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  • Soliflore 46 - Pierre Andreani

     

    illustration-nouveaux-délits.jpg

    (dessin de l'auteur)

     

     

    Trajet (d'un genou sur la bouche)

     

     Je n'avance plus, le balançoir tendu,

    en extase,

    ayant avalé plusieurs petits cachets,

    je suis abattu.

    Les bronches dilatés,

    distention des pupilles,

    diminution temporaire des capacités cérébrales,

    polarisé, je vois

    des poètes sur le trottoir qui se gavent d'excréments,

    noyés dans le lac des infamies fantasmées, jamais connues

    mais fantasmées.

    Plongeant dans les poubelles

    à la recherche d'une médaille

    de dérèglement de tous les sens,

    le cul piqué de fourches.

    Tête en terre et traitement dur de la chair.

     

    Qui va mal ? Tous, sauf moi.

    On patauge dans la mare

    sur de belles écrevisses

    qui préfèrent l'eau de pluie

    aux chaussons pleins de boue.

     

    J'ai soixante-dix ans de nacre aux coins des os ;

    c'est étrangement sourd quand je crie,

    quand je m'explique sur mes songes.

     

    Les bardes, les aèdes, gorgés de désir impalpable,

    se relèvent et ils miaulent ;

    avec ma grande hache, je les expédie dans l'au-delà.

     

     

    http://p-andrean.blogspot.com

     

     

     

  • Soliflore 45 - Claire Von Corda

    PA240034.JPG

    (photo prise par l'auteur - Marseille)

     

     LAIDE

     

    Et les femmes en jogging sortent des zones industrielles tôt le matin ventre à l'air pour rejoindre leurs véhicules tape à l'œil garés en double file.

    Et les sportifs de supérette encombrent et gênent sur les nationales pour les énervés qui partent à la mine dans leur bunker d'aluminium.

    Et on ne sait pas si c'est le brouillard ou le pare brise qui est sale.

    Et je ne suis pas jolie.

    Et il me dit qu'il ne me trouve pas jolie.

     

    Et les camions de livraisons s'entassent comme leurs gros muscles serrés dans des marcels, l'hiver aussi.

    Et la circulation est alternée parce que le bas côté est en travaux par les hommes en sweat et cernes noires des heures pas humaines.

    Et la radio diffuse son con de silence d'engin éteint pour faire entendre les mots lourds de la discussion lourde que lourde nous répétons une fois tous les lourds mois.

    Et je ne suis pas jolie.

    Et il me dit qu'il ne me trouve pas jolie.

     

    Et les mots se heurtent dans le vide débile de mon crâne débile rempli d'air, de chimères et de souvenirs à décortiquer, à surmâcher, à chier à la colle et de schémas mentaux, moyens mnémotechniques dont je ne me souviens pas.

    Et le glauque de la sombre situation sort en morse, en silence par le néant débile de mon regard débile posé sur le tableau de bord débile devant moi.

     

    Et de tout ça j'en sais rien. Et n'importe quoi ma tête pense. Et n'importe quoi ma bouche dit et il faudrait comme une sorte de lexique en bas de page.

    Et je ne suis pas jolie.

    Et il me dit qu'il ne me trouve pas jolie.

     

    https://www.facebook.com/claire.vonf