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05/09/2015

Soliflore n°33 - Benjamin Hopin

 

Pourquoi ne suis-je pas

Ce cri sur la lande ?

 

Cette main méconnue

 

Qui te touche au plus profond

De tes murailles

 

Pour te détourner du ciel

À la dérive

 

http://audrey-benjaminhop.wix.com/benjaminhopinpoete

 

 

 

 

24/05/2015

Soliflore n° 32 : Guillaume Basquin

 

LE FOND DE L’AIR EST ROUGE

(extrait d’un long Work in Progress, (L)Ivre de papier)

 

 

 

un tweet peut-il rougir oh on doit pouvoir concevoir un pro­gramme pour ça en­voyons rouge dans le computer central et voyons ce qui sort de la couleur du sang du coquelicot o mio povero giardino tutto de pietra colori pochi solo un po’ di rosso ciel de mer doublé bleu violet rougi court-circuit entre le visuel et le sonore là-bas un disque énorme tourne assez vite on lui voit tout autour du vert avec au centre une teinte rougeâtre rougir de son immoralité rouge comme la couleur de la peinture qui finit par recou­vrir la totalité d’un drapeau français dans film-tract numéro 196 rouge 1968 coréalisé par jean-luc godard et gérard froman­ger on a brisé la glace avec des fers rougis ici souvenir d’un plan de coqueli­cots de bord du périph’ dans the old place de godard-miéville aussitôt monté en correspondance-collage avec un plan d’un défilé de drapeaux rouges soviétiques puis collé à une repro­duction d’un champ de pavots peinture de claude monet de la collection du moma fleur lumière écho des rouges et enfin ra­piécé avec le récit d’un témoin d’une bataille du 19esiècle il tourna la tête vers l’ennemi c’étaient des lignes fort éten­dues d’hommes rouges et avec ce texte d’un poète français mécon­nu du 20emille drapeaux rouges entrant en paix par la porte cé­leste respiration rouge des caractères com­battants his­toire populaire des soldats civils d’aujour­d’hui cal­ligraphié tempête ou bien étrange et parfaite cou­leur ou bien le vin a le rouge des roses et aussi partout où se trouve un par­terre de tulipes fut répandu jadis le sang d’un roi et encore ri­deau rouge déchiré du temple ou bien muleta carré rouge sur fond rouge très bien ça et surtout la des­serte rouge 1908 juste à côté untitled violet black orange yellow on white and red 1949 et aussi à ma droite de­vant le point mé­dian de la rangée d’arbres s’élevait semblable à un gui­gnol géant certain théâtre rouge incompréhen­sible sans oublier their lips were four red roses on a stalk parlez-vous le joyce yes when i put the rose in my hair like the andalusian girls used or shall i wear a red yes le non-sens passe dans le sens en­core mieux ces actrices aux yeux lascifs et relevés par le rouge ou bien elle éblouissait le re­gard avec la gorge chantée par le cantique des cantiques avec des jambes d’une élégance adorable et chaus­sées en soie rouge pas mal la rose celle qu’un sang farouche et ra­dieux arrose plis de sa robe pourprée moi aussi je suis poète rien que bouffon all’antico de nouveau la poussière rouge le délire de la raison l’érinye dans le cœur et aussi rouge de grenade rouge de piment roussi de rouget du midi rouge d’oursin rouge carmin san­guine moi aussi je suis peintre rien que poète rothko achilles forme centrale rouge embrasée parlo come pittore je devais cependant inventer un dispositif déformant constam­ment actif pliant et dépliant les racines des moindres signes de rouge et cet appareil était moi c’est lui qui vient d’écrire cette phrase et aussi ce qui suit rouge incan­descent vermi­glie come se di foco uscite fossero com­ment vous ne connaissez pas l’italien bah ça ne fait rien vous pouvez considérer ceci comme un chant glossolalique ça continue he must have redden’d pictorially and scientintically speaking six whole tints and a half if not a full octave above his natural colour oh par­fait pomme de reinette et pomme d’api tapis tapis rouge chanson imitée du voyageur polutropos aux mille tours song shaun song la ri­tournelle pour gilles deleuze c’est la ronde des passés qui se conservent ou bien la forme a priori du temps qui fabrique à chaque fois des temps différents ou encore la répétition du dif­férent étrange étrange chercher instinctive­ment le secret de cette mystérieuse envie en explorant la petite maison rouge fermée par deux volets blancs inquiétante de lisse et de fragilité comme écorchée tableau caché et aussi pressantes et lentes leçons d’anatomie de brigitte montrer expliquer le vrai rouge qui viendrait le noir déjà un peu là la mère en prescrira la lecture à sa fille fils rouge feu d’anna livia a e i u o voyelles a noir e blanc i rouge pourpres sang craché rire des lèvres belles u vert o bleu la le li lu lo la noire le blanc lit rouge lu vert lo bleu c’est clair non immense murmure en échos interminables modulation arrivant à la consonne et à la syllabe mais jamais jusqu’au mot c’est ainsi qu’apparaissent les couleurs et les couleurs précipitent un nouvel épanchement oui je tiens musée du rouge par exemple celui de la sangle qui permet au pierrot de la partie carrée de watteau 1714 de porter en bandou­lière une guitare les nœuds de cette sangle forment des roses écarlates c’est le punctum de ce tableau du miracle français plus grand que le grec cette inépuisable effusion de reconnaissance devant la nature faut-il le rappeler oui la peinture a disparu mais je la reprends à travers les mots bleu rose vert le bleu le rose le vert et le cramoisi j’ai vraiment su qu’il existait des couleurs quand j’ai éventré le garde champêtre mais aussi un village devenu une petite tache de sang rouge sur la carte ici l’œil de newman derrière le monocle inspectant la vaste surface rouge là rythme couleur n°1076 où le rouge-éclat domine un delaunay est bon à toute heure ailleurs pays rouge fleuve rouge océan surgissant partout à la fois on aime le rouge en france et on a raison car il anime o red october days lettres rouges sur fond de lettre volée quel colloque in short there is no end of it these unforeseen stoppages which i own i had no conception of when i first set out ici on écrit le caractère soleil dans un carré ou un cercle de neuf pouces en vermillon sur papier vert accord ton sur ton fondu au rouge sang comme dans cris et chuchotements 1972 d’un bord à l’autre du monde que la nuit est rouge maintenant on entend un immense feu qui gagne et qui crépite la lueur rouge atteint son apogée et reste ensuite elle s’éteint lentement en 1955 yves klein présente au salon des réalités nouvelles un monochrome orange réaction du jury une seule couleur unie non non non vraiment ce n’est pas assez c’est impossible ah tout tenter jusqu’à l’épuisement le passage suivant est sur fond rose texte peinture simultanés rythme sans fin 1926 ô sonia delaunay ce dire est une fontaine romaine le jet s’élève et puis retombe remplissant la vasque de marbre qui déborde dans l’espace d’une autre vasque celle-ci trop riche à son tour se répand encore en une autre et chacune à la fois prend et donne et verse et repose du mouvement dialectique des groupes naît la série et du mouvement dialectique des séries naît le système tout entier

 

http://guillaumebasquin.wix.com/guillaumebasquin

 

 

 

 

26/03/2015

Soliflore n°31 : Khalid EL Morabethi, Maroc

 

Hier

Le ciel a été vert,

Il est jaune, aujourd’hui,

Hier, la pluie n’a pas voulu tomber,

Même si les nuages l'ont priée,

Même si la terre vendue, l’a suppliée

Et Le soleil bleu, le roi ne parle plus

Depuis  longtemps déjà,

Les étoiles qui apparaissaient pendant le jour,

Savaient pourquoi,

Ils savaient.

Hier

La lune rouge, vêtue d’une longue robe blanche,

Déambula dans la ville sombre et silencieuse,

Chercha tout ce qui pouvait lui permettre de continuer d’être lumineuse,

Tout ce qui pouvait lui permettre d’être merveilleuse.

Hier soir,

L’oublié ivre avec un sourire charmeur,

A regardé la lune et le peu de magie et sa douceur,

Il a pu lui dire qu’elle brille encore,

Il a eu le courage de lui dire qu’elle pouvait briller plus fort,

Il a mis sa main sur son cœur, sans perdre l’équilibre,

Et il est parti.

Hier,

Plus loin des explosions et des cimetières,

Plus loin des soldats zombie et leurs cris qui polluent l’air,

Loin des pressions qui s’accentuent,

Loin des maisons ou les frères s’entretuent,

Trop loin,

Derrière,

Le vend était taiseux,

Les arbres à feuille caduques se regardaient,

L’espoir essayait d’ouvrir ses yeux,

Derrière les montagnes,

Gavroche,

A enfin vu, la Pureté,

Elle a perdu la mémoire, jusqu'à oublier sa perfection,

Jusqu'à oublier, que son cœur violet, avait des sentiments,

Mais la présence d’une âme naïve,

Lui a donné la force de prendre son oud,

Et pour  la première fois, le rythme se joue,

Et pour la première fois,

L’homme entend à part la colère de la terre, un chant doux.

 

 

 

 

09/02/2015

Soliflore n°30 : Raphaël Fèvre

 Adamantis



« je bois dans ta déchirure…. »  G.B.

 

Rase ta foune
de l’impureté ambiante
dessine lui
moustaches, sourcils,
une broussaille quoi ;
à ton image.
Et déchire ta jupe
de tissu fleuri
barde là de trous
violents et de coups
de famine
que je puisse voir
entre tes souillures fumées
parer de ma licorne d’or
le centre de tes idées.

 

 

14/01/2015

Soliflore n°29 : Patrick Beaucamps

 

 

 

La clé

 

La clé de la maison.

La clé que j’ai reçue pour mes onze ans.

La clé qu’il ne fallait pas perdre.

La clé qui devait pendre au crochet.

La clé que j’ai bien cru avoir perdue.

La clé que les locataires m’empruntaient.

La clé qui m’accompagnait jusque l’internat.

La clé de leur maison.

La clé qui ne demandait qu’à s’échapper.

La clé salvatrice de mes nuits d’ivresse.

La clé dont je ne voulais plus entendre parler.

La clé qui n’entre plus dans la serrure.

La clé que je n’ai jamais perdue.

La clé qui ne pend plus.

La clé sans maison.

 

 

09/12/2014

Soliflore n°28 : Miguel Coelho

 

 

                    cou          arrêté

 corps de tête
 où je me sais
 où je m'écris
  
me tâte et ne me tais
 mais sais que j'existe
 mais sentir sans taire
 

   l'enterré vif

 la peau mise
 par incise
 

   corps de texte

 écrit dans la chair
 le nœud du temps
 bandant autour
 

 

                                   jusqu'au degré zéro de la sexualité

 

 

extrait de Part de tête 

http://www.ram05.fr/spip.php?rubrique115

 

 

 

 

 
 

24/10/2014

Soliflore n°27 : Ana Minski

 

obstinément
la tête
battements jugulaire
tendons et nerfs
implosion

sur le visage de métal et de silice
plus de cercles et de chutes
la bouche
échappée des marges

 

Ana Minsky Le ciel renversé, huile sur toile.jpg

Le ciel renversé, huile sur toile



humaine encore
aveuglée, éperdue...
assaillie
dévorée par des ciels sans lune
dans des paysages d'ogre
affamé de nuits
de tempêtes et de déluges

 

http://anaminski.eklablog.com/

 

 

 

 

 

 

21/10/2014

Soliflore n°26 : Christophe Bregaint

 
 S’écoule
De ta main
Un flux
De sable
Rugueux
Il ira
Caresser
Le vent
Ce même
Qui surgit
Pour bousculer
Tes os
Tout au long
De ton errance
 
 
 
 

 

29/09/2014

Soliflore n°25 : Evelyne Charasse

 

J'ai voulu

 

 

J’ai voulu

 Faire

Un bouquet

De

Papillons

 

Il s’est

Tout

Envolé

 

 

       

http://www.ipagination.com/communaute/profil/charasse-eve...    

 

 

 

 

 

24/09/2014

Soliflore n°24 : Fabrice Farre

  

 Fabrique



 Tu me parles :
 c’est le bruit
 de tes talons sur
 le carrelage. A chaque
 rainure du sol que je
 fixe par le carré de l’habitude
 je dialogue avec
 la nervure du dessin
 issu d’une usine lointaine,
 respire avec le fabriquant
 haletant et reste de faïence jusqu’à
 ce que cède le carreau cuit
 quand tu claques la porte et
 que je te suis des yeux
  à travers les murs.

 

In Le chasseur immobile,

éditions Le Citron Gare, 2014

 

disponible ici : http://lecitrongareeditions.blogspot.fr/2014/06/le-chasse...

 

 

 

 

16/09/2014

Soliflore n°23 : Nicole Barromé

 

Travelling arrière

 

Parfum fortuit de papier d'Arménie

Les ombres ressuscitent

S'emparent du corps

 

Éclats de voix, paradoxes, comédies

Afin d'influencer la narration

Rendre au perfide vécu

Sa patine

 

La chaumière chaulée de blanc

Brillant sur le ru

Les rideaux à grosses fleurs bleues

Côté orée de la forêt de Crécy

 

Quand les rhubarbes colonisent les fonds

Matent les haies de chèvrefeuilles

 

Le crépitement du feu devant le lit de camp

Où, nues, sous les duvets réunis

Les blessures de l'enfance se referment

Au claquement des bouchons de cidre

 

Le génie d'une vie à dérouler

Scintillante de bocage

De fulgurantes latitudes

 

Nulle ombre si ce n'est la voisine, sorcière

La qualité d'une femme, dit-elle en picard

C'est la propreté des carreaux

 

Chaque barrière franchie met le cœur

Jusqu'à lâcher

Ouvre un champ d'ivresses et succincts griefs

 

L'éducation pendue au porte-manteau

Offrandes toutes entamées

L'entraide au moindre bout d'être

 

Courbes emboîtées hérissant le poil

On grelotte de postillons, de sucs

Les gorges prises par des bonheurs rauques

 

Pénultième empathie

 

Déboussolés par les possibles

Les sens se bousculent

Pour entrer dans les flammes

 

D'une cheminée ancienne

Qui en a déjà assez vu

Pour geindre aux étreintes des bûches

À périr, à jouir

 

Car tout est bandé,

Les hêtres, les charmes, les pierres, les nerfs

La croyance au Chevalier de la longue borne

L'aventure enivrante sous la futaie

Si apparaît un sanglier

 

Les relents de coupe

Champ de bataille ancien et nouveau

Sur lequel s'empilent les fougères

 

Son haleine d'humus et de corydrane

Sur le visage

Au pied du Revenant, un chêne vénérable

Qui irrigue de ses nœuds ignobles et protecteurs

 

Les performances où l'on ne dort plus

De peur de laisser filer le temps

De peur de se perdre

Dans la pesanteur de la vie toc

 

Au lieu du tapis d'anémones

 

 

30/07/2014

Soliflore n° 22 : Emmanuel Loyau

STELLA MARIS
 
Fileuses stellaires, qui tissez
contre vents et marées
le corps moiré de la nuit,
sur le rouet des images
rythmez du temps les replis
comme vagues sur rivage
 
O mes Moires mer-veilleuses,
terribles et silencieuses,
sur la toile des mystères,
déroulez en horizons lointains
lueurs corpusculaires
où défilent nos destins
 
 

03/05/2014

Soliflore n° 21 : Walter Rulhmann

Nu sur la terrasse

 

Nu sur la terrasse, il tond sa poule aux yeux d'or, s'endort et joue l'autruche face au déluge.

Il touche du doigt son sexe tendu, se frotte aux épines d'aubépine dressées dans les pots de terre: révolution espiègle.

La poule caquette et, plumes aux vents bressans, vents écarlates et douloureux, vents des monts du Jura, du Bugey, de Savoie, elle s'épouille et s'ébat sans se soucier nullement des saletés semées à ses pattes.

Il devient blême, il bêle. Il s'habille de soie, le soir, se détend dans un bain de lait tiède, amande et coquelicot. Infusion d'illusions,

 

La baronne conduit vers les gorges et le sourire commercial manque à l'appel. Il semble qu'elle ait effacé le mot patience de son vocabulaire, son dictionnaire ne compte donc plus les mots nécessaires, les mots sincères, tous ceux qu'une relation naturelle et honnête serait en droit d'attendre.

 

Parcourir les chemins, les chem-trails, les canaux du temps assassin. Recycler les poncifs d'un passé pas si lointain et pourtant momifié. Les reliques d'une autre vie, d'un temps fécond, abscons et moribond.

 

Subir l'excuse, la platitude et les caprices d'un enfant-roi. Sa loi. Son droit.

Devoir composer avec ses humeurs, porter des masques aux sourires à l'endroit et accepter de ne jamais se plaire plus que nécessaire dans le trou où ses envies nous auront faits choir.

 

Pourtant le sexe dur pénètre encore ses entrailles, son anus chaud, sa bouche moite. Les yeux moirés voient cet organe avec envie et la main douce, câline et ferme  l'enferme, le serre et le compresse. Ce lent mouvement, ce va-et-vient appelle l'orgasme et l'explosion d'un jus visqueux, tiède et salé, qui coule et qui s'étale sur un lit anthracite.

 

Les nuits apaisent les désirs, rendent possibles les envies, annoncent les orgasmes gris, les liqueurs du délit.

 

(texte inédit extrait du recueil Civilisé, en cours d'écriture)

 

 

30/01/2014

Soliflore n°20 : Jacques Lucchesi

 

 

 

Moustique

 

Petit point noir vrombissant

Sur la blancheur de mes draps

Le matin te transformera

En une étoile rouge sang.

 

 

leseditionsduportdattache-overblog.com

 

 

 

 

 

 

04/01/2014

Soliflore n°19 - Florian Tomasini

CHIRICO

 

 La sensation opère dans le bloc

De béton natif

Les distances s’étirent jusqu’où pique

L’anonyme qui les a vues naître

 

Nourri par le sable et les gravillons

Nourri par le liant de ciment

Qui lentement lui ont plombé la cervelle

Lentement lui ont fait assimilé

La parfaite solitude où il s’est collé

 

Ni le temps ni rien n’altèrent la texture

De l’océan mort où la ligne d’horizon

Taquine comme un venin stérile

L’étendue avide de cerveaux anonymes

 

Depuis qu’on a fondu ce prodige moderne

Depuis qu’on a fondu la modernité

Dans les cervelles des anonymes




 

14/12/2013

Soliflore n°18 - Daniel Birnbaum

Jours d’hiver

 

 1

 

Un jour désagrégé

rien ne va rien ne sert

je jette les morceaux

qu’ils pourrissent au dépotoir

où vont tous les passe-temps

en train-train de misère.

*

Le vent souffle en rafales

sur les hauts peupliers

qui peignent le ciel

inutilement

Le temps vire à l’orage

et je voudrais soudain

marcher sous les éclairs

pour ne plus avoir à déchirer la nuit

de rêves ajourés.

*

Un regret passe, malhabile

et puant la sueur froide

un deuxième passe, fébrile

un troisième, incertain

et puis un quatrième

et une palanquée

une foule en délire

un désir refoulé

un fou en liberté

un autre sur ses gardes

et puis un garde-fou

et quand la scène est pleine

alors subitement

les regrets regrettent

d’occuper le terrain

et le laissent

à regret.

 

 

2

 

La neige tombe jusqu’au silence

couvrant les champs

et leurs barrières

laissant de but en blanc

tout un champ du possible

où les pas des enfants

feront de beaux desseins

Les corbeaux s’y découpent

comme des pointillés

On garderait le tout

y compris le silence.

 

*

                                              

Sous les nuées d’étoiles

insensibles au vent

mais vaincues par le jour

je prends un air léger

contourne les nuages

vole sur l’incertitude du vent

et cherche un regard

pour marcher avec lui

le long des crépuscules





Soliflore n°17 : Fanny Sheper

Le vent des seuls

 

J’ai marché dans les blés des petits matins

J’ai marché dans des nuits de goudron bleu

En espérant le trouver assis là, sur un banc près d’un saule

Ou marchant tranquille dans une rue de sable

On se serait de suite reconnu

 

Mais sur le seuil de ma maison

Je ne vois que le vent

Que le vent des seuls qui me suit

 

J’ai cherché partout

 Trainé sous les boules à facettes

Avec mes colliers de plumes

Et mes boucles brillantes

J’ai mis du rouge à lèvre exprès

Et j’ai même dansé

 

Mais sur le seuil de ma maison

Je ne vois que le vent

Que le vent des seuls qui me suit

 

J’ai erré un peu désaffectée

Sur les trottoirs des rencontres

Je me suis tortillée et j’ai souri bêtement

J’ai fait comme tout le monde

J’ai pris l’air bête

Je pris l’air qu’on a quand on n’ose pas

 

Mais sur le seuil de ma maison

Je ne vois que le vent

Le vent des seuls qui me suit

 

J’ai soulevé des charognes éteintes

J’ai  côtoyé les vermines grouillantes

Je l’ai cherché partout

Dans les jardins silencieux, dans les rue folles

et les plages oubliées

Jusqu’au fond de chacun de tous les verres que j’ai bu, je l’ai cherché

Une fois, j’ai même bien cru l’avoir trouvé

 

Mais sur le seuil de ma maison

Je ne vois que le vent

Que le vent des seuls qui me suit

 

J’ai pourtant bien rêvé d’un matin

Où  je n’aurais pas eu besoin de rêver

Pour le voir séjourner à coté

Un matin où il aurait été assis là,  près d’un saule sur un banc

Ou dans un café au soleil avec son air tranquille

On se serait de suite reconnu

 

Mais sur le seuil de ma maison

Je ne vois que le vent

 Le vent des seuls qui me suit

30/11/2013

Soliflore n°16 : Sandrine Davin

 

Lettre d’un soldat

 

 Sur un sol nauséabond
Je t'écris ces quelques mots
Je vais bien, ne t'en fais pas
Il me tarde, le repos.
Le soleil toujours se lève
Mais jamais je ne le vois
Le noir habite mes rêves
Mais je vais bien, ne t'en fais pas …

Les étoiles ne brillent plus
Elles ont filé au coin d'une rue,
Le vent qui était mon ami
Aujourd'hui, je le maudis.

Mais je vais bien, ne t'en fais pas …

Le sang coule sur ma joue
Une larme de nous
Il fait si froid sur ce sol
Je suis seul, je décolle.

Mais je vais bien, ne t'en fais pas …

Mes paupières se font lourdes
Le marchand de sable va passer
Et mes oreilles sont sourdes
Je tire un trait sur le passé.

Mais je vais bien, ne t'en fais pas …

Sur un sol nauséabond
J'ai écrit ces quelques mots
Je sais qu'ils te parviendront
Pour t'annoncer mon repos.

Je suis bien, ne t'en fais pas …

 

 

 

http://plumie.blog.mongenie.com/

 

 

04/11/2013

Soliflore n°15 - Estelle Cantala

La dame rose

 

Une grande dame un peu rose

Retirait sa veste

Droite et verte

Comme une fleur de jardin parisien

Elle a orienté la paume de sa main droite en direction du ciel

L'oeil droit fermé

L'autre

Voyait le vent

Elle semblait attendre un cri jamais venu

La dame un peu rose était un peu nue

Un chapeau

Juste

Tulle gonflé comme fines voiles échappées de sur la mer

Bleu clair

Blanc vieilli

Rose chair

Une grande véronique vêtue de peau nue

Elle avait ôté sa tige

Fleur de Paris

Sur la main de la grande dame comme un éclair d'instant

L'aterrissage de quelque essence volatile

Une disparition immédiate

L'explosion minuscule d'une apparition

L'ineffable accoutumance

D'une étincelle en soie

Voix soyeuse en elle

 

 

www.estelle-cantala.com

 

 

 

09/08/2013

Soliflore 14 : Bruno Toméra

Polaroïd de vacances

le soleil dessine des auréoles
sur les lunettes couleur de nuit
la chair brûlée et grasse
s'expose devant les visages sans yeux
les clones se mirent dans la même glace.
La terrasse étale les bruit des couverts
dans l'avidité des ventres ouverts.
les couples satisfaits, de leurs doigts poisseux
décortiquent des carapaces
sirotent une quelconque vinasse
qu'ils imaginent nectar.
Fiers rusés renards
leur langage en de ternes économies
se glorifient de plates affaires
et de rassurantes philosophies
10 euros de rabais à " pigeon partenaire"
15 sur une brinquebalante cuisine garantie
le néant est une somme de petits prix.
les hommes décousent les jupes de passage
les femmes s'essoufflent à n'avoir plus d'âge
les hommes rêvent les femmes de leurs amis
les femmes se rêvent d'autres nuits.
Puis ils promènent leur esprit repu
sur le sable qui les maudit
une pensée fluette vite interrompue
leur fait espérer qu'ils ont côtoyés un autre éden.
Parés pour défiler de l'ennui aux ennuis
dans une année nouvelle ou blanchissent leurs membres
accepter l'enfer ne leur est plus une gêne.
Pendant ce temps l'océan attend septembre
et pleure des débris.

 

Bruno Toméra

Soliflore n°13 - Gérard Leyzieux

 

*

 Je te ferai la vie là où la fumée s’envole

Je te lame de fond futur sur la béance

Tu le je dans la chute de l’abandon

Où est le il, en nous des eux

Je te ferai la vie par-delà les retours,

y revenir

Je te flamme encore délivrance de la détente

Je la vie voirie du solstice moiré

Au chant d’accords sismiques, la clef du sol

  

Gérard Leyzieux

 

 

 

10/07/2013

Soliflore n°12 : Jacques Ceaux

Plénitude

 

Souffler d'un nuage

tombée à la pluie

tendre douceur

aux ailes mousse

sucrée d'avoine

en étés d'ocre

embaumée libre

dépliant à bonheur

douce embellie

sans la course

jaune lumière

et vertes routes

 Echapée.JPG

enveloppe azurée

aux plaisirs doux

sieste d'amour

sur son lit tendre

fines embrasures

de portes ouvertes

angle vivant d'arrondi

repas moelleux

en agapes bonnes

sirop du temps

coule au long plaisir

 

 Jacques Ceaux

 

 

 

photo (c)cathy garcia

 

 

 

 

 

09/07/2013

Soliflore n°11 : Isabelle Grosse

 se faire des idées
faire son cirque
raconter des histoires
faire du cinéma
    à quoi tu joues toi ?


chercher des signes partout
de vilains petits canards
cachés ici ou là
qui lui diraient
quoi quoi quoi


tremble et tressaute
à la moindre trace
tout petit pas de travers
tout droit


raye son nom sur le calendrier
souffle coupé rature son prénom
en oublie le jour et l'heure


rêve entre aurore et crépuscule
rêve que         et aussi que
alors seulement peut dormir enfin


keskessadi sadikoi
ça dit que tu t'oublies
ça parle de lumière et de beauté
ça dit de foncer tête la première dans ce qui te rend heureux
ça dit que ça peut aussi claquer fort et que si ça cogne la nuit c'est normal
tout ira bien


rassurez-vous madame
écrire redevient possible

 

   

Isabelle Grosse

 

 http://www.m-e-l.fr/isabelle-grosse,ec,494

 

 

 

 

 

07/07/2013

Soliflore 10 - Garcia Canales Cathy

 

9 mars 2016 (5).JPG

photo de l'auteur

 

 

JOUR DE PLUIE

 

 dégringolé de déluge

 

les murs

accouchent

de ruisseaux

un pianiste joue

sur les gouttières

 

je vois les toits

de Londres

les minarets

d’Istanbul

un vieil or de gare

sous le lampadaire

 

les filets du rideau capturent

des poissons de lumière

 

in Toboggan de velours

 

 

 

 

 

06/07/2013

Soliflore n°10 : Thierry Radière

ARTICULATIONS

 

 craque les articulations

de mes doigts que

j’entende la première

musique du réveil

que je sente les extrémités

de la mort au petit déjeuner

 


Mémoire, traces III NB.JPG

Cathy Garcia - Mémoire, traces III NB

 

 

PENSÉE PORTUAIRE

  

la vie dans un élan

de carte postale écrite

face à un port

pourrait être simple

si les bateaux

ne tanguaient pas

pour la photo

 

 

04/07/2013

Soliflore n°9 : Michèle Rosenzweig

Le psychiatre

 

Dites-moi, c'est quoi, un psychiatre ?

demanda la femme innocemment

au retour d'un délire.

Oh, non, ce n'est pas un ami

plutôt un lointain parent

un peu de ce père qu'on sauve et qu'on tue

chaque jour un peu plus

un peu de ce frère absent qui exerce ses talents.

Un professeur de replis

de replis stratégiques

Un amateur d'oublis

d'oublis systématiques.

Un élève de nos vies

qui laisse bien des maux en suspens

comme on ménage un enfant

(récalcitrant, l'enfant, surtout aux médicaments ...)

Un rôdeur d'âme, un aspic rampant

Un déverrouilleur de peines

Un tâtonneur de vérités

Un combattant dans le noir

Un dérouilleur de mécaniques

Un essayeur de clés, un horloger

Un chasseur de gazelles

Un trappeur du Grand Nord

Un pourfendeur d'hydres à six têtes

Un oiseleur en cage

Un détrousseur d'images

Un décortiqueur d'amandes

Un drôle de type

Un docteur bien énigmatique

avec un léger accent

(Très charmant, l'accent !...)

 

Mais oui, un psychiatre c'est cela :

Un docteur exotique ...

 

Michèle Rosenzsweig

 

Soliflore n° 8 : Joël Jacquet

AUX TAMBOURS DE L’EAU

 

Le flot jaillit !

 

Impérieuse, la crue s’étend

Des arbres bruns tombent

Que le courant emporte

 

Ce bruit de l’eau qui monte

Ressemble tant aux tambours qui battent

A la frontière des morts et des vivants

 

Joël Jacquet, 20 octobre 2012

 

 

 

01/07/2013

Soliflore n°7 : Andrea d'Urso

Next exit

 

Prochaine sortie,

il ya toujours une prochaine sortie,

je le sais.

Il y a toujours une prochaine sortie,

même sur ces routes départementales,

qui ne sont pas comme les autoroutes

où il y a toujours une prochaine sortie,

ici aussi il y a toujours une prochaine sortie,

même si ça ne se voit pas toujours.

Il y a une prochaine sortie,

dans la lumière matinale sur le visage de la fille du bar,

dans son sourire affable et provisoire,

il y a une prochaine sortie

dans les fleurs que tu n’as jamais achetées

et que tu as offert en rêve à une femme distraite en vrai.

Il y a une prochaine sortie

sur les pancartes maisons à vendre le long de la route,

maisons sur la colline, jamais habitées,

patios et vérandas qui n’attendent que d’être ouverts

dans les après-midi d’été finissants

qui n’attendent que d’être fermés.

Il y a une prochaine sortie

dans le regard vif de la vieille femme de ménage

qui vient dans nos bureaux le lundi matin,

je l’ai vue se planter avec son balai-brosse

devant une carte géographique

et aller là où personne n’est jamais allé

et revenir là d’où personne n’est jamais revenu,

elle y compris.

Elle ne m’achètera jamais de robinet,

mais je l’aime bien quand même.

Il y a une prochaine sortie,

quand à la radio de ta voiture

tu trouves la bonne chanson et tu montes le son,

il y a une prochaine sortie

quand tu écoutes Largo from Serse de Haendel,

pas besoin de monter le son

car on n’a plus besoin de rien

quand on écoute Largo from Serse de Haendel,

tout est parfait, tout est à sa place,

tout prend une connotation différente,

le ciel, la route, les voitures.

et le type qui te coupe la route avec son Cayenne

ne t’atteint pas, ne te concerne pas,

il a son rôle, sa fonction,

et même une forme de beauté,

il y a toujours une prochaine sortie

mais il faut se dépêcher

car dès que le morceau s’achève

tout redevient comme avant

et le type qui te coupe la route avec son Cayenne

redevient  juste un gros con.

Il y a toujours  une prochaine sortie,

le seul problème pour moi c’est de trouver l’entrée.

 

 

Andrea d'Urso, Italie

Traduction Muriel Morelli

30/06/2013

Soliflore n°6 : El' Mehdi Chaïbeddera

C'EST UN METIER D'ETRE DEBOUT

                                  DEBOUT C'EST NOTRE VOCATION

 

Partout tant de monde debout

Il y a debout et debout

 

C'est du boulot d'être debout

Un sacré taf d'être debout

 

Surtout dans les butorderies

Où l'on boute de deboutant

 

Il y a du décès de bout

Ce n'est pas tout d'être debout

 

Il y a l'étalé - debout

De la chefferie failliteuse

 

Et puis le debout magistral

De la valetaille étarquée

 

A la galerie des succès

Pour le maintien des litanies

 

Il est du debout perturbant

De la gent qu'on pousse à bout

 

De celui qui joint les de(ux) bouts

Et qui ne voit jamais le bout

 

Il est du debout parasite

Des ayants-tout du forestage

 

Il y a du tapin debout

En tapinois républicain

 

C'est du boulot d'être debout

Un sacré taf d'être au debout

 

Venir à bout de son debout

Il faut bien en connaître un bout

 

Il y a du debout boutade

Du bout au vent à la Quichotte

 

Mais l'essentiel étant debout

Cest de camper à son debout

 

C'est ne plus jamais être dupe

Aux rendez-vous des debouteux

 

Il est des toqués du debout

Aux grands pics de la deboutite

 

C'est ne plus être débouté

De son droit de vivre debout

 

C'est un métier d'être debout

Pour nous c'est une vocation

 

Lyon. Lundi 25 octobre 2OIO

El' Mehdi CHAIBEDDERA

 

29/06/2013

Soliflore n°5 : Mireille Fridman


Le ciel a épousé l’ivresse
Et les mensonges et les refus
Mais la terre n’a pas abdiqué
Son devenir de mère:

Superbe et souveraine
dans ses haillons de reine
Aux pieds des chants perdus
Elle porte encore la VIE.


Mireille Fridman