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22/09/2011

"En écho à ton édito" - Patrick Joquel

Suite pour une tristesse

 

Il y a la tristesse

Avec son vieux silence

Autour du cou

Avec sa pesanteur sur les épaules

 

Tout ce qui nous détache

Et nous laisse à flotter

 

Vidé

 

Le bleu a beau flamber

De tous ses étourneaux

On ne suit plus leur vol

 

Tout est à réapprendre

Jusqu’au léger sourire

 

Il y a la tristesse

Et ce n’est pas facile

 

 

on se retourne

 

tant de temps déjà

 

On se connaît si peu

 

On est si rare

 

On se protège aussi

 

De quoi

De qui

Pour aller où

?

 

 

on se cogne au monde

on s’égratigne

on est percé de toutes parts

on n’est plus étanche

on fuit

 

on résiste

on s’obstine à façonner

 

on ne sait ni comment ni pourquoi

on tient

 

 

On est là

Rivé à son établi

Jour après jour

A chercher

Quoi

?

Qu’importe au fond

Ce qu’on trouve

On en est le premier étonné

 

 

on s’étonne

oui

comme un coquelicot

 

 

 

 

bruits de la nuit

chiens lointains

crapauds fragiles

étrange hulotte

moteurs automobiles

 

cette odeur d’éternité

qu’on voudrait tant ne jamais quitter

 

doux mensonge

hier était différent

demain sera autre

et nul ne sait ce soir

lequel demain à l’appel

répondra

absent

 

 

 

on est à nouveau là

en équilibre instable

entre un désir de sauter dans le vide

et l’autre

celui de rester les pieds sur terre et le nez en l’air

 

on résiste au premier

on s’accroche au second

 

 

malgré ces regards écaillés par le martèlement des images

malgré le silence étouffé par la rumeur des radios

malgré le sordide et l’indifférence

malgré le confort

malgré la tentation de somnolence

je m’applique à ne rien oublier du vent dans mes cheveux d’enfant

je cherche à écrire aussi léger qu’un nuage

 

 

On est tellement seul face à son passé que lorsqu’il revient certains soirs frapper à la mémoire

on tremble

et même

on pleure à bas bruit

 

On voudrait alors lancer autour de soi des milliers de bulles de savon

Ou bien

Sous le bleu

tout un banc d’étourneaux

noir olive

 

On regarde ainsi au travers de leur transparence un paysage habituel

On le croit immuable si bien installé dans le chant des saisons

A peine si on se voit vieillir

 

On se croit si bien installé dans son corps

Bien sûr il n’est plus tout en course haletante

ni tout en souplesse

et pourtant

si proches

elles demeurent

cette enfance et cette adolescence

 

Familiers fantômes

 

On s’inscrit dans le présent de ce monde

A peine le voit-on tourner

Le temps écrit son histoire en ce corps

autant que dans la mémoire

ou le paysage

 

au printemps

comme on voudrait croire

à la légèreté des fruitiers

à leur si blanche espérance

à leurs promesses

 

comme on voudrait

oui c’est ça

fleurir

et secouer la mort

 

 

On est à peine

à peine un peu moins gratuit

dans la vibration

et beaucoup plus fragile

 

devant tant d’indifférence au devenir de nos quelques kilos de chair

d’insouciance autour de l’activité de nos neurones

comment ne pas crier

même en silence

même en papier miroir

 

 

Peu importe le nombre de soleils couchants perdus

quand un seul poème les tient tous

en quelques vers

 

 

 

 

 



Patrick Joquel
www.patrick-joquel.com


21/09/2011

JOAQUIM HOCK JUST MARRIED

Le premier Illustre Illustrateur Attitré de Nouveaux Délits (et de mon recueil Jardin du Causse) qui a sévi dans un grand grand nombre de numéros vient de se marier en Pologne, longue longue rose vie, que du bonheur, à Joaquim et Kassia !!!

 

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http://homeusers.brutele.be/joaquimhock/

NUMERO 40

 

Oct. Nov. Dec. 2011

 

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Edito, médito.

 

Une fois de plus, me voilà devant la page blanche de l’édito, ne sachant trop quoi y mettre. L’été est passé, vite mais lourdement chargé et il y a donc celles et ceux qui sont partis pour d’autres voyages. Leur rendre hommage ici est le minimum que je puisse faire. La mort de ceux que l’on aime est toujours une leçon difficile à accepter, et pourtant, qu’en sait-on finalement ? Notre sort à nous, les dits vivants, est-il plus enviable ? Je ne vais pas répondre, ni ici, ni ailleurs, à des questions aussi vastes. A chacun de chercher ses réponses, si toutefois réponses il y a. Alors quoi ? Alors rien. Rien et tout à la fois. Un pas après l’autre, sentir, ressentir et aimer. Aimer au-delà même de nos supposées limites. Aimer, parce que tout est si bref et absolument rien ne peut être monotone. L’ennui est l’illusion de celles et ceux qui pensent avoir tout leur temps. Ils ne se trompent pas tout à fait, ils ont effectivement tout LEUR temps, mais nul ne sait quand il s achève.

 

Mourir est un processus très instructif. C'est fou ce qu'on apprend.

Le seul ennui, c'est qu'on n'a guère le temps de mettre

ses nouvelles connaissances en pratique
Lawrence Block in Le Diable t'attend

 

Chaque jour est unique, chaque jour est un commencement, chaque jour est neuf et rien ne nous oblige à répéter les mêmes erreurs que la veille. Nous sommes libres, libres d’être ce que nous souhaitons être. Libres ! Cela ne signifie pas que tout se fera tout seul, bien au contraire, et nous ne serons jamais ni plus ni moins que celle ou celui qui marche sa propre existence. Sentir, aimer, marcher. Respirer, boire, manger. De créature à créateur, juste la lettre E qui change de place. La lettre EUX, les autres, que nous pouvons accueillir, intégrer au lieu de les laisser tout au bout, loin du C comme cœur. Juste une lettre, juste un pas, juste un geste. Pas grand-chose, mais pas rien non plus. Créer c’est exprimer, éliminer une pression, se libérer donc. Pour certains, c’est aussi essentiel que de respirer, ils ne peuvent vivre sans. Peut-être ont-ils plus de pression à l’intérieur que les autres, telles de véritables cocottes-minutes ? Peut-être, peut-être… Ce qui est certain, c’est qu’aujourd’hui je n’ai vraiment rien d’intéressant à dire, mais toujours une irrépressible envie de créer. Et la poésie, a-t-elle à voir avec la création ?

 

Le poète n'est pas le créateur. Il est porteur d'énigmes.

Michel Camus in Transpoétique

 

 CG

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AU SOMMAIRE

 

Délit d’amour :

Hommage à Beb Kabahn (1974-2011), graphicultrice de stigmates, écrivière en proséïe et tellement plus et encore.

 

Hommage à Yann Orveillon (1941-2011), poète et voleur de feu, au cœur océan.


Délit de poésie : Muriel Modély, Patrick Aveline et Guillaume Siaudeau

 

Résonances : 1 livre, 1 recueil, 1 groupe de musique, 1 couple de photographes.

 

Délits d’(in)citations s’éparpillent comme toujours à l’automne et vous trouverez le bulletin de complicité, très au fond en sortant, qui adore jouer lui aussi les feuilles au vent...

 

 

Illustratrice : Corinne Pluchart

pluchart.corinne@orange.fr

 

« Je vis près du Mont-Saint-Michel, mon lieu entre tous. J'écris, je marche, je m'arrête, je découvre. La poésie comme racine avec la grève et le vent, le sable et l'eau. Je dessine, je peins. Je regarde le monde et la lumière... souhaitant qu'elle éclaire partout et tous. »


http://corinne.pluchart.over-blog.com/

 

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automne profond
mon voisin
comment vit-il?

Saigyo

in poèmes de ma hutte de montagne

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Nouveaux Délits fait partie du fond de l’ARPO

http://www.arpo-poesie.org/

Avis de parution : Le Poulpe et la Pulpe de Cathy Garcia

 

 

AVIS DE PARUTION CHEZ CARDERE EDITEUR

 

Le poulpe et la pulpe – Cathy Garcia

 


 

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Extrait

J’ai mordu, bafouillé comme d’autres se lovent et jouissent. J’ai camouflé ma soif dans une cargaison de vertige. Trouvé dans le caniveau, une pépite lustrale.

Sur les crêtes frontalières, j’ai fait récolte de courbes sereines. Amulettes fertiles. Clarté rayonnante. Trouvé le noyau de la féminité caché dans les arbres.

Des cavales et des transes, j’ai gardé l’authentique insolence de la pulpe. Ce tremblement des nuques, embuscade hypnotique. Méandre où se coule la joie inconditionnelle.

Dans ma soif, j’ai la vision d’un oiseau ensorceleur posé sur la branche haute d’un cèdre.

 

 

« Une poésie grave, précise et drôle à la fois, où je me laisse volontiers embarquer, surprendre souvent, dans un cheminement preste, parfois fébrile ou vertigineux, qui épouse des méandres très féminins d’émotions, de sentiments, de joies et de souffrances. » (Bruno Msika, éditeur)

 

Poésie. Livre de 60 pages au format 140 x 210 imprimé en noir sur bouffant naturel 80g. Illustré par des dessins de Jean-Louis Millet. Sept. 2011, prix public 10 euros, ISBN 978-2-914053-60-0 Cardère éditeur, Lirac (30) www.cardere.fr

 

 

     

16/09/2011

Pour répondre à la question de Fabrice Marzuolo

 

Réponse publiée dans L’Autobus n°4

http://autobus.centerblog.net/48-numero-4

 

L'univers poétique actuel, pour moi ça ne veut rien dire ou alors faut parler de multivers. Il y a donc toutes sortes de choses dans les multivers poétiques actuels, multitude de courants, de réseaux, de pelotes emmêlés, d'auteurs divers et variés, variables aussi, de styles et d'anti- styles qui font styles etc.


En tant que revuiste autant qu'en tant qu'auteur, je garde un œil distancié sur les bousculades, les polémiques, les défenseurs de la vraie poésie, les défenseurs de la poésie pour tout le monde, les défenseurs de la non-poésie, les censeurs et les sangsues, les poètes rebelles et ceux qui ont la part belle, les poètes maudits et ceux qui maudissent, les poètes d'hier et d'aujourd'hui, les poètes et les pouets.


La poésie c'est tout ça et rien de tout ça. Haaaaaaaaaaaaaaaa, la poésie !


En tant qu'auteur, la poésie, je n'en "fais" pas, elle est là, elle était là avant moi, elle y sera après, je ne pense pas qu'elle soit l'apanage des poètes, les poètes à la limite sont des révélateurs de la poésie qui elle-même est révélatrice de quelque chose que faute de mieux on appelle poésie. La poésie c'est un mot. En tant que mot, elle rejoint le dictionnaire. J'ai déjà dit que les poètes sont des bergers, les mots toutes sortes de bestiaux, qu'on regroupe, qu'on aligne pour en tirer sens, et parfois on les tisse pour en tirer de la magie, qui est au-delà du sens. La poésie a quelque chose à voir avec la beauté, mais pas pour tout le monde, donc je pense qu'il n'y a pas de règle à imposer sinon à soi-même si on en a envie ou besoin de règle. Chacun s'exprime comme il le souhaite, et pour moi finalement l'important dans la poésie, c'est le lecteur. En tant que lectrice, j'aime, je n'aime pas, ça me parle, ça ne me parle pas, ça m'exalte, ça me laisse froide, quels que soient le style, l'école, le genre, le sujet, et donc ainsi se font les rencontres, entre un auteur qui écrit et un(e) lectrice/lecteur qui aime... Alors la poésie elle est peut être là, dans cet entre-deux, dans l'espace de la rencontre. Le reste... n'est que... ce qu'on voudra.


En tant que revuiste, je peux dire qu'il m'arrive d'avoir la nausée de la poésie, sous toutes ses formes, comme un pâtissier peut-être ou un chocolatier qui ne supporterait plus le sucré... donc là je fais des pauses. Je vous avouerais cependant que je suis extrêmement difficile en poésie, et que je ne m'enthousiasme pas si souvent que ça, et je peux avouer aussi qu'il y a de la poésie que j'aime, parce qu'en fait ce n'en est pas... ce sont des histoires, des récits, des instantanés de vie, et seuls les poètes peuvent peut-être arriver à y voir de la poésie. D'où le fait que beaucoup de lectrices-lecteurs de poésie sont des poètes.

 

 

Cathy Garcia, 2011