Christian Saint Paul parle du n°83 sur Radio Occitania
Et Christian Saint Paul dans son émission Les poètes sur Radio Occitania évoque longuement le numéro 83, merci à lui, encore une fois : https://www.lespoetes.site/son/2026/2026-03-24.mp3
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Et Christian Saint Paul dans son émission Les poètes sur Radio Occitania évoque longuement le numéro 83, merci à lui, encore une fois : https://www.lespoetes.site/son/2026/2026-03-24.mp3
Nouveaux délits n° 83 (Janvier 2026)
Entre les couvertures cousues main de ce nouveau numéro – le 84e car il y a eu un numéro zéro, nous rappelle Cathy Garcia Canalès – foisonne une faune littéraire d’une diversité inouïe, tout en décalé, en biais, en contre-temps, en creux et en saillants, loin du politiquement correct aligné sur la pensée unique. Quelques plumes à découvrir : Patrick Gillard (qui convoque ses peurs pour les confondre), Flore Nélin (maniant avec brio les paradoxes : « Telle est la noirceur,/ d’un blanc éclatant/ parfois »), Samuel Martin-Boche (avec ses Litanies de la forêt), Frédérique Duriez (qui touche de près à la géographie interne des corps et de leurs silences), Marianne Duriez (qui prend la voix de « la mauvaise fille » pour s’exclamer : « Que les nuits brûlantes sont douces à Madrid »), Jeanne A. Debats (avec son « dictionnaire des mots imbitables »), ou enfin l’Allemande Therese Steigleder (avec ses courtes nouvelles traduites par Simon Degrave). Mon coup de cœur : Marie-Anne Bruch dont je cite un peu au hasard :
Cette année l’automne
fait tout tomber, vraie débandade
des âmes, des nerfs et des épaules
tandis que les pluies sur les plantes
tournent à l’aigre et que je me paume.
Les dahlias continuent bêtement
à faire leur grande roue
d’héliothérapie, mi-derviche mi-paon,
cette arrière-saison va nous arracher,
une à une, toutes nos vanités,
ce sera plus simple
qu’un hiver sans neige.
Et encore :
La nuit est une encre subtile
et la douleur change de couleur.
Jeter un œil au fond de soi
et n’y trouver qu’un peu d’air frais,
pour l’apaisement ou l’effroi ?
Le cœur, mieux que nul autre,
sait rabattre les cartes.
On ne peut quitter les Nouveaux délits sans rappeler l’engagement jusqu’au-boutiste de Cathy qui trouve la force de croire en la Poésie face à la « vitesse exponentielle - bien que prévisible - de la falsification générale » : « Alors oui ! Toujours et encore nouveau délit, ta poésie, nouveau délit, l'humour décapant, deux inadéquations qui horrifient tout penchant à la mise au pas, alléluia ! (…) Je nous souhaite (convenu mais sincère) pour cette année numérotée 2026, beaucoup de rire et de poésie sous toutes leurs innombrables formes, deux ailes essentielles pour prendre de la hauteur et aller se poser sur les arbres beaux, causer avec les petits dinosaures nommés oiseaux, trier les bonnes étoiles des satellites. C'est un fait, les mauvaises farces remplissent toujours tes mêmes poches mais les faux clowns, sinistres pitres du pire, ne feront jamais rire les enfants. Il faut avoir un bon gros grain de poésie pour être drôle et de solides brins d'humour pour mettre pattes au sol. Alors résolument pour 2026, bien s'équiper : deux ailes joliment bricolées maison pour la respiration et un grand balai avec de grands seaux de rires francs et frais, prêts à tout éclabousser pour rincer le monde. »
http://www.francopolis.net/annonces_2026.html#_Revues
"Un tout grand merci pour les Nouveaux Délits 83 trouvés dans la boîte aux lettres !
Quelle belle réalisation que cette livraison !
Qu'elle joie de lire vos mots qui encadrent la revue !
Il ne me reste plus qu'à plonger dans les mots des autres.
Merci pour votre confiance."
"J’ai bien reçu mon exemplaire des Nouveaux Délits et je vous en remercie. Joie d’y figurer aux côtés de Marie-Anne Bruch et de découvrir les nouveaux textes de Marianne Duriez ! J’aime beaucoup cette idée de prolonger les textes par des citations d’autres poètes en bas de page… Et je retombe ainsi par « capillarité » sur Gaël Guillarme que j’avais suivi puis perdu de vue dans mes lectures. Clin d’œil bien venu ! J’aime aussi beaucoup les illustrations (bravo à Louise Brun !). Et Han Shan : « être pauvre sous un arbre ». Bref, j’aime tout."
"Merci pour l'accueil dans votre magnifique revue que j'ai sous la main ! C'est drôle car j'ai posté hier une photo du site l'objet est vraiment hyper sensoriel .... et c'est une joie ! Je découvre aussi les échos d'autres textes ! Cela me plaît énormément et m'honore !"
Dans l'émission du 28 octobre dernier (Les poètes sur Radio Occitania)
entièrement consacré à ce numéro, merci infiniment à lui !
en parle sur son blog ici :
https://www.narrativayensayoguatemaltecos.com/laurent-bouisset-en-nouveaux-delits/
"Hoy llegó desde Francia la revista Nouveaux Délits, número 82. Entre sus páginas viajan algunos de mis poemas, traducidos con la delicadeza de quien escucha otra respiración dentro del idioma. Comparto espacio con Julio Palencia , Cesar Anguiano Silva, Vania Vargas e Isabel de los Ángeles Ruano, poetas cuya voz admiro y acompaño en este territorio común de la palabra. Nada de esto habría sido posible sin el trabajo paciente y luminoso de Laurent Bouisset quien antologó y tradujo los textos, y de Cathy García Canales, editora, ilustradora y guardiana de esta revista que continúa tendiendo puentes entre lenguas y latitudes."
Jorge Vargas
Zéphyrage. Éditions Nouveaux délits

(collection Délit buissonnier n° 8), juillet 2025 (56 p., 12 €)
"Ce recueil se lit en coup de vent… Il faut se laisser porter, goûter l’instant, les notations brèves sur des sujets en tout genre, telles des éclaboussures des vagues de la mer sur une plage balayée par le borée, mais aussi les touches suaves d’un zéphyr imaginaire qui apporterait la douceur et la paix sur des contrées dévastées… La voix de la poétesse assume un parler franc et n’hésite pas à interpeller le monde et ses puissants au pouvoir. L’écriture affiche une simplicité sans fard mais nulle naïveté, elle est plutôt mûre et acérée, avec une belle assurance en son pouvoir de trancher entre la haine et l’amour, le mensonge et la vérité, le fanatisme et la vie – tout en s’offrant à la propre réception de chaque lecteur. Citons quelques très belles volutes qui emportent toute notre adhésion :
Envie de crier
ça suffit ! Assez !
Fermez les vannes des chicanes
les tuyaux de la logorrhée
les jets de venin
les vindictes corrosives
vite vite rasons les gesticulations
les indignations les contaminants
les veules combines
ma page blanche n’absorbe plus (p. 19)
La poésie peut compter sur le vent
elle s’appuie sur la réalité
en réalité elle s’octroie le droit
de s’appuyer sur tout même sur toi
de chantonner se farder s’habiller d’images
à toi de la dénuder
de la laisser infuser à ton gré
de te l’approprier
comme le vent elle côtoie aussi bien
l’élégance que la gueusaille (p. 24)
Lassitude
je rêve d’offrir des poignées de poèmes
enveloppées de soie moirée
paresse caresse je rêve
que ces mots fondent sur la peau du monde (p. 27)
J’appartiens à la famille de ceux qui ont vu
voler l’albatros hurleur
ce voilier à l’envergure légendaire
ce voltigeur du ciel aux révérences de star
de ses dessous blancs frôle les rouleaux glauques
avant de s’élever jusqu’à l’épure (p. 47)
Faire le tour de l’Amour
épreuve infinie
la litanie des erreurs humaines
est tout aussi perpétuelle
Il n’est pas de vie banale
évidence anodine pas insipide
si l’amour déprime
l’amour propre sombre
remède simple
dans un jardin en repos estival
quand pas une brise ne bouscule les pétales
arrêtez-vous contempler
deux escargots énamourés (p. 53)
Par bonheur j’avais parmi les photos prises dans mon petit jardin sur la terrasse de l’appartement, immortalisé, l’instant unique de l’amour des escargots… et, comme en suivant le conseil de l’amie Guénane, j’en ai fait l’image-emblème de ce numéro : Faites l’amour, pas la guerre !"
Et tant d'autres auteurs, artistes, livres, revues à découvrir dans ce numéro d'automne : http://www.francopolis.net/
"D'où vous viennent toutes ces sensations, impressions, idées, réflexions qui envahissent chaque page ? Tout vous sollicite et mobilise votre esprit, vous êtes une véritable éponge ! Les grands vents de la mémoire ramènent plus qu'ils ne chassent vers les horizons lointains, vous avez encore beaucoup à dire, à crier, à confier, c'est certain."
Yves Loisel, journaliste à la retraite
"Ça y est, je me suis enfin plongé dans ces tourbillons de vents et de coups de gueule de Zéphyrage.
Curieux (positif) de trouver côte à côte ces coups de hargne, de violence contenue, et tout soudain un pur köan zen ( combien de temps faut-il aux nuages pour parcourir le ciel?).
J'ai retrouvé là une "ambiance" très proche de celle dégagée par le recueil de brèves nouvelles "la petite poule rouge se vide" de Margaret Atwood.
Bref un bel instant de poésie grave & résolue.
PS : le titre du recueil d'Atwood est en réalité "la petite poule rouge vide son coeur", ce qui colle encore mieux avec le "zéphyrage" guénanien !!!
J'ai omis aussi dans mon commentaire d'évoquer cette magnifique réflexion sur la mémoire et sa dissolution/évolution avec l'âge."
Jean-Louis Millet
"À chacun son « réviser pour après », c’est ce que semble vouloir prouver l’auteure avec Zéphyrage, son dernier titre paru chez Délit buissonnier, dans une édition d’une grande sobriété. Elle y démontre une fois encore, après ses ouvrages publiés par Rougerie, une référence certaine, sa personnalité poétique marquante. Si le zéphyr est un vent léger, il peut être aussi porteur, avec Guénane, de cette rage éprouvée devant l’absurdité féroce du quotidien, quand les années s’obscurcissent et que le souffle exotique des souvenirs voyageurs voudrait retrouver son Amazonie. Pas d’attendrissement larmoyant à attendre de cette femme ô combien énergique au-delà des mots, mais, sourire en coin, une sagesse au fil des jours, des petits miracles de nos vies minuscules devant les éléments et le temps qui passe, le tout en jouant avec les mots et sur les mots !
Quel talent pour rebondir obstinément, au gré des pirouettes de l’écriture, même si la réflexion n’est jamais loin ! Oui, passent les jours comme le vent qui révèle ou cache l’île des fantasmes et désirs révolus, la nostalgie ne mérite que pieds-de-nez au rythme soutenu d’une vitale valse-hésitation … Et l’on peut se délecter, derrière une apparente effronterie revendiquée, de la profondeur d’une pensée où les images de la poésie vécue intensément sont des signes qui ne trompent pas : « Paysages paysans / vous souvenez-vous du temps / où ces mots-là s’aimaient ? »…
Alors, le lecteur s’en souviendra et retiendra qu’après des constatations prosaïques que la longue route de la mise en mots impose, peuvent surgir parfois sous forme de comptines, les lueurs magiques d’une expression qui « loge dans le souffle de la vie ». Entre zéphyr et rage, s’affirme une fois encore une poétesse authentique. Guénane continue de témoigner pour que dans les Cinquantièmes rugissants de notre époque informatisée à l’intelligence artificielle, plus belle demeure la Vie si, tel le « Sire de Patagonie / un seul de vos soupirs / suffit à soulever les pierres » ! Lisant Guénane Cade, c’est vraiment la grâce que l’on vous souhaite !"
Claude Serreau, poète
transmis par Guénane Cade
Christian Saint Paul parle longuement du n°81 dans sa belle et riche émission Les poètes (celle du 22 avril 2025) sur Radio Occitania, à écouter ici : 2025-04-22.mp3
https://lespoetes.site/emmission/emission2025.html
Alain Le Beuze, poète
transmis par Guénane
cliquez sur l'image pour afficher en grand
"Nouveaux délits, n° 80
Une remarquable moisson de poésie – immédiatement narrative, faussement lyrique, ouvertement dramatique, secrètement mythique, formellement surréaliste, apparemment absurde, toujours lucide, acerbe, écrite à l’aqua forte – dans le dernier numéro de la petite revue de Cathy Garcia Canales qui est toujours, comme le tardis du Dr. Who (désolée de me redire), bien plus grande à l’intérieur qu’à l’extérieur…
On y découvre cette fois Jean-Paul Bota, Jérémy Sernet (Pèregarou), Lionel Mazari (Broyer du blanc), Jean Ginestet, Aodren Buart (Madeira), Pablo Gelgon (Vie et mort d’un ouvrier intérimaire dans le BTP), Simon Degrave (Conférence à Berlin) : des textes puissants ancrés avec la même désinvolture dans le quotidien ou dans la psyché profonde et qui touchent le cœur et frappent l’esprit, comme autant de voix et de voies différentes qui se cherchent. Que veulent-elles ?...
« … ce que je pressens ou cherche dans les mots, une vibration, une inspiration du monde non pas pour en dépasser les drames inévitables qui sont en nous, noués au plus intime, mais pour en retrouver le chant premier…. » (Jean Ginestet)
Car, comme le dit la responsable de la publication de ces « délits » dans son édito : « Regarder, se regarder simplement soi-même, c’est vertigineux. »
Dana Shishmanian
http://www.francopolis.net/annonces_2025.html#_Revues_1
Cela fait tant d'années que Christian Saint Paul n'oublie pas d'évoquer la revue lors de son émission Les poètes sur Radio Occitania, qu'il en soit encore et toujours remercié !
Pour le n° 79, c'est à écouter ici :
https://www.lespoetes.site/son/2024/2024-11-26.mp3

Commencer un Nouveaux-Délits est toujours un plaisir immense. Nulle exception, et la surprise vient simplement de la forme car le fond je le sais sera de haute volée. Voyez l’édito de Cathy qui propose un aperçu réaliste de la situation actuelle même pas agressif avec les hurluberélu-e-s qui mériteraient pourtant une sévère remontrance eut égard à leur inaction irresponsable, du moins à leurs actions totalement responsables… Mais aussi montre le chemin que tout le monde connait, et qu’il tient à chacun d’emprunter, pour que le monde permette la vie à tous, durablement… Les mots n’y suffiront pas et pourtant les dire, les écrire, les répéter, les réécrire, finiront bien par trouver l’oeil clairvoyant et l’oreille attentive. Le papier est toujours plus cher, et cela correspond bien à l’idée que je me fais du papier, papier cadeau pour recevoir et envelopper les mots, pour recevoir et développer toutes les histoires du monde, celles passées, d’aujourd’hui et à venir, pour recevoir le savoir et permettre au plus grand nombre d’y avoir accès… Le papier une matière exceptionnelle - je n’aime pas le mot noble - et sans doute plus pérenne que le média numérique… Un Nouveaux-Délits se présente toujours sous son écrin vieux rose suranné et précieux. Cela peut sembler fade et au contraire il y a dans cet aspect d’un autre temps une sensation de douceur, de paix et d’hospitalité, une invitation à ouvrir l’ouvrage, et d’être à la maison. Pour ce numéro, c’est Corinne Pluchart qui illustre de ses traits, ciselure et collages, les pages en papier recyclé comme la couverture. C’est à la fois énigmatique et végétal. Pour une fois Nouveaux-Délits ne se contente pas - et ne se contente jamais !!! - de nous offrir de la pure poésie avec ses Yvan Robberechts, Kiko Christian Moroy, Alain Guillaume, Isabelle Garreau, mais avec Thierry Desbonnets nous propose - en plus de deux poèmes, des réflexions profondes dont la portée humaniste doit sembler une lapalissade aux bienpensants, font mieux que moraliser, et rappelle précisément et simplement l’idéal soignant, l’idéal humaniste. Georges Cathalo avec ses uppercuts y va aussi de sa vision de notre monde désincarné, et la puissance de la conscience devrait (ré)conforter ceux qui doutent et désespèrent. Et ses poèmes dédiés sont à la hauteur de l’ensemble de Nouveaux-Délits. Petite auto-promo - qui le ferait sinon ? - pour parler du dernier recueil de Cathy Garcia Canalès « Calepins Voyageurs » qui nous parle de son parcours dans le milieu du spectacle de rue, et c’est bien entendu essentiel pour ceux qui ne se contentent pas de rêver mais en plus concrétisent. Et toujours ces extraits pointus, et ces citations magnifiques pour compléter, Nouveaux-Délits. Voilà !!!
Le 14-11-2022
Didier Trumeau

"À l’image de la quatrième de couverture qui est un extrait de l’avant-dernier poème, ce recueil, que j’ai beaucoup aimé, est un cri lucide de colère paradoxalement apaisée par une terrible envie de « renouveau ». J’ai comme l’impression que si la cloche a sonné, cette fois-ci elle n’annonce pas des vacances scolaires, mais plutôt un nouveau départ. La maîtresse aux mille mugs « Merci maîtresse » et au « sac tissu pour voyage/avec écrit Aline dessus » semble prendre son envol et s’éloigner des enfants qui (étaient ?) « sont le seul nid de rêverie/ Aux traits longilignes infinis/ qui s’offre à [son] quotidien ».
En fée de conte à la baguette magique de volonté de bien faire son travail elle a vaillamment lutté, mais la lucidité a touché son fond, « car avoir de l’acuité/être lucide/peut rendre fou », « c’est pour ça qu’elle décide de changer de métier ». L’éducation nationale, ce « train qui va dans le mur », ce « système [qui] est foireux » semble sonner les cloches de la maîtresse aimée des enfants qu’on préfère, parce qu’elle ne se glisse plus dans le moule, envoyer devant le « spécialiste de la santé mentale et spécialiste en expertise » : « il faut qu’il trouve que c’est [elle] la défaillante et pas le système éducation nationale » (page 46). J’ai relevé, ce vers très touchant « j’évoque des occupations poétiques qui le laissent totalement indifférent » à rapprocher de l’image de l’oisillon de la page 45, qui « peut/ouvrir ses ailes comme il veut ». Pour cette maîtresse d’école maternelle, « le seul logis est le poème » (page 4), car parmi les nombreux cadeaux reçus à la fin de l’année scolaire il y a aussi « un dictionnaire de rimes et un livre de poésie ». Il y a encore des parents qui comprennent que la poésie est vitale. La maîtresse s’interroge (elle est « trop question » dès la page 34), sans aucun signe d’interrogation, en silence, car « muselée », cris étouffés « jusqu’à quel âge on peut travailler/avec des tout-petits enfants ».
Les quelques illustrations originales de Ludo Godot, sont fort à propos, je trouve. Sombres comme le tableau dépeint par la slameuse de talent qui nous restitue vigoureusement et sans avoir sa langue dans la poche les « cris et kiffs d’une maîtresse d’école maternelle » (page 4).
Parmi les tranches de vie de ce quotidien professionnel, il y a des moments délicieux comme la visite du peintre Marjan en classe (page 39), la piscine qui « sort [les enfants] du quartier », ou bien la « Sortie à la campagne » (page 14) quand « Le lapin tremble posé sur une caisse/des morveux passent lui faire une caresse ». J’ai ressenti beaucoup de tendresse, paradoxalement, dans ce « morveux » désignant « les enfants [qui] ont droit d’être un troupeau ».
Quand la cloche sonne uniquement les grands vacances, on est déjà dans le passé, quand « le lit douillet que personne veut quitter/les retards les pleurs tout/s’envole dans l’été et les grandes vacances » (page 29).
Je souhaite solidairement et de tout cœur à Aline que « le jour abreuve l’esprit/d’un fouet vital » encore pour longtemps et dans la même poésie qui libère.
Les enseignants on beau se mettre au numérique et regretter incidemment le papier, l’air qu’ils respirent est celui « étouffé d’un métier /un peu malade/un peu vieilli/que personne veut soigner » (page 25). J’ai bien peur, et je me permets de le dire en connaissance de cause, que ce ne soit pas le seul service public souffrant gravement de liberté. Celle-ci « se nourri[ssant]/de tas de pourquoi », elle est devenue incompatible avec un système qui souvent renie le bon sens.
Vive la force créative de la colère et vive la poésie d’Aline !"
Gabrielle Sava, 24 juillet 2022

cliquez sur l'image pour lire
Merci Céline !
Revue Nouveaux délits, n° 71, janvier 2022
Cette revue artisanale, conçue, confectionnée à la main, et éditée par Cathy Garcia Canalès, sous les auspices de l’association éponyme, est une pépite : en peu de pages des textes poétiques de grande qualité – ici, Jean-Charles Paillet, Stéphan Riegel, Martin Zeugma, Stéphane Amiot, Bernard Pikeroen, Clo Hamein, Cartographie Mzssyl. Note de lecture de l’éditrice au recueil Feu de Perrine Le Querrec.
http://www.francopolis.net/annonces_2022.html
et en parle dans un bref panorama de 18 revues sur le site de Terre à ciel :
"Pour chaque nouvelle livraison, Cathy Garcia parvient à trouver le courage de poursuivre sa route solitaire sans aide d’aucune sorte. Chapeau l’artiste-factotum, avec ici des écrits d’auteurs et d’autrices peu lus tels que Liliane Birsinger, Chiara Pastorini, Julien Englebert, Christine Bouchut ou Gorguine Valougeorgis."
Voir ici : https://www.terreaciel.net/Bref-panorama-de-18-revues-de-poesie-par-Georges-Cathalo

Georges Cathalo parle du n°66 sur le site de la revue Décharge, merci à lui !
"À lire chaque nouvelle livraison de Nouveaux Délits, on se demande toujours comment Cathy Garcia s’y prend pour trouver des auteurs originaux et peu lus qui changent du ronron de bien des revues. Fidèle au découpage habituel de sa publication, elle fait se succéder des univers poétiques très différents au fil d’une dizaine de pages afin que le lecteur se fasse une idée précise de chaque auteur. Placé sous un édito de choc intitulé « Le miroir du virus », ces pages d’une brûlante actualité se gravent dans la mémoire. Sinon, que des découvertes, à commencer par Christophe Salus, poète autodidacte marginal dont le parcours rappelle fortement celui du sublime Thierry Metz. On rencontre ensuite Philippe Labaune avec de longs poèmes élégiaques. Les proses poétiques de Jean-Louis Millet permettent de belles rencontres comme celles de Nicolas Kutovitch dans une déambulation édifiante. L’invitation à cette entreprise de décontamination mentale se place sous le sceau de l’humour puisque le bulletin d’abonnement en fin d’ouvrage se livre « masqué et ganté comme il se doit »…"
https://www.dechargelarevue.com/No6-Reves-cairns-et-noirs-delits.html
Le poète Christian Saint-Paul a, comme il le fait fidèlement depuis longtemps, encore parlé du dernier numéro de la revue dans son émission "Les poètes" du 17 octobre dernier sur Radio Occitania et il a choisi deux poèmes de Cathy Jurado, une lecture de cœur et de tripes avant tout, à écouter ici : https://lespoetes.site/emmission/emmission.html
Merci à lui !
Reçue hier, cette lettre d'infos de Christian Saint-Paul pour parler de son émission de janvier sur Radio Occitania où il avait accueilli Marc Tison pour parler de son dernier livre, Des nuits au mixer et où il est question également du numéro 62 de la revue, merci à tous les deux pour vos mots qui m'ont fait très chaud au cœur, on peut écouter l'émission ici :
"Aider à trouver le chemin
Heureux d’avoir, dans le sommaire de l’émission du jeudi 24 janvier 2019, deux artistes : Cathy Garcia Canalès et Marc Tison, qui œuvrent avec la même passion, dans la générosité, pas celle qui fait le spectacle, celle, nous dit Cathy, qui vient de ce « virus de sagesse que rien ne peut arrêter afin que le principe d’équité devienne partout et en tout, une évidence » et elle cite ces vers d’un poème de Louis Calaferte : « ... Le monde est en nous tous, ou rien. [ ...] Si l’autre n’existe pas, vous n’existez pas non plus ».
« Nouveaux Délits » revue de poésie vive qu’anime Cathy Garcia Canalès, avec son n° 62 paru en janvier 2019, nous offre encore une fois, un bel objet (mise en page, illustrations), des auteurs à découvrir qui se révèlent d’un grand intérêt ; je n’ai pas résisté à lire à l’antenne le poème de Guillaume Simon « Lisbonne », cette ville qui, peut-être, résistera au gigantisme des tours vaniteuses et demeurera une ville à hauteur d’homme.
(…)
Cette préoccupation authentique de l’autre, cette curiosité bienveillante sur son prochain ou son lointain, Marc TISON l’a, chevillée au corps.
A l’antenne, il dit sa complicité et son admiration pour sa sœur d’armes en poésie, Cathy, lui qui a fait partie des sommaires de « Nouveaux Délits ».
Marc Tison, après « Des abribus pour l’exode » (éd.Le Citron Gare, 10 €) revient à Radio Occitania présenter son nouveau livre « des nuits au mixer » (La Chienne Edith éd. collection Nonosse, 112 pages, 10 €).
La poésie de Marc Tison est une poésie de combat.
L’ennemi est l’ennemi de classe. Une poésie à la critique sociale sous-jacente. Le paradoxe de notre époque si pourvue en médias, s’insurge ce poète né dans le Nord de la France, entre les terrils et les usines, est que le dialogue a disparu. Or, la poésie est un objet de discussion humaine.
Celui qui a assisté aux ravages de la désindustrialisation sauvage - 10 000 emplois disparus en 4 ans dans sa région natale - a vu ses amis, ses voisins, ses semblables, « perdre leur dignité », car « quand une usine disparaît, on laisse les gens sans rien. En réalité, on les assassine en même temps », assène Marc Tison.
Une prise de conscience qui n’en finit pas de nourrir ses poèmes.
Marc Tison s’est installé en Occitanie, dans le Tarn. Auparavant, il a fait l’expérience de la vie, explorant bien des domaines - chanteur dans des groupes mais aussi chauffeur poids lourd - pour être toujours « engagé dans le monde car il y a une résistance à la misanthropie ».
Il faut l’écouter dire, parfois hurler, ses poèmes en prise directe avec une représentation du monde qui est celle d’un poète. Cette contemplation du monde ne peut être passive chez cet artiste, elle suscite une émotion, prélude à une révolte qui s’accomplit dans la langue avec les mots familiers, parfois triviaux.
Les idées reçues.
Ça laisse d’horribles hématomes
Autour des yeux
Les côtes
Le bas ventre
Sur la population des oiseaux
La pureté de l’air que l’on respire
Sur les migrations forcées des gens en peine
Sur le partage des richesses
Et la fraternité populaire
Ça floute l’idée que l’on a de soi
Ça réduit le monde à sa défaite
Et l’espoir qui devient des colères
Pour la rupture gordienne
Molotov garde la symbolique intacte
C’est ainsi qu’il donne corps et consistance à son état de malaise, confusément ressenti à leur manière, par ses contemporains, qui peuvent alors mettre des mots sur leur mal être, mais aussi entrevoir une possible échappée.
Peu avant son suicide, Paul Celan avait reçu une lettre d’Ilana Shmueli qui lui disait : « Accepte l’idée qu’il existe un chemin et accepte si possible aussi que je t’aide un peu à le trouver. »
C’est également cela, la vocation du poète : aider à trouver le chemin."
Vous pouvez écouter cette émission diffusée pour la première fois le 19 janvier 2019 en cliquant sur : https://lespoetes.site/son/2019/2019-01-24%20marc%20tison.wma

Ce n’est certainement pas à l’excellent qualité des contenus et des projets que renvoie le terme « pauvre » – mais comme pour ce qu’on nomme « l’art pauvre », je voudrais par ce titre souligner l’inventivité, les maigres ressources (les abonnements et l’investissement bénévole des revuistes), et ce génie de l’utilisation des bouts de ficelle qui permet de concocter des revues ne le cédant en rien aux plus connues, mais qui vivent à la marge, en raison de la confidentialité de leur diffusion.
« Nouveaux Délits, revue de poésie vive » en est un excellent exemple : de petit format (une feuille A4 pliée en 2), agrafée sous une couverture rousse, il offre 54 pages d’excellente poésie accompagnée d’illustrations en n&b – un illustrateur différent invité pour chaque numéro – imprimée sur papier recyclé : « Du fait maison avec les moyens et la technicienne du bord, pour le plaisir et le partage. » ainsi que le déclare la maîtresse d’œuvre, la poète Cathy Garcia, qui mène contre vents et marées cette entreprise depuis 15 ans, et à laquelle je cède la parole en recopiant l’édito du numéro 60, dans lequel on lit l’enthousiasme et les difficultés de l’entreprise. (...)
"Ce n’est pas quelque chose sur quoi j’aime m’étaler mais il faut savoir peut-être que si cette revue existe, c’est par une sorte de passion entêtée de ma part, car elle est réalisée (volontairement) sans subvention et bénévolement, dans un contexte de précarité permanente, qui a d’ailleurs tendance à s’accroître d’année en année et ce numéro 60 a eu un accouchement particulièrement difficile. Cependant, je crois bien qu’au final, c’est un beau bébé ! Un peu étrange, douloureux même, mais riche de toute sa complexité humaine et de cette énergie qui passe dans les mots, qui les traverse et parfois nous transperce, cet appel d’air, ce désir indéfinissable de saisir, en nous et hors de nous par les filets de la parole, ce qui le plus souvent demeure insaisissable.”
Feuilletons ensemble ce numéro fatidique : après l’édito que nous venons de citer in extenso, le sommaire : 7 poètes pour cette livraison, dans une partie intitulée « Délit de poésie » puis deux livres présentés dans la rubrique « Résonance ». Suit la mention intriguante « Délits d’’in)citations percent la brume des coins de page » : en effet, la revue est ponctuée de citations plus ou moins longues, dans l’angle des pages non numérotées : on trouve dans ce numéro un proverbe russe, Victor Hugo, Daniel Biga, un haïku de Sôseki… ou encore – en écho au poème de Valère Kaletka, « Le lieu », cette phrase de l’humoriste Pierre Doris : « C’est très beau un arbre qui pousse dans un cimetière. On dirait un cercueil qui pousse ». Car l’entreprise de Cathy Garcia, on le comprend vite, n’est pas dépourvue de cette distance souriante, qui lui a fait choisir le titre provocant de cette publication, liée à l’association et aux éditions Nouveaux délits, à Saint Cirq-Lapopie – rien de moins : revue pauvre, peut-être, mais au moins sous le regard tutélaire d’André Breton, qui y a séjourné après y avoir acheté une maison en 1950. D’ailleurs, si elle invite le lecteur à s’abonner, elle le fait en dernière page avec un « bulletin de complicité » qui vous propose de « blanchir (votre) argent en envoyant (votre) chèque à l’association – et comment résister à cet appel à soutien, lorsqu'on a pu constater la variété des textes publiés ? Dans cette livraison, outre Valère Kaletka, Pierre Rosin, dont on suit le parcours de peintre-poète dans Recours au Poème également, et dont je relève le post-scriptum à l’un de ses textes : « PS : nous pourrons garder les poètes et les peintres à condition qu’ils sachent jardiner ». Puis Daniel Birnbaum, Joseph Pommier, Florent Chamard, dont on peut écouter deux textes lus par Cathy Garcia sur la chaîne youtube « donner de la voix »
Puis Vincent Duhamel avec quelques proses poétiques, et Antonella Eye Porcelluzzi, dont la biographie succinte nous amène sur google à regarder les films ou écouter à travers la voix de Cathy sur la chaîne associée à la revue.
Vous ne connaissez pas la plupart de ces noms ? C’est qu’ils ont surtout publié en revue, et que les éditeurs ne les ont pas encore rencontrés, mais parcourez donc, sur le site, la liste des poètes publiés par la courageuse revue Nouveaux Délits – et : bonnes découvertes !
Pour lire l'intégralité de l'article : https://www.recoursaupoeme.fr/les-revues-pauvres-1-nouveaux-delits-et-comme-en-poesie/
Par Florent Toniello le mardi 10 avril 2018, 14:22 - Notes de lecture - Lien permanent
Je l’avoue : déjà abonné à pas mal de revues et avec un budget poésie pas illimité — en tout cas pas aussi vaste que mon goût éclectique, parfois trop, je sais, pour le genre —, j’ai tendance à me reposer sur le grand nombre de revues que je reçois, sans trop regarder les autres maintenant. Eh oui, la poésie est aussi la vie, et il y en a une en dehors de la poésie. Je sais, je radote… Mais le sous-titre « revue de poésie vive » et un appel à soutien de Cathy Garcia, la taulière, qui a vu son vieil ordinateur cesser ses services aux vers et aux strophes inopinément, m’ont convaincu de tenter l’aventure. Peut-être aussi le fait qu’un numéro précédent a été consacré à la remuante poésie guatémaltèque traduite par Laurent Bouisset, allez savoir. Enfin bon : grand bien m’en a pris.
Le numéro 60 de Nouveaux Délits rassemble des textes de sept poètes, agrémentés par Cathy Garcia d’un court édito relatant la genèse (pas simple) de cet opus et d’une quatrième de couverture en forme d’extrait d’un essai sur la simplicité joyeuse et volontaire. Quand le politique s’en mêle, et bien tourné en plus... S’y ajoutent deux « résonances », notes de lecture aussi bien que jeux de miroir à l’écriture ciselée sur deux livres récents, également par la maîtresse des lieux, décidément productive et tellement amoureuse de la poésie que cet enthousiasme est particulièrement contagieux. Ah oui : de petites notes de bas de page, extraits de poèmes ou de romans, font aussi écho, comme des résonances, aux textes originaux publiés ; ces « délits d’(in)citation » confirment, s’il fallait encore la démontrer, la haute connaissance littéraire de Cathy Garcia, qui peaufine une revue franchement réussie tant sur la forme que sur le fond.
Car sur le fond, la cohérence de l’ensemble des sept poètes choisis est admirable, et l’exigence dans l’écriture est un dénominateur commun. Connu des amateurs de revues, Valère Kaletka ouvre le bal avec des textes à la nostalgie qui tourne à l’étrange et au fantastique parfois, avec des titres énigmatiques et décalés : « Ahan / Fils de Crâo / Sur la route du Run / Poumons-de-feu / Ahan / Guerre au gramme intégral / À l’anévrisme hautain en rupture / De son ban », peut-on lire dans « Ahan », savant détournement d’un personnage bien connu en « poésie de Cro-Magnon » (là, c’est moi qui invente, ce n’est pas une citation), pourrait-on dire. Pierre Rosin, lui, ose la poésie de science-fiction (on en publie trop peu, je trouve), même si ce n’est qu’un poème parmi les autres où peut-être sonne comme dénominateur commun « le malheur d’être un homme et de n’être rien » : « construisons un vaisseau / une flottille / une arche / semons les germes d’une nouvelle espérance ». Espérance que versifie Daniel Birnbaum, dans une série narrative qui décrit un voyage à Madagascar ; Daniel, comme souvent, y montre une empathie (« elle a les pieds infectés / suintants / sanguinolents / il faudrait les mettre à l’abri de la poussière / de la boue des ordures des mouches ») qui rend ses vers simples immédiatement assimilables sans cheminement intellectuel tarabiscoté : une poésie qui va droit au cœur. Joseph Pommier, lui, ne parle pas d’autre chose que d’espérance non plus quand, après avoir décrit en vers plus longs et plus fourmillants de cassures de rythme une vie au travail marquée par la servitude volontaire, il glisse qu’« Au prix d’un sommeil lourd on s’arrache / À ces pensées rageuses qui stationneront dans l’oubli ». Florent Chamard flirte (un peu, par rapport à ses prédécesseurs plus narratifs et moins métaphoriques) avec le surréalisme pour « réapprendre le silence des horizons sans but » et retrouver « la tentation du sel et des vagues » ; dans sa présentation, il avoue qu’il aime haïr… tout un programme ! Poésie rock’n’roll pour Vincent Duhamel, mon chouchou de ce numéro, avec un poème magistral et habité intitulé « La boîte » : « J’aurais voulu mourir à neuf ans lors d’un mercredi pluvieux ennuagé de flocons et de victoires avec sur le bord des lèvres l’amour d’une pêche ensoleillée de la veille et, dans le cœur, un oisillon s’étouffant d’un requiem enchanté. » Puis vient une étrange boîte offerte par la mystérieuse Matriochka, concentré de peurs et de fantasmes ; un texte puissant sur les attirances de l’enfance, qu’elle soit enchantée ou brisée. Enfin, dernière autrice et seule femme, Antonella Eye Porcelluzzi conclut par une poésie plus déstructurée où le langage se fait plutôt phonèmes que longs vers. C’est un de ses poèmes, court alors qu’elle peut aussi nous embarquer dans de longues variations hypnotiques sur un sujet donné, qui sera reproduit complet ci-dessous.
En un mot comme en cent : Nouveaux Délits, c’est une belle revue, bien conçue, bien réalisée, et ce numéro 60 en est la preuve.
Pour en savoir plus et surtout ! vous abonner, visitez le site internet de la revue Nouveaux Délits.
Love deux song n. 25 (Antonella Eye Porcelluzzi)
Pour ceux qui conduisent deux avions
qui dirigent deux industries
qui chevauchent deux chevaux
et tirent avec deux arcs
pour ne pas se retrouver avec
deux anus à soigner
en cas d’hémorroïdes.
je suis un monstre qui a tout osé
Source :
http://accrocstich.es/post/2018/04/10/Revue-de-revue-%3A-Nouveaux-D%C3%A9lits
publié le 31 janvier 2018 , par dans Accueil> Revue du mois
Pénélope Corps. Les gens naissent avec des trous dans le ventre… Un langage oralisé qui ne s’embarrasse des conventions ni des conformités ordinaires. S’il y a figures de style, ce n’est pas par jeu mais par nécessité, entre anaphores et répétitions. D’une façon générale, les poètes choisis ici par Cathy Garcia ne sont pas économes de mots et usent de vers proches de la phrase et de strophes voisines de la période. Les titres des textes résumeraient à eux seuls l’angle assez brut de sa poésie : L’humanité est un trou, Super 8, J’écris pas, On n’est pas meilleurs, Dimanche en décembre.
Le passé de Benoit Arcadias, ancien interné des hôpitaux, résonne dans ses textes. Lesquels racontent chaque fois des rencontres dans le métro ou le train. Des choses qui lui sont arrivées, mettant en scène au final hostilité ou déception.
Jean-Louis Millet propose 7 fragments d’un « psychorama holographique ». Il s’agit de listes assez longues de ce qu’on pourrait appeler des données à la fois abstraites et précises. Exemples pris presque au hasard : La valise éventrée des restes du quotidien d’une vie ou La croûte d’une banquise dans la fermentation d’un rêve ou encore, avec, pour le coup, une image L’ombre d’un pommier vivante au moindre souffle d’air Cette accumulation de traits, ayant pour point commun l’article défini, tend à rendre réel un univers hétéroclite et poétique. Ajoutons que ces listes sont seulement interrompues parfois par un Question/ réponse ou la réponse vient avant la question. Réponse : dans l’ombre de la lumière / Question : Où est la seule réalité ?
Marc Guimo est l’auteur du tout récent Polder (Co-collection Décharge/Gros textes) : Un début de réalité. Il donne ici des extraits d’un ensemble dans la prolongation intitulé : « Réalité dispersée ». On reste dans la même logique. Le problème du mur, c’est qu’il ne croit pas naturellement à la fenêtre. On est toujours à la limité de l’absurde et du fantastique. On est allé trop loin / En ne bougeant pas L’auteur n’est pas fixé sur la forme, passant facilement de l’aphorisme au long poème, avec ce vers final : Voulez-vous qu’on rajoute une musique d’ascenseur qui descend ?
Enfin Pablo Gelgon qui, en tant que charpentier, sait parler des « Mains qui voyagent » : Elles n’en finissent plus de saigner sur le beau bardage d’épicéa / On voudrait bien avoir des mains comme un pied de biche et soulever / Agripper sans avoir peur de rien suinter / On voudrait bien l’oublier l’écorchure / La bonne vieille croûtasse / La main finit par ajuster la manière…
Deux résonances critiques à propos de recueils de Walter Rhuhlmann et Murièle Modély et le tour est joué.
Illustrations d’Arnaud Martin : sensible à l’expressionnisme et au romantisme sombre du XIX° siècle et à la mélancolie sous toutes ses formes…
Rappel : On se procure le polder de Marc Guimo : Un début de réalité contre 6 €, à nos éditions (4 rue de la Boucherie - 89240 - Egleny). Paypal possible : ici.
MERCI à Jacques Morin !
Lien : http://www.dechargelarevue.com/Nouveaux-Delits-no-59.html