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11/02/2017

Nouveaux Délits n° 56 - Mathias Richard

 

 

prenssée j, une des prenssées de Mathias Richard publiées dans le numéro de janvier 2017.

Lue par Cathy Garcia Canalès.

10/02/2017

Règne animal de Jean-Baptiste Del Amo

 

Gallimard, août 2016

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432 pages, 21 €

 

 

 

On pourrait résumer Règne animal en disant que ce roman révèle l’humanité des animaux en exposant la bestialité des hommes qui les ont forcés à vivre avec eux, pour les servir, les nourrir, les faire vivre et les enrichir au fur et à mesure qu’eux-mêmes sont engraissés, transformés. C’est aussi l’histoire d’une famille rurale qui vit à la marge d’un petit village du Sud-Ouest de la France, nommé Puylarroque. Une histoire qui couvre un siècle, naturaliste à l’extrême, tout à la fois lyrique et organique, la chair, le sang et tous les fluides possibles que peuvent laisser échapper les corps, animaux comme humains, la merde et la décomposition, étant comme omniprésents.

L’histoire commence au début du siècle dernier, chez des petits paysans, avec un lopin de terre, quelques animaux, une porcherie, un père qui meurt lentement d’une grave maladie tout en continuant à travailler, une survie des plus rudimentaires, la mère que cette rudesse extrême, le dénuement, la frustration, a rendu mauvaise, dure et sèche comme un cal, et une petite fille en qui persiste un peu de rêve.

La fillette grandit entre les corvées et le joug maternel impitoyable, mais s’échappe dans la douceur de son imagination. Le père est à l’agonie, il fait appel à Marcel, un jeune cousin éloigné de la famille, pour l’aider et au final le remplacer. Un étranger malvenu pour la mère, un peu d’oxygène pour Éléonore, de la tendresse, de l’amitié, puis des émois, le désir naissant et puis soudain, la guerre. Celle de 14, celle dont Marcel ne reviendra pas, ou pas complètement, pas entier.

Ça c’est la première partie, La sale terre (1898-1914), première partie d’un roman qui est un peu comme débité en morceaux, par des évènements extérieurs qui viendront ravager des conditions et des existences déjà précaires et qui ont tous pour point commun une colossale violence : les guerres, les désastres économiques et le rouleau compresseur du chamboulement industriel. Violence des hommes faite aux hommes et celle des hommes faite aux animaux qui partagent leur sort : l’exploitation animale est en effet le cœur de ce roman, mais les bourreaux, on le voit, vont de même à l’abattoir, un cercle infernal. Et c’est bien où nous conduit ce roman, en enfer, et l’auteur nous y contraint d’une certaine façon, le chemin se fait de plus en plus étroit, la fuite impossible et nous voilà le nez dans notre propre merde.

Une écriture exceptionnelle que celle de Jean-Baptiste Del Amo : en plongeant sa plume dans le fumier, il nous offre un véritable chef-d’œuvre. Le ton halluciné et l’univers peuvent faire songer au Livre des nuits et à Nuit d’ambre de Sylvie Germain, mais ici sans aucune échappée dans l’irréel ou l’onirisme. Même la religion n’offre aucune transcendance, chacun s’arrangeant de ses seules apparences, derrière c’est le vide, et l’enfant de chœur préféré du curé ivrogne sera retrouvé pendu à un grand chêne. Ici le réalisme est implacable et il pue, comme cette ruralité profonde où l’imaginaire n’a à voir qu’avec le diable. L’auteur s’est livré ici à un grand travail de recherche, le sujet est fouillé, creusé, jusque dans les moindres détails, avec des descriptions d’une précision chirurgicale, d’abord de cette vie rurale au tout début du XXème siècle, et puis l’abomination de la Première Guerre qui vient chercher les hommes et les très jeunes hommes qui n’avaient jamais mis les pieds hors de leur campagne, pour les plonger brutalement dans une boucherie abominable et avec eux, toujours et encore, les animaux. Post tenebras lux (1914-1917).

Puis il y aura l’après-guerre, les choses qui ne seront jamais plus les mêmes, puis une autre guerre encore et la suite, sur lesquelles il y aura comme une grande ellipse. Marcel, le cousin d’Éléonore, devenu un mari et un père refermé à jamais sur sa blessure immonde, qu’il noie dans l’alcool et le travail, la refusera cette fois de toute ses tripes.

Et puis c’est la bascule dans le monde moderne et toujours, la même ferme, au même endroit, « La harde » menée par Serge, fils de Marcel, qui incarne le pivot entre deux mondes, inculquant à ses deux fils une profonde défiance et le refus de ce qui est extérieur au clan, tout en étant obsédé par la réussite. Nous sommes en 1981, et la seconde moitié du roman, après nous avoir fait parcourir presque un siècle, se déroule sur cette seule année fatidique dans l’univers dantesque d’une exploitation porcine intensive mais encore familiale. La petite-fille du début du roman, Éléonore, maintenant grand-mère et arrière-grand-mère, est toujours là, vivant recluse et taciturne dans une partie du corps de la ferme qui tombe en décrépitude au profit des bâtiments de la porcherie moderne. Entourée de ses innombrables chats, elle vit à l’écart des autres membres du clan, coupée d’eux pour avoir été trop témoin de la folie des hommes, celle de sa propre mère, puis de son mari et dans la foulée son fils, qui a repris le flambeau d’une sorte de tare ancestrale qui semble les lier pour toujours aux porcs.

Seul son petit-fils Jérôme, étrange et mutique lui aussi, a une forme de lien avec elle, les deux étant plus proches de la nature, plus humains et donc plus proches de leur animalité. C’est ce paradoxe qui ressort de ce roman terrible. Le thème central est bien cette folie de l’homme à vouloir asservir, exploiter le vivant au-delà de toutes limites, une dérive complètement démente qui signe sa propre perte.

Et en cela, ce roman nous interroge en profondeur sur le sens de tout ça. Il ne peut que renforcer la détermination des végétariens, des végans – qui peut-être n’en supporteraient même pas la lecture, et dans une vision moins catégorique, de tous ceux qui aujourd’hui soutiennent qu’il faut revenir à de tous petits élevages à taille humaine, à condition toutefois d’y respecter l’animal bien plus qu’on ne l’a jamais fait, mais comme le font aujourd’hui encore certains peuples autochtones, qu’on dit primitifs. Mais, y’a-t-il quelque chose de plus primitif au sens péjoratif du terme, de plus primaire, de plus barbare, que les élevages intensifs et industriels ? Plus ignorant que cette méconnaissance et ce mépris total de la sensibilité et de la souffrance animale ?

Alors oui, Règne animal est un chef-d’œuvre de littérature, mais qui au-delà nous interroge et nous questionne sur quelque chose d’essentiel : qu’est-ce que l’humanité ?

 

Cathy Garcia

 

Jean-Baptiste-Del-Amo-1.jpgJean-Baptiste Del Amo, de son vrai nom Jean-Baptiste Garcia, est un écrivain français, né à Toulouse le 25 novembre 1981), vivant à Montpellier. Le nom "Del Amo" est celui de sa grand-mère, l'auteur ayant été encouragé à changer de nom par son éditeur, Gallimard publiant au même moment un roman d'un autre auteur originaire de Toulouse et portant le même nom (Tristan Garcia, "La meilleure part des hommes"). En 2006, il reçoit le Prix du jeune écrivain pour sa nouvelle Ne rien faire, écrite à partir de son expérience de quelques mois au sein d'une association de lutte contre le VIH en Afrique. Ce texte court, qui se déroule en Afrique le jour de la mort d'un nourrisson, est une fiction autour du silence, du non-dit et de l’apparente inaction. Fin août 2008, son premier roman, Une Éducation libertine, paraît dans la collection "blanche" chez Gallimard. Il est favorablement accueilli par la critique et reçoit le Prix Laurent-Bonelli Virgin-Lire, fin septembre 2008. L'auteur ramène sa technique à celle de Gustave Flaubert, relisant à haute voix ses phrases pour les affiner. C’est encore Flaubert et L'Éducation sentimentale qu’évoque le titre de ce premier roman, pourtant initialement intitulé Fressures. En mars 2009, Jean-Baptiste Del Amo se voit finalement attribuer la Bourse Goncourt du premier roman, à l'unanimité dès le premier tour de scrutin. Le 25 juin 2009, c'est au tour de l'Académie française de lui décerner le prix François Mauriac. Ont suivi Sel en 2010 et Pornographia en 2013, Règne animal est son quatrième roman.

 

 

07/02/2017

Soliflore 43 - Damien Paisant


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Edvard Munch, "Séparation", 1896

 

 

Prochaine fois

 

Nuit-éclair

Je n’ai vu de toi…

Qu’une suite de dioramas

Déjà oubliée;

Tu es arrivée

Comme un train

A grande vitesse

Que j’ai attendu

Et qui ne s’est jamais arrêté;

Ce matin je ne retiens

Que ton absence

Mais je n’oublie pas

Que tu existes;

Nous nous sommes ratés,

Ce sont des choses qui arrivent;

Demain nous ferons mieux

Que de rattraper le temps perdu,

Nous en inventerons un nouveau.

 

 

 

 

06/02/2017

Soliflore 42 - Cléa Thomasset

 

Lee Frost Derelict fisherman’s hut, Dungeness, Kent, England.jpg

(ph. Lee Frost- Derelict fisherman’s hut, Dungeness, Kent, Angleterre)

 

 

Demain, la veille

 

Renverser le sablier

Dormir les yeux grands ouverts

Remiser demain, et la veille, et les autres, à plus tard

 

Le temps qui souffle a décoiffé les certitudes

Elles essaiment

Bourdonnement imperceptible

 

 

 

www.cleathomasset.com

 

 

 

 

01/02/2017

Nouveaux Délits n°56 - Saïd Mohamed

 

Quelques extraits des poèmes de Saïd Mohamed publiés dans le numéro de janvier 2017.

Lus par Cathy Garcia Canalès.

 

 

 

27/01/2017

Nouveaux Délits n°56 - Myriam Ould-Hamouda

 

 

Deux textes et un poème, "Au comptoir du café de la gare", parmi ceux de Myriam Ould-Hamouda publiés dans le n° de janvier 2017. Lus par Cathy Garcia Canalès.

 

 

 

25/01/2017

Nouveaux Délits n° 56 - Samaël Steiner

 

 

Les mains de Slavoj Hermann, Harvey et Ce soir, trois poèmes parmi ceux de Samaël Steiner publiés dans le numéro de janvier 2017. Lus par Cathy Garcia Canalès.

 

 

 

Les Palsou – Un conte de Noël - André Bouchard

 

 

texte et illustrations d'André Bouchard, Seuil Jeunesse, 6 octobre 2016.

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40 pages, 13,50 €.

 

C’est un vrai conte de Noël que nous propose ici l’auteur/dessinateur André Bouchard, vrai parce qu’on y parle de joie, de générosité, de partage, d’entraide et d’ouverture à l’autre. Vrai parce que le Père Noël s’il existait, pourrait bien être un vieux monsieur à barbe blanche qui vit et apprend aux enfants au cœur d’un bidonville « le bricolage, le jardinage, la politique, la mécanique, l’infirmerie, la littérature, la couture, la soudure et l’arithmétique ». Un bidonville où « pour les langues étrangères on se débrouille entre nous. Dans le quartier, on parle couramment chinois, espagnol, arabe, polonais, grec, bambara, portugais, français et verlan. »

 

Avec de belles illustrations qui prennent leurs aises sur toute la page, mélange de gris hachurés et de couleurs pétantes, André Bouchard nous présente la famille Palsou et ses quatre enfants. Comme toutes les familles, elle fait ses courses au marché et au supermarché et les enfants prennent le goûter au parc, comme tout le monde quoi. Enfin presque...

 

 

Mais les enfants, malgré la fricassée d’épluchures, s’amusent bien, comme tous les enfants et ils l’aiment leur quartier plein de cachettes et d’aventures, comme ils aiment leur école avec le vieux Monsieur Nicolas. Leur seul vrai problème, ce sont tous les autres adultes qui ne rigolent pas, mais alors pas du tout ! Alors, ils vont tenter de leur apprendre, en ouvrant l’école du rire, mais ça ne marche pas très bien, les élèves sont des cancres. C’est l’arrivée d’une cocotte magique qui va changer les choses. « C’est là que nous avons compris un truc archi-important ! On peut rire de n’importe quoi avec n’importe qui à condition d’avoir le ventre plein ! ». Ainsi avec « Cocotte Magique », Noël pourrait bien finalement être « une énorme rigolade ». À moins que la Guenille ne vienne jouer sa carabosse… Pour le savoir, lisez les Palsou.

 

Un très chouette album, tendre et impertinent, dédié à Charles Dickens, Karl Marx et François Ruffin. Le ton est donné.                                                            CG

 

 

AVT_Andre-Bouchard_873.pjpeg.jpgAndré Bouchard a été publicitaire. Il vit à Paris et travaille aujourd'hui pour la presse et l'édition en qualité d'auteur et illustrateur. Ses livres se caractérisent par des dessins malicieux et un humour caustique. Il a notamment illustré de nombreux livres de Vincent Malone. Il est également l'auteur de : Beurk ! (Seuil jeunesse), Les lions ne mangent pas de croquettes (Seuil jeunesse), Quand papa était petit y avait des dinosaures (Seuil jeunesse), La Mensongite galopante (Gallimard)... « La principale caractéristique commune à la plupart de mes ouvrages, c'est une prédilection pour "le merveilleux ou le fantastique quotidien". Je puise mon inspiration dans la réalité vécue de l'enfant : son rapport aux parents, à la nourriture, à l'égoïsme, au mensonge, etc.»

 

 

 

21/01/2017

Nouveaux Délits n° 56 - Anna de Sandre

 

 

Ça ne rime à rien et Granthis, deux des poèmes d'Anna de Sandre publiés dans ce numéro de janvier 2017. Lus par Cathy Garcia Canalès.

 

 

 

04/01/2017

NUMÉRO 56

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janv. fév. mars 2017

 

Voici donc le 13ème édito de bons vœux pour la nouvelle année, ce qui devrait suffire à porter bonheur parce que pour ce qui est du stock de formules, il est depuis belle lurette épuisé…. Et aussitôt une question vient clignoter dans mon cerveau arborescent : mais c’est qui cette lurette ? Il s'agirait en fait, dixit the web, d'un mot inventé, un hybride entre belle et heurette, heurette signifiant « une petite heure », ce qui est pour le moins étrange, si on considère que toute heure est censée avoir la même durée. En temps en tout cas, mais peut-être pas en sensation de temps. On sait bien qu’une heure de plaisir passe bien plus vite qu’une heure de galère, une heure à la plage passe certainement plus vite qu’une heure sous les bombes, pour peu qu’elles tombent à côté. Il en va donc sans doute de même pour les années, aussi pourrions-nous penser que si nous avons l’impression que « ça » passe de plus en plus vite, c’est que tout ne va pas si mal pour nous finalement. Aussi pourrait-on se souhaiter tout pleins de belles lurettes, non ? Pour ma part j’aurais tellement de choses à souhaiter concernant le sort de l’humanité, que je préfère me taire et laisser la parole aux poètes.                       CG

 

 

Il était une chose que seule la terreur pouvait obtenir, c’était que ces centaines d’hommes bouillonnant au fond de la baraque fissent silence. Seule la terreur… et la poésie. Si quelqu’un récitait un poème, tous se taisaient, un à un comme des braises s’éteignent. () Un manteau d’humanité les recouvrait. J’apprenais que la poésie est un acte, une incantation, un baiser de paix, une médecine. J’apprenais que la poésie est une des rares, très rares choses au monde qui puisse l’emporter sur le froid et sur la haine. On ne m’avait pas appris cela.

Jacques Lusseyran in Le monde commence aujourd’hui

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AU SOMMAIRE

 

 Délit de poésie non formatée :

 

µ Anna de Sandre

µ Samaël Steiner

µ Myriam Ould-Hamouda

µ Saïd Mohamed

µ Quelques prenssées de Mathias Richard

µ Le tremble au cœur autour (extraits) de Jacques Allemand

 

Résonance :

 

Règne animal de Jean-Baptiste Del Amo, Gallimard 2016

Les Palsou – Un conte de Noël d’André Bouchard, Seuil jeunesse 2016

 

 

Les délits d’(in)citations réfugiés dans les coins ont des choses à dire. Quant au bulletin de complicité, il tapine toujours au fond en sortant.

 

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Illustrateur : Patrick le Divenah

 

De sang breton, de naissance angevine, d’habitat parisien. Bigame, car aime autant le mot que l’image. D’où les associations parfois, dans des textes ou des collages. Aspiré par le souffle, inspiré par la spirale, l’absurde, la poésie des sciences, et bien d’autres choses encore, avec passion. Publié dans une trentaine de revues littéraires et d’autres en ligne. Édité chez Passage d’encres, L’Échappée belle, Gros Textes, p.i.sage intérieur, La Tête à l’envers, La Lucarne des écrivains ; et dans des ouvrages collectifs (Henry, Lilo, L’Atelier du Gué, classiques Garnier prochainement…). Rubriques dans inks-passagedencres (cf. Les mots la langue : Par ici la bonne soupe ; cf. Critique : Chefs-d’œuvre derechef). Collagiste dessinateur (illustration de couvertures et de diverses revues). Son site : http://prosesie.free.fr

 

 

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Les efforts de dizaines d’années étaient annulés en quelques semaines, l’État, déjà instable depuis toujours, s’était effondré en quelques semaines, la stupidité, la cupidité, l’hypocrisie régnaient tout à coup comme aux pires époques du pire régime, et les hommes au pouvoir œuvraient à nouveau sans scrupules à l’extirpation de l’esprit. Une hostilité générale à l’esprit, que j’avais observée depuis des années déjà, avait atteint un nouveau paroxysme répugnant, le peuple, ou plutôt les masses populaires étaient poussées par les gouvernants à assassiner l’esprit et excitées à se livrer à la chasse aux têtes et aux esprits. Du jour au lendemain, tout était à nouveau dictatorial, et, depuis des semaines et des mois, j’avais déjà éprouvé dans ma chair à quel point on exige la tête de celui qui pense. Le sens civique des braves bourgeois, bien décidé à se débarrasser de tout ce qui ne lui convient pas, c’est-à-dire avant tout de ce qui est tête et esprit, avait pris le dessus, et tout à coup, était à nouveau exploité par le gouvernement, et pas seulement par ce gouvernement d’Europe. Les masses, esclaves de leur ventre et des biens matériels, s’étaient mises en mouvement contre l’esprit. Il faut se méfier de celui qui pense et le persécuter, telle est la devise ancienne selon laquelle on se remettait à agir de la manière la plus atroce. Les journaux parlaient un langage répugnant, ce langage répugnant qu’ils ont toujours parlé, mais qu’au cours des dernières décennies ils n’avaient au moins plus parlé qu’à mi-voix, ce à quoi ils ne se croyaient tout à coup plus tenus : presque sans exception, ils jouaient les assassins de l’esprit, comme le peuple et pour plaire au peuple. Pendant ces semaines-là, les rêves d’un monde voué à l’esprit avaient été trahis, livrés à la populace et jetés au rebut. Les voix de l’esprit s’étaient tues. Les têtes étaient rentrées dans les épaules. La brutalité, la bassesse et la vulgarité régnaient désormais sans partage. Ce fait, s’ajoutant à la stagnation de mon travail, n’avait pu qu’entraîner une profonde dépression de tout mon être et m’affaiblir d’une manière qui, pour finir, avait provoqué la pire crise de ma maladie.

 

Thomas Bernhard

in Vomissons

 

 

 

 

03/01/2017

Revue Nouveaux Délits n°51 - Jean-Louis LLorca

 

Quelques extraits des poèmes de Jean-Louis Llorca, publiés dans le numéro d'avril 2015.

Lus par Cathy Garcia Canalès.

 

 

 

 

Revue Nouveaux Délits n°47 - Léon Maunoury

 

Extrait d'un texte de Léon Maunoury publié dans le numéro de janvier 2014.

 

 

Revue Nouveaux Délits n°47 - Thierry Roquet

 

Quelques poèmes de Thierry Roquet publiés dans le numéro de janvier 2014.

Lus par Cathy Garcia Canalès.

 

 

 

 

27/12/2016

Alexo Xenidis

 

Temps modernes

Cette année je ne sortirai pas de sa boîte la petite maison de bois
Sa mousse ses décors son étoile
Ma joie d’enfant de la dresser
Les Rois Mages ont été retenus à la frontière
Pour trafics divers
Et renvoyés dans leur pays on ne savait pas trop lesquels
Alors on a choisi à pile ou face la Syrie ou le Yémen
L’Âne est parti à l’abattoir pour faire des hamburgers
Le Bœuf tire des chariots de cuir au Bangladesh
À Joseph on a dit
Qu’on n’était plus pour le rapprochement familial
Et Marie a fait une fausse couche dans la jungle de Calais
Le Berger s’est pendu à cause de ses dettes c’était
Un berger grec
Il restait le Ravi mais il gênait la bonne société
Il ne gênera plus ils l’ont interné bien attaché
Il rit maintenant dans du capitonné
Cette année
Je ne sortirai pas de sa boîte la crèche
Je la laisse avec l’illusion du printemps qui renaît
Avec l’hospitalité avec la tendresse,
Rangée dans le grenier, pour les dents des rats.

 

 

 

 

 

 

 

20/12/2016

Revue Nouveaux Délits n° 47 - Murièle Modély

 

Quelques extraits des poèmes de Murièle Modély publiés dans le numéro de janvier 2014.

 

 

 

Soliflore 41 - Olivier Robert

 

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 Stallman - paper art

 

 

Abrités sous une pluie qui ne nous mouillera plus

Ou bien que nous ne sentirons plus battre, ni dans le heurt de nos peaux

Ni dans le remous de nos tympans

C’est sans crainte alors que nous jetterons nos pensées en direction du soleil

En cela seulement guidés par sa jaune et chaude attache

Depuis longtemps par cœur apprise au rebours de nos dessins d’enfants

Où sa rondeur complice peu à peu entraîna nos mains à se défaire de leurs trop brusques empoignes

Pour du plus pauvre des mouvements savoir en cueillir le plus fragile des rayons

Soit, celui perçant au centre de la nuée, au bout de tout déluge

Jailli d’entre les cieux, un sourire promis à son heure prochaine

Quand d’instinct nos yeux s’ébahiront, et comme deux temples grecs

Conduiront nos prières jusqu’au rêve de ce dieu qui toujours s’y cache.

 

auxpoemesperdus.wordpress.com

 

 

 

19/12/2016

Revue Nouveaux Délits n°47 - Stéphane Bernard

 

 

Grèbe, un des poèmes de Stéphane Bernard publiés dans le numéro de janvier 2014.

 

 

 

 

 

 

17/12/2016

Revue Nouveaux Délits n°47 - Carl Sonnenfeld

 

Élégie 21, un des poèmes de Carl Sonnenfeld publiés dans le numéro de janvier 2014.

 

 

 

14/12/2016

Revue Nouveaux Délits n° 48 - Sylvère Moulanier

Quelques extraits de différents textes publiés dans ce numéro d'avril 2014, ces derniers ayant été choisis parmi ceux que Sylvère Moulanier poste plus ou moins régulièrement sur son blog (http://sdfdeluxe.hautetfort.com/). Ce sont de vrais témoignages, pas de la littérature, d'un "sdf de luxe", qui a eu bien du mal  à faire reconnaître son syndrome d'Aperger et son autisme.

 

 

 

 

 

 

09/12/2016

Revue Nouveaux Délits n° 48 - Rodrigue Lavallé

Un des poèmes de Rodrigue Lavallé publiés dans le numéro d'avril 2014.

 

 

08/12/2016

Revue Nouveaux Délits n° 48 - Hamid Tibouchi

 

 

Quelques extraits de Nervures d'Hamid Tibouchi publié dans le numéro d'avril 2014.

 

 

 

07/12/2016

Revue Nouveaux Délits n° 48 - Élisa Parre

 

Quelques extraits des poèmes d'Élisa Parre publiés dans le numéro d'avril 2014.

 

 

01/12/2016

Revue Nouveaux Délits n°49 - Jean-Jacques Dorio

 

 

Présence de Federico García Lorca, un des poèmes de Jean-Jacques Dorio publié dans le numéro d'octobre 2014.

 

 

 

Revue Nouveaux Délits n°49 - Patrick Devaux

 

 

Un des poèmes de Patrick Devaux publiés dans le numéro d'octobre 2014.

 

 

 

 

Revue Nouveaux Délits n°49 - Thomas Sohier

 

Poème de Thomas Sohier, extrait de Le bleu des murs publié dans le numéro d'octobre 2014.

 

 

 

 

25/11/2016

Nouveaux Délits n°50 - Marc Tison

 

 

Nos yeux et Pierres, deux poèmes de Marc Tison parmi ceux publiés dans le numéro de janvier 2015.

 

 

 

 

23/11/2016

Nouveaux Délits n°50 - Perrin Langda

 

Deux poèmes de Perrin Langda parmi ceux qui figurent dans le numéro de janvier 2015.

 

 

 

 

Nouveaux Délits n°50 - Murielle Compère-Demarcy

 

 

Un des poèmes de Murielle Compère-Demarcy publiés dans le numéro de janvier 2015.

 

 

 

 

Nouveaux Délits n°50 - Colette Daviles Estines

 

 

Saison des pluies, un des poèmes de Colette Daviles-Estinès

publiés dans le numéro de janvier 2015.

 

 

 

 

22/11/2016

Nouveaux Délits n°51 - Sadoun Nakib

 

Bout d'étoffe qui t'étouffe, un des poèmes de Sadoun Nakib publiés dans le numéro d'avril 2015.