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16/11/2017

Soliflore 54 - Jasmin Limans

 

Alain Hugonenc (3).jpg

(photo (c)Alain Hugonenc)

 

(Mimi, 18 cité Besson.) 

 

Elle pleure en pelant des oignons. C'est une occupation précieuse, que trop de gens sérieux négligent. Elle avoue, au passage, qu'un de ses amis médecins, suite à ses recommandations, prescrit désormais à ses patients de peler et manger au moins deux fois par semaine, ses propres oignons. Elle dit ça fièrement, sans fausse humilité. Elle ne fait pas semblant. Il y a longtemps qu'elle n'a plus de prétention. Elle n'a pas de temps à perdre. Elle a 81 ans. Elle a, comme ça, des ordonnances étranges, que personne ne comprend. Elle dit que le monde meurt à cause de ça : des gestes de la main qui disparaissent ou que l'on oublie et des oignons qu'on ne mange jamais assez toute seule. Elle ne va pas plus loin. On n'en sait jamais plus.

Je mange mes oignons, moi. Tous les jours, alors, deux fois par semaine, quand même, vous pourriez faire de même. 

Elle mange ses oignons de différentes façons : seule, dans le salon, après les avoir cuits à la vapeur, ou bien couchée dans son lit, coupés en petits dés, qu'elle dispose en cavaliers sur des tartines de beure. Parfois, elle se contente de les dévorer crus, assise en tailleur. Souvent, elle les accommode à une soupe aux orties. Quand elle n'a plus d'idée, elle les fait revenir. Elle dit que c'est moins saint, que c'est au poil, c'est tout. Elle ne s'attarde pas.  Elle dit que les oignons, un rien les accompagne, qu'ils se marient à tout, qu’ils s’accommodent toujours, qu'ils sont faciles à vivre malgré nos sautes d'humeurs.   

Elle dit que les oignons, c'est l'explication même du sens de l'univers. Elle en est sûre et certaine et selon elle, plusieurs textes sacrés, encore mal traduits, l'approuvent. 

Elle fait famille, comme ça, depuis des décennies et des mauvaises décisions, des divorces et des morts avec les Amaryllidacées et les Asparagales.

 

 

11/11/2017

Soliflore 53 - Jacques Lallié

 

Evelyne&Gribouilli.jpg

 

Encens

 

Un thé du Luxembourg

Cheveux argentés

Yeux bleus vaporeux

La voix lente et suave de Jeanne

Et son parfum violet

 

Plus tard

Imprégné de l’odeur de cette rencontre

Retrouvaille remontant les âges

Le sourire solaire d’Alice

 

De femme à femme

Le chemin est tendre

 

(c)photo prise par l'auteur

 

 

09/11/2017

Pas de soumission

 

Étonnante cette façon de formuler : soumettre des poèmes...

J'ai beau être revuiste, quand je lis comme objet de courrier "soumission de poèmes" ça me fait un peu mal....

Poètes, proposez vos poèmes, offrez-les, dites-les, chantez, hurlez, mangez, déchirez, brûlez vos poèmes mais ne les soumettez jamais !

 

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06/11/2017

Fête du livre et de l'image d'Arcambal, 24-26 novembre 2017

 

Cathy Garcia et Nouveaux Délits sont invités au salon du livre

dans le cadre de la Fête du livre et de l'image d'Arcambal, 3ème édition 

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en savoir plus : http://www.fetedulivreetdelimage.fr/

 

 

 

05/11/2017

Soliflore 52 - Paul Dalmas-Alfonsi

 

Castel d'Acqua - settembre 2011 (Paul D-A).JPG

photo de l'auteur

 

 

des giboulées de pluie

et de neige mêlées

jusque tard

hors-saison

 

renardeau vs rat – corneilles

en éveil au sommet

des lauzes

 

pour un écart au sens

des mots

une griffure qui s’emporte

et ton passé

mal résolu

sous arguments

d’autorité

 

renardeau vs rat – corneilles

en rappel au milieu

des toits

 

 

 

02/11/2017

Soliflore 51- Marcel Moratal

 

sandrine gateau.jpg

(c)Sandrine Gateau

 

 

Condiments

 

Il n'y en a plus

plus de cornichons

Sont tous partis

sans dire au revoir

même pas un signe

au p'tit oignon blanc

resté tout seul

au fond du bocal

dans son vinaigre blanc

c'est peut-être çà la solitude

tout seul au fond d'un bocal

dans du vinaigre blanc

 

 

 

01/11/2017

Feu de tout bois de Murièle Modély, le délit buissonnier n°1, lu par Sanda Voïca

 

COUV 1.jpgDans ce recueil, Murièle Modély fait, encore une fois, en paraphrasant le titre, poème de tout bois. Chaque instant vécu devient poésie. Et quelle poésie : visions et épiphanies, sans cesse. Visions : « certains jours/la langue quitte la bouche/et se balade limace au-dessus de nos têtes » (cuisine). Vision apocalyptique dans voie basse. On pourrait même parler d’un livre des visions. Mais il y a des épiphanies aussi, et elles coïncident souvent avec les visions : le poème sommeil à citer en entier. Le quotidien, le passé (l’enfance) et le futur passés à la moulinette et réassemblés, avec quelques ingrédients : humour, voire dérision, lucidité, intelligence, maîtrise de la langue et dépassement du langage : «aujourd’hui, c’est la fête du couteau/c’est marqué en rouge à côté de la date/il y a la fête des mères, des pères/celle de la jupe, du voile/il y a aussi un jour/de l’amour/des morts/sans portable/sans voiture/sans électricité/la journée du lard ou du cochon/des seins/du saint des saints/des revendications, des recommandations/ de l’économie triomphante/du brame/des drames/des femmes/des hommes/(non, pas des hommes – question d’excroissance,/la case est trop petite)/vivre au fond/ n’est pas bien compliqué/il suffit de s’en tenir au mot du jour/composer décomposer, recomposer/une croix après l’autre/l’empilement des faits » (éphéméride)

La joie de vivre et celle d’écrire font un : « la porte n’est pas de barreaux/mon lit n’est pas un navire/je ne suis pas perdue/pensive/au milieu des eaux/ils balancent leur corps/leur joie franche/tranchante/contre ma peau ».

Mais le couteau, le poignard, le coutelas et surtout la lame, mais aussi les hachoirs sont de nouveau bien présents dans les poèmes : « c’est qu’une menace pèse comme une malédiction/sur toutes les filles, sous leurs jupons//quelque chose comme une main sournoise/qui appuie là où ça fait mal » (habitude). Et toujours, par-dessus tout : le corps de mots de l’auteur qui s’impose, qui s’incarne devant nous : « la dernière fois que les enfants ont vu grand-père/il ressemblait à un vieil arbre/allongé dans le lit […] les enfants intrigués par les battements d’ailes/collaient leurs corps de lait/contre mon corps de mots » (caresse). Les occurrences des mots qui parlent de la poésie, des figures de style, de jeux de mots, de l’écriture même, la conscience aiguë que la poésie est un animal vivant, et que c’est au poète de le faire venir au monde : « j’entends les grognements, je ne m’étonne plus/je sais que le temps vient pour eux, d’ouvrir leur ventre/d’y plonger les deux mains pour mettre bas le mot ». (velot).

La poète est magicienne dans ses journées, avec ses enfants et sa propre vie – et aussi avec les mots. Des doutes – sur la force réelle des mots, sur la « réussite » – viennent et s’en vont : « est-il possible/de prendre à bras le corps/réellement, puissamment/ces humeurs, ces cris stridents, ces corps bruyants/ces craquements du vivant/dont les mots sont – magie de l’abstraction/à la fois vides et totalement pleins » (brassée). Errance aussi : « parfois la langue est condamnée à dériver sans fin/adieu la côte, l’horizon est trop loin/la phrase ballotte puis soudain plonge/et vous mes vers, mes tendres, mes oblongues/atteignez des abysses la mémoire acide profonde » (holothurie)

Et sans trop s’étonner, car « il ne suffit pas de dire pour se comprendre /au creux des intestins, les souvenirs flamboient/faisant feu de tout bois » (héritage).

Sanda Voïca

 

Note de lecture parue dans la revue Paysages écrits n°28, octobre 2017

https://sites.google.com/site/revuepaysagesecrits/archive...