Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

01/04/2020

Revue Nouveaux Délits numéro 66

 

COUV small.jpg

Avril 2020

 

 

Le miroir du virus

 

Je voudrais d’abord vous remercier toutes et tous d’avance pour votre patience, je ne sais pas quand et comment je vais pouvoir expédier ce numéro, donc il existe, mais il pourrait mettre bien plus de temps pour vous rejoindre que d’habitude. Et puis, je voudrais aussi partager la réflexion que je me suis faite au début du confinement à propos de ce virus dont on ignore encore à quel point il va changer nos vies. Bien-sûr, j’ai pensé à toutes celles et ceux dont la situation est déjà au plus bas, à toutes celles et ceux qui usent toute leur énergie et leur courage pour aider, protéger, sauver les autres alors qu’eux-mêmes sont déjà en souffrance. La grande nouveauté de ce virus, c’est que cela nous a touché nous, les Occidentaux, habitués à ce que les grands malheurs de masse n’arrivent qu’aux autres masses — covid-19 n’est pas ebola — et en cela ce nouveau virus nous tend un miroir. Il met à nu les défaillances et toutes les profondes inégalités de nos sociétés et peut-être va t-il nous faire prendre enfin conscience de la folie de nos modes de vies si prédateurs pour l’environnement et le reste du monde, je ne pousse pas l’espoir à croire que les élites vont avoir elles aussi de véritables prises de conscience — il m’en faudrait pas beaucoup pour penser que tout cela en arrange certains — toujours est-il que ce virus nous tend un miroir dans lequel nous voyons ce que nous sommes en tant que collectif et dans lequel chacun d’entre nous va se voir tel qu’il est. Il nous oblige aussi à regarder nos proches, à nous interroger sur l’authenticité de nos liens, ou bien à regarder en face notre solitude et à nous poser cette question cruciale : sommes-nous de bons compagnons pour nous-mêmes ? Le virus, paradoxalement, nous relie de plus en plus les uns aux autres et nous montre par défaut notre interconnexion réelle en tant qu’êtres humains. Il nous tend un miroir et nous ne pourrons détourner les yeux. Un virus ne fait pas de différence entre nous, il est une forme du vivant qui nous traverse, certains l’hébergent sans souci, d’autres hélas succombent, mais avant de succomber au virus, une bonne partie meurent et mourront du manque de possibilités matérielles pour les sauver. Ce covid-19 est, ceci dit, à la fois une terrible épreuve et une formidable opportunité pour que l’humanité se regarde ensemble dans un seul et même miroir. Chacun d’entre nous saura combien coûte l’indifférence, l’avidité et l’égoïsme des pouvoirs qui sont censés nous représenter, mais aussi des uns et des autres aussi bien sur le plan individuel que collectif, car ce qui choque une bonne partie d’entre nous, au travers du comportement actuel de certain-e-s, n’est-ce pas au fond notre façon de vivre habituelle vis-à-vis du reste du monde, du vivant en général et des plus fragiles d’entre nous ?

                                     

CG

 

 

Je rêve que ce virus soit le point de butée où trébuche notre civilisation du déni permanent.
Nicolas Mathieu

 

 

003.jpg

 

AU SOMMAIRE

 

 

Délit de poésie : Christophe Salus

 

Délit de drônes & de panoptikons : Philippe Labaune

 

Délit de preuves incertaines : Jean-Louis Millet

 

Délit d’aphorismes : Mix ô ma prose

 

Délit rouge : Les invisibles de Nicolas Kurtovitch

 

Résonances : El Ninõ de Hollywood de Óscar & Juan José Martínez (Salvador), Métailié, 2020 & Tout est provisoire même le titre de Mix ô ma prose, Cactus Inébranlable, 2019

 

Délits d’(in)citations dans la boîte d’urgence aux coins des pages. Vous trouverez le bulletin de complicité, masqué et ganté comme il se doit, confiné en fin d’ouvrage.

 

10.jpg 

Illustrateur : Jean-Paul Gavard-Perret jpgp@live.fr

Écrivain, dessinateur et critique d’art contemporain (24 heures, Lausanne, Huffington Post, Le Littéraire, Carnet d’art, Œil de la Photographie). Il a publié entre autres Généalogie vénitienne (Rafael de Surtis), L'œil du Cyclope (La Main Courante), Samuel Beckett : l’Imaginaire paradoxal ou la création absolue (Minard), La mariée était en rouge (Editions du Cygne), Labyrinthes (Editions Marie Delarbre, Grignan).

 

002.jpg

 

 

 Partout où nous posons l’œil, nous rencontrons un savoir dense qui fait le cosmos. Nous seuls, les hommes, ne savons pas nous comporter et dédaignons de l’apprendre. Pourtant, certains jours, le corps que nous méprisons de façon si hautaine nous rappelle à l’ordre. Alors que nous flânons dans les vastes solitudes de notre inconnaissance, nous gaussant des coqs et des ânes, notre corps fait soudain appel à nous.

 Jean Bédard

in Marguerite de Porète

 

008.jpg

 

Nouveaux Délits - Avril 2020 – ISSN: 1761-6530 - Dépôt légal : à parution - Imprimée sur papier recyclé et diffusée par l’Association Nouveaux Délits - Coupable responsable : Cathy Garcia Canalès -  Illustrateur : Jean-Paul Gavard-Perret - Correcteur : Élisée Bec

 

 

 

 

 

 

Merci, docteur !

 

"Nos soignants, ces Héros ? Je suis un poil agacée d'entendre partout que nous sommes des héros. C'est encore une manière de chercher à l'extérieur de soi une solution, un réconfort. C'est faire porter aux soignants une responsabilité qui n'est pas la leur, c'est donner son pouvoir à quelqu'un au lieu de trouver le sien à l'intérieur. Nous ne sommes pas des sauveurs. Les soignants font leur travail (dans de très mauvaises conditions, je vous l'accorde) et je pense que pas un n'essaie de le fuir mais le fait parce que c'est la place qu'il a choisie, sans se sentir héroïque, mais responsable. Au lieu de chercher des héros à l'extérieur de soi, il est urgent de le retrouver en chacun de nous. Ce qui me semble tout aussi héroïque, c'est de continuer à sourire en faisant ses courses, c'est de maintenir une atmosphère sereine dans nos foyers, c'est de faire confiance, trouver sa place et trouver un sens. Les éboueurs continuent de ramasser nos ordures, les femmes de ménage nettoient nos hôpitaux, les agriculteurs font pousser nos légumes, les parents élèvent leurs enfants, les artistes créent, la liste est longue.... Trouvons chacun notre place, profitons-en pour en changer si celle que nous avons ne fait plus sens. C'est bien de remercier, c'est même salutaire, c'est bien d'être encouragé mais je vous conseille aussi de vous remercier et vous encourager vous-même. Si chacun prend la responsabilité de son bien-être intérieur, si chacun prend soin de soi, cela aidera les soignants et tous ceux qui prennent soin de vous à la place qu'ils occupent. Quand nous applaudissons le soir à nos fenêtres, applaudissons l'entière communauté, applaudissons chacun d'entre nous pour que nous devenions plus responsables, solidaires, aimants. Devenons tous des héros pour nous-mêmes."

 Magali Roussilhe, médecin généraliste

 

006.jpg

© Jean-Paul Gavard Perret

 

 

 

 

14/02/2020

Revue Nouveaux Délits n°65 - Key Mignot

 

 

Trois des poèmes de Key Mignot publiés dans ce numéro de janvier 2020, lus par Cathy Garcia Canalès.

 

 

 

 

 

12/02/2020

Revue Nouveaux Délits n°65 - Cindy Lajournade

 

 

Résilience, un des poèmes de Cindy Lajournade publiés dans ce numéro de janvier 2020, lu par Cathy Garcia Canalès.

 

 

11/02/2020

Revue Nouveaux Délits n°65 - Zoé Besmond de Senneville

 

 

Extrait d'Être une femme, un des poèmes de Zoé Besmond de Senneville publiés dans ce numéro de janvier 2020, lu par Cathy Garcia Canalès.

 

 

10/02/2020

Revue Nouveaux Délits n°65 - Diane Bifrare

 

Trois des poèmes de Diane Bifrare publiés dans ce numéro de janvier 2020, lus par Cathy Garcia Canalès.

 

 

 

 

09/02/2020

Revue Nouveaux Délits n°65 - Patricia Castex Menier

 

Deux des poèmes de Patricia Castex Menier publiés dans ce numéro de janvier 2020, lus par Cathy Garcia Canalès.

 

 

 

Revue Nouveaux Délits n°65 - Barbara Le Moëne

 

 

Un des poèmes de Barbara Le Moëne publiés dans ce numéro de janvier 2020, lu par Cathy Garcia Canalès.

 

 

08/02/2020

Revue Nouveaux Délits n°65 - Danielle Laurent Carcey

 

Un des poèmes de Danielle Laurent Carcey publiés dans ce numéro de janvier 2020, lu par Cathy Garcia Canalès.

 

 

 

 

 

Dé-camper de Florentine Rey

 

 

Gros Textes éd.2018

 

rey.jpg

50 pages, 9 €.

 

 

 

Avant que ne meure le temps d’aimer, comme le chante Barbara, avant de repeindre ou de redécorer, elle s’est désencombrée de tout ce qu’elle savait ne pas être elle pour tenter d’aller se trouver ailleurs. Seule.

 

« Elle se croit sans colère.

Rupture facile, pardon, grandeur d’âme ; elle flaire le mensonge, les bobards de la marchande de chimères, le cœur protégé par des ruses de sioux.

Sa colère c’est à elle qu’elle l’adresse.

Son cerveau cède le contrôle à des forces anciennes.

 

(…)

 

Son projet : mettre l’essentiel dans une valise et partir le plus loin de la ville, du béton, du plastique, des corps à la mode. »

 

Elle décampe donc pour aller camper seule dans le sud de la France. Une grande voiture, une tente, un carnet, un crayon. « Une assiette, un bol et trois couverts suffiront. » Une nouvelle tête :

 

« La crête c’est marrant, typé, mais pas joli. » Dixit sa mère.

« Toute la violence qu’elle essaie de contenir, elle la porte sur sa tête.

La coupe WOODY : une coupe de piqueuse de bois vert. »

 

WOODY à qui le PIVORE viendra tenir compagnie, le pic-vert vorace qui dévore les mots bavards, Maître PIVORE, le juge qui rendra son verdict : coupable de rien du tout, on remballe, on retourne sur la plage, écrivez, circulez.

 

Trouver ce qu’elle est hors des clichés. Femme ?

 

« Elle a une jupe dans la tête et les réflexes qui vont avec. Dans ses plis logent des chuchotements de nonnes, des histoires de sorcières, de la rage, de l’enfoui qui fait gonfler les jambes. »

 

Nomade.

Le mot la réconforte : perspective d’une identité la moins définie possible. »

 

Avec Dé-camper, Florentine Rey nous entraîne dans un inner-trip, avec des images, des mots bien à elle, une autodérision qui ne cache pas l’émotion à vif, la névrose, jouer avec les mots jusqu’à trouver la clé de l’énigme de soi, du mal-être. La quête d’une identité qui ne trahirait pas l’être dans sa réalité profonde, abyssale, mais comment émerger de cette mer en soi et affronter le large au-dehors peuplé d’Autres avec qui le contact s’avère difficile, compliqué. Malaise de l’incommunicabilité. Ne pas se noyer : ni hors de soi, ni en soi, sans pour autant chercher à se gaver pour contrer la peur, masquer la faim. Mâcher du chewing-gum, avaler du vide, mais mâcher quand même, mâcher jusqu’à plus de mâchoire, mâcher jusqu’à disparition. Jusqu’à l’apparition de Madame COUJOU, qui boursoufle, grosses joues, gros cou, qui gonfle.

 

« Elle élève la mâche au rang de drogue » mais « La mâche est toxique, ça devient dangereux. »

 

« Si elle reste bouche vide ?

Boucherie dans la bouche ? »

 

Camper, écrit-elle, c’est rétrécir l’habitation et retrouver de l’espace à l’intérieur de soi pour penser, créer.

 

« Ce qu’elle veut ?

Une vraie place dans le monde. »

 

Assumer la sensibilité et la déployer, la dire, se dire sans retenue, faire une force de ce que le monde lui renvoie comme étant un handicap : elle veut être encore plus sensible, sentir plus fort, en faire quelque chose.

 

« Elle dévoilera la planque du chasseur au chevreuil et fera témoigner les poules qui vivent à quinze sur un mètre carré de paille. Elle rencontrera des cochons qui souhaitent qu’on ferme leurs yeux avant qu’ils ne meurent. Les asticots lui montreront comment manger les morts. »

 

Décamper est le journal d’un accouchement d’un soi intégral, l’écriture sert de balancier entre le dehors et le dedans, le trop et le pas assez, tenter le pont de mots pour toucher l’autre sans se mettre en danger, sans creuser plus encore les blessures, celles qui lui donnent envie de se dissoudre, « de débarrasser son corps de tous ses organes, le remplir de sel et l’offrir à la mer ». L’écriture permet de toucher du mot les plaies, leur donner des coups de langue.

 

Femme-poisson, elle habite un château de sable. (…) Personne ne sait qu’elle creuse au centre du château. Un jour, elle coupera sa queue en deux pour se fabriquer des jambes et fuira par le fond du puits.

 

Dé-camper un recueil qui dit le pas pareil, la non-évidence de l’être au monde, la quête, la peur, le courage d’aller à sa propre source. Ce n’est pas un recueil de poésie, c’est de la poésie qui sourd d’un recueil au fur et à mesure que la source est désobstruée, c’est fort, c’est fragile, intime et bouleversant.

 

Cathy Garcia

 

 

 

rey 2.jpgFlorentine Rey est écrivain, poète et performeuse. Elle est née à Saint-Étienne en 1975. Des études de piano intensives affinent sa sensibilité, lui apprennent l’exigence mais l’isolent. Une année d’hypokhâgne lui fait rencontrer la philosophie. Elle entre ensuite à l’École Nationale Supérieure d’Arts de Paris-Cergy. À la fin de ses études, elle crée une structure de production artistique où se croisent l’art et la technologie. Six ans plus tard, la nécessité d’écrire et de créer la rattrape. Elle se consacre aujourd’hui à l’écriture et à la performance. Son travail interroge notamment le corps et le féminin. Son site :  https://florentine-rey.fr/

 

 

 

06/02/2020

Radicelles de Murièle Modély, photographies couleurs de Vincent Motard-Avargues

 

0001(5).jpg

préface de Dominique Boudou – éd. Tarmac, 2019. 40 pages, 18 €.

 

Murièle Modély a trop de talent pour être éditée, je ne me l’explique pas autrement, aussi quand enfin un de ses recueils voit le jour sur papier, c’est vraiment une grande joie que de tenir l’objet où l’écriture devient matière. Et pour une écriture aussi dense, un bel écrin s’impose.

 

Après la revue Nouveaux Délits qui avait publié « Feu de tout bois », premier opus de sa collection Délits buissonniers, c’est de nouveau un revuiste qui tend la main à la talentueuse poète : Jean-Claude Goiri qui publie la revue FPM et a créé aussi les éditions Tarmac.

 

Radicelles est un duo, un vis-à-vis où la voix de la poète vient se frotter aux photographies couleurs de Vincent Motard-Avargue tandis que ces dernières entrent en résonance avec cette langue organique et accrocheuse.

 

On retrouve dans ce recueil, une thématique qui est précieuse à Murièle Modély, quasi obsessionnelle : l’île laissée derrière où sont plantées bien profond des racines lourdes de sang.

 

« Il te semble entendre encore

dans le sifflement du vent la déchirure de ton écorce »

 

L’île, sa langue, son histoire, ses chaînes, sa douleur, ses débordements….

 

« parl franssé ti fille/parl françé/parl franssais

ou la bo ékri com ou veu

tout’zafér la lé roug’, i rempli out tét

tout’marmaille la lé roug’

kan zot i aval, kan ou aval

la mor la mer ek zot doulér »

 

Français, créole, créole, français, les langues emmaillées tissent cette toile qui semble vouée à se défaire encore et encore.

 

« on te dit choisis

choisis ton camp, ta frontière, ton pays

raye tout le reste, choisis

pas de place pour à moitié, à demi, choisis

gratte, arrache, la chair, la peau

il ne restera plus qu’un peu de rouille sur la photo »

 

Le poème devient la seule embouchure par où peut s’écouler le bruyant silence imposé, poème, corps, peau, papier.

 

« tu n’en finis pas de danser

sur la table

de jouer du charbon

de noircir

écrire, ékrir

 

(…)

et des flots de salive qui ramènent dans la montée

du poème

ek in pé do sel sur la langue, le soleil »

 

Nostalgie d’un temps ensoleillé donc où tout coulait de source, sans déchirure :

 

« quand tu étais enfant, le bonheur était simple

il tenait dans le creux de tes paumes

s’écoulait jusqu’à tes dents de lait

le bonheur mordait tes boucles

mangeait ton cerveau nu

puis tu as grandi : tes dents sont tombées

la sagesse a poussé comme un buis

a figé son basalte dans ton verre

a fait taire le volcan et ta lave en fusion »

 

La mémoire cependant est un creuset où plusieurs générations laissent leurs traces, même infimes, même invisibles, elles demeurent.

 

« tu ne te souviens pas du mythe initial

qui te raconte

combien grinçaient les chaînes dans l’air pesant du soir

combien le ciel, la terre et la mer étaient noirs

(…)

la sueur mangeait leurs yeux

la moiteur dévorait leur langue

ils n’avaient pas d’histoires »

 

Le poème vient colmater les abimes, combattre l’oubli. Et nous lecteurs, gardons en refermant le livre comme la sensation en bouche de ces :

 

« vers roses

gras, lourds

au parfum de coriandre »

 

et cette main de feu dans les entrailles qui touille ensemble jouissance et douleur.

 

Cathy Garcia

 

murièle.jpgMurièle Modély est née à Saint-Denis (île de la Réunion) et vit aujourd’hui à Toulouse. Elle participe à des revues papier ou numérique et a publié quelques recueils : Penser maillée (2012), Je te vois (2014) et Tu écris des poèmes (2017) aux éditions du Cygne, Rester debout au milieu du trottoir, éditions Contre-Ciel (2014), Sur la table, éditions numériques Qazaq (2016), et Feu de tout bois, Délit buissonnier n°1, tiré à part de la revue Nouveaux Délits en juillet 2016.

 

 

 

 

06/01/2020

Revue Nouveaux Délits numéro 65

 

couv small.jpg

Janvier 2020

 

 

Une époque qui semble de plus en plus violente, oppressante, rapide, bruyante, voire cacophonique, absurde, déshumanisée trop souvent, et pour inaugurer une nouvelle année, j’ai vraiment ressenti le besoin d’une énergie plus apaisée — non pas que la douceur soit le monopole de la femme bien au contraire, et quelle merveille que la tendresse d’un homme — mais juste débuter l’année avec une énergie plus yin. Une énergie sacrément puissante, qu’on ne s’y trompe pas, comme peut l’être l’eau, mais peut-être plus aisément dans l’intériorité, moins frileuse dans ses émotions, plus sensuelle aussi et reliée à la nature hors et au-dedans de nous. Un numéro de femmes, il y en a eu un seul avant ça, c’était en janvier 2010, donc 9 ans, c’est un bon cycle pour recommencer. Voici donc un numéro offrant différentes couleurs, saveurs et textures en bouche. Femmes poètes, femmes à différentes saisons de la vie. Femme, mère, grand-mère peut-être et fille… Et là je dois vous avouer mon immense émotion et ma grande joie, cela faisait longtemps qu’il n’y avait pas eu de délit coup de pouce — c'est-à-dire la publication d’un poète mineur dans la revue ce qui ne signifie par pour autant une écriture mineure, loin de là ! La poésie serait-elle génétique, ou bien serait-elle une sorte de virus que l’on pourrait transmettre par l’éducation ou par amour ? C’est la question que je me pose car pour ce que j’en sais, cela s’est fait sans aucune volonté de ma part, j’en suis la première ébahie et c’est donc avec une grande émotion que j’accueille dans ce numéro mon enfant, qui fêtera ses 17 ans en 2020, comme la revue. Je n’en dis pas plus, je vous souhaite seulement pour cette nouvelle année qui débute, beaucoup de magie, beaucoup de lumière et de la belle obscurité, de celle qui chavire l’âme sans lui faire de mal. Je nous souhaite à toutes et tous, la paix, la sérénité intérieure car on le sait, 2020 ne sera pas un miracle, mais j’ose espérer cependant que quelque chose bouge au cœur même de l’humanité, que quelque chose brille de plus en plus dans nos consciences. J’ose espérer oui et puis 2020, tout le monde l’a remarqué, ça rime avec vin, un bon petit vin de derrière les fagots dans sa belle robe rubis. Allez santé !!

 

CG

 

 

ND-2.jpg

AU SOMMAIRE

 

 Délit de poésie : Danielle Laurent Carcey ; Barbara Le Moëne ; Patricia Castex Menier ; Diane Bifrare ; Zoé Besmond de Senneville ; Cindy Lajournade

 

Délit coup de pouce : Key Mignot, troubadour onirique

 

 Résonances : Radicelles de Murièle Modély & Dé-camper de Florentine Rey

 

Délits d’(in)citations décoiffent les coins de pages.

Vous trouverez la bulletin de complicité au fond en sortant, facultatif mais nécessaire, il compte sur vous.

 

 

ND-10.jpg

Illustratrice : Barbara le Moëne

 

 

ND-7.jpg

 

Lorsqu'un soir je rentrais dans la chambre, complètement hagarde, par hasard je me regardais dans la glace. Elle reflétait l'image d'une possédée, sauvage et lubrique, repoussante et fascinante. Échaudée, les yeux enfoncés dans les orbites, la chemise de nuit de travers, le corps sans forme. La voilà la sorcière. Cette créature de la terre, aux instincts dénudés, débridés, avec son insatiable appétit de vie, femme et bête en même temps.
Mary Wigman

 

 

 

ND-12.jpg

 

Les vrais compagnons, ce sont les arbres, les brins d'herbe, les rayons du soleil, les nuages qui courent dans le ciel crépusculaire ou matinal, la mer, les montagnes. C'est dans tout cela que coule la vie, la vraie vie, et on n'est jamais seule quand on sait la voir et la sentir.
Alexandra David-Néel
in Journal de Voyage, Tome 1

 

 

 

Nouveaux Délits - Janvier 2020 – ISSN : 1761-6530 - Dépôt légal : à parution - Imprimée sur papier recyclé et diffusée par l’Association Nouveaux Délits - Coupable responsable : Cathy Garcia Canalès -  Illustratrice : Barbara le Moëne - Correcteur : Élisée Bec

 

 

 

 

 

C’est quoi une femme à quarante-huit ans passés ?

Quarante-huit ans passés, plus envie de faire semblant. C’est quoi une femme à quarante-huit ans passés ? C’est quoi une femme seule à quarante-huit ans passés ? Plus d’un an que je n’ai pas été touchée dedans, pire encore : ça fait longtemps qu’un homme ne m’a pas donné envie d’écrire.

J’ai eu l’art de m’être laissée mal choisir. On appelle ça des expériences, mais c’est juste parce que j’ai mis trop longtemps à me rencontrer pour de vrai. Est-ce que quarante-huit ans passés, c’est enfin la maturité ?

C’est un âge où certain-e-s ressentent le besoin de mentir, mentir sur leurs rêves,  mentir sur leur corps, sur les traces que la vie y a laissé, sur la graisse qu’on a tassé pour se protéger, d’autres justement, n’ont plus envie de mentir. Un besoin de vérité, de nudité, de douceur, d’un authentique jus de vie : être aimé vraiment, aimer vraiment. Avec outrance, avec sagesse, avec puissance, avec lenteur, avec autant de subtilité que d’intensité,  avec du rire et de la poésie, avec de l’audace et du tournis, parce qu’Éros versus Thanatos, là ça ne rigole plus.

C’est un âge où on se dit que si à vingt ans on avait su tout ce qu’on savait maintenant…  Et on préfère ne rien s’en dire.

C’est un âge où soudain on n’a plus envie d’attendre, plus envie d’être fidèle à son malheur. Un âge de volcan qui n’a pas dit son dernier mot.

 

Cathy Garcia Canalès, octobre 2018

 

 

 

 

 

Revue Nouveaux Délits n°64 - Cathy Garcia Canalès

 

Comme les autres, poème extrait du recueil "Pandémonium II", paru en 2019 et présenté dans ce numéro d'octobre 2019. Lu par moi-même.

 

 

 

Revue Nouveaux Délits n°64 - Jg Tartare

 

 

 

Un conte rouge, un des textes de Jg Tartare, le griot blanc, le tribun des rues, publiés dans ce numéro d'octobre 2019. Lu par Cathy Garcia Canalès.

 

 

Nouveaux Délits n°64 - Olivier Robert

 

Le bon apôtre, un des poèmes d'Olivier Robert publié dans ce numéro d'octobre 2019.

Lu par Cathy Garcia Canalès.

 

 

Nouveaux Délits n°64 - Laurent Thines & Cathy Jurado

 

"Le jaune de l'automne", un des poèmes de Laurent Thinès et "Le poète est un boxeur gitan" (dédié à Christophe Dettinger), un des poèmes de Cathy Jurado, publié dans ce numéro d'octobre 2019, dans un duo pour les gilets jaunes.
Lus par Cathy Garcia Canalès.

 

 

 

05/01/2020

Nouveaux Délits n°64

 

"Souvenirs perdus", un des quatre poèmes tirés des "Poélitiques" de Jean-Pierre Hanniet publié dans ce numéro d'octobre 2019.

Lu par Cathy Garcia Canalès.

 

 

04/12/2019

Myriam OH

Myriam OH est le deuxième délit buissonnier de la revue, paru en 2017, voir ici :

 http://larevuenouveauxdelits.hautetfort.com/archive/2017/....

Elle vient de se lancer à l'eau avec une chaîne youtube, que du plaisir, quel sourire !!

 

 

 

 

 

 

24/11/2019

Soliflore 85 - Sarah Lecina

 

 

Caspar David Friedrich L'Abbaye dans une forêt de chêne.jpg

©Caspar David Friedrich - L'Abbaye dans une forêt de chêne

 

 

Ruines III

 

 

Lui,     qui toque

aux fenêtres noires

pupilles-mouches

courant d'une étincelle à l'autre

et tes joues                  qui tremblent

entre les vitraux de tes finalités

jalouses du baiser du vent

sur tes chevilles.

Les arabesques sombres de sommeil

s'éveillent à l'interstice de la nuit :

je veux tomber à l'envers

de tes yeux.

 

 

            Les yeux chavirés d'alcools

il fallait écrire, à présent,

sur l'amour des failles et des soubresauts violents.

Pas une ruine encore ;

            seulement rime.

Seulement déplacée de tes lèvres closes.

 

 

 

 

22/11/2019

Soliflore 84 - Jacques Allemand

 

 

aaron-j-groen.jpg

©Aaron J. Groen, Dakota du Sud

 

 

ces deux là feraient briller un terrain vague
un champ de mottes et de choucas pareil
autour d'eux les autres ne sont plus les autres
vous non plus

tourner autour sans les nommer
(tant d'êtres et de choses perdent leurs forces dans la définition)
juste les regarder lancer leurs bras
par la fenêtre vers les arbres
le chahut des criquets entre dans le train
encore un instant et ces deux là
ne feront plus qu'un avec les voyageurs les malles
la ferraille qui bringuebale
ils sont l'aujourd'hui de tous les voyages
ceux du grand-père armé
de l'enfance au masque de suie
des corps volages
des enneigés
de tous ceux qui attendent leur tour
dans les sacs et dans les reins

 

 

 

02/11/2019

L’anarchie ou le chaos de Philippe Godard

 

La Résonance du numéro 64 :

 

illustrations de Vincent Odin

Le Calicot éd., décembre 2018

Godard_.jpg

220 pages, 10 euros.

 

  

 

« l’édification d’une société d’êtres libres ne peut être que l’effet

de leur libre évolution » Errico Malatesta (1853-1932)

 

 

Voici un ouvrage qui amène un peu d’air frais dans le grand marécage idéologique de ce début du XXIe siècle, un air qui souffle librement sur les grandes questions contemporaines. Sont-ce vraiment des questions ? Dans la mesure où toute réponse ne visant pas à perpétuer le système tel qu’il est a peu de chances de trouver un espace officiellement autorisé d’expression, on peut s’interroger, alors disons donc : les grands problèmes contemporains. Il n’en manque pas. Le titre peut sembler ironique, tellement dans l’esprit commun anarchie et chaos semblent synonymes, mais le chaos, le grand désordre, n’est-ce pas ce que l’on vit déjà ? Cet ouvrage va donc à l’encontre des préjugés et des idées toutes faites sur un courant qui est au fond peu connu, parce qu’il est justement relégué systématiquement à la marge avec des idées et opinions tout aussi systématiquement cataloguées comme dangereuses. Pratique, pour ne pas prendre le risque qu’elles soient diffusées et donc entendues, qu’elles puissent ouvrir des brèches dans les couloirs de la pensée obligatoire. Qui dit anarchiste dit de nombreux courants, pour commencer, car il n’est pas question pour un anarchiste de se laisser enfermer dans une case, y compris celle de l’anarchie. Le point commun à tous ces courants donc, différents de par leurs orientations, leurs choix sur la mise en pratique, mais qui se rassemblent sur une vision sans compromis de l’autonomie de tout être humain, c’est le mouvement, la proposition, la créativité.

 

« Que pensent les anarchistes des grands défis contemporains ? Nous n’en savons rien car peu de médias importants relaient leurs idées, qui sont le plus souvent considérées comme des vieilleries utopiques ou le fruit de dérèglements cérébraux. Le monde n’a guère évolué depuis ce jour de 1892, lorsque des médecins ouvrirent la boîte crânienne de Ravachol après son exécution pour prouver que son cerveau était anormal... »

 

Cet ouvrage fait le tour de pas mal de ces défis et questions essentielles et offre des points de vue anarchistes donc, en évoquant et citant pas mal de figures et penseurs d’hier et d’aujourd’hui : Bakounine, Proudhon, Malatesta, Max Stirner, Emma Goldman, Kropotkine, Élisée Reclus, David Graeber, Marius Jacob, Louise Michel, Sébastien Faure, Alexandre Grothendieck, Pénélope Nin, Albert Thierry… avec un bon condensé de l’historique du mouvement, une réflexion solide et le tout non sans humour, grâce aux savoureux dessins de Vincent Odin.

 

001.jpg

 

Des points de vue qui peuvent apparaître radicaux, utopistes, mais si on y réfléchit bien, si on secoue un peu le formatage des esprits, ces idées sont peut-être surtout sensées, justes, évidentes, urgentes même, car contrairement à ce que l’on cherche à nous faire croire, à se faire croire, il n’y a pas qu’un seul futur possible.

Ces idées utopistes font du bien et on sait que l’expérience de la Catalogne en 1936, même si elle fut trop brève et tragique, a été une mise en application concrète et réussie des visions anarchistes. Comme l’a dit en 1974, Noam Chomsky, cette expérience fut « un témoignage éloquent de la capacité des pauvres gens de s’organiser, de s’administrer sans coercition, ni contrôle. » 

 

Et c’est peut-être bien justement parce que cela fonctionne que les systèmes en place font tout pour dénigrer cette pensée. Quoi de plus dangereux pour un pouvoir que la preuve de son inutilité, de son illégitimité ? Quoi de plus dangereux que des êtres libres et autonomes qui peuvent prouver que non seulement un pouvoir est inutile mais qu’il est aussi néfaste et à l’origine des problèmes qu’il prétend régler, problèmes dont la récurrence lui permet en réalité de se consolider et se perpétuer ?

 

L’anarchie ou le chaos donne de la nourriture pour une réflexion vraiment libre et indépendante, ouvre plus largement des pistes considérées comme marginales en vue d’un mieux vivre ensemble.

 

Bakounine disait, lors d’une tournée de conférences en 1871 :

 

« Le droit à la liberté, sans les moyens de la réaliser, n’est qu’un fantôme. Et nous aimons trop la liberté pour nous contenter de son fantôme. Nous en voulons la réalité. Mais qu’est-ce qui constitue le fond réel et la condition positive de la liberté ? C’est le développement intégral et la pleine jouissance de toutes les facultés corporelles, intellectuelles et morales pour chacun. C’est par conséquent tous les moyens matériels nécessaires à l’existence humaine de chacun ; c’est ensuite l’éducation et l’instruction. Un homme qui meurt d’inanition, qui se trouve écrasé par la misère, qui se meurt chaque jour de froid et de faim, et qui, en voyant souffrir tous ceux qu’il aime, ne peut venir à leur aide, n’est pas un homme libre, c’est un esclave. Un homme condamné à rester toute sa vie un être brutal, faute d’éducation humaine, un homme privé d’instruction, un ignorant, est nécessairement un esclave. Et s’il exerce des droits politiques, vous pouvez être sûrs que, d’une manière ou d’une autre, il les exercera toujours contre lui-même, au profit de ses exploiteurs, de ses maîtres. […] Quant à nous, qui ne voulons ni fantômes, ni néant, mais la réalité humaine vivante, nous reconnaissons que l’homme ne peut se sentir libre et se savoir libre — et par conséquent ne peut réaliser sa liberté — qu’au milieu des hommes. Pour être libre, j’ai besoin de me voir entouré, et reconnu comme tel, par des hommes libres. Je ne suis libre que lorsque ma personnalité se réfléchissant, comme dans autant de miroirs, dans la conscience également libre de tous les hommes qui m’entourent, me revient renforcée par la reconnaissance de tout le monde. La liberté de tous, loin d’être une limite de la mienne, comme le prétendent les individualistes, en est au contraire la confirmation, la réalisation et l’extension infinie. Vouloir la liberté et la dignité humaine de tous les hommes, voir et sentir ma liberté confirmée, sanctionnée, infiniment étendue par l’assentiment de tout le monde, voilà le bonheur, le  paradis humain sur terre. »

 

Philippe Godard prend un par un tous les sujets cruciaux : la liberté bien-sûr, condition première d’un être épanoui et donc bon pour lui-même et pour les autres car, écrit-il, « la liberté n’est pas la possibilité de faire n’importe quoi, d’oppresser, de réduire en esclavage. Rendre dépendant qui que ce soit, ce n’est pas nous rendre libre : c’est nous rendre exploiteur, et, donc, sortir de la condition libre qui est celle de l’humanité, pour entrer dans une autre sphère, celle du pouvoir. À l’inverse, échanger avec des êtres libres, travailler, jouer ou cultiver un champ, tisser des liens d’amitié ou d’amour avec des personnes libres, sans la moindre contrainte, est la plus intense réalisation de soi. Lorsque nous éprouvons que nous sommes semblables les uns les autres, que, toutes et tous, nous sommes libres, alors, notre association n’en est que plus forte, plus enthousiasmante. »

 

La philosophie anarchiste est une des seules à souligner, faisait remarquer Emma Goldman (1869-1940), que l’évolution humaine, son bien-être physique, ses qualités latentes et ses dispositions innées doivent seuls déterminer la nature et les conditions du travail d’un homme.

 

La question du pouvoir, radicalement remis en cause par la pensée anarchiste, est bien évidement abordée, ainsi que celle du vote et, par extension, ce que nous appelons démocratie (ou démocrature ?). Et puis encore : l’individu, le collectif et le penser collectif, l’argent et son corollaire, la consommation : « De nos jours […] : un billet de 20 euros n’indique pas qu’il correspond à la moindre contre-valeur en or ; il n’a de valeur que si le système perdure et s’il se trouve des commerçants pour l’accepter. […] Ce système mourrait si nous pouvions vérifier simultanément tous les comptes : aussitôt, les créanciers s’apercevraient qu’ils ne peuvent pas être tous remboursés, et le système s’effondrerait. »

 

Il y est inévitablement aussi question de la violence et de la non-violence et Philippe Godard démontre, et ce n’est pas un détail, que l’usage de la violence n’a jamais obtenu l’adhésion de l’ensemble des anarchistes et « dès la période de propagande par le fait, dans les années 1890, le doute s’était installé […] à propos de l’utilité politique de la violence » et en 1920, Errico Malatesta demandait d’y réfléchir :

 

« Nous ne devons pas oublier que la violence, malheureusement nécessaire  pour résister à la violence, ne sert à édifier rien de bon, qu’elle est l’ennemie naturelle de la liberté, l’accoucheuse de la tyrannie, et que par conséquent elle doit être contenue dans les limites les plus strictes de la nécessité. […] La révolution est utile et nécessaire pour abattre la violence des gouvernants et des privilégiés, mais l’édification d’une société d’êtres libres ne peut être que l’effet de leur libre évolution. »

 

« La violence, reprend l’auteur, n’est en effet pas la voie stratégique que suivent la majorité des anarchistes. La violence "révolutionnaire" et la violence d’État sont plutôt "les deux mâchoires d’un même piège à cons", selon les deux derniers mots du héros anarchiste du film Nada (Claude Chabrol, 1974) ».

 

L’écologie, l’éducation — essentielle l’éducation : former les esprits, et non les déformer —, les frontières que les anarchistes refusent, la science, la folie, la notion d’illégalité seront également abordées ainsi qu’une position des plus intéressantes — et qui mériterait qu’on s’y attarde plus que jamais aujourd’hui où l’on ne peut que constater les conséquences désastreuse de la course à la réussite — : le refus de parvenir.

 

« Ce système nous a proposé jusqu’à maintenant d’accumuler, de vivre à fond dans l’avoir. Et il a acheté notre complicité, alors que des êtres humains n’avaient même pas la possibilité de vivre décemment. Cette misère s’étend à tout être vivant. La terreur d’État, l’asservissement industriel, l’abêtissement capitaliste et la misère sociale nous frappent toutes et tous. Insidieusement et continuellement, ces forces néfastes divisent notre être intime. Une partie de nous se voit subrepticement contrainte à être le bourreau de notre autre moi, celui qui rêve, sait et veut que ce monde ne soit pas celui-là. Combien d’entre les citoyens tentent difficilement de défaire la nuit ou pendant leur maigre temps libre ce dont ils ont été complices chaque jour travaillé ? » C’est ce qu’on peut lire dans un manifeste anarchiste dans les années 2008-2009 pendant la crise des subprimes.

 

Philippe Godard, lui, écrit :

 

« La coopération, la réflexion sur ce que nous produisons et ce que nous consommons, sont une part essentielle de l’utopie anarchiste, une utopie pas si irréaliste que cela si nous pensons à toutes les tentatives actuelles pour consommer autrement, consommer moins, beaucoup moins, de façon écologique et respectueuse du travail des autres. »

 

L’anarchie ou le chaos est un ouvrage riche, dense et salutaire, nourriture saine pour l’esprit, manuel de  secours pour temps agités et dont on pourrait tirer encore un grand nombre de citations, mais laissons le dernier mot à Élisée Reclus, géographe anarchiste, qui écrivait en 1866 :

 

« Là où le sol s’est enlaidi, là où toute poésie a disparu du paysage, les imaginations s’éteignent, les esprits s’appauvrissent, la routine et la servilité s’emparent des âmes et les disposent à la torpeur et à la mort. Parmi les causes qui dans l’histoire de l’humanité ont déjà fait disparaître tant de civilisations successives, il faudrait compter en première ligne la brutale violence avec laquelle la plupart des nations traitaient la terre nourricière. Ils abattaient les forêts, laissaient tarir les sources et déborder les fleuves, détérioraient les climats, entouraient les cités de zones marécageuses et pestilentielles ; puis, quand la nature, profanée par eux, leur était devenue hostile, ils la prenaient en haine, et, ne pouvant se retremper comme le sauvage dans la vie des forêts, ils se laissaient de plus en plus abrutir par le despotisme des prêtres et des rois. »

 

Alors, l’anarchie ou le chaos ?

 

Cathy Garcia

 

 

 

lecrivain-philippe-godard-evoque-la-liberte-dexpression_1.jpgÉcrivain prolixe et directeur de collection, Philippe Godard a beaucoup voyagé, notamment en Amérique latine et en Inde. Il a étudié des langues dites « orientales » (chinois, bengali, hindi, haoussa, amharique, quechua) et est devenu claviste, puis correcteur. Puis encore rewriter, et enfin auteur de notices pour l’encyclopédie Hachette multimédia durant sept ans. 

Sentant venir la fin de cette encyclopédie (et aussi la fin de l’idée même d’une encyclopédie telle que pensée par les Lumières), il a proposé une première collection de documentaires jeunesse chez Autrement : « Junior Histoire », dont les premiers titres sont parus en 2001, et qui en compte désormais vingt-cinq. 

Il a ensuite lancé d’autres collections : « Les Insoumis » chez un petit éditeur strasbourgeois (qui a disparu), « Enfants d’ailleurs » chez La Martinière (13 titres parus depuis 2005, la plupart traduits et publiés aux États-Unis, au Royaume-Uni et en Allemagne), et il a repris la collection « J’accuse », chez Syros. 

Il a aussi publié plusieurs essais politiques, dont un avec Henri Lefebvre sur le terrorisme en 1990, puis Contre le travail des enfants (Desmaret, Strasbourg, 2001) et Contre le travail (Homnisphères, 2005) et Au travail les enfants ! (Homnisphères, 2007).


Il a publié de nombreux articles politiques, notamment dans la revue italienne Libertaria, intervient en milieu scolaire, fait des conférences sur des sujets sensibles. Il a fourni durant trois ans l’épicerie Fauchon en citrouilles, et a travaillé avec sa compagne à la fourniture en légumes d’un restaurant deux étoiles durant cinq ans.

 

Depuis 2011, il donne des cours sur la pédagogie à de futurs travailleurs sociaux, éducatrices et éducateurs de jeunes enfants, éducateurs et éducatrices spécialisé.e.s.). Ce travail pédagogique s'inscrit en continuité de son travail éditorial, et c'est ainsi qu’il a publié, en 2017, Croire ou pas aux complots ?, qui est un véritable livre-outil, au service non seulement des jeunes mais aussi des éducateurs, spécialisés ou issus de l'Éducation nationale (aux éditions du Calicot).


Philippe Godard vit, écrit et travaille dans le Jura. 

 

 

 

25/10/2019

Soliflore 83 - Serge Muscat

Bonhomme-rouge.JPG

photo©Corinne Nativel 

 

 

UN VOISIN BRUYANT

 

              Auguste Bouton avait décidé de consacrer ce samedi à la lecture. Il avait acheté la veille plusieurs ouvrages qu'il n’avait pas eu le temps de parcourir et, en ce début d’après-midi, il s’apprêtait avec enthousiasme à tourner la première page d’un roman dont il appréciait particulièrement l’auteur.

            Installé sur le canapé du salon, avec sur la table basse un verre et une bouteille de Martini, il commença, comme il en avait souvent l’habitude, par lire la quatrième de couverture du roman. Un bref extrait du récit y était rédigé, ce qui mit en appétit sa curiosité. Il était question d’un homme en prise avec le désespoir qui songeait à la manière la plus efficace de se suicider.

            Alors qu’Auguste Bouton entamait la lecture de la première page de l’ouvrage, il entendit les premières notes, plus précisément les coups de batterie d’une musique populaire, filtrer du plafond. Pressé de commencer la lecture de son livre, il se concentra sur le premier paragraphe du premier chapitre en détournant l’attention de la nuisance sonore.

            A peine entama-t-il le deuxième paragraphe que la musique provenant de l’étage supérieur monta en puissance de plusieurs décibels. Il redoubla alors d’attention en focalisant toute son énergie mentale sur les caractères imprimés de la feuille. Mais tandis qu’il lisait tant bien que mal le début du troisième paragraphe, les rythmes de la batterie montèrent en puissance jusqu’à donner l’impression que l’on essayait de défoncer la porte du salon à grands coups de bélier. A partir de ce moment, les phrases inscrites sur la page se vidèrent de toute signification. Il y avait bien des signes tracés à l’encre noire, mais pour Auguste Bouton ceux-ci devinrent de simples formes qui ne voulaient plus rien exprimer à sa conscience.

            Dans un accès de colère, il posa brusquement le livre sur la table et se précipita vers la cuisine. Là, il saisit un balai et revint au salon. Choisissant un endroit où le plâtre était dur, il se mit à cogner au plafond avec le balai. Après avoir donné une dizaine de coups, il constata avec dépit que la musique résonnait toujours aussi fort. Essayant de se contrôler, il se laissa choir dans un fauteuil, le balai à la main. Quelques poignées de secondes suivirent puis il alla remettre l’ustensile ménager à sa place.

            De nouveau au salon, il choisit un disque de jazz sur une étagère et plaça celui-ci dans la chaîne hi-fi. Presque immédiatement les premières notes de saxophone se répandirent dans l’appartement. Cela rendait une étrange musique faite d’instruments à vent et de coups de batterie provenant de chez le voisin. Auguste Bouton appuya trois fois sur la touche + du volume, ce qui eut pour effet de transformer le son du saxophone alto en une sorte de baryton. La batterie déchaînée filtrant toujours du plafond, il donna trois nouvelles impulsions sur la touche + du réglage de volume. Cette fois-ci le saxophone ressemblait à un son provenant d’une grande caverne, un peu à la façon d’un monstre criant depuis les entrailles de la terre. Les vitres des meubles du salon se mirent à vibrer, comme à l’approche d’une secousse sismique. La batterie de la musique du voisin était à présent devenue inaudible.

 

            Dans sa cuisine, en train de faire la vaisselle, D. pensa : « mais ils sont devenus fous ! »

            Les fous en question étaient bien entendu les responsables de ce vacarme indescriptible qui parvenait aux oreilles de D. Elle finit de rincer ses verres et ses assiettes, puis enleva ses gants de caoutchouc. Elle sortit ensuite de l’appartement et alla sonner à la porte d’Auguste Bouton.

            Malgré l’insistance de D, la porte de son voisin de palier resta close. D’ailleurs, la musique de jazz recouvrait totalement le timide bruit de la sonnerie composé d’une succession de deux notes. Elle patienta tout de même quelques instants, avec l’espoir que son voisin avait peut-être entendu quelque chose. Mais après deux minutes qui lui parurent une heure, elle regagna son logis, désappointée.

            Afin de se détendre de ses émotions, elle se servit un grand verre de lait qu’elle but d’un trait. Sentant ses forces lui revenir, elle ne trouva pas mieux, pour oublier le boucan fait par les voisins, de mettre une cassette de son compositeur favori. Afin de couvrir la musique des voisins, elle poussa le volume jusqu’à huit sur une échelle de dix. Ayant laissé les fenêtres ouvertes pour aérer l’appartement, la mélodie s’entendait jusque de l’autre côté de la rue. Satisfaite, D. s’alluma une cigarette et s’installa confortablement sur le grand canapé. Elle n’entendit même pas la sonnette d’entrée qui carillonnait. M., un homme âgé habitant l’étage en-dessous et souffrant de malaises cardiaques, sonna à quatre reprises. Constatant que cela ne donnait aucun résultat, il se mit alors à cogner à la porte ; d’abord faiblement, puis progressivement de plus en plus fort. D. écrasa sa cigarette dans le cendrier et alla se servir un autre verre de lait. Furieux, M. rentra chez lui et mit le poste de radio à fond.

 

            Lorsque tout l’immeuble trembla sous l’effet des enceintes déchaînées qui distillaient diverses musiques, les voisins de la rue d’en face prirent la relève. D’appartement en appartement la musique se mit à gronder jusqu’à couvrir le bruit des voitures. Bientôt tout le quartier manifesta son mécontentement en poussant le volume de la sono. Puis les jeunes descendirent dans la rue avec leur appareil à musique portable. Sur les places publiques on commença à danser sous une gigantesque cacophonie musicale.

 

            Vingt minutes s’étaient écoulées lorsque le disque qu’Auguste Bouton écoutait arriva à sa fin. Il prit alors conscience du remue-ménage qui régnait au dehors et alla à la fenêtre du salon. Il fut surpris de voir la rue grouillante de monde et d’entendre un brouhaha composé d’une mosaïque de mélodies et de chants. La curiosité éveillée, il décida d’aller observer tout cela de plus près.

 

            Après s’être rapidement vêtu, il descendit les trois étages de l’immeuble et déboucha dans la rue. Sous le soleil de ce début d’été, des gens allaient et venaient tandis que d’autres se trémoussaient au son de la musique brésilienne qui émanait d’un gros appareil portable posé sur l’épaule d’un jeune homme marchant d’un pas lent. Auguste Bouton remonta la rue en direction de la place sur laquelle se rassemblaient souvent les jeunes gens. Tout le long du chemin jaillissait des fenêtres ouvertes des musiques disparates couvrant pratiquement tous les genres que cet art propose. Des portes d’entrée apparaissaient des flots continus de personnes, comme si les immeubles se vidaient tous au même moment. Cela faisait un peu penser au sable coulant par l’ouverture d’énormes silos. Sans interruption, les gens se pressaient dans la rue jusqu’à finalement totalement encombrer celle-ci. Bientôt obligé de jouer des coudes pour se frayer un chemin dans la foule, Auguste Bouton, par on ne sait quel hasard, se retrouva alors face à face avec son voisin du dessus. La colère étant passée, ils se dirent courtoisement bonjour tandis qu’à une fenêtre proche un enfant criait à sa mère : « Maman viens voir, il y a une fête ! »

 

 

 

23/10/2019

Christian Saint-Paul parle de la revue Nouveaux Délits

 

 

 

Capture.PNG

Le poète Christian Saint-Paul a, comme il le fait fidèlement depuis longtemps, encore parlé du dernier numéro de la revue dans son émission "Les poètes" du 17 octobre dernier sur Radio Occitania et il a choisi deux poèmes de Cathy Jurado, une lecture de cœur et de tripes avant tout, à écouter ici : https://lespoetes.site/emmission/emmission.html

 

Merci à lui !

 

 

 

30/09/2019

Revue Nouveaux Délits numéro 64

 

COUV SMALL.jpg

octobre 2019

 

Je ne sais pas si cela vient de ce mois de septembre qui crépite de tensions, de nervosité ou de mon côté hyperactif, multitâche, de mon cerveau zébré en arborescence, de mon mental de Gémeaux capable de non seulement penser à plein de choses à la fois mais de les faire aussi simultanément, tout en réfléchissant, avec gourmandise, à toutes celles que j’ai envie de faire. Créer chez moi est compulsif, faire du lien aussi, transmettre, partager, pas étonnant que je me sois fait piéger par face de bouc.

Je ne sais cependant pas si c’est l’afflux incessant de sollicitations, de données, d’informations, de questions exigeant réponse instantanée, qui nous submergent via toutes les nouvelles technologies  — et encore je n’ai pas de portable (je ne suis pas loin de faire partie des derniers des Mohicans). Je ne sais pas si cela vient des individualités de plus en plus selfisées, de la paperasse à n’en plus finir, pire quand elle est dématérialisée, avec ce tsunami d’identifiants, de codes, de mots de passe, de captcha (attention, marque commerciale déposée) et paradoxalement d’un manque croissant de professionnalisme — wow, j’ai vraiment utilisé ce terme ? — en tous les domaines, car peu importe comment et pourquoi les choses sont faites, ce qui compte c’est le fric, le fric, le fric et les plus pauvres de ramer et suer après ou sombrer dans une hyperactivité pathologique (devrais-je consulter ?) et pour bien d’autres, les « élus », c’est le fricot, le régal, la bombance. Ceux-là aussi sont en Enfer, comme Tantale, mais ils ne le savent pas, tant il leur est doux de se gaver, mais plus ils en ont et plus ils en veulent, jamais rassasiés et la planète n’est pas assez vaste, pas assez nutritive pour leur goinfrerie. S’ils aimaient manger de la chair humaine, c’est certain, ils nous dévoreraient littéralement.

Je ne sais pas si c’est le fait que tant de mes convictions profondes, et qui ne datent pas d’hier, soient aujourd’hui à la une des médias et alors que je devrais m’en réjouir, j’ai pourtant l’impression que cela fait surtout du bruit, de la mode, du tweet et que la meilleure des intentions est récupérée, détournée, avant même d’avoir été énoncée. Je ne sais pas si c’est la sensation de vivre de plus en plus dans un gros fake, une cauchemardesque fête foraine, bien que je fasse partie de celles et ceux — il y en a — qui sont descendu-e-s du manège depuis longtemps.

Bref, je suis fatiguée et je voulais donc dire que je faisais pour ce numéro, une grève d’édito ! Trop tard ? C’est tout moi, incapable de ne pas faire les choses, surtout quand personne ne m’oblige à les faire. Mais j’avoue, encore une fois, ce fut un plaisir de m’adresser à vous, je suis descendue du manège mais pas du bateau, alors ramons les amis, ramons ensemble et chantons, chantons avec nos voix, nos mots, nos poumons, nos tripes. Et apprécions le silence qui suit, le vrai silence : celui qui nous permet de sentir le battement de nos cœurs à l’unisson. Tant qu’on le peut encore.


C.G.

small.jpg



Il faut faire attention : avoir le vent en poupe, c'est l'avoir dans le cul.
Pierre Peuchmaurd in Fatigues

 

 

 

AU SOMMAIRE


Délit de poésie :

Hommage à Jean-Pierre Hanniet et ses Poélitiques
Duo pour les gilets jaunes : Laurent Thines & Cathy Jurado
Olivier Robert, des extraits d’Accalmie un souffle

Délit de griot blanc : aphorismes, pensées et un conte rouge du tribun des rues, Jg Tartar(e)

Délit d’autopromotion : Cathy Garcia Canalès, préface et extraits de Pandémonium II

Résonance : L’anarchie ou le chaos de Philippe Godard


Les Délits d’(in)citations arrosent les coins de pages pour lutter contre la sécheresse de la pensée tandis que le bulletin de complicité sifflote au fond en sortant. Il ne va pas tarder à tendre le chapeau.

 

DSC_0370 small.jpg

Illustrateur : Joaquim Hock

https://joaquimhock.blogspot.com



 

DSC_0369 small.jpg


Il n’est personne au monde aujourd’hui qui ne sache à quoi s’en tenir. Et que nous faisons tout ce que nous ne devons pas faire, que nous acceptons tous ce que nous savons ne pas pouvoir, ne pas vouloir accepter, que nous nous laissons tous entraîner en mettant tout sur le compte de la fatalité historique, aussi bien d’un côté que de l’autre… du mur de l’argent.


Louis Guilloux 
in Carnets, 5 août 1969

 

 

 

DSC_0367 small.jpg

 

Nouveaux Délits - Octobre 2019 – ISSN : 1761-6530 - Dépôt légal : à parution - Imprimée sur papier recyclé et diffusée par l’Association Nouveaux Délits - Coupable responsable : Cathy Garcia Canalès -  Illustrateur : Joaquim Hock - Correcteur : Élisée Bec

 

 

 

 

 

Cathy Garcia Canalès - Toboggan de velours & Pandémonium II

Comme une vaillante petite tailleuse de livres, je vous en sors deux d’un coup ! Et c’est dans la posture du grand écart que je fais moi aussi ma rentrée littéraire, avec deux livres aux antipodes l’un de l’autre : un dur et un doux, un noir et un lumineux, un grave et un léger, un engagé enragé et un tout délicieux sans danger pour le lecteur, ce qui n’empêche l’humour dans le premier avec les superbes illustrations originales de Joaquim Hock — l’Illustre Illustrateur Attitré de cette revue que l’on retrouve aussi avec une vive joie dans ce présent numéro — et de la profondeur dans la légèreté du second : toutes ces nuances humaines.

Donc, en même temps que Pandémonium II  présenté dans ces pages, paraît aussi Toboggan de velours, qui comme son nom l’indique vous invite à vous laisser glisser les yeux bandés. Poèmes d’atmosphère, douceur, magie, mystère et quelques piquants soyeux d’impertinence. D’un format vertical cette fois de 32 pages et accompagné de collages en couleur de l’auteur.

 

Chemins de soie 7 sur 8 small.jpg

 

 « Glissade vers la nuit
ses rivages de velours
son écrin de pluie
toute chaude d'amour
se saisir de la chair
y sculpter le plaisir
descendre vers la mer
abreuver son désir
et rejoindre l'Éther »




En savoir + sur ses deux parutions sur :  http://cathygarcia.hautetfort.com/

 

COUV SMALL.jpg


Tous mes livres auto-édités sont fabriqués et imprimés par mes soins, exclusivement sur du papier 100% recyclé haut de gamme.

Tirages entièrement numérotés.

 

 

 

29/09/2019

Soliflore 82 - (annulé)

 

 

Côtes d'Armor - Bretagne  (1).JPG

photo : cathy garcia canalès

 

 

 

"Vos préjugés sont vos fenêtres sur le monde.

Nettoyez-les de temps en temps, ou la lumière n’entrera pas."

 

Isaac Asimov

 

 

 

24/09/2019

Soliflore 81 - Marc Liênet

OSCAR PRUDHOMME 2019 Rue de la cathédrale 50x50 FB.jpg

Oscar Prudhomme - Rue de la Cathédrale - 2019

 

 

L’Être

 

L’être que tu penses être

Ne m’intéresse pas

Ou si peu

 

Je m’adresse plutôt à ce naïf

Que tu rabroues sans cesse

À cet idiot dans sa superbe

Qui continue d’alimenter

La flamme

 

Toi

Cela fait longtemps

Que tu es devenu rentable

 

Lui

L’autre toi-même

Dont tu ignores toujours le nom

Et qui croupit seul

Dans le cachot de ton cœur

Vibre encore

Sur la musique du monde

Entre tes rêves d’enfant

Et la tristesse

 

Toi

Le bourreau le tortionnaire

Toi l’esclave

Toi l’arrogant dans son costume

Toi la peur

 

Lui

L’amoureux le pendu

Lui la tendresse

Lui le poète à ses heures

A n’en pas douter

Lui mon ami

 

 

 

 

 

21/09/2019

Soliflore 80 - Mélanie Carron

 

PASSAGE

 

Pas.sage MélanieCarron.jpg

Cliquez sur l'image pour lire

 

 

 

 

 

 

 

03/07/2019

Soliflore 79 - Bernard B

Carnac Bernard B.jpg

photo de l'auteur

 

pause surréaliste – saison 2 (V)

 

sous les pavés de pierre de lune rousse c’est une plage de sable fin qui glisse entre les six doigts translucides de l’humanoïde aux mille souvenirs bien ancrés dans sa mémoire cache-cache où s’effleurent des corps célestes munis de lampes hallucinogènes où se bousculent des chimères sans queue ni tête où un quartet de soldats de plume sonne la charge en coulisse sous un ciel de cuivres sous une trompette de neige sous une averse de trombones à piston à double effet de surprise sous une grêle de croche-pieds sous un cyclone polaire de demi-tons en boîte de nuit sous un orage de notes piquées au vif du sujet de la phrase musicale que l’humanoïde claironne dans l’espoir du grand renversement des tables rondes en langue de bois non équitable dans l’espoir du grand effondrement de la tour infernale dans l’espoir d’un nouveau paradigme sans dogmes dans l’espoir de trouver sous les pavés de pierre de lune noire une plage de sable sans fin ni fond

 

https://bernardbblog.wordpress.com/