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29/01/2021

Soliflore 97 - Julie Cayeux

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© Camille Moukli-Pérez 

 

Un amour de jeunesse

 

Mon premier amour s’appelait Croûte.

Il n’était pas méchant, seulement il me grattait.

Il me grattait la vie, il me grattait l’amour, il me grattait jusqu’à la nuit.

Arriva ce qui devait arriver.

A force de me gratter, Croûte est devenu une plaie.

Une plaie purulente, dont je n’arrivais pas à me débarrasser.

Je ne le souhaite à personne.

Il me chantait des sérénades.

Veux-tu fermer ta gueule ? je lui répondais sèchement.

Je ne sais pas ce qu’il est devenu, ce brave Croûte.

Tout ce que je puis vous dire, c’est que depuis nos différends,

dès qu’un amour me gratte, je disparais.

La fuite reste encore le moyen le plus efficace de se prémunir des plaies.

 

 

 

25/01/2021

Soliflore 96 - Romain Richard

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Léon Spilliaert, "Arbres, blanc et noir" (1941)

 

 

Il y a trop

  

Il y a trop

Il y a ces arbres monstrueux

Qui m’observent la nuit

De leurs yeux grands ouverts

Qui m’observent de haut

L’air sévère

Et moi qui suis petit

Si petit

Ramassé

Tête au sol

Interdit

Étranger 

Importun

Déplacé

 

Moi tout seul dans le noir

Où les formes enfouies

De l’esprit

Me découpent un monde

Inhumain

Moi de trop comme humain

A l’heure où sont les choses

Où l’être n’est personne

Où gagne la matière

Où je ne suis plus moi

Où rien n’est plus que masse

Insignifiante masse

Au regard impérieux

De ce qui n’a pas d’yeux

Et l’esprit

Quand le noir le libère

De ce qu’il reconnaît

S’abandonne à ses affres

Tenté par l’ombre d’y plonger vers le grand fond

Son propre fond qu’il craint

Son fond qu’il réalise 

A mesure

Qu’il n’ose le trouver

 

Mais aussi

Il y a la lumière

Qui grouille de matière où le regard s’épuise

De ne pouvoir l’épuiser elle

Il y a ses grands yeux si perdus

Qui me jouent me délaissent

Et puis m’aiment

Et son cou frêle au point que paraît lui peser

Une tête elle-même si frêle

Un visage si fin si joliment tourné

Un petit nez troussé

Puis sa bouche au dessin plus parfait

Que celui des grands Maîtres

Une lèvre infinie que pourtant

Un menton délicieux

Ponctue de sa virgule

Mais il y a trop encore

 

Un constant sentiment d’être pauvre

Le savoir humilié

L’esprit insuffisant

Faillant toujours à ses amours

L’harmonie du présent

Déborde tous mes sens

A plus forte raison mon esprit qui l’admire

Perdant de l’impression tout ce qu’il veut en dire

L’harmonie du présent

Excède la caresse

Que lui portent mes mots

Jamais ils ne pourront

L’aborder que de loin

Jamais ils ne sauront

L’embrasser tout entier

 

Alors mes yeux s’épuiseront à voir

Mon nez à respirer

Mon oreille à entendre

Tout mon sens à sentir

Ce que rien ne peut dire.

 

 

 

24/01/2021

Soliflore 95 - Cédric Landri

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Une déchirure dans le vêtement planétaire,

déchirure entre les espoirs les couleurs les flirts

et les disparitions dans les écumes du temps

de tants d'espèces.

 

Le sang coule à flots sur la plaine béante,

tandis que des volcans éternuent des plastiques

dans le ventre des océans.

 

Et au coin du globe crachotant,

l'ours pôle erre.

 

Pendant ce temps on visse à la chaîne

des smartphones qui grillent le pain

ou des robots qui tombent amoureux.

 

Au lieu de former

des infirmiers de la Terre.

 

 

04/01/2021

Revue Nouveaux Délits numéro 68

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Eh bien 2020 est passé comme un éclair, et on se demande bien après ça, qu’est-ce que cette nouvelle année va bien pouvoir nous concocter dans le grand chaudron fou de la vie ? Virus, guerres, comète, suicides collectifs, extra-terrestres, zombies, miracles ? Qu’est-ce qui va encore nous secouer, nous bousculer, nous jeter à terre ? On n’a aucune prise sur les événements extérieurs mais on peut cependant choisir le meilleur en toutes circonstances, aussi infime soit-il. Il n’y a pas que des mauvaises et sombres nouvelles, il y a des jaillissements surprenants, des résurgences de joie, des illuminations bienfaisantes, une créativité fière et indomptée qui se fout des autorisations et s’il y a bien une énergie qui a le pouvoir de transformer le plomb en or, les larmes en sourires, la colère en création, c’est celle de l’amour. L’amour quand on ne lui met aucune barrière, condition, précaution. Lui aussi fait des vagues, des vagues puissantes et douces, qui inondent le cœur, nettoient l’âme et tout se met à briller ! C’est tellement bon, on oublie à quel point c’est bon. Et gratuit ! Aimer ! Rien ne peut nous empêcher d’aimer, ni confinement, ni distanciation sanitaire, ni crise économique, lois liberticides, rien ni personne ne peut nous interdire d’aimer et de nous aimer nous-mêmes aussi. Pas plus que de danser d’ailleurs ou chanter, jouer, rire ! Il ne s’agit pas de faire n’importe quoi et d’emmerder les autres, mais de rester suffisamment souples pour inventer toujours de nouvelles formes d’expression de cette vie qui bat en nous son rythme vivace. Et si les circonstances s’acharnent à souffler sur les flammes, ne jamais oublier que notre flamme intérieure à chacune, à chacun, possède son propre point d'allumage spontané. Alors résister, oui, mais pas comme des bestiaux acculés qui encornent les murs, mais juste comme une évidence – en vie danse ! – parce que nous sommes des êtres fondamentalement libres, potentiellement capables d’aimer avec une force qui pulvérise toute peur, toute sclérose ; la force de l’eau que rien n’arrête, et qui même retenue par de monumentaux barrages, fomente en secret son évasion par le ciel.

Alors, que l’an 2021 nous guérisse de toutes nos peurs, de tous nos maux et protège la Terre de toutes nos sinistres folies, et soyons souples, forts et porteurs de vie, partout où nous sommes, partout où nous passons, comme une eau aimante !

 

CGC

 

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AU SOMMAIRE

 

Délits de poésie :

 

Dorian Masson

Angélique Condominas

Pierre Thiollière

Jacques Merceron 

Pierre Vinclair : Le vivant dans la ville
Patrick Werstink : Caléfactions (extraits)

 

 

Résonances :

La nuit des béguines d’Aline Kiner, éditions Liana Levi, 2017

Quintet de Frédéric Ohlen, Gallimard, 2014

Le Tarot de Saint Cirque de Cathy Garcia Canalès et Lionel Mazari, Gros Textes 2020

 

 

Les Délits d’(in)citations poinçonnent en sifflotant le coin des pages tandis que le bulletin de complicité vous attend avec ses espoirs et ses plus beaux vœux, toujours à sa place, sur la dernière page, mais aussi avec une mauvaise nouvelle vu la nouvelle et forte augmentation des frais postaux : + 11,6 % pour l’écopli qui a donc doublé en 7 ans ! Aussi, pour ce numéro, on va serrer les fesses mais pour celui d’avril, il me faudra répercuter ça sur les tarifs de la revue, qui augmenteront donc pour la troisième fois en 18 ans.

 

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Illustratrice :

Cathy Garcia Canalès

 

Mon imprimante pour la revue, de plus en plus capricieuse, n’aime plus que le bleu pour les images, même en mode n&b, aussi je ne peux plus décemment proposer à d’autres d’illustrer ce numéro et même les suivants, donc c’est la femme-orchestre qui s’y colle, avec plaisir cependant : mes griffonnages et gribouglyphes sont d’accord pour voir la vie en bleu. S’y est glissé un cheval venu de très loin, un des rares dessins que je tiens de mon père, qui s’en était allé cavaler dans les prairies célestes en 1973.

 

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Mais qu'il y ait des espaces dans votre entente.
Que les vents des cieux puissent danser entre vous.
Aimez-vous, l'un l'autre, mais ne faites pas de l'amour un carcan :
Qu'il soit plutôt mer mouvante entre les rives de vos âmes.
Remplissez, chacun, la coupe de l'autre, mais ne buvez pas à la même.
Donnez-vous l'un à l'autre de votre pain, mais ne partagez pas le même morceau.
Chantez et dansez ensemble, et soyez joyeux, mais que chacun demeure isolé,
Comme sont isolées les cordes du luth, bien que frémissantes de la même musique.
Donnez vos cœurs, mais pas à la garde de l'autre,
Car vos cœurs, seule la main de Dieu peut les contenir.
Et dressez-vous ensemble, mais pas trop près l'un de l'autre :
Car les piliers du temple se dressent séparément,
Et le chêne et le cyprès ne peuvent croître dans leur ombre mutuelle.

Khalil Gibran

in Le Prophète (1923)

 

 

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*

Nouveaux Délits - Janvier 202i – ISSN: 1761-6530 - Dépôt légal : à parution - Imprimée sur papier recyclé et diffusée par l’Association Nouveaux Délits - Coupable responsable et illustratrice : Cathy Garcia Canalès -  Correcteur : Élisée Bec         

 

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PREUVES INCERTAINES de Jean-Louis Millet, Nouveaux Délits éd., septembre 2020

En septembre dernier, est sorti un nouveau recueil chez Nouveaux Délits

 

PREUVES INCERTAINES

de Jean-Louis Millet

 

avec 15 illustrations originales de l’auteur

 

 

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 "Titubant dans l'escalier liquide
des rails luisants du tram T3,
un bel ivrogne nommé Désir
voyage aux portes de la nuit.
Oiseau nocturne à bec de bois
il brûle de la grande soif amère
et mord la pluie,
une pluie lasse de pleuvoir.
Sa solitude hirsute transpire
en mille éclats de visages fatigués
dans le miroir de l’incognito."

 

Édité et imprimé par l’Association Nouveaux Délits
sur papier calcaire 100 g, couverture 250 g, 100 % recyclé

12 € + 2,50 € de port

 à commander à l'Association Nouveaux Délits

Letou - 46330 St CIRQ-LAPOPIE

 

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