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Soliflore 150 - Valérie Greg

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Berlin,
"Stolpersteine, des pierres à trébucher l'oubli"
Je marche sur des trottoirs pavés,
Petits carrés de granit blanc s’enchevêtrent sagement,
Égarés parmi eux devant certains seuils
Petits carrés de laiton, je croise.
Ils font signe dans tout ce blanc carrelé,
Isolés ou par deux, petits carrés ternes ou brillants
Creusés de traits, lettres, chiffres,
Comme scellés de mémoire,
Ils me font signe.
Je me penche.
Ci-gît, le dernier passage de l’hôte du lieu,
Du foyer au camp, seuil ultime de l’humain.
Entre son gîte accueillant et la barbarie qui se tapit,
Les petits carrés d’or et de gris
Ourlent la mémoire des deux, sur le seuil de la porte,
Le déporté inscrit avec en ombre le déportant.
Le seuil, le sas, le double S qui sonne anonyme,
Le double es soudé au pas de porte,
Ça qui gît,
Le sol qui hurle sous la vaste indifférence du ciel.

Sur la place Rosa Luxembourg, gravées au sol encore,
De longues lignes de laiton entaillent routes et trottoirs des pas quotidiens,
Comme des estafilades durcies en cicatrices,
Avec dans leurs transverses, des mots de poète.
Rosa, révolutionnaire depuis en poésie jusqu’à l’être abattue,
Au corps jeté dans les eaux.
Ci-gît, les lettres de Rosa creusées en sol qui chante la beauté du monde.
Ci-gît, en sol et murs qui hurlent
L’affligeante essence humaine
Et sa beauté.
Suintent de chaque parcelle peinte du béton démantelé
Mots et couleurs d’histoire et espoir,
Malgré les murs pas désossés.

 

 

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