Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

  • Yvan Robberechts me dit

    Je veux te dire (au risque de faire cirage de bottes) que Nouveaux Délits est pour moi parmi les toutes meilleures revues, avec une ligne éditoriale qui est celle de la sensibilité, de l'originalité aussi, de cette belle vulnérabilité pour force de vie.
    J'aime beaucoup tes éditos dans lesquels je me retrouve tant, (tous les poètes marchent sur ce chemin d'errance qui nous relie), aussi les références littéraires magnifiques qui ponctuent les bas de pages. Si je devais trouve (à mon goût s'entend) un seul défaut à Nouveaux Délits, c'est parfois une exigence de niveau de langue trop soutenu et qui doit laisser forcément du monde sur le carreau. Je pense, comme dit Daniel Malbranque (je ne sais pas si tu connais ce poète et sa revue "La vie multiple") que, "la poésie, faut qu' ça circule ! "

     

    Y.R, 7 septembre 2026

     

     

  • Soliflore 152 - Guillaume Dreidemie

    Screenshot_20260702_113650_Chrome.jpg

    Photo ©K. Thomson

     

     

    Caverne


    Je vous parle depuis la pierre, depuis le fond caillouteux, 
    Depuis le sable, un bruit de chaîne 
    Je ne sais pas depuis quand, un bruit de chaîne 
    Me réveille, je ne sais pas depuis quand. 

    Tout ce qui me reste est un peu de ce feu. 
    Je sens le jour qui monte en moi et la nuit en lambeaux.

    *

    Le feu, à mes mains vieillies de si peu de lumière, 
    Danse, ne demande rien, nourrit 
    La chaleur entre mes mains, je ne sais plus, 
    La douceur du jour. 

    *

    Dans mes yeux dansent des braises. 
    Silhouette docile, je bois du regard 
    L’ombre projetée sur la roche du temps. 

    Cela me ferait mal aux yeux :
    Le soleil creuse en moi sa plaie béante
    Et pourquoi se soustraire à l’ombre généreuse ? 

    *

    Ceci est le monde, il n’y a plus rien, 
    Les chaînes seules ont appris notre nom. 
    Elles sont la règle ancienne du corps,
    Parfois, une gêne, à la nuque, 
    Cela passera. Tout passera, depuis la pierre,
    Depuis le fond caillouteux,

    Nous applaudissons l’ombre marionnette 
    Sur le mur je ne sais pas depuis quand, 
    Nos rêves anciens, je ne sais plus très bien. 

    *

    Tout ce qui me reste est qu’il parlait beaucoup.
    Un ailleurs sans paroi. Nous n’avons rien su
    D’une douce lumière. 

    *

    Je sais qu’il existe là-bas quelqu’un. S’il sort,
    On en parle parfois, depuis, à voix basse.

    * 

    Le feu, à ma mesure, reste à ma hauteur. 
    Sa flamme la plus haute lèche ma joue, il suffit
    Que j’enlève, que je retire quelques buches, 
    Que je souffle moins. Il suffit. Ne demande rien. 

    *

    Le feu ne me demande pas de changer de corps,
    Ne juge pas, avance, laisse aux choses 
    Le droit d’être simples. Je crois que je ne perds rien. 

    *

    Si la chaîne cédait, comme une simple erreur,
    Si sa main touchait nos liens, frappe, frappe-le, 
    Qu’il laisse nos pas errer la Nuit, 
    Qu’il laisse nos ombres danser, 
    Entre nos mains, la douceur du jour. 

    Je vous parle depuis la pierre, depuis le fond caillouteux, 
    Depuis le sable, je ne veux voir que du feu.