18.10.2009

A tous les reconduits (extrait), Ernest Pépin

La misère ne passe pas
      Passager clandestin
      Elle retourne au pays
      Nos sandales ont usé les nuits
      Nos pieds nus ont écorché les dunes
      La rosée pleurait une terre inhumaine
      Et nos mains mendiaient une autre main
      Les drapeaux ont peur de leurs promesses
      Ils se sont enroulés comme des scolopendres
      Notre soif est retournée au feu de notre gorge
      Et la vie nous a tourné son dos
      Tout homme qui s'en va défie l'entour
      Dessouche une nation
      Et lézarde une étoile
      Et dans ses yeux grésillent une autre vie
      Son feuillage est d'outre-mer
      Quand tout au loin luit son désastre
      Il fait troupeau vers les quatre saisons
      Il fait tombeau aux bornages
      O nègres marrons !
      Ce sont forêts de béton et d'arbres chauves
      Souviens-toi de l'enfant mort d'atterrir
      En un seul bloc de froidure
      Dessous le ventre de l'avion
      Souviens-toi de sa mort d'oiseau gelé
      Souviens-toi
      Et toi reconduit
      Econduit
      Déviré
      Jeté par-dessus bord
      Taureau d'herbe sèche
      Regarde toi passer sur ta terre
      Les yeux baissés
      Et sur la joue le crachat des nations
 
Ernest Pépin, Lamentin le 29 octobre 2006

01.07.2009

L'entretien des muses

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Pour nous qui vivons de plus en plus entourés de masques et de schémas intellectuels, et qui étouffons dans la prison qu’ils élèvent autour de nous, le regard du poète est le bélier qui renverse ces murs et nous rend, ne serait-ce qu’un instant, le réel ;  et avec le réel, une chance de vie.
 
Philippe Jaccottet
 

21.04.2009

Les charniers de Guillevic

Passez entre les fleurs et regardez :
Au bout du pré c’est le charnier.
 
Pas plus de cent, mais bien en tas,
Ventre d’insecte un peu géant
Avec des pieds à travers tout.
 
Le sexe est dit par les souliers,
Les regards ont coulé sans doute.
 
— Eux aussi
Préféraient des fleurs.


(…)
           
On va, autant qu’on peut,
Les séparer,
 
Mettre chacun d’eux
Dans un trou à lui,
 
Parce qu’ensemble
Ils font trop de silence contre le bruit.
 
(…)

Lequel de nous voudrait
Se coucher parmi eux
 
Une heure, une heure ou deux,
Simplement pour l’hommage.
 
(…)
           

Ici
Ne repose pas,
 
Ici ou là, jamais
Ne reposera
 
Ce qui reste,
Ce qui restera
De ces corps-là.
 
 
Eugène Guillevic
in Les charniers

06.01.2009

Hommage à Ludovic Kaspar

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29.09.2008

La paix

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©jlmi

 

 

 

 

Il n'y a pas d'autre bonheur que la paix

Proverbe thaï

28.06.2008

SUTURE

044n&b.jpglunes de cire
écho des frontières
tracées au khôl
nuit émaciée
aux éclats
de soufre
 
la langue des anges
dérange les nerfs
prend la douleur
trois fois nouée
 
mots souillés
paupières éparpillées
aux portes
 
langues humaines
langue de la soif
première
obstinée
 
rapprocher les lèvres
recoudre le mot
la plaie
le meurtre
par un baiser
ou le silence
 
Cathy Garcia - 2007


 
 
 

01.04.2008

poisson d'avril !

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   Cathy Garcia

 

L'avantage de la soupe de poisson, c'est que le poisson est dans son élément.
in L'intégrale des brèves de comptoir 1992-1993

JM Gourio

07.01.2008

un peu de couleur

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Cathy Garcia

 

L'eau limpide
ni dedans
ni dehors

Chiyo Fukumasuya

 

 

 

02.11.2007

de l'art...

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©Cathy Garcia (recyclage de couverture ratée)
 
 
 
 
Victoire sur la mort, l’œuvre d'art s'identifie à la vie et il n'y a de vie connue qu'individuelle. Singulière. Originale. Solitaire. Entêtée. L’œuvre fait une espèce animale à soi seul, puisque son arbre, phylogénétique, produit des fruits ou des bourgeons individués, livres, musiques, films ou poèmes. Elle vient donc de la disposition unique des neurones et des vaisseaux sanguins. Jamais de la banalité collective. Inverse de la mode, opposée à ce qui se dit, elle résiste par définition aux médias, je veux dire à la moyenne.
Michel Serres
in Le Tiers-Instruit

01.09.2007

Ordre du Mistigri

RÈGLE DE L’ORDRE DU MISTIGRI
 
Article 1.  Le chevalier s’engage à secourir tout animal en détresse, et singulièrement les chats, autant qu’il sera en son pouvoir et en toute occasion qui se présentera, sans jamais oublier que l’être humain participe également de la nature animale.
 
Article 2.  Le chevalier sera adoubé  - il recevra ses armes symboliques (l’Acte) – dès qu’il aura accompli une première action notoire, une prouesse en faveur d’un animal, celle-ci devant être portée à la connaissance du Maître de l’Ordre [1].
 
Article 3.  Le chevalier aura à honneur d’accomplir autant de prouesses qu’il lui en sera donné occasion. Il agira avec largesse, c’est-à-dire sans mesurer son temps, son énergie et sa fortune. Il fera montre de courtoisie, ne s’attribuant point des prouesses qui seraient d’autrui ou imaginaires, et ne faisant valoir que ce qu’il aura accompli lui-même en faveur des animaux, la confiance étant en la parole de chacun.
 
*
*    *
 
La devise de l’Ordre est :   AD MAJOREM MISTIGRI GLORIAM
 
 
L’Ordre a été fondé le 22 juin 2000, à la suite du sauvetage d’une petite chatte prisonnière du jardin intérieur de la BN du quai François Mauriac, prouesse mémorable qui vit la victoire des premiers chevaliers sur l’entêtement et le silence administratifs. La chatte, appelée Feather, coule aujourd’hui des jours heureux aux Pays-Bas.
 
Chaque chevalier est invité à créer sa devise personnelle.
 
 
Le bulletin ENTRE-CHATS, qui paraît de 3 à 4 fois par an, est envoyé aux chevaliers à leur adresse internet, à charge pour eux de l’imprimer, et de le diffuser éventuellement autour d’eux. Tous les textes, articles, poèmes, récits, contes… des chevaliers ou de leurs proches et amis sont reçus avec plaisir à l’adresse internet ci-dessous, et publiés dans ENTRE-CHATS.
                                                                        Le Maître de l’Ordre : Michel HOST
 
 
[1] A la rédaction du bulletin ENTRE-CHATS :  michhost@club-internet.fr

 

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