Le numéro 83 lu par Dana Shishmanian pour Francopolis
Nouveaux délits n° 83 (Janvier 2026)
Entre les couvertures cousues main de ce nouveau numéro – le 84e car il y a eu un numéro zéro, nous rappelle Cathy Garcia Canalès – foisonne une faune littéraire d’une diversité inouïe, tout en décalé, en biais, en contre-temps, en creux et en saillants, loin du politiquement correct aligné sur la pensée unique. Quelques plumes à découvrir : Patrick Gillard (qui convoque ses peurs pour les confondre), Flore Nélin (maniant avec brio les paradoxes : « Telle est la noirceur,/ d’un blanc éclatant/ parfois »), Samuel Martin-Boche (avec ses Litanies de la forêt), Frédérique Duriez (qui touche de près à la géographie interne des corps et de leurs silences), Marianne Duriez (qui prend la voix de « la mauvaise fille » pour s’exclamer : « Que les nuits brûlantes sont douces à Madrid »), Jeanne A. Debats (avec son « dictionnaire des mots imbitables »), ou enfin l’Allemande Therese Steigleder (avec ses courtes nouvelles traduites par Simon Degrave). Mon coup de cœur : Marie-Anne Bruch dont je cite un peu au hasard :
Cette année l’automne
fait tout tomber, vraie débandade
des âmes, des nerfs et des épaules
tandis que les pluies sur les plantes
tournent à l’aigre et que je me paume.
Les dahlias continuent bêtement
à faire leur grande roue
d’héliothérapie, mi-derviche mi-paon,
cette arrière-saison va nous arracher,
une à une, toutes nos vanités,
ce sera plus simple
qu’un hiver sans neige.
Et encore :
La nuit est une encre subtile
et la douleur change de couleur.
Jeter un œil au fond de soi
et n’y trouver qu’un peu d’air frais,
pour l’apaisement ou l’effroi ?
Le cœur, mieux que nul autre,
sait rabattre les cartes.
On ne peut quitter les Nouveaux délits sans rappeler l’engagement jusqu’au-boutiste de Cathy qui trouve la force de croire en la Poésie face à la « vitesse exponentielle - bien que prévisible - de la falsification générale » : « Alors oui ! Toujours et encore nouveau délit, ta poésie, nouveau délit, l'humour décapant, deux inadéquations qui horrifient tout penchant à la mise au pas, alléluia ! (…) Je nous souhaite (convenu mais sincère) pour cette année numérotée 2026, beaucoup de rire et de poésie sous toutes leurs innombrables formes, deux ailes essentielles pour prendre de la hauteur et aller se poser sur les arbres beaux, causer avec les petits dinosaures nommés oiseaux, trier les bonnes étoiles des satellites. C'est un fait, les mauvaises farces remplissent toujours tes mêmes poches mais les faux clowns, sinistres pitres du pire, ne feront jamais rire les enfants. Il faut avoir un bon gros grain de poésie pour être drôle et de solides brins d'humour pour mettre pattes au sol. Alors résolument pour 2026, bien s'équiper : deux ailes joliment bricolées maison pour la respiration et un grand balai avec de grands seaux de rires francs et frais, prêts à tout éclabousser pour rincer le monde. »
http://www.francopolis.net/annonces_2026.html#_Revues