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04/01/2014

Soliflore n°19 - Florian Tomasini

CHIRICO

 

 La sensation opère dans le bloc

De béton natif

Les distances s’étirent jusqu’où pique

L’anonyme qui les a vues naître

 

Nourri par le sable et les gravillons

Nourri par le liant de ciment

Qui lentement lui ont plombé la cervelle

Lentement lui ont fait assimilé

La parfaite solitude où il s’est collé

 

Ni le temps ni rien n’altèrent la texture

De l’océan mort où la ligne d’horizon

Taquine comme un venin stérile

L’étendue avide de cerveaux anonymes

 

Depuis qu’on a fondu ce prodige moderne

Depuis qu’on a fondu la modernité

Dans les cervelles des anonymes




 

14/12/2013

Soliflore n°18 - Daniel Birnbaum

Jours d’hiver

 

 1

 

Un jour désagrégé

rien ne va rien ne sert

je jette les morceaux

qu’ils pourrissent au dépotoir

où vont tous les passe-temps

en train-train de misère.

*

Le vent souffle en rafales

sur les hauts peupliers

qui peignent le ciel

inutilement

Le temps vire à l’orage

et je voudrais soudain

marcher sous les éclairs

pour ne plus avoir à déchirer la nuit

de rêves ajourés.

*

Un regret passe, malhabile

et puant la sueur froide

un deuxième passe, fébrile

un troisième, incertain

et puis un quatrième

et une palanquée

une foule en délire

un désir refoulé

un fou en liberté

un autre sur ses gardes

et puis un garde-fou

et quand la scène est pleine

alors subitement

les regrets regrettent

d’occuper le terrain

et le laissent

à regret.

 

 

2

 

La neige tombe jusqu’au silence

couvrant les champs

et leurs barrières

laissant de but en blanc

tout un champ du possible

où les pas des enfants

feront de beaux desseins

Les corbeaux s’y découpent

comme des pointillés

On garderait le tout

y compris le silence.

 

*

                                              

Sous les nuées d’étoiles

insensibles au vent

mais vaincues par le jour

je prends un air léger

contourne les nuages

vole sur l’incertitude du vent

et cherche un regard

pour marcher avec lui

le long des crépuscules





Soliflore n°17 : Fanny Sheper

Le vent des seuls

 

J’ai marché dans les blés des petits matins

J’ai marché dans des nuits de goudron bleu

En espérant le trouver assis là, sur un banc près d’un saule

Ou marchant tranquille dans une rue de sable

On se serait de suite reconnu

 

Mais sur le seuil de ma maison

Je ne vois que le vent

Que le vent des seuls qui me suit

 

J’ai cherché partout

 Trainé sous les boules à facettes

Avec mes colliers de plumes

Et mes boucles brillantes

J’ai mis du rouge à lèvre exprès

Et j’ai même dansé

 

Mais sur le seuil de ma maison

Je ne vois que le vent

Que le vent des seuls qui me suit

 

J’ai erré un peu désaffectée

Sur les trottoirs des rencontres

Je me suis tortillée et j’ai souri bêtement

J’ai fait comme tout le monde

J’ai pris l’air bête

Je pris l’air qu’on a quand on n’ose pas

 

Mais sur le seuil de ma maison

Je ne vois que le vent

Le vent des seuls qui me suit

 

J’ai soulevé des charognes éteintes

J’ai  côtoyé les vermines grouillantes

Je l’ai cherché partout

Dans les jardins silencieux, dans les rue folles

et les plages oubliées

Jusqu’au fond de chacun de tous les verres que j’ai bu, je l’ai cherché

Une fois, j’ai même bien cru l’avoir trouvé

 

Mais sur le seuil de ma maison

Je ne vois que le vent

Que le vent des seuls qui me suit

 

J’ai pourtant bien rêvé d’un matin

Où  je n’aurais pas eu besoin de rêver

Pour le voir séjourner à coté

Un matin où il aurait été assis là,  près d’un saule sur un banc

Ou dans un café au soleil avec son air tranquille

On se serait de suite reconnu

 

Mais sur le seuil de ma maison

Je ne vois que le vent

 Le vent des seuls qui me suit

30/11/2013

Soliflore n°16 : Sandrine Davin

 

Lettre d’un soldat

 

 Sur un sol nauséabond
Je t'écris ces quelques mots
Je vais bien, ne t'en fais pas
Il me tarde, le repos.
Le soleil toujours se lève
Mais jamais je ne le vois
Le noir habite mes rêves
Mais je vais bien, ne t'en fais pas …

Les étoiles ne brillent plus
Elles ont filé au coin d'une rue,
Le vent qui était mon ami
Aujourd'hui, je le maudis.

Mais je vais bien, ne t'en fais pas …

Le sang coule sur ma joue
Une larme de nous
Il fait si froid sur ce sol
Je suis seul, je décolle.

Mais je vais bien, ne t'en fais pas …

Mes paupières se font lourdes
Le marchand de sable va passer
Et mes oreilles sont sourdes
Je tire un trait sur le passé.

Mais je vais bien, ne t'en fais pas …

Sur un sol nauséabond
J'ai écrit ces quelques mots
Je sais qu'ils te parviendront
Pour t'annoncer mon repos.

Je suis bien, ne t'en fais pas …

 

 

 

http://plumie.blog.mongenie.com/

 

 

04/11/2013

Soliflore n°15 - Estelle Cantala

La dame rose

 

Une grande dame un peu rose

Retirait sa veste

Droite et verte

Comme une fleur de jardin parisien

Elle a orienté la paume de sa main droite en direction du ciel

L'oeil droit fermé

L'autre

Voyait le vent

Elle semblait attendre un cri jamais venu

La dame un peu rose était un peu nue

Un chapeau

Juste

Tulle gonflé comme fines voiles échappées de sur la mer

Bleu clair

Blanc vieilli

Rose chair

Une grande véronique vêtue de peau nue

Elle avait ôté sa tige

Fleur de Paris

Sur la main de la grande dame comme un éclair d'instant

L'aterrissage de quelque essence volatile

Une disparition immédiate

L'explosion minuscule d'une apparition

L'ineffable accoutumance

D'une étincelle en soie

Voix soyeuse en elle

 

 

www.estelle-cantala.com

 

 

 

09/08/2013

Soliflore 14 : Bruno Toméra

Polaroïd de vacances

le soleil dessine des auréoles
sur les lunettes couleur de nuit
la chair brûlée et grasse
s'expose devant les visages sans yeux
les clones se mirent dans la même glace.
La terrasse étale les bruit des couverts
dans l'avidité des ventres ouverts.
les couples satisfaits, de leurs doigts poisseux
décortiquent des carapaces
sirotent une quelconque vinasse
qu'ils imaginent nectar.
Fiers rusés renards
leur langage en de ternes économies
se glorifient de plates affaires
et de rassurantes philosophies
10 euros de rabais à " pigeon partenaire"
15 sur une brinquebalante cuisine garantie
le néant est une somme de petits prix.
les hommes décousent les jupes de passage
les femmes s'essoufflent à n'avoir plus d'âge
les hommes rêvent les femmes de leurs amis
les femmes se rêvent d'autres nuits.
Puis ils promènent leur esprit repu
sur le sable qui les maudit
une pensée fluette vite interrompue
leur fait espérer qu'ils ont côtoyés un autre éden.
Parés pour défiler de l'ennui aux ennuis
dans une année nouvelle ou blanchissent leurs membres
accepter l'enfer ne leur est plus une gêne.
Pendant ce temps l'océan attend septembre
et pleure des débris.

 

Bruno Toméra

Soliflore n°13 - Gérard Leyzieux

 

*

 Je te ferai la vie là où la fumée s’envole

Je te lame de fond futur sur la béance

Tu le je dans la chute de l’abandon

Où est le il, en nous des eux

Je te ferai la vie par-delà les retours,

y revenir

Je te flamme encore délivrance de la détente

Je la vie voirie du solstice moiré

Au chant d’accords sismiques, la clef du sol

  

Gérard Leyzieux

 

 

 

10/07/2013

Soliflore n°12 : Jacques Ceaux

Plénitude

 

Souffler d'un nuage

tombée à la pluie

tendre douceur

aux ailes mousse

sucrée d'avoine

en étés d'ocre

embaumée libre

dépliant à bonheur

douce embellie

sans la course

jaune lumière

et vertes routes

 Echapée.JPG

enveloppe azurée

aux plaisirs doux

sieste d'amour

sur son lit tendre

fines embrasures

de portes ouvertes

angle vivant d'arrondi

repas moelleux

en agapes bonnes

sirop du temps

coule au long plaisir

 

 Jacques Ceaux

 

 

 

photo (c)cathy garcia

 

 

 

 

 

09/07/2013

Soliflore n°11 : Isabelle Grosse

 se faire des idées
faire son cirque
raconter des histoires
faire du cinéma
    à quoi tu joues toi ?


chercher des signes partout
de vilains petits canards
cachés ici ou là
qui lui diraient
quoi quoi quoi


tremble et tressaute
à la moindre trace
tout petit pas de travers
tout droit


raye son nom sur le calendrier
souffle coupé rature son prénom
en oublie le jour et l'heure


rêve entre aurore et crépuscule
rêve que         et aussi que
alors seulement peut dormir enfin


keskessadi sadikoi
ça dit que tu t'oublies
ça parle de lumière et de beauté
ça dit de foncer tête la première dans ce qui te rend heureux
ça dit que ça peut aussi claquer fort et que si ça cogne la nuit c'est normal
tout ira bien


rassurez-vous madame
écrire redevient possible

 

   

Isabelle Grosse

 

 http://www.m-e-l.fr/isabelle-grosse,ec,494

 

 

 

 

 

06/07/2013

Soliflore n°10 : Thierry Radière

ARTICULATIONS

 

 craque les articulations

de mes doigts que

j’entende la première

musique du réveil

que je sente les extrémités

de la mort au petit déjeuner

 


Mémoire, traces III NB.JPG

Cathy Garcia - Mémoire, traces III NB

 

 

PENSÉE PORTUAIRE

  

la vie dans un élan

de carte postale écrite

face à un port

pourrait être simple

si les bateaux

ne tanguaient pas

pour la photo

 

 

04/07/2013

Soliflore n°9 : Michèle Rosenzweig

Le psychiatre

 

Dites-moi, c'est quoi, un psychiatre ?

demanda la femme innocemment

au retour d'un délire.

Oh, non, ce n'est pas un ami

plutôt un lointain parent

un peu de ce père qu'on sauve et qu'on tue

chaque jour un peu plus

un peu de ce frère absent qui exerce ses talents.

Un professeur de replis

de replis stratégiques

Un amateur d'oublis

d'oublis systématiques.

Un élève de nos vies

qui laisse bien des maux en suspens

comme on ménage un enfant

(récalcitrant, l'enfant, surtout aux médicaments ...)

Un rôdeur d'âme, un aspic rampant

Un déverrouilleur de peines

Un tâtonneur de vérités

Un combattant dans le noir

Un dérouilleur de mécaniques

Un essayeur de clés, un horloger

Un chasseur de gazelles

Un trappeur du Grand Nord

Un pourfendeur d'hydres à six têtes

Un oiseleur en cage

Un détrousseur d'images

Un décortiqueur d'amandes

Un drôle de type

Un docteur bien énigmatique

avec un léger accent

(Très charmant, l'accent !...)

 

Mais oui, un psychiatre c'est cela :

Un docteur exotique ...

 

Michèle Rosenzsweig

 

Soliflore n° 8 : Joël Jacquet

AUX TAMBOURS DE L’EAU

 

Le flot jaillit !

 

Impérieuse, la crue s’étend

Des arbres bruns tombent

Que le courant emporte

 

Ce bruit de l’eau qui monte

Ressemble tant aux tambours qui battent

A la frontière des morts et des vivants

 

Joël Jacquet, 20 octobre 2012

 

 

 

01/07/2013

Soliflore n°7 : Andrea d'Urso

Next exit

 

Prochaine sortie,

il ya toujours une prochaine sortie,

je le sais.

Il y a toujours une prochaine sortie,

même sur ces routes départementales,

qui ne sont pas comme les autoroutes

où il y a toujours une prochaine sortie,

ici aussi il y a toujours une prochaine sortie,

même si ça ne se voit pas toujours.

Il y a une prochaine sortie,

dans la lumière matinale sur le visage de la fille du bar,

dans son sourire affable et provisoire,

il y a une prochaine sortie

dans les fleurs que tu n’as jamais achetées

et que tu as offert en rêve à une femme distraite en vrai.

Il y a une prochaine sortie

sur les pancartes maisons à vendre le long de la route,

maisons sur la colline, jamais habitées,

patios et vérandas qui n’attendent que d’être ouverts

dans les après-midi d’été finissants

qui n’attendent que d’être fermés.

Il y a une prochaine sortie

dans le regard vif de la vieille femme de ménage

qui vient dans nos bureaux le lundi matin,

je l’ai vue se planter avec son balai-brosse

devant une carte géographique

et aller là où personne n’est jamais allé

et revenir là d’où personne n’est jamais revenu,

elle y compris.

Elle ne m’achètera jamais de robinet,

mais je l’aime bien quand même.

Il y a une prochaine sortie,

quand à la radio de ta voiture

tu trouves la bonne chanson et tu montes le son,

il y a une prochaine sortie

quand tu écoutes Largo from Serse de Haendel,

pas besoin de monter le son

car on n’a plus besoin de rien

quand on écoute Largo from Serse de Haendel,

tout est parfait, tout est à sa place,

tout prend une connotation différente,

le ciel, la route, les voitures.

et le type qui te coupe la route avec son Cayenne

ne t’atteint pas, ne te concerne pas,

il a son rôle, sa fonction,

et même une forme de beauté,

il y a toujours une prochaine sortie

mais il faut se dépêcher

car dès que le morceau s’achève

tout redevient comme avant

et le type qui te coupe la route avec son Cayenne

redevient  juste un gros con.

Il y a toujours  une prochaine sortie,

le seul problème pour moi c’est de trouver l’entrée.

 

 

Andrea d'Urso, Italie

Traduction Muriel Morelli

30/06/2013

Soliflore n°6 : El' Mehdi Chaïbeddera

C'EST UN METIER D'ETRE DEBOUT

                                  DEBOUT C'EST NOTRE VOCATION

 

Partout tant de monde debout

Il y a debout et debout

 

C'est du boulot d'être debout

Un sacré taf d'être debout

 

Surtout dans les butorderies

Où l'on boute de deboutant

 

Il y a du décès de bout

Ce n'est pas tout d'être debout

 

Il y a l'étalé - debout

De la chefferie failliteuse

 

Et puis le debout magistral

De la valetaille étarquée

 

A la galerie des succès

Pour le maintien des litanies

 

Il est du debout perturbant

De la gent qu'on pousse à bout

 

De celui qui joint les de(ux) bouts

Et qui ne voit jamais le bout

 

Il est du debout parasite

Des ayants-tout du forestage

 

Il y a du tapin debout

En tapinois républicain

 

C'est du boulot d'être debout

Un sacré taf d'être au debout

 

Venir à bout de son debout

Il faut bien en connaître un bout

 

Il y a du debout boutade

Du bout au vent à la Quichotte

 

Mais l'essentiel étant debout

Cest de camper à son debout

 

C'est ne plus jamais être dupe

Aux rendez-vous des debouteux

 

Il est des toqués du debout

Aux grands pics de la deboutite

 

C'est ne plus être débouté

De son droit de vivre debout

 

C'est un métier d'être debout

Pour nous c'est une vocation

 

Lyon. Lundi 25 octobre 2OIO

El' Mehdi CHAIBEDDERA

 

29/06/2013

Soliflore n°5 : Mireille Fridman


Le ciel a épousé l’ivresse
Et les mensonges et les refus
Mais la terre n’a pas abdiqué
Son devenir de mère:

Superbe et souveraine
dans ses haillons de reine
Aux pieds des chants perdus
Elle porte encore la VIE.


Mireille Fridman

26/06/2013

Soliflore n° 4 : Jacques Laborde

 Je suis un lecteur
Un lecteur de poèmes
Un être rarissime et raffiné
Qui n’écrit point
Qui ne racole aucun éditeur
Aucun imprimeur
Ni ne convoite aucun auteur
 
Je suis comme une gomme claire en plein jour
Une tache obscure dans la nuit d’encre
En somme un être d’exception
Qui brille tout en discrétion
 
Je ne drague aucun concours littéraire
Ne charme point les revues bi-annuelles
bimensuelles
trimestrielles
 
Je reste un simple lecteur
Un esprit haut perché
Sur son tabouret
Dans son infinie rareté
 
Je pratique
En extérieur autant qu’en intérieur
Selon l’humeur
Et j’attends mes clients
 
Ainsi cher édité, poète à tes heures
Te lirai-je avec passion, curiosité
Bonheur, amour et volupté
Du bout des ongles
Au bout des lèvres
Attention je n’embrasse pas
Il t’en coûtera cinquante euros la prestation
Cinquante euros la page
Protégée ou non par le copyright
 
Car Je suis un lecteur
Un lecteur de poèmes
Et mes tarifs en vigueur
Sont bien à la hauteur
De ma singularité
Sur le marché.


Jacques Laborde

 

 

 

http://www.bestiairedubasmontmartre.org/

 

25/06/2013

Soliflore n°3 : Didier Trumeau

 

La voyez vous derrière les joubarbes ?

Non ?!

Pourtant elle est là !

Suivez la tige du milieu qui tombe

vers les ténèbres et monte vers l’infini.

Vous ne la voyez toujours pas ?

Alors comptez trente huit pétales

en partant de la gauche

puis soustrayez la vache qui au loin

broute l’herbe grasse du printemps

avant de mugir au perdu

pour attirer l’attention

quelle frimeuse cette  belle Normande

aux traits celtes aux yeux scandinaves,

aux flancs larges.

Alors vous la voyez ?

Quoi ?

L’imagination !

 Ah! bon...

 

 

Didier Trumeau

Extrait de Pacemaker Quark Pastel  

 

 

DSCF0810.JPG

(c) Didier Trumeau

 

Didier Trumeau a créé et animé un bon zine musico-poético-artistico- anarcho pendant une dizaine d'années : L'Heure-Tard, Ed. Enitram Treab à Vierzon : http://www.enitramtreab.fr

 

 

24/06/2013

Soliflore n°2 : Jean-Marc Gougeon

rassurée

 

Sur le dos de la nuit

s’exhibent quelques chiens

panse creuse ils accourent

et toi tu les retiens

 

Les crocs ont faim respire

ils reviendront repus

impose prends ta lyre

ton chant est attendu

 

Calmés ils auront gratté

la peau de tes cauchemars

au ventre chardons broyés

tes aspérités sont douces

et tu cours tu te fais tard

 

Reconnaissante tu longes

des restes de fossés vides

franchis les talus en songe

dors dans le baiser avide

le drap te donne la source

 

 

Jean- Marc Gougeon

 

 

 

 

23/06/2013

Ouverture des Soliflores avec Stéphanie Cousin

Aujourd'hui s'ouvre une annexe à la revue, ici même : Les Soliflores.

Il s'agit de textes uniques d'auteurs, qui seront publiés ici. Ceci pour répondre à l'afflux toujours plus important de propositions, qui déborde largement de ce que peuvent contenir trois numéros papier par an. Inutile cependant d'envoyer des textes uniques à cet effet, il s'agit d'abord de donner de la visibilité à d'innombrables auteurs déjà en attente, et qui ne seront peut-être pas publiés ou republiés ultérieurement dans la revue papier. Les Soliflores sont donc des clins d'oeil pour encourager la création poétique et ne pas l'émousser en la faisant attendre des mois, parfois des années, pour une publication papier.

 

Quant à la revue, elle continue son petit chemin, prochain numéro en octobre.

 

 

Pour ouvrir donc le bal, un poème de Stéphanie Voisin, qui fait écho à Nuage rouge de Jean Azarel, publié dans le denier numéro : un hommage à la chanteuse trop tôt disparue, Lhasa de Sela.

 

 

288208-lhasa-sela-spectacle-maison-culture.jpg

 

Lhasa tu marches et tu appelles

Celui qui froisse tes pieds sur des chemins de ronces

Tes dents sont amoureuses ta bouche est sans racine

Le désert tombe et ressuscite quand tu vacilles

Quelqu’un vient

Tu nages sur des braises

C’est sûrement lui

Et tes mains sont immenses même percées par la pluie

 

Ton cri s’est allongé dans une roue de velours

Comme un  feutre fragile

Ta voix couleur de chair lève le pain de l’ombre

La terre grogne et remplit la magie des oiseaux

Qui redonne soif et faim

Serre les poings sur ta fièvre

La douceur et la pierre confondent leurs murmures

Il y a tant de clarté dans l’obscur de ta voix

Qu’un océan se glisse en travers de ma peau

 

Lhasa laisse le vent marcher sur tes chansons

Et convaincre la terre d’accueillir ta fraîcheur

Car la nuit ce matin s’est trompée de fenêtre

 

Sur la route ruisselle l’eau brève de ta vie

Tel un souffle qui chasse             

Lhasa laisse le vent dans l’étincelle des chats

Car la nuit ce matin s’est trompée de fenêtre.

 

 

Stéphanie Cousin 

 

 

 

 

 

et une des chansons de Lhasa que j'aime tout particulièrement