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08/11/2020

Soliflore 90 - Anne Barbusse

 

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on entre dans l’ère des femmes révoltées : le jardin se vêt

de vignes vierges rouges comme les combats

et les femmes hurlent le machisme surplombant,

les coups, les professions perdues pour cause d’amour maternel

(dans les divorces les pères demandent la garde pour que les mères

ne puissent pas partir, ils possèdent l’enfant-objet et tu renonces à un poste universitaire)

l’homme révolté c’est fini

alors les femmes se lèvent

elles en ont assez du machisme des pères des maris des maires des chefs

elles sont #metoo par étouffement, pleurs, abnégations, face aux plantes ravagées

les femmes opposent les luttes, manifestantes insultées et vivantes

plus Marianne que le monde détruit, face au béton

et aux maires, aux conseillers municipaux inamovibles et

à la démocratie grippée, aux petits chefs ridicules et désuets

face aux campagnes désertées, aux friches et vignes arrachées

et aux lois faites par des hommes pour des hommes, (tu l’as dit à la présidente de l’université années 90, aube du second millénaire, les interruptions de thèse sont autorisées pour service militaire mais non pour congé maternité)

cela le monde au tournant du millénaire, cela les forêts tranchées, le global warming

et l’anthropocène absolu

cela les violences silencieuses et urgentes, le monde à nos pieds exténué

 (étudiante tu ne coucheras pas pour obtenir un poste de secrétaire auprès d’un haut fonctionnaire parisien, poète tu ne coucheras pas pour subventionner un livre auprès d’un vieux maire crapuleux de province)

droit de cuissage primitif et privilège des hommes mûrs du XXième siècle

le capitalisme est plus masculin que nos rêves

au village les femmes sont les seules à hurler au maire leurs révoltes criblées de blessures

les femmes prostrées se lèvent

contre les pères qui frappent (soulèvent la petite fille de terre en la tenant

par ses longs cheveux frisés et dénoués) contre les maris

qui frappent (parce que nous disent hystériques)

contre les amants alcoolisés ou camés contre les coups - le fond de teint

que tu te mets sur le visage le lendemain car

c’est toi qui as honte d’être la battue de source sûre (avec le père la lèvre

éclate de sang, mais en grandissant tu as appris à courir vite

à faire vibrer la rampe d’acier de l’escalier pour t’enfermer

dans les toilettes), avec le temps tu n’as rien appris

puis tu jettes ton corps de femme à la face des mondes

et tu éclates avec les oiseaux, et tu montes en haut

des arbres pour que le ciel t’absolve, pour que tilleul et acacia

te pardonnent d’avoir été la frappée, la battue, la folle

(tu prends des coups parce que tu es folle, disent-ils, répètent-ils,

ou mauvaise, ce sont leurs termes inébranlés)

alors tu construis des ZAD et des pancartes rouges, tu bouleverses le cours

des pouvoirs et tu tiens tête à tous les chefs fonctionnarisés par excès

et dehors les plantes prennent courage

la vigne vierge rougit sans honte

tu seras la révoltée vierge telle la vigne rouge

et tes pas divorcés auront l’aplomb des arbres fiers comme des ciels

et ton cri aura la gorge tranchée de féminité et de lune, tu seras

#metoo dans le réel exalté et les hommes n’osent plus,

parmi l’effondrement de toutes les biodiversités, décapiter tes désirs

surnuméraires et tes accouchements flambants et alors

tu dresseras ta maternité comme une création intempestive tu joueras

Delacroix pour de vrai mais sans le drapeau tu

éteindras tous les bûchers dressés par la Didon malheureuse

et tu prendras les rênes, dans le cours de l’histoire effondrée

parmi vergers et landes – un soir de juin, le maire abandonne la préemption du potager et

toutes les plantes respirent, le tilleul pleure d’été – alors les femmes

sont du côté des oiseaux, tout en haut des arbres elles

se jettent dans les mots écologiques, dans l’écriture la jamais battue l’instinctive

 

 

 

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