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29/09/2019

Soliflore 82 - Marion Arnaudet

 

Madan.jpg

dessin de l'auteur

 

 

Ode aux aidants !


Quand les jours passés foutent le camp,
que les souvenirs s’enfuient en courant,
quand je ne sais plus qui est mon enfant,
qui se rappelle, pour moi ?
Qui sauve ma mémoire, archive ma vie ?
Y a-t-il un ami ? Un descendant ? Un mari aimant ?

La totalité de ce que je sais, part en fumée.
Oh, ça prend quelque temps,
ça ne s’en va pas comme ça, en un instant,
ça file, tranquillement mais ça file sûrement…

Ça commence par des petits riens,
des petits trucs pas trop trop graves.
Rendez vous oubliés, papiers non renvoyés.
Détails insignifiants, qui ne sont pas flagrants…

Après ça s'corse un peu,
et je trouve des parades,
je note tout ce que je peux,
Je griffonne sur des bouts de papier,
Que je sais pas où r'trouver
et je ferme les yeux,
làs,
au pied de mon drame.

Et puis un jour ça dégénère,
ça devient dangereux, tout s’accélère…
"Il faut trouver des solutions, avoir une explication".
Tout le monde s’inquiète autour de moi,
les rendez vous s’enchaînent
avec le stress des résultats.

Personne n’ose en parler,
mais comme moi, tout le monde sait,
c’est juste que ça fait  peur d’évoquer.
Alzheimer
ce n’est pas du déni,
mais juste une protection
quand c’est trop dur la vie, faut pas donner d' leçons.

Une fois le coup passé, je me suis faite à l’idée,
j’ai beaucoup réfléchi, beaucoup philosophé,
j’ai dédramatisé pour mieux le supporter,
je m' suis même convaincue
que bientôt j’oublierai(s) que je n' me souviens plus !

J’ai tellement lutté,
me suis tant acharnée,
à trouver des combines pour retarder l’ultime…
Je sais que j’ai été forte,
je sais qu'j’ai combattu
tellement si fort...
Que même si j’ai pas gagné, on n'peut pas  dire que j’ai perdu

Et si j’ai pu tout ça, c’est surtout grâce à toi.
Toi qui m’as soutenue, et qui t’es souvenu.
Toi qui as enduré, de devoir me porter
Moi et toute mon histoire, mes manies, mes déboires.

Je sais que t'en as bavé et qu'tu en sors marqué 
bien plus que je n'le suis, dans mon monde paumé.
Un jour oublieras-tu, comme tu m’en as voulu
la première fois qu’ t’as vu que j't' ai pas reconnu ?

Ô mon amant, devenu mon aidant,
toi qui m’as  tant rappelé
c' que j’avais oublié,
quelle date on était, quelle tenue faut porter.
Et ces questions si bêtes...
C’est quoi une fourchette ?

Ma vie s’est effacée, mais toi tu l’as gardée ?
Tu l’as enregistrée et tu m' l’as racontée,
pour que je me rappelle comme jadis j’étais belle.
Que j’adorais danser au bal de notre quartier,
que j’avais tant pleuré devant toi ag'nouillé.
En guise d’histoire du soir, tu as mis un miroir,
m’as parlé d' nos enfants et de nos rêves en grand.
 
Je devais me rembobiner comme l’avait dit le docteur
mais grâce à toi, mon cœur, ce fut avec douceur…

Toi mon aimant, toi mon aidant,
que tu sois amant, parent ou enfant,
ne sois pas triste,
range tes regrets,
ils n' sont pas mérités.
Car même si je suis partie,
toi et toute ta mémoire
avez sauvé ma vie.

 

 

 

 

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