc

c'est peut-être çà la solitude

tout seul au fond d'un bocal

dans du vinaigre blanc

 

 

 

29/06/2017

Soliflore 50 - Estelle Decamps

 

thumbnail_Intra muros.jpg

illustration de Clarisse Robin

https://www.facebook.com/clarisse.robin.illustratrice/

 

 

Intramuros

D'égouts en dégoûts cela piaille d'hypocrisie, on déverse du venin en faux scénario de vie. Des refrains de cloches qui ne cessent de détonner, de grâce sont mes matins hors des remparts et pavés. Les faubourgs à scandales mettent à jour leurs cruautés, les langues s'y étalent et t'assaillent par croche pied. Des camions poubelles qui te dévient de côté, sans faire dans la dentelle et qui laissent à désirer. Des regards assassins qui en silence te condamnent, un sourire taquin est d'avance la plus belle arme. Ils tombent comme des mouches dans un flot d'immondices, la coupe est alors pleine, de haine ils s'enlisent. Des femmes aigries qui profanent ta jeunesse, elles t'envient, leurs hommes fantasment sur tes caresses. Je n'avais qu'un désir, que l'on m'arrache de ses entrailles, où résonnent mes soupirs comme le vent de la grisaille. On m'évalue sous A et je suis jugée sous B, ils renient le jeu double de leurs faces dépravées. Ils se dévoilent sages mais planteront un couteau, les cartes sont sur tables, leurs places rampent derrière mon dos. La bave des crapauds ne peut atteindre les étoiles, c'est au bout du rouleau qu'ils se noient dans leurs spirales. Ils avalent de travers ce que renvoie ton aura, ils arpentent en vipères sur le fil de tes émois. La vidange qu'est la place y répand tout son crottin et, quand vient un revers, ils s'entassent dans leurs dédains. Ils projettent la lumière sur la moindre de tes failles alors, ils brassent de l'air et leurs cervelles déraillent. Ils prédisent tes pertes et sous estiment tes rêves, ce que dévoilent leurs becs n'est que reflet de leurs trêves. Pauvre est celui qui taille par complexe mal soigné, en silence mes batailles se cultivent sous leurs nez...

 

 

 

19/04/2017

Soliflore 49 - Gabriel Zimmermann

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tableau de Théodore Géricault

 

 HARAS

 

Les chevaux avaient profil de serpe

Dans le halo hérissé de l’hiver

Et l’agonie devenait familière

Pour les lads qui avaient balayé la neige.

C’était le froid de février, quand la sève endormie

Mène au plus près du repos d’ossuaire.

 

Glaciale et silencieuse,

L’écurie. Quelquefois, des sabots qui claquent,

Morne signal de la vie enfermée ;

Un début de hennissement qui cesse

Comme un envol se brise. Et le vent ? Pas même à s’engouffrer.

 

On entend mâcher. Dans les boxes,

Le jour n’a qu’un sursaut face à la nuit

Et pendant que l’air gifle et gerce les hommes,

Ils ont, dans leur cloison en bois, le regard immense

Et effaré des mourants.

 

http://gzimmermann.blogspot.fr/

 

 

 

 

 

 

 

 

 

03/04/2017

Soliflore 48 - Yoann Lévêque

Lisa carney.jpg

Lisa Carney

 

 

dans le tumulte opaque

 

le calme boit au broc d’un vert

ceint d’un blanc maculé d’ondées

 

dans la gorge d’indécision

je rince une bouche cousue

à la limpidité du verre

empli d’une nuit sans étoiles

 

rondes d’étincelles les lames

cassent se déprennent du monde

me rappellent aux murs du vide

vide du mur où traverser

 

enfin

 

http://continuerlecho.blogspot.fr/

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

01/04/2017

Soliflore 47 - Armand Ségura

 

John William Waterhouse, Hylas and the Nymphs détail .jpg

John William Waterhouse - Hylas and the Nymphs (détail)

 

L’ART DE LA DRÔLERIE

  

Idolâtre et fougueux, quand ton corps

 s’extasie sous ma main vagabonde

et si peu belliqueuse, tes yeux vont discerner

 la pluie pernicieuse qui épingle un éclair

 tranchant de fantaisie. Ah! splendide ondine!

or sur ta peau rosie descendent les rayons

 d’une lumière heureuse, et j’abandonne alors

 la diablerie fangeuse,

le mal réapparu, la survie artistique!

Quel souvenir as-tu de ce mur de fougères,

 suave autour de nous,

d’où fleure de nos mères ce bouquet de naissance

 où s’incruste la vie? L’immense ciel grisâtre

 agite ses nuages en rudes saccades

et renonce aux lubies…

Mes baisers prennent l’eau comme des coquillages!

 

 

22/03/2017

Soliflore 46 - Pierre Andreani

 

illustration-nouveaux-délits.jpg

(dessin de l'auteur)

 

 

Trajet (d'un genou sur la bouche)

 

 Je n'avance plus, le balançoir tendu,

en extase,

ayant avalé plusieurs petits cachets,

je suis abattu.

Les bronches dilatés,

distention des pupilles,

diminution temporaire des capacités cérébrales,

polarisé, je vois

des poètes sur le trottoir qui se gavent d'excréments,

noyés dans le lac des infamies fantasmées, jamais connues

mais fantasmées.

Plongeant dans les poubelles

à la recherche d'une médaille

de dérèglement de tous les sens,

le cul piqué de fourches.

Tête en terre et traitement dur de la chair.

 

Qui va mal ? Tous, sauf moi.

On patauge dans la mare

sur de belles écrevisses

qui préfèrent l'eau de pluie

aux chaussons pleins de boue.

 

J'ai soixante-dix ans de nacre aux coins des os ;

c'est étrangement sourd quand je crie,

quand je m'explique sur mes songes.

 

Les bardes, les aèdes, gorgés de désir impalpable,

se relèvent et ils miaulent ;

avec ma grande hache, je les expédie dans l'au-delà.

 

 

http://p-andrean.blogspot.com

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Pierre Andreani

20/03/2017

Soliflore 45 - Claire Von Corda

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(photo prise par l'auteur - Marseille)

 

 LAIDE

 

Et les femmes en jogging sortent des zones industrielles tôt le matin ventre à l'air pour rejoindre leurs véhicules tape à l'œil garés en double file.

Et les sportifs de supérette encombrent et gênent sur les nationales pour les énervés qui partent à la mine dans leur bunker d'aluminium.

Et on ne sait pas si c'est le brouillard ou le pare brise qui est sale.

Et je ne suis pas jolie.

Et il me dit qu'il ne me trouve pas jolie.

 

Et les camions de livraisons s'entassent comme leurs gros muscles serrés dans des marcels, l'hiver aussi.

Et la circulation est alternée parce que le bas côté est en travaux par les hommes en sweat et cernes noires des heures pas humaines.

Et la radio diffuse son con de silence d'engin éteint pour faire entendre les mots lourds de la discussion lourde que lourde nous répétons une fois tous les lourds mois.

Et je ne suis pas jolie.

Et il me dit qu'il ne me trouve pas jolie.

 

Et les mots se heurtent dans le vide débile de mon crâne débile rempli d'air, de chimères et de souvenirs à décortiquer, à surmâcher, à chier à la colle et de schémas mentaux, moyens mnémotechniques dont je ne me souviens pas.

Et le glauque de la sombre situation sort en morse, en silence par le néant débile de mon regard débile posé sur le tableau de bord débile devant moi.

 

Et de tout ça j'en sais rien. Et n'importe quoi ma tête pense. Et n'importe quoi ma bouche dit et il faudrait comme une sorte de lexique en bas de page.

Et je ne suis pas jolie.

Et il me dit qu'il ne me trouve pas jolie.

 

https://www.facebook.com/claire.vonf

 

 

 

 

08/03/2017

Soliflore 44 - Michel Meyer

 

IMG_6640.JPG

 

 

Visages orangés 

 

commerce amoureux

et cris lugubres

tapis aux encoignures

des ailes de la nuit

 

et la police dieselle

dans le cône de sodium

vers la fenêtre ouverte

ruisselante de râles

 

et les visages orangés

qui épongent la vie

virent aussi sec au vert

 

 

http://unjoursurterre.hautetfort.com/

(photo de l'auteur)

 

 

 

07/02/2017

Soliflore 43 - Damien Paisant


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Edvard Munch, "Séparation", 1896

 

 

Prochaine fois

 

Nuit-éclair

Je n’ai vu de toi…

Qu’une suite de dioramas

Déjà oubliée;

Tu es arrivée

Comme un train

A grande vitesse

Que j’ai attendu

Et qui ne s’est jamais arrêté;

Ce matin je ne retiens

Que ton absence

Mais je n’oublie pas

Que tu existes;

Nous nous sommes ratés,

Ce sont des choses qui arrivent;

Demain nous ferons mieux

Que de rattraper le temps perdu,

Nous en inventerons un nouveau.

 

 

 

 

06/02/2017

Soliflore 42 - Cléa Thomasset

 

Lee Frost Derelict fisherman’s hut, Dungeness, Kent, England.jpg

(ph. Lee Frost- Derelict fisherman’s hut, Dungeness, Kent, Angleterre)

 

 

Demain, la veille

 

Renverser le sablier

Dormir les yeux grands ouverts

Remiser demain, et la veille, et les autres, à plus tard

 

Le temps qui souffle a décoiffé les certitudes

Elles essaiment

Bourdonnement imperceptible

 

 

 

www.cleathomasset.com

 

 

 

 

20/12/2016

Soliflore 41 - Olivier Robert

 

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 Stallman - paper art

 

 

Abrités sous une pluie qui ne nous mouillera plus

Ou bien que nous ne sentirons plus battre, ni dans le heurt de nos peaux

Ni dans le remous de nos tympans

C’est sans crainte alors que nous jetterons nos pensées en direction du soleil

En cela seulement guidés par sa jaune et chaude attache

Depuis longtemps par cœur apprise au rebours de nos dessins d’enfants

Où sa rondeur complice peu à peu entraîna nos mains à se défaire de leurs trop brusques empoignes

Pour du plus pauvre des mouvements savoir en cueillir le plus fragile des rayons

Soit, celui perçant au centre de la nuée, au bout de tout déluge

Jailli d’entre les cieux, un sourire promis à son heure prochaine

Quand d’instinct nos yeux s’ébahiront, et comme deux temples grecs

Conduiront nos prières jusqu’au rêve de ce dieu qui toujours s’y cache.

 

auxpoemesperdus.wordpress.com

 

 

 

21/10/2016

Soliflore 40 - Nicolas Mangialomini

 

RIDEAU ROUGE

                                                

  Derrière le rideau rouge, je les entends respirer,

Les temples d’Angkor… Ils ne les ont pas visités,

Car ce sont les ruines de ma peau brune qu’ils sont venus piétiner.

 

  Derrière le rideau rouge, des militaires en peine et des frustrés à soulager.

Des pères de familles schizophrènes à la perversité inavouée,

Suant leurs sécrétions hormonales dans un rêve de carte postale.

   

Derrière le rideau rouge, les porcs ont des passeports

Veines violacées aux violences d’opiacées,

Cauchemars en rose bonbon, j’entends rire les démons.

Et de mes orifices béants de tout leurs vices,

S’écoule le fruit de leurs appendices.

 

  Objet de délices,

Objet de supplices,

Déposé sur ce lit, inerte et seule,

Je suis une princesse drapée dans un linceul.

Et sur ce plafond au miroir fendu,

Des larmes sans retenue,

Roulant sur mon visage sans âge,

Notre jeunesse formée par leurs voyages.

 

  Derrière le rideau rouge,

La joie d’être une fille,

Une fille sans joie,

Une poupée exotique prête à l’emploi,

Un jouet cassé qu’on ne peut réparer,

Savourez le fordisme à la sauce épicée,

Nettoyez ! Javellisez ! La chaîne de l’amour doit être relancée…

 

 

 

05/09/2016

Soliflore n°39 - Florent Chamard

 

Désillusion

  

Le bonheur est une larme suspendue
que je gouterai demain
qu’importe les mises à nu
qu’on me tende la main
désormais je m’acclimate
aux demi-mesures
aux cieux écarlates
puisque rien ne dure… rien ne dure…

 

Ainsi donc je prends mon temps
celui qui reste et qui ne compte pas
à quoi bon espérer le printemps
quand on sait jouir des morsures du froid
tout est affaire de météo
et de dents qui claquent
tout est affaire d’écho
du berceau à la plaque… à la plaque…

 

Combien peu de mésaventures réelles
quand on y regarde de près
ce soir est trop souvent fait de celles
qu’on oubliera au lever
et l’importance que je donne à mon sourire
qu’arrive le meilleur
qu’arrive le pire
toujours me soulève le cœur… me soulève le cœur…

 

Ce qu’on perd compte bien plus qu’on le croit
lorsque j’ai mille ans
c’est à elle que je le dois
cette mémoire des os ou du sang
et la lassitude vient
comme meurt l’enfant
et ma solitude peint
ton regard brillant… ton regard brillant…

 

Ma volonté n’est pas ailleurs
que dans ces mots maladroits
chercher son bonheur
retrouver goût à la joie
je ne connais rien de plus con
l’innocence ne se joue pas
on tue un jour ses illusions
et ne s’en relève pas… ne s’en relève pas…

 

 

http://autresfragments.wordpress.com

 

 

 

 

 

 

 

 

 

03/09/2016

Soliflore n°38 - Guillaume Dreidemie

 

De tes cendres légifère
Ordonne tout
Je ne peux rien

Veux-tu un autre monde
Petit monstre je bois
À l’allégeance

Douce ne jure
Que par la peur du vide

Tente-la
Par des coups d’encre coups de sang
Estafilades
Pour rire

Flèche
À nulle cible
Projette dans l’ombre
Ta plume aigre insulte au ciel
La terre est déjà recouverte d’ordures.

 

 

 

16/04/2016

Soliflore n°37 - Anne-Marguerite Michel

 

 

DANSER

 

Je danse pour ne plus être,

Seulement pour devenir,

Un songe, une volupté,

Rien qui ne puisse se saisir.

 

Je danse en vérité,

Brutale et décomplexée.

Libre et déraisonnée,

Offerte dans toute ma nudité.

 

Je danse pour crier mon âme,

La faire sortir au grand jour.

La voir étendue là sans retenue,

Faible, sans plus aucune vertu.

 

Je danse pour oublier ce que je fuis

Le passé, le présent, la vie.

Seule dans la foule

Reine de tous les oublis.

 

Je danse pour perdre le sens.

Pour être enfin fluide dans le temps.

Ne plus vivre que l’instant.

 

 

 

15/03/2016

Soliflore n°36 - Emmanuel Loyau

 

Je suis partout et nulle part
au delà de toutes les formes
j´échappe à toutes les définitions
je revêts tous les aspects
sans me laisser
enfermer dans aucun
Je suis l´âme unique
aux cent mille corps
la multiplicité de chacun
me ressemble
mais je ne me retrouve
en personne
Transgressant l´ordre
et la norme je m´envisage
je suis la figure de l´Autre
le sauvage et le civilisé
l´insaisissable et déroutant
dépassement de soi
Je circule entre la vie et la mort
sur les chemins du monde
je suis l´errance apatride
je suis partout et nulle part
ici et ailleurs, jamais lá
où je suis et pourtant
les catégories, les oppositions
s´estompent et fusionnent
l´absence, la présence
le lointain, le proche
l´au delà, l´ici bas
en moi et par moi

 

 

 

31/12/2015

Soliflore n°35 - Laurent Dumortier

 

Le reflet

 

 Demain n’est pas encore arrivé

Qu’il est hypothétiquement passé,

Tu vois…

 

Mes yeux ne voient plus d’hier

Qu’un monde sans couleur

Même la lumière

A perdu sa splendeur…

 

Tu me demandes de rester,

De ne pas basculer

Mais je crois que le monde s’en fout

S’il ne reste qu’un reflet après tout…

 

Je suis si près du bord

Le vent souffle si fort

Je suis si bien…

 

Encore un pas de plus

Et je ne sentirai plus

Que le froid du bitume

Accueillant mon amertume…

 

Tu me demandes de rester,

De ne pas basculer

Mais je crois que le monde s’en fout

S’il ne reste qu’un reflet après tout…

 

S’il ne reste qu’un reflet après tout…

 

S’il ne reste qu’un reflet, après tout

C’est peu et c’est déjà beaucoup…

 

Tu me demandes de rester,

De ne pas basculer

Mais je crois que le monde s’en fout

S’il ne reste qu’un reflet après tout…

 

http://gsl.skynetblogs.be/

 

 

 

 

 

 

09/09/2015

Soliflore n°34 - Didier Du Blé

 

 

Laisse-moi le printemps fleurir 
Comme une tiédeur sur la plage 
Sûrement et principalement nu  
Avec fragilité les fleurs dans la lumière   

Alors les bourgeons craquent 
Dans l’affleurement de l’espace  
Floraisons dans le jardin qui renaît
Immense tendresse pour le regard   

Je vois alors l’étrange vie qui anime  
Des flashs back oubliés en son théâtre   
Réveiller des couleurs, des sons et des mots   
Instants intenses à la périphérie du cœur

 

www.didierdublé.fr

 

 

 

 

05/09/2015

Soliflore n°33 - Benjamin Hopin

 

Pourquoi ne suis-je pas

Ce cri sur la lande ?

 

Cette main méconnue

 

Qui te touche au plus profond

De tes murailles

 

Pour te détourner du ciel

À la dérive

 

http://audrey-benjaminhop.wix.com/benjaminhopinpoete

 

 

 

 

24/05/2015

Soliflore n° 32 : Guillaume Basquin

 

LE FOND DE L’AIR EST ROUGE

(extrait d’un long Work in Progress, (L)Ivre de papier)

 

 

 

un tweet peut-il rougir oh on doit pouvoir concevoir un pro­gramme pour ça en­voyons rouge dans le computer central et voyons ce qui sort de la couleur du sang du coquelicot o mio povero giardino tutto de pietra colori pochi solo un po’ di rosso ciel de mer doublé bleu violet rougi court-circuit entre le visuel et le sonore là-bas un disque énorme tourne assez vite on lui voit tout autour du vert avec au centre une teinte rougeâtre rougir de son immoralité rouge comme la couleur de la peinture qui finit par recou­vrir la totalité d’un drapeau français dans film-tract numéro 196 rouge 1968 coréalisé par jean-luc godard et gérard froman­ger on a brisé la glace avec des fers rougis ici souvenir d’un plan de coqueli­cots de bord du périph’ dans the old place de godard-miéville aussitôt monté en correspondance-collage avec un plan d’un défilé de drapeaux rouges soviétiques puis collé à une repro­duction d’un champ de pavots peinture de claude monet de la collection du moma fleur lumière écho des rouges et enfin ra­piécé avec le récit d’un témoin d’une bataille du 19esiècle il tourna la tête vers l’ennemi c’étaient des lignes fort éten­dues d’hommes rouges et avec ce texte d’un poète français mécon­nu du 20emille drapeaux rouges entrant en paix par la porte cé­leste respiration rouge des caractères com­battants his­toire populaire des soldats civils d’aujour­d’hui cal­ligraphié tempête ou bien étrange et parfaite cou­leur ou bien le vin a le rouge des roses et aussi partout où se trouve un par­terre de tulipes fut répandu jadis le sang d’un roi et encore ri­deau rouge déchiré du temple ou bien muleta carré rouge sur fond rouge très bien ça et surtout la des­serte rouge 1908 juste à côté untitled violet black orange yellow on white and red 1949 et aussi à ma droite de­vant le point mé­dian de la rangée d’arbres s’élevait semblable à un gui­gnol géant certain théâtre rouge incompréhen­sible sans oublier their lips were four red roses on a stalk parlez-vous le joyce yes when i put the rose in my hair like the andalusian girls used or shall i wear a red yes le non-sens passe dans le sens en­core mieux ces actrices aux yeux lascifs et relevés par le rouge ou bien elle éblouissait le re­gard avec la gorge chantée par le cantique des cantiques avec des jambes d’une élégance adorable et chaus­sées en soie rouge pas mal la rose celle qu’un sang farouche et ra­dieux arrose plis de sa robe pourprée moi aussi je suis poète rien que bouffon all’antico de nouveau la poussière rouge le délire de la raison l’érinye dans le cœur et aussi rouge de grenade rouge de piment roussi de rouget du midi rouge d’oursin rouge carmin san­guine moi aussi je suis peintre rien que poète rothko achilles forme centrale rouge embrasée parlo come pittore je devais cependant inventer un dispositif déformant constam­ment actif pliant et dépliant les racines des moindres signes de rouge et cet appareil était moi c’est lui qui vient d’écrire cette phrase et aussi ce qui suit rouge incan­descent vermi­glie come se di foco uscite fossero com­ment vous ne connaissez pas l’italien bah ça ne fait rien vous pouvez considérer ceci comme un chant glossolalique ça continue he must have redden’d pictorially and scientintically speaking six whole tints and a half if not a full octave above his natural colour oh par­fait pomme de reinette et pomme d’api tapis tapis rouge chanson imitée du voyageur polutropos aux mille tours song shaun song la ri­tournelle pour gilles deleuze c’est la ronde des passés qui se conservent ou bien la forme a priori du temps qui fabrique à chaque fois des temps différents ou encore la répétition du dif­férent étrange étrange chercher instinctive­ment le secret de cette mystérieuse envie en explorant la petite maison rouge fermée par deux volets blancs inquiétante de lisse et de fragilité comme écorchée tableau caché et aussi pressantes et lentes leçons d’anatomie de brigitte montrer expliquer le vrai rouge qui viendrait le noir déjà un peu là la mère en prescrira la lecture à sa fille fils rouge feu d’anna livia a e i u o voyelles a noir e blanc i rouge pourpres sang craché rire des lèvres belles u vert o bleu la le li lu lo la noire le blanc lit rouge lu vert lo bleu c’est clair non immense murmure en échos interminables modulation arrivant à la consonne et à la syllabe mais jamais jusqu’au mot c’est ainsi qu’apparaissent les couleurs et les couleurs précipitent un nouvel épanchement oui je tiens musée du rouge par exemple celui de la sangle qui permet au pierrot de la partie carrée de watteau 1714 de porter en bandou­lière une guitare les nœuds de cette sangle forment des roses écarlates c’est le punctum de ce tableau du miracle français plus grand que le grec cette inépuisable effusion de reconnaissance devant la nature faut-il le rappeler oui la peinture a disparu mais je la reprends à travers les mots bleu rose vert le bleu le rose le vert et le cramoisi j’ai vraiment su qu’il existait des couleurs quand j’ai éventré le garde champêtre mais aussi un village devenu une petite tache de sang rouge sur la carte ici l’œil de newman derrière le monocle inspectant la vaste surface rouge là rythme couleur n°1076 où le rouge-éclat domine un delaunay est bon à toute heure ailleurs pays rouge fleuve rouge océan surgissant partout à la fois on aime le rouge en france et on a raison car il anime o red october days lettres rouges sur fond de lettre volée quel colloque in short there is no end of it these unforeseen stoppages which i own i had no conception of when i first set out ici on écrit le caractère soleil dans un carré ou un cercle de neuf pouces en vermillon sur papier vert accord ton sur ton fondu au rouge sang comme dans cris et chuchotements 1972 d’un bord à l’autre du monde que la nuit est rouge maintenant on entend un immense feu qui gagne et qui crépite la lueur rouge atteint son apogée et reste ensuite elle s’éteint lentement en 1955 yves klein présente au salon des réalités nouvelles un monochrome orange réaction du jury une seule couleur unie non non non vraiment ce n’est pas assez c’est impossible ah tout tenter jusqu’à l’épuisement le passage suivant est sur fond rose texte peinture simultanés rythme sans fin 1926 ô sonia delaunay ce dire est une fontaine romaine le jet s’élève et puis retombe remplissant la vasque de marbre qui déborde dans l’espace d’une autre vasque celle-ci trop riche à son tour se répand encore en une autre et chacune à la fois prend et donne et verse et repose du mouvement dialectique des groupes naît la série et du mouvement dialectique des séries naît le système tout entier

 

http://guillaumebasquin.wix.com/guillaumebasquin

 

 

 

 

26/03/2015

Soliflore n°31 : Khalid EL Morabethi, Maroc

 

Hier

Le ciel a été vert,

Il est jaune, aujourd’hui,

Hier, la pluie n’a pas voulu tomber,

Même si les nuages l'ont priée,

Même si la terre vendue, l’a suppliée

Et Le soleil bleu, le roi ne parle plus

Depuis  longtemps déjà,

Les étoiles qui apparaissaient pendant le jour,

Savaient pourquoi,

Ils savaient.

Hier

La lune rouge, vêtue d’une longue robe blanche,

Déambula dans la ville sombre et silencieuse,

Chercha tout ce qui pouvait lui permettre de continuer d’être lumineuse,

Tout ce qui pouvait lui permettre d’être merveilleuse.

Hier soir,

L’oublié ivre avec un sourire charmeur,

A regardé la lune et le peu de magie et sa douceur,

Il a pu lui dire qu’elle brille encore,

Il a eu le courage de lui dire qu’elle pouvait briller plus fort,

Il a mis sa main sur son cœur, sans perdre l’équilibre,

Et il est parti.

Hier,

Plus loin des explosions et des cimetières,

Plus loin des soldats zombie et leurs cris qui polluent l’air,

Loin des pressions qui s’accentuent,

Loin des maisons ou les frères s’entretuent,

Trop loin,

Derrière,

Le vend était taiseux,

Les arbres à feuille caduques se regardaient,

L’espoir essayait d’ouvrir ses yeux,

Derrière les montagnes,

Gavroche,

A enfin vu, la Pureté,

Elle a perdu la mémoire, jusqu'à oublier sa perfection,

Jusqu'à oublier, que son cœur violet, avait des sentiments,

Mais la présence d’une âme naïve,

Lui a donné la force de prendre son oud,

Et pour  la première fois, le rythme se joue,

Et pour la première fois,

L’homme entend à part la colère de la terre, un chant doux.

 

 

 

 

09/02/2015

Soliflore n°30 : Raphaël Fèvre

 Adamantis



« je bois dans ta déchirure…. »  G.B.

 

Rase ta foune
de l’impureté ambiante
dessine lui
moustaches, sourcils,
une broussaille quoi ;
à ton image.
Et déchire ta jupe
de tissu fleuri
barde là de trous
violents et de coups
de famine
que je puisse voir
entre tes souillures fumées
parer de ma licorne d’or
le centre de tes idées.

 

 

14/01/2015

Soliflore n°29 : Patrick Beaucamps

 

 

 

La clé

 

La clé de la maison.

La clé que j’ai reçue pour mes onze ans.

La clé qu’il ne fallait pas perdre.

La clé qui devait pendre au crochet.

La clé que j’ai bien cru avoir perdue.

La clé que les locataires m’empruntaient.

La clé qui m’accompagnait jusque l’internat.

La clé de leur maison.

La clé qui ne demandait qu’à s’échapper.

La clé salvatrice de mes nuits d’ivresse.

La clé dont je ne voulais plus entendre parler.

La clé qui n’entre plus dans la serrure.

La clé que je n’ai jamais perdue.

La clé qui ne pend plus.

La clé sans maison.

 

 

09/12/2014

Soliflore n°28 : Miguel Coelho

 

 

                    cou          arrêté

 corps de tête
 où je me sais
 où je m'écris
  
me tâte et ne me tais
 mais sais que j'existe
 mais sentir sans taire
 

   l'enterré vif

 la peau mise
 par incise
 

   corps de texte

 écrit dans la chair
 le nœud du temps
 bandant autour
 

 

                                   jusqu'au degré zéro de la sexualité

 

 

extrait de Part de tête 

http://www.ram05.fr/spip.php?rubrique115