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17/09/2006

"Au camp de Gurs...", témoignage de Matéo Maximoff

 
 
« Au camp de Gurs, quand nous voulions aller en Espagne et que les Français nous ont pris et mis dans le camp - c’était en 1936, pendant la guerre d’Espagne à Séville. À l’époque où moi j’y étais, il y avait peut-être vingt mille espagnols. Il y avait bien deux mille juifs. Il y avait des homosexuels. Il y avait une quarantaine de tsiganes dont je me rappelle bien, c’était ma famille. Et dans le camp de Lannemezan qui est un camp entre Tarbes et Toulouse, il y avait quatre cent vingt tsiganes. Il n’y en avait pas d’autres, il n’y avait que des tsiganes. Il y avait en France, pendant la période d’occupation, cent dix camps d’internement, sous le régime de Vichy dont onze, c’est-à-dire 11 pour cent, uniquement pour les tsiganes. Mais le gouvernement actuel français ne veux pas le reconnaître. Une autre chose aussi que je peux vous dire et que je répète, j’ai écrit plusieurs livres sur les camps, dont un où la moitié du livre se passe à Lannemezan; j’ai envoyé un exemplaire au maire de Lannemezan actuel. Il n’a même pas osé me répondre. Alors que le maire de l’époque m’a écrit une lettre que je suis le seul à avoir dans laquelle il reconnaît que j’étais dans les camps. J’ai écrit au camp de Gurs; ils ont écrit un article où il y avait le nombre d’internés dont quarante gitans. J’ai écrit au comité en disant que j’ai été un des quarante, avec ma famille, et ils ne m’ont pas répondu. Par contre, un prêtre de Lourdes m’a envoyé des photos de Gurs sur lesquelles il y avait les pancartes où il figurait le nombre des internés. Et il y avait quarante tsiganes. Vous voyez, ce n’est pas seulement Vichy qui ne veut pas reconnaître, il y a aussi ceux qui sont au pouvoir actuellement. Pourquoi ? On ne nous demande pas, rien. Quand, moi j’ai reçu une somme, j’ai remercié la Suisse de me l’avoir envoyé, parce qu’en Suisse, ce n’est pas l’argent qui compte. Et pour les juifs, d’accord. Il y avait des millions et des millions. Mais pas les tsiganes. Par contre nous avions déclaré que nous n’avions pas d’argent, mais nos femmes avaient beaucoup de bijoux. C’était ça notre fortune. Nous les tsiganes, nous n’avons pas de maisons, nous n’avons pas de terrains, nous avons rien de spécial, mais nous avions des bijoux, beaucoup. Quand on avait un mariage, chaque femme portait des kilos de bijoux sur elle. On avait des bagues, des colliers, des boucles d’oreille. On peut pas savoir le nombre, c’est impossible. Et que les Suisses m’ont envoyé deux mille francs suisses, c’est pas grand chose, mais c’est l’acte qui compte parce que j’ai la lettre dans la poche et je peux vous la montrer. Pour moi c’est plus important que la somme que l’on envoie. Donc que la France fasse un geste. S’ils nous avaient donné seulement ne serait-ce que le franc symbolique, on aurait dit merci à la France. »
 
Extrait de propos recueillis par Valerian Lallement et Philippe Krebs  le 12 décembre 1998, à Romainville, publiés par la revue Hermaphrodite http://sitehermaphrodite.free.fr
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Matéo Maximoff, né en 1917 à Barcelone d'un père Rom kaldérash venu de Russie et d'une mère Manouche de France, Matéo Maximoff est incontestablement le plus connu des écrivains tsiganes de langue française. Au cours de ses 82 années d'existence, il a cumulé des fonctions aussi variées que chaudronnier, journaliste, conférencier, conteur, pasteur, photographe...Il vivait en France où ses aïeuls, chaudronniers de Russie, étaient venus vers la fin du siècle écoulé. Il a écrit en rom (dialecte kalderash) et en français. Sa première oeuvre Les Ursitory (Les Parques) fut traduite en 14 langues. Parmi ses autres oeuvres citons: La Septième Fille, Condamnés à survivre, Ce monde qui n'est pas le mien. Il travailla aussi sur la traduction en dialecte kalderash du Nouveau Testament, parue en 1994.
 
 
 

HISTOIRES DE CUL

Par Cathy Garcia 

Eh oui ! On trouve des histoires de cul même dans les dictionnaires, aussi j’espère que vous ne vous êtes pas levés le cul devant, autrement dit que vous êtes de bonne humeur afin de ne pas lire ce qui suit à l'écorche-cul, c’est à dire au regret, en rechignant. L’idéal serait d’y aller de cul et de tête, avec ardeur, sans précaution et sans mesure. De toute façon vous voilà mis à cul, il est trop tard pour…reculer.
Si vous montrez le cul., c’est que vous avez peur et dans ce cas il ne vous reste plus qu’à prendre votre cul à deux mains et courir… Pour vous aider à courir plus vite, je peux aussi vous bonder le cul, une autre façon de dire un bon coup de pied au derrière, mais vous pourriez m’avoir dans le cul si je fais ça… me détester quoi !

Vous êtes toujours là ? C’est que nous sommes d’accord, bon, de là à dire que nous sommes comme cul et chemise … mais enfin, parlons bien, parlons cul.

Les culs terreux sont aux champs et les culs bénis à l’église mais en hiver, à l’église comme aux champs, c’est cul gelé. Si c’est cul nu c’est qu’on n’a rien dans les poches et qu’on est tellement mal vêtu qu’on nous voit le cul de tous côtés, pas comme ces coquettes qui se mettent tout sur leur cul, dépensières au possible, élégance oblige… Et puis elles en font des manières, bouches en cul de poule ! Quant à leurs maris ce sont dit-on des peigne-cul qui de plus, veulent peta plus aut que soun cuou, comme on dit en Provence. Vous m’avez compris…
M’enfin l’argent fait pas le bonheur et paraît que la nuit chez ceux-là, c’est plutôt l'hôtel du cul tourné… C’est pas souvent que les coquettes se retrouvent cul par dessus tête !

Mais revenons à ceux qui sont à cul, les pauvres, le cul sur la paille, qui l’ont dans le cul : tout ça pour dire sans ressource, perdus, vaincus et plein le cul du coup ! Tout ce qui leur reste c’est de faire beau cul, prendre philosophiquement parti de leur malheur, l'accepter...
C’est la vie, il y en a qui gagnent et d’autres qui baisent le cul de la vieille…
Les chanceux, parait qu’ils ont le cul bordé de nouilles quoiqu’en Provence on dit avé lou cuou borda d'anchoio, nouilles ou anchois, au choix ! Et puisqu’on est en Provence, savez-vous ce que c’est que le papier pour écrire au pape ?
Le papier-cul bien-sûr puisque écrire au pape c’est caguer (pisser c’est chanja l'aigo dis óulivo, changer l’eau des olives). C’est à tomber sur le cul !
De vrais poètes ces Provençaux !
Quant à nos amis du Québec, s’ils ont le feu au cul c’est qu’ils sont en colère, et s’ils aiment se pogner le cul, autant dire qu’ils aiment se les rouler, s’évacher* sur le canapé… voire même y cogner des clous**.

Voilà, ça suffit comme ça et celui qui n'est pas content n'a qu'à tourner son cul au vent.

 


* s’étendre, se reposer ** s’endormir

 

 

 

L’explosion en chaîne de la créativité clandestine doit renverser la perspective du pouvoir

C’est une révolution sans nom, comme tout ce qui ressortit du vécu, préparant dans la clandestinité quotidienne des gestes & des rêves sa cohérence explosive :

Nous ne voulons pas travailler au spectacle de la fin du monde
mais à la fin du monde du spectacle

La question de la culture, c’est à dire en dernière analyse, de l’organisation de la vie, est arrêtée devant la nécessité d’une rupture qualitative inséparable du renversement de la société actuelle. Il faut dès maintenant s’atteler à la révolution permanente des esprits, frapper les imaginations, détourner les attentions des psychoses & de l’art jaune, être en somme des agents provocateurs. Il existe les foyers d’une internationale souterraine, réunis sur la notion de la fin ou de l’absence de l’art, & qui ne vise plus explicitement une production artistique quelconque.

Notre tâche est d’élargir les failles dans le pseudo-monolithe du discours social, en découvrant graduellement des morceaux du vide du spectacle, en étiquetant les formes subtiles du contrôle des esprits, en ouvrant des routes d’évasion, en s’éloignant de la suffocation, de la cristallisation de l’image, en frappant sur des casseroles pour réveiller quelques citoyens de leurs transes médiatiques, en utilisant le média intime. Il convient ici de se référer à la propagande par le fait, qui est un mode d’action non concertée ne visant pas à des bouleversements définitifs, mais pouvant utilement ponctuer les prises de conscience qui se feront jour.
Le caractère immuable de l’art, ou de tout autre chose, n’entre pas dans nos considérations, qui sont sérieuses. L’idée d’éternité est la plus grossière qu’un-e humain-e puisse concevoir à propos de ses actes.

Partout des groupes d’une guérilla qui ne vise d’autre pouvoir que celui que des exaspéré-e-s sans étendard entendent exercer sur leurs propres existences. Un désordre déambulatoire qui apprend à esquiver les pièges du combat frontal & sa moisson de martyrs. Une communauté de l’instant qui se donne un malin plaisir à dire non, à manifester son existence. Un être ensemble qui ne s’inspire que de ses propres expériences, si furtives soient-elles. Un virus de vie qui résiste à l’individualisme désemparé & qui se propage sur la charogne d’un mouvement ouvrier en putrescence depuis qu’il s’est réalisé dans le salariat généralisé & son cortège d’allocations diverses mais toujours insuffisantes.
L’activité de tels groupes finira par remplacer l’art. La créativité gratuite & l’échange de dons provoqueront le dépérissement de l’art en tant que reproductions de marchandises.


NOUS NE CHERCHONS PAS A VOUS CONVAINCRE
MAIS A VOUS PRÉPARER


Une production du bureau du PUNC, section mexicaine de la subterranean internaçional (http://querencias.free.fr/)

 

 

 

Lettre d’un chef aztèque aux gouvernements européens

publié dans CARTA A LAS IGLESIAS San Salvador, mai 2000

Eh bien me voici, moi, Guaipuro Cuauhtémoc, descendant des peuples qui, il y a 40 000 ans, peuplaient l'Amérique. Je suis venu à la rencontre de ceux qui l'ont "découverte" il y a 500 ans. Voici donc que nous nous rencontrons tous : nous savons qui nous sommes.


Mon frère douanier européen me réclame un papier écrit avec un visa pour pouvoir découvrir ceux qui m'ont découvert autrefois. Mon frère usurier européen me réclame le paiement d'une dette contractée par Judas - quelqu'un que je n'ai, en vérité, jamais mandaté. Mon frère usurier européen m'explique que toute dette se paie avec des intérêts, quand bien même il faudrait pour cela vendre des êtres humains et des pays entiers sans leur demander leur consentement. Et voilà, moi je les découvre. Moi aussi je peux réclamer mon dû, moi aussi je peux réclamer des intérêts. Les Archives des Indes font état, avec force papiers, force reçus et force signatures, de ce que, entre les seules années 1503 et 1660, sont arrivés à San Lùcar de Barrameda (Espagne), 185 000 kgs d'or et 16 millions de kgs d'argent, en provenance d'Amérique. Pillage ? Cela ne me viendrait pas à l'idée ! Ce serait penser que nos frères chrétiens ne respectent pas leur septième commandement. Spoliation ? Dieu me garde d'aller imaginer que les Européens, à l'image de Caïn, tuent puis dissimulent le sang de leur frère ! Génocide ? Ce serait là accorder du crédit à des calomniateurs comme Bartolomé de Las Casas et tous ceux qui ont qualifié la rencontre de "destruction des Indes" ou à des extrémistes comme le Dr Arturo Pietri, qui affirme que l'essor du capitalisme et de la civilisation européenne actuelle est le fruit de l'inondation en métaux précieux que vous, mes frères européens, avez arrachés des mains de ceux qui, en Amérique, sont aussi mes frères ! Non ! Ces 185 000 kilos d'or et ces 16 millions de kilos d'argent doivent être considérés comme le premier d'entre les divers prêts à l'amiable consentis par l'Amérique en faveur du développement de l'Europe. Penser le contraire reviendrait à établir l'existence de crimes de guerre, ce qui ouvrirait un droit à exiger non seulement le remboursement immédiat, mais même une indemnisation pour dommages et préjudices.
Moi, Guaipuro Cuauhtémoc, je préfère croire en l'hypothèse la moins offensante à l'égard de mes frères européens. Des exportations de capitaux aussi fabuleuses n'ont été rien d'autre que la mise en place d'un plan Marshall-tezuma pour garantir la reconstruction de la barbare Europe ruinée par ses guerres déplorables contre les Musulmans cultivés, défenseurs de l'algèbre, de l'architecture, du bain quotidien et autres apports supérieurs de la civilisation. Voilà pourquoi, passé ce cinquième centenaire du "Prêt", nous sommes en droit de nous poser des questions : nos frères européens ont-ils fait une utilisation rationnelle, responsable ou tout au moins productive des ressources si généreusement avancées par le Fonds indo-américain international ?


Nous sommes au regret de répondre non. Du point de vue stratégique, ils les ont dilapidées en batailles de Lépante, Invincible Armada, IIIè Reich et autres formes d'extermination mutuelle. Du point de vue financier, au terme d'un moratoire de 500 ans, ils se sont montrés tout aussi incapables de régler capital et intérêts que de se passer des rentes monétaires, des matières premières et de l'énergie bon marché en provenance du tiers-monde.


L’affirmation de Milton Friedman, selon laquelle une économie assistée ne pourra jamais fonctionner, vient corroborer ce tableau déplorable et nous oblige à leur réclamer – pour leur propre bien - le paiement du capital et des intérêts, généreusement repoussé de siècle en siècle. Il est bien clair, toutefois, que nous ne nous abaisserons pas à réclamer à nos frères européens les taux - odieux et cruels - de 20 % et jusqu'à 30 %, que nos frères européens font payer aux peuples du tiers- monde. Nous nous limiterons à exiger la restitution des métaux précieux avancés, plus un modique intérêt fixe de 10 % par an, intérêt calculé sur les 300 dernières années. Sur cette base, et en application de la formule européenne de l'intérêt cumulé, nous informons nos découvreurs qu'ils ne nous doivent, au titre d'un premier paiement de leur dette, qu'une quantité de 185 000 kilos d'or et 16 millions de kilos d'argent, chacune d'elle élevée à la puissance 300. C'est-à-dire un nombre qui, s'il fallait l'exprimer, ferait appel à plus de 300 chiffres et dont le poids dépasserait largement celui de la Terre. Comme elles pèsent, ces masses d'or et d'argent ! Que pèseraient-elles si on calculait leur équivalent en sang ? Alléguer que l'Europe, en un demi-millénaire, n'est pas parvenue à générer des richesses suffisantes pour régler ce modique intérêt reviendrait à admettre son échec financier absolu et/ou 1'irrationalité démentielle des pré-supposés du capitalisme.


Il est vrai que nous ne nous soucions pas, nous les Indo-Américains, de telles questions métaphysiques. Mais, ça oui, nous exigeons la signature immédiate d'une lettre d'intention qui impose une discipline aux peuples endettés du Vieux Continent et les oblige à remplir leurs engagements par une privatisation ou une reconversion rapide de l'Europe, afin que cette Europe nous soit livrée tout entière au titre du premier règlement d'une dette historique. 


Les pessimistes du Vieux Monde affirment que leur civilisation est en plein banqueroute et que cela les empêche de remplir leurs engagements financiers ou moraux. Si tel était le cas, nous nous contenterions de recevoir en paiement la balle avec laquelle ils ont tué le poète. Mais ce ne sera pas possible : cette balle est le cœur de l'Europe.


(Traduit et publié par DIAL, Diffusion de l’information sur l’Amérique Latine, bimensuel, Lyon)


LA SOCIÉTÉ CANCÉRIGÈNE (extraits)

(…) En s’interrogeant sur la question de la santé en France, on pourrait tout aussi bien se demander si le devoir d’un citoyen français ne serait pas de souffrir ou de mourir du cancer pour participer à la prospérité économique nationale, à l’essor industriel et aux progrès de la recherche, de sorte qu’on mourrait presque avec autant de gloire et de misère dans les hôpitaux aseptisés que nos ancêtres dans la boue des tranchées. Le cancer deviendra t-il, lui aussi, patriotique ? La question peut choquer, mais elle a sa raison d’être. La France industrielle envoie chaque année sur le front du cancer près de 300 000 soldats, dont la moitié ne revient pas.

(…) C’est ainsi que les produits de synthèse inexistants ou très rares dans la nature gagnent aujourd'hui tous les points du globe avec la course des eaux et le souffle des vents et que tous les hommes, tous les animaux, tous les milieux, terrestre, marin, aérien, tropical, arctique, urbain ou rural, sont contaminés. Le « progrès » auquel on les associe ne connaît pas de sanctuaire. Aucun être vivant n’est hors de leur portée. Transcendant les peuples, les continents, les classes, les âges, les sexes, le cancer, comme le bon sens, est en passe de devenir la chose du monde la mieux partagée.

(…) Les chiffres du cancer sont en constante augmentation et les courbes d’incidence présentent une accélération à partir des années 60, qui atteint 63 % entre 1980 et 2000. Non seulement la croissance du mal est proportionnelle aux taux d’industrialisation, qu’on préfère appeler chez nous un facteur de développement, mais l’OMS, en 1994, a même pu établir une corrélation entre le produit national brut et le nombre des cancéreux, comme si le cancer était le prix à payer pour une vie à la fois plus longue et plus facile.

(…) Vivre dans un monde cancérigène n’est pas une fatalité. Nul besoin d’attendre des recommandations ou des interdictions : cesser dès aujourd'hui d’acheter les aliments suspects et tous les produits inutiles limiteraient déjà le pouvoir de ceux qui les vendent.
Enfin à ne voir que les polluants, on en oublierait l’organisation générale qui autorise, légitime et maintient les toxiques comme l’inévitable rançon du progrès. Toute comptabilité qui tend à évaluer la production sans allusion à la destruction qu’elle implique est mensongère, car les énormes dégâts en termes de santé ou d’environnement sont incalculables. Les 150 000 morts par cancer chaque année sont bien les pertes civiles de notre guerre économique, acceptés par tous mais supportés plus lourdement par quelques uns, au nom d’un confort par ailleurs bien mal réparti. Comment croire encore à une croissance infinie, à un développement sans limite, à une conquête et une expansion de marchés qu’il faudrait bientôt aller chercher sur d’autres planètes ?



Extraits de La société cancérigène – Lutte-t-on vraiment contre le cancer ?

Geneviève Barbier, Armand Farachi Ed. de La Martinière 2004

 

 

LA RÉVOLUTION DES SILENCIEUX

Nous paraissons bien petits face à la puissance gigantesque des multinationales, face aux pouvoirs politiques, économiques et financiers qui dirigent ce monde, face à tous ceux qui font et défont les choses pour leurs propres profits.


Et pourtant... Et pourtant... Nous, petits consommateurs, qui sommes si insignifiants, avons un pouvoir extraordinaire :


· celui d’acheter ou non tel ou tel produit,
· celui de nourrir de notre argent ou non telle ou telle entreprise,
· celui de cautionner ou non tel ou tel entrepreneur.


Nous avons la possibilité de choisir à qui nous donnons notre argent... et de là, à qui nous donnons du pouvoir économique et financier... qui nous pérennisons.
ENSEMBLE, CHACUN DANS SON COIN, SANS TAMBOUR NI TROMPETTE, SANS FOURCHE NI CANON, FAISONS LA RÉVOLUTION DES SILENCIEUX


1) Si nous voulons une terre saine et dépolluée, donnons notre argent-pouvoir à ceux qui respectent la planète et voient les choses à long terme, dans une dynamique de développement durable, à ceux dont on sait ce qu’ils font, et comment ils le font.


2) Si nous ne voulons plus de drogues, de mafias et d’argent sale, donnons notre argent-pouvoir aux gens, aux entreprises, aux banques et aux institutions financières qui fonctionnent avec des choix éthiques, dans la transparence et le respect reconnus.


3) Si nous ne voulons plus des guerres, cessons d’engrosser de notre argent les gens et les entreprises qui directement ou indirectement travaillent pour l’industrie des armes.


4) etc. etc. Chaque centime compte, chaque euro qui sort du système des pouvoirs sans lendemains, pour nourrir les entreprises, les paysans ou les artisans qui respectent les Hommes et la Nature, est important.


Ensemble, comme les gouttes qui, se réunissant, finissent par faire les rivières et les fleuves, puis les océans, faisons la RÉVOLUTION DES SILENCIEUX ! !


Devenons des consommateurs conscients et attentifs, informés et informants, et surtout, prêts à perdre du pouvoir d’achat pour cette cause noble et juste ! Le pouvoir d’achat est le piège par lequel nous devenons dépendants des systèmes de pouvoirs pour qui le seul profit à court terme compte... sans autre considération. Servons-nous de l’expérience de ceux qui payent en milliers de morts les conséquences des cascades d’actions, à tous les niveaux, où les seules visions sont les profits uniquement personnels. N’attendons pas pour devenir conscients.

 

 

 

L’HISTOIRE DE DEMITRI AIPIN, éleveur de rennes khanty

L’HISTOIRE DE DEMITRI
(Telle qu’elle a été rapportée à Survival*, 2000)


« Je suis née en 1963, là où se tient aujourd’hui la ville de Pokachi. Quand j’ai eu 11 ans, une compagnie est venue chez nous pour prospecter le pétrole, puis elle a construit la ville. Personne n’est venu nous parler ou nous demander notre avis. De nombreuse machines sont arrivées sur nos terres, des travailleurs aussi. Avant qu’ils ne s’installent, un grand nombre de familles vivaient sur cette terre, et toutes élevaient des rennes. Mais les ouvriers du pétrole ont mangé nos rennes. nous n’avons reçu aucun dédommagement pour nos rennes et notre terre. Ils ont aussi apporté de la vodka pour l’échanger contre du poisson, de la viande ou de la fourrure. Avant cela nous n’avions de la vodka qu’une seule fois par an.

Mon père est mort et nous avons dû partir. D’autres familles nous ont accueillis – les relations entre nous étaient alors bien meilleures – il y avait plus de terre à partager et cette terre était belle. Nous vivions dans des chums (tentes en peau de rennes) et parfois, en hiver, nous vivions dans des maisons de bois qui étaient plus chaudes.

J’ai dû quitter ma famille et ma communauté pour aller dans un pensionnat. Nous devions tous y aller. Sur les 27 élèves de ma classe, seuls 6 ou 7 sont encore en vie aujourd’hui. Au moins deux d’entre eux se sont pendus, et beaucoup d’autres sont morts dans des incidents liés à l’alcool. Aujourd’hui j’ai 37 ans.

Je vis sur une terre qui abonde de pétrole, et pourtant, je n’ai même pas assez d’essence pour mon motoneige. On dit souvent de très belles choses sur la richesse de cette région, mais en réalité les Khanty sont très pauvres. Les compagnies pétrolières ne nous donnent rien, rien de positif. Elles affirment avoir apporté la civilisation aux Khanty, l’énergie etc. Mais si les ouvriers n’étaient pas là, nous pourrions nous passer de toute cette modernité.

C’est difficile de parler au directeur de la compagnie pétrolière dans son bureau, ce doit être plus facile de rencontrer un roi que les employés des compagnies.
»

Demitri Aipin, éleveur de rennes khanty

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Fondée en 1969, Survival International* (45 rue du Faubourg du Temple 75010 PARIS) est une organisation mondiale de soutien aux peuples indigènes. Elle défend leur volonté de décider de leur propre avenir et les aides à garantir leur vie, leur terres et leurs droits fondamentaux..

www.survival-international.org 


 

 

HORREUR DE LA GENTILLESSE


La gentillesse est une des premières vertus du commerce, une des règles de base dans la représentation : pour gagner le portefeuille, calmer les cœurs, flatter les enfants et les chiens et tout ce qui passe à portée de main.
La bonté est l’inverse de cette politique-là. On n’y vend rien, on n’y achète rien. On apprend à y nommer ce qui est réel dans cette vie et à résister au nom de cette chose là, réelle. On n’y parle pas de SDF, on y parle des pauvres – et mieux encore : on ne parle pas des pauvres en général, on n’est pas encore dans l’attendrissement sociologiques des catégories, on parle de celui-ci, puis de celui-là, puis de cet autre encore.
Ce qui est « exclu » de nos sociétés, c’est ce qui en est le centre, le meilleur : les rires des enfants, les songes des amants, la patience des misérables, le génie des mères. Parler d’exclus c’est donc se tromper de mot. Quand ce qui est « exclu » est au centre, au cœur, alors il ne faut pas parler d’exclusion, terme bien trop flou pour décrire un cœur qui a cessé de battre. Il ne s’agit pas d’inclure les pauvres dans une société morte. Il s’agit de faire revenir le sang dans le tout de cette société. Il faut un « traitement » non seulement « social » mais politique et spirituel : quelque chose entre résurrection et insurrection.


Christian Bobin

SI LE MONDE ÉTAIT UN VILLAGE DE 100 PERSONNES

Si on pouvait réduire la population du monde en un village de 100 personnes tout en maintenant les proportions de tous les peuples existants sur la terre, ce village serait ainsi composé :
- 57 asiatiques
- 21 européens
- 14 américains (Nord, Centre et Sud)
- 8 africains
Il y aurait :
- 52 femmes et 48 hommes
- 30 blancs et 70 non blancs
- 30 chrétiens et 70 non chrétiens
- 89 hétérosexuels et 11 homosexuels
- 6 personnes posséderaient 59% de la richesse totale et tous les 6 seraient originaires des USA
- 80 vivraient dans des mauvaises maisons
- 70 seraient analphabètes
- 50 souffriraient de malnutrition
- 1 serait en train de mourir
- 1 serait en train de naître
- 1 posséderait un ordinateur
- 1 (oui, un seulement) aurait un diplôme universitaire
Prenez en considération aussi ceci :
- Si vous vous êtes levé ce matin avec plus de santé que de maladie, vous êtes plus chanceux que le million de personnes qui ne verra pas la semaine prochaine..
- Si vous n'avez jamais été dans le danger d'une bataille, la solitude de l'emprisonnement, l'agonie de la torture, l'étau de la faim, vous êtes mieux que 500 millions de personnes.
- Si vous pouvez aller à l'église sans peur d'être menacé, torturé ou tué, vous avez une meilleure chance que 3 milliards de personnes.
- Si vous avez de la nourriture dans votre frigo, des habits sur vous, un toit sur votre tête et un endroit pour dormir, vous êtes plus riche que 75% des habitants de la terre.
- Si vous avez de l'argent à la banque, dans votre portefeuille et de la monnaie dans une petite boite, vous faite partie des 8% les plus privilégiés du monde.
- Si vos parents sont encore vivants et toujours mariés, vous êtes des personnes réellement rares.
- Si vous lisez ce message, vous ne faites pas partie des deux milliards de personnes qui ne savent pas lire.

"Ce que je recommande en définitif, sur le plan du comportement c'est un mélange de résistance..." de Kenneth White

 

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"Ce que je recommande en définitif, sur le plan du comportement, c'est un mélange de résistance, d'indifférence et de rire. Résistance à la bêtise, au système de crétinisation mis en place par une grande partie des médias. Indifférence à tant de discours qui, au nom du Progrès, de l'Avenir, de l'Humanité invitent à une participation sentimentale et aveugle à des mouvements de foule. Rire (sans en faire une profession) devant le faux sérieux, le prétentieux creux, la guimauve sentimentale. Ensuite, je propose d'entrer dans le champ du grand travail, par la porte d'un questionnement radical et par l'intermédiaire de la littérature mondiale. Pour la première fois dans l'histoire du monde, les ressources de pratiquement toutes les cultures sont là, à notre disposition. A l'individu de chercher, en utilisant les institutions. On pourrait aussi envisager la création de groupes, des groupes d'amis, d'esprits chercheurs, pour la discussion de textes radicaux et séminaux, pour l'échange d'informations, pour veiller sur la biosphère, sur l'éco-région. De tels groupes formeraient comme un archipel de vie à l'intérieur de la masse amorphe (ou régimentée) de notre civilisation. Il faut surtout être sur le qui-vive pour tout signe de métamorphose de cette civilisation. Et puis, le plus souvent possible, l'œil et l'esprit ouverts, emprunter n'importe quel sentier dans le bois, suivre n'importe quel ruisseau jusqu'à la mer"


Kenneth White (poète, écrivain écossais)