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  • 121 AUTEURS !

    A ce jour 121 auteurs ont été publiés dans Nouveaux Délits, voir la liste en bas à gauche. Neuf d'entre eux n'ont pas (encore) de lien.

    Il s'agit de : 

    Gérard Lacoste : glac31 (chez) aol.com

     

    Patrick Evrard, également illustrateur dépanneur du n°15 : zcaussmo (chez) yahoo.fr

    Claude Favre

    Nicolas Gille : nicolas_tabuteau (chez) hotmail.fr

     

    Yolande Soren

    Hélène Louvrier, Québec

    Rafif Sabbah, Liban :  farir21(chez) hotmail.com

     

     

    Alice Blazutti

     

     

    Bernard Olivier, illustrateur aussi puisque deux de ses tableaux figurent dans le numéro 3

     

     

    Et puis pour n'oublier personne, il y a Michèle Martinelli, illustratrice des n°0, 1 et 3 et qui n'a pas de lien non plus.

  • Une fleur sous la pluie de Mohamed Ksibet à Joumana Haddad

    Une fleur sous la pluie
    à Joumana Haddad*
     
    Par le temps du printemps
    Je voulais te dire
    Comme Akhmanova
    Toi et moi
    Deux montagnes qui jamais
    Ne se rencontrent
    Et entre elles un pont si long
    Un pont de mots et de poèmes jamais trahis
    Mais voici qu’il pleut
    Et voici
    Qu’ « il pleut sans cesse sur Beyrouth »
    Mais c’est une pluie à Prévert
    Pluie de haine
    De gravas et de fer
     
    Que vois-tu sur la rade
    Mon amie ?
    Combien de fillettes vois-tu dans cette nuit sombre
    Pleurant les conneries des hommes
    Et voici qu’il pleut mais
    C’est une pluie à Dylan
    Pluie drue, sombre
    Et de cendre
    Pluie qui dresse
    La mort de ces nuits d’été
    Qu’entends-tu
    Mon amie ?
    Entends-tu ces cris
    Des oiseaux qu’on blesse ?
    Entends-tu ce bruit
    De l’herbe étouffée ?
    Oui mon amie
    Dit aux enfants sur la rade
    De crier leur colère
    De crier
    De crier …
    Tisse leur une voile
    Pour que ce  navire inconnu
    Avance dans les eaux
    Pourpres de la mer
    Pour que la mémoire des hommes
    Se réveille
    Avant que ces pluies
    Ne deviennent
    Celles d’Ibuse
     
     
    Mohamed Ksibet
    mgus2000@yahoo.fr
    Brest, 31 Juillet 2006
     
    *poète libanaise qui a préféré rester sous le bombardement israélien sur Beyrouth au lieu de partir dans le premier navire mis a sa disposition.
     
     
     
     

     

  • "Sur le collier de ton chien..." de Pierre Deprosges

    Sur le collier du chien que tu laisses au mois d’août
    Sur la vulgarité de tes concours de pets
    Sur l’étendard nazi et sur le drapeau rouge
    Sur la rosette au coin du vieillard officiel
    Sur les blousons kaki, sur les képis dorés
    Sur le cul blanc des féministes
    Sur le mandrin des misogynes
    Sur le béret obtus des chauvins aveuglés
    Sur la croix des cathos, le croâ des athées
    Sur tous les bulletins et sur toutes les urnes
    Où les crétins votants vont se faire entuber
    Sur l’espoir en la gauche
    Sur la gourmette en or de mon coiffeur de droite
    Sur la couenne des connes aplaties sur les plages
    Sur l’asphalte encombré de cercueils à roulettes
    Sur les flancs blanc d’acier des bombes à neutron
    Que tu t’offres à prix d’or sur tes impôts forcés
    Sur la sébile humiliante et dérisoire
    Qu’il faut tendre pourtant à tous les carrefours
    Pour aider à freiner l’ardeur des métastases
    Sur le mur de la honte et sur les barbelés
    Sur les fronts dégarnis des commémorateurs
    Pleurant au cimetière qu’ils ont eux-même empli
    Sur le petit écran qui bave encore plus blanc
    Sur l’encéphalogramme éternellement plat
    Des Musclés, des Miss France et des publicitaires
    Sur l’étendard vainqueur de la médiocrité
    Qui flotte sur les ondes hélas abandonnées
    Aux moins méritants des handicapés mentaux
    Sur la Bible et sur Mein Kampf
    Sur le Coran frénétique
    Sur le missel des marxistes
    Sur les choux-fleurs en trop balancés aux ordures
    Quand les enfants d’Afrique écartelés de faim
    Savent que tu t’empiffres à mourir éclaté
    Sur le nuage
    Sur la lune
    Sur le soleil atomique
    Sur le cahier d’écolier de mes enfants irradiés
    J’écris ton nom
    HOMME

    Pierre Desproges
    in Dictionnaire superflu à l’usage de l’élite et des bien nantis

     

     

     

     

  • Les Shipibos-Conibos et l'association SHANE

     

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    En langue Shipibo, shane désigne un oiseau dont le chant est si mélodieux et distinct de tout autre que la légende prétend que tous les autres oiseaux se taisent pour l'écouter.

    A pour objectif de permettre aux populations des communautés indiennes shipibo-conibo de l'Ucayali en Amazonie péruvienne de préserver et valoriser leur patrimoine culturel et spirituel qui fait partie des trésors de l'humanité, d'accéder à une vie matérielle décente et de se maintenir et se développer sur leurs lieux d'existence. Les savoirs ancestraux du peuple Shipibo nous offrent une mine de connaissances originales, acquises au cours des siècles de leur expérience humaine, dans de nombreux domaines. L’identité culturelle de ce peuple est appelée à disparaître car elle est de tradition orale, non écrite d’où l’urgence d’une sauvegarde. C’est toute l’âme d’un peuple qui transparaît à travers ses modes d’expression artistique. Cette richesse de l’humain nous concerne tous et mérite d’être gardée vivante.

     

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    .

    Réalisations depuis 2003 :
    · Expéditions dans les communautés indiennes shipibo de l'Ucayali en 2003 et 2004 pour le collectage des chants traditionnels
    · Expositions de photos et d'artisanat
    · Réalisation du site de l'association
    · Animations scolaires à l'école de Villedoux (17) dans le cadre des échanges culturels avec l'école de la forêt de Shambo Porvenir
    · Réalisation de deux documentaires vidéo (disponibles sur DVD) sur l'art et la culture des shipibos : "A l'écoute du peuple Shipibo" - "Ucayali, entre terre et eau… le chant"
    · Vidéo conférences
    · Parrainages, bourses d'études
    · Octrois de micro-crédits à quinze familles

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    Projets :
    · Recueil de chants traditionnels shipibo (pour les écoles de la forêt)
    · Réalisation d'un livre d'art avec photos et textes incluant un CD-Rom
    · Réalisation d'un film de docu-fiction sur un mythe shipibo
    · Aide à la scolarisation d'orphelins, matériel scolaire (récupération ou financement sur place )
    · Octroi de bourses d'études universitaires
    · Aide à la mise en place d'infrastructures dans certaines communautés : puits, postes de santé fixes ou mobiles, postes de radiophonie.
    · Envoi de formateurs (santé, agriculture, maintenance)
    · Création d’un laboratoire shipibo pour le conditionnement des plantes médicinales d’Amazonie pour la phytothérapie, les huiles essentielles… (matériel + formation du personnel)

     

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    Arnulfo Arevalo

     

    Pour se procurer les DVD "A l'écoute du peuple Shipibo" et "Ucayali, entre terre et eau… le chant" et soutenir l’asso :

    Association Shane
    12 rue Etienne Cabet
    17000 La Rochelle
    http://www.ethno-botanic.com/Association-Shane/Association-Shane/

    mail: pierre.urban@tiscali.fr Tél.0546 440 895

     

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  • Baisse du chômage, hantise de la Bourse ?

    1er mai, fête du chagrin…

    Baisse du chômage, hantise de la Bourse ?

    « Nous vivons au sein d'un leurre magistral, d'un monde disparu que des politiques artificielles prétendent perpétuer. Nos concepts du travail et par là du chômage, autour desquels la politique se joue (ou prétend se jouer) n'ont plus de substance : des millions de vies sont ravagées, des destins sont anéantis par cet anachronisme. L'imposture générale continue d'imposer les systèmes d'une société périmée afin que passe inaperçue une nouvelle forme de civilisation qui déjà pointe, où seul un très faible pourcentage de la population terrestre trouvera des fonctions. L'extinction du travail passe pour une simple éclipse alors que, pour la première fois dans l'Histoire, l'ensemble des êtres humains est de moins en moins nécessaire au petit nombre qui façonne l'économie et détient le pouvoir.
    [...] De l'exploitation à l'exclusion, de l'exclusion à l'élimination... ? »

    « On ne sait s'il est risible ou bien sinistre, lors d'une perpétuelle, indéracinable et croissante pénurie d'emplois, d'imposer à chacun des chômeurs décomptés par millions – et ce, chaque jour ouvrable de chaque semaine, chaque mois, chaque année – la recherche " effective et permanente " de ce travail qu'il n'y a pas. »

    « La pente suivie est bien celle-là, néanmoins. Une quantité majeure d'êtres humains n'est déjà plus nécessaire au petit nombre qui, façonnant l'économie, détient le pouvoir. Des êtres humains en foules se retrouvent ainsi, selon les logiques régnantes, sans raison raisonnable de vivre en ce monde où pourtant ils sont advenus à la vie. »

    « Un détail presque anecdotique. Alors que tous les politiciens s'égosillent à nous confier leur ardeur à lutter contre le chômage, l'annonce d'une baisse de celui-ci aux Etats-Unis a fait s'effondrer, très récemment, les cours de la Bourse dans le monde entier. On pouvait lire dans Le Monde du 12 mars 1996 : " Le vendredi 8 mars laissera sur les marchés financiers la trace d'une journée noire. La publication des chiffres excellents, mais inattendus sur l'Emploi aux Etats-Unis a été reçue comme une douche froide [...] A Wall Street, l'indice Dow Jones, qui avait battu encore un record mardi, a terminé sur une dégringolade de plus de 3% ; il s'agit de la plus forte baisse en pourcentage depuis le 15 novembre 1991. Les places européennes ont aussi lourdement chuté... Les places financières semblent particulièrement vulnérables à toutes mauvaises nouvelles... »

    « Autre détail : les mêmes cours montaient en flèche, il y a quelques années, à l'annonce d'un licenciement monstre par Xerox de dizaines de milliers de travailleurs. »

    « Cette baisse de la Bourse dictée par celle du chômage a-t-elle frappé l'opinion ? On ne l'a guère soulignée. [...] N'y avait-il pas là quelque signe, quelque indice ? Eh bien non ! Il n'a pas semblé. Même si la contradiction était radicale avec les lyrismes du discours général, avec les sempiternelles déclarations des politiques, celles aussi des chefs d'entreprise. Même si c'était un aveu des puissances financières reconnaissant là leurs intérêts véritables . »

    « Voici donc l'économie privée lâchée comme jamais en toute liberté – cette liberté qu'elle a tant revendiquée et qui se traduit en déréglementations légalisées, en anarchie officielle. Liberté assortie de tous les droits, de toutes les permissivités. Débridée, elle sature de ses logiques une civilisation qui s'achève et dont elle active le naufrage. »

    « Reste au grand nombre un dernier rôle à remplir, éminent : celui de consommateurs. Il convient à chacun : n'arrive-t-il pas, même aux plus défavorisés de manger, par exemple, des nouilles aux noms célèbres, plus honorés que leurs propres noms ? Des nouilles cotées en Bourse ? [...] Consommer, notre dernier recours. Notre dernière utilité. »

    Extraits de L'horreur économique de Viviane Forrester paru chez Fayard en 1996…


     

     

     

     

  • ASSOCIATION BANCS PUBLICS


    « L’uniformité n’est pas l’unité. Seuls peuvent s’unir ceux qui ne se ressemblent pas »
    Rabindranath Tagore, poète indien


    Non, les sans-abri ne viennent pas d’une autre planète !

    Et c’est bien pour cela que nous avons eu envie, il y a presque 5 ans maintenant, de partager avec eux des moments de complicité en leur facilitant l’accès à la culture qui, à nos yeux, est un magnifique outil pour se réapproprier une place dans la société. Bien sûr, certains en ont oublié l’accès mais ils ne demandent bien souvent qu’à réapprendre.

    Partis d’une bibliothèque de rue, nous avons développé une activité d’accompagnement des sans-abri. Nous les accueillons le samedi après-midi pour partager un moment de vie autour d’une animation, qui peut être la découverte d’un pays, d’un jeu autour de l’écriture ou de la lecture, de la musique ou de la cuisine. Nous échangeons des idées, nous jouons et nous rions ensemble ! Comme cela nous fait du bien à tous de rire !

    Ceux qui ne viennent pas au centre d’hébergement ne sont pas oubliés pour autant ! Nous passons les voir, régulièrement. Et puis, pour d’autres, c’est une rencontre un jour de la semaine, de préférence, toujours le même et à une certaine heure. Nous tissons du lien.

    Et pour que ce lien se resserre chaque jour davantage, nous effectuons des opérations de sensibilisation auprès des jeunes dans les établissements scolaires et avons lancé le projet « De l’un à l’autre – Changer de regard », projet placé sous le signe d'une fraternité renouvelée entre citoyens insérés et personnes exclues. Nous ne prétendons pas changer la société mais permettre à ceux qui ont la chance d’y être insérés et à ceux qui en sont exclus, de se rencontrer. Accompagner une personne sans abri dans ses démarches, dans ses projets, s’investir davantage auprès d’elle, tisser des liens dans le respect absolu de son indépendance et dans la mesure des possibilités de chacun, voilà les objectifs de cette nouvelle démarche des Bancs Publics.

    De bavardages légers en confidences consenties, l’objectif serait d’aider la personne à reconstituer doucement son identité, de l’amener lentement à croire qu’un lendemain différent de la veille est possible et d’améliorer son quotidien.


    Vous souhaitez en savoir plus, n’hésitez pas à consulter notre site www.lesbancspublics.fr, à nous écrire au 28 rue Nungesser et Coli, 75016 Paris ou info@lesbancspublics.fr ou à nous téléphoner : 06 61 37 92 52

     

     

     

  • NUMERO 19

    Septembre 2006
     
    La lumière décline, l’énergie entame son lent retour vers les racines
    Et je songe aux miennes qui sont européennes, Espagne, Angleterre, catholiques, protestantes. Mes racines… Des conquistadors, des envahisseurs, des colons, des esclavagistes, des exploiteurs, des pilleurs, des violeurs, des assassins…
    Mes racines sont gorgées de sang avec lequel s’est bâti un empire.
    Des fleuves de sang versé qui ont infiltré mes cellules, et je suis née comme ça, hantée par les cris, les pleurs, la rage et le désespoir de tous ces peuples, hommes, femmes et enfants humiliés, décimés, réduits à néant. Je porte ce poids, ce sang lourd d’injustices non réparées et je tente d’y puiser un peu de cette dignité dont nous avons perdu le souvenir.
    Mes racines sont gorgées de sang avec lequel s’est bâti un empire pour néo-humains sous plastique, élevés en batteries sophistiquées et non dénuées de confort, il faut le dire.
    Je ne porte pas de culpabilité. Je ne veux pas payer pour des crimes que je n’ai pas commis de mes mains, mais j’aurais terriblement honte si je cautionnais par mon silence et mon indifférence ce qui perpétue ces horreurs encore et encore, quels que soient les noms sous lesquels on les dissimule.
    Mes racines sont gorgées de sang avec lequel s’est bâti un empire.
    Un empire arrogant, plein de mépris, imbu de son pouvoir temporel, si illusoire en vérité face à l’immensité de notre ignorance. Un empire menteur, cupide, violent, barbare, sans respect, sans aucune grandeur.
    Mais cela avait été dit, ce sang reviendrait hanter l’esprit des enfants, petits-enfants, petits-petits-enfants des assassins et aujourd’hui la tribu des opprimés ne cesse de croître mais l’énergie humaine n’a pas dit son dernier mot.
    Une énergie spirituelle, une poésie dont le savoir s’est perdu dans les ténèbres de l’Histoire.
    Son souffle baigne nos cellules en permanence. Cette énergie comme une vague vient régulièrement se briser sur les récifs mais ne meurt jamais… La roue tourne, soyez attentifs.
    CG
     
     
    Indifférence aux masses de vivants sacrifiés ; quelques minutes d'émotion, toutefois, lorsque la télévision diffuse deux ou trois images de ces dérélictions, de ces tortures, et que nous nous grisons discrètement de nos indignations magnanimes, de la générosité de nos émotions, de nos serrements de cœur sous-tendus par la satisfaction, plus discrète encore, de n'être que des spectateurs – mais dominants.
    Viviane Forrester
    in L'horreur économique
     
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    AU SOMMAIRE
     

    Mes complices du Délit de poésie : Pascal Perrot (Paris), Denis Heudré (Ille et Vilaine), Alexandre L. Amprimoz (Canada),  Farid Chettouh (Algérie), plus invité spécial, Mohamed  Ksibet (Syrie), en quatrième de couverture.
    Délit piquant : un concentré des Pensées d’un ortieculteur et du Lexique d’anthropoclastie de Éric Dejaeger (Belgique).
    Délit d’immersion : des extraits de Trente oiseaux face au soleil (voyages) de Gilles Lanneau (Cantal).
     
    Vous pouvez abuser sans modération du Délit d’(in)citations et du Bulletin de complicité, les effets secondaires n’en seront que meilleurs.
     
    et le retour de
    Joaquim Hock
     
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    joaquimhock@brutele.be
    Grand Illustrateur Attitré de Nouveaux Délits
     
     
    Autrefois, le chemineau faisait horreur ;
    le saltimbanque était méprisé :
    Les sédentaires se jugeaient supérieurs aux errants.
    Aujourd'hui, l'homme immobile regarde l'homme bolide écraser sa volaille
    et disparaître dans une poussière de gloire.

    François Mauriac
    in La Province, 1964
     
     
     

  • NUMERO 18

    Juillet 2006
     
     
    De licence à licencieux, d’abandon à délinquance…
    Le mot licence  vient du latin, licere, licetus, signifiant « être permis » mais aussi « être mis aux enchères, être évalué à »… Il serait sans doute très intéressant de connaître le rapport entre  licencia « permission » et licitatio « enchère »…
    Au XIIe s., le mot loisir, qui vient aussi du latin licere, est un verbe qui signifie « être permis ».
    Société des loisirs, société du tout permis ?
    Au XIIe s., licence est un mot savant, qui signifie « liberté », au XVème, il devient « liberté excessive » et un siècle plus tard, apparaît licencieux, dérivé de licentiosus, « déréglé ». En même temps, la licence devient un titre universitaire, licentia docendi, un permis d’enseigner. Et puis arrive la licence fiscale au XIXème, avec les bienfaits de la révolution industrielle et des colonies… Pour l’argent, avec l’argent, tout est permis. Sans aucun doute.
    Et les licenciements alors ? Des permis aussi ? Mais permis de quoi et permis pour qui ? 
    Quel rapport entre un licencié économique et un licencié en économie ?
    Lequel des deux est licetus, « mis aux enchères » ?
    Saviez-vous que délinquant a la même origine que relique, avec cette racine indo-européenne, leik, « laisser » ? En grec, leipen d’où ekleipen, « laisser en dehors, abandonner » et en latin, linquere, lictus, d’où delinquere, « faire défaut » et puis surtout « faillir, être en faute ».
    Son participe présent delinquens, a donné délinquant au XVIe s.
    La délinquance, elle, est née au XXème, mais est-il besoin d’étymologuer pour comprendre que l’exclusion mène à la délinquance ?
    Le licencieux ne serait-il pas un excès, un dérèglement de la liberté de quelques-uns au dépend de tous les autres ?… Lorsque liberté et responsabilité ne marchent plus de pair ?
    Imaginons que nous donnions à une poignée de très jeunes enfants la liberté de faire constamment tout ce qu’ils veulent. Imaginons que ces enfants là soient des chefs, d’entreprise, de banque, de partis, d’Etat… L’élite. Des enfants gâtés de trois ans, surdoués peut-être, nés du « bon » côté, c’est certain, et auxquels n’a été fixée aucune limite.
    Et puis imaginons, la multitude d’enfants laissés en dehors, abandonnés… qui ne vivent que de limites, sur la limite fixée par la conduite irresponsable de la dite élite…
    Et moi je vous demande, où sont passés les Anciens dans nos sociétés infantiles ?
    C.G.
     
     
    La moitié des brésiliens ne dorment pas parce qu’ils ont faim.
    L’autre moitié ne dort pas non plus, parce qu’elle a peur de ceux qui ont faim

    Jose de Castro
     
     
     
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    AU SOMMAIRE
     

    Mes complices du Délit de poésie : Claudia Ainchil (Argentine), Eric Gilberh (Paris), Nicolas Gille (Yvelines)
    Délit cash : quelques Versets de chair et Papiers de fortune avec une comptine en prime de Anne Archet (Québec)
    Délit de sang : La fête et La brebis galeuse de Rubén García García (Mexique)
    Délit froid dans le dos : Aire de repos et Des inconnus de Daniel Teulade (Lot)
     

    Illustratrice invitée :
    Anaïs Aillet (Lot)
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    Le jour de mon arrivée à Potosi, sur le toit bolivien,
    je me doutais un peu que ce lieu dissimulait une pauvreté humiliante. Ce fut toutefois au sortir de la mine que je sus
    que l’endroit était le véritable nombril de la misère humaine.
    J’étais arrivé en simple voyageur. Ce que j’y ai vu suffirait à faire
    de tout être normal un révolutionnaire.
    Paul Ohl

    in Soleil noir

     
     
     

  • NUMERO 17

     
    Mai 2006
     
     
    ®évolution des mœurs…
    Le silence est d’or dit-on et le mois de mai ne serait-il pas polisson ?
    Il m’arrive de penser que rien n’est plus subversif que le printemps, quand la nature entière ne pense plus qu’à une seule et même chose… Et tous les maîtres du monde auront beau faire, podran cortar todas las flores pero… no detendran la primavera.
    Certes il s’agit avant tout de la perpétuation des espèces, mais pas seulement…
    Il s’agit aussi de la beauté. La Beauté du vivant. Des couleurs, des courbes, des jeux d’ombre et de lumière, du mouvement.  La danse.
    La danse a toujours eu affaire avec le sexe et c’est pourquoi il est bon de danser pour apprécier l’amour dans son expression la plus printanière.
    Le mois de mai ravive les sens, et « plus on fait l’amour plus on a envie de faire la révolution, plus on fait la révolution, plus on a envie de faire l’amour »… C’est du moins ce qui se disait en 68 mais les soixante-huitards après avoir bien rigolé… bref passons ! 
    Se réapproprier nos corps, nos sexes me semble aujourd’hui plus que nécessaire pour se réapproprier de même notre savoir-penser, notre libre-imaginaire.
    Intégrismes, extrémismes, prêcheurs et moralistes de tous bords nous parasitent le mental et la chair. Puritains et pornographes ont la même volonté de manipulation, de contrôle, de profit.  Alors mesdames, messieurs, osez donc votre propre plaisir !
    Le vôtre et pas celui des voisins ! Ce plaisir unique qui vous appartient et qui n’est ni bien, ni mal, seulement une expression vitale, belle et éclatante parce que libre et sincère.
    Faites-vous du bien, et vous en donnerez aux autres. Respectez vos propres rituels, acceptez vos différences, et vous saurez respecter  les autres, accepter jusqu’à la nécessaire étrangeté de leurs exutoires. Et je pense surtout à nous les femmes, car il serait sans doute temps d’aller puiser à la source, la source vive qui est en nous.
    Temps d’aller enfin courir avec les loups mes sœurs…
    C.G.
     
     

    Attaché ? dit le Loup : vous ne courez donc pas
    Où vous voulez ? - Pas toujours, mais qu'importe ?
    - Il importe si bien, que de tous vos repas
    Je ne veux en aucune sorte,
    Et ne voudrais pas même à ce prix un trésor.
    Cela dit, maître Loup s'enfuit, et court encore.

    Jean de La Fontaine
    in Le Loup et le Chien
     
     
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    AU SOMMAIRE
     
    Délit de poésie : Tamara-Amaranta (Paris), Glenn W. Cooper (Australie), Christian Erwin Andersen (Belgique) et Frédéric Pouchol (Paris).
    Délit roulant : qu’est ce qui divague de la Sicile à la Côte Vermeille, en passant par la Pologne ? Les Calepins Voyageurs de Cathy Garcia (Lot).
    Délit del mudo :  contes et silence de Máximo Ramón Chaparro Scetti (Argentine).
    Délit d’(in)citations pour les uns, bulletin de complicité pour tous.
     
    Illustrateur invité :
    Serge Dubois (Lorient)
    s.oazar@wanadoo.fr
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    Si vous voulez cacher quelque chose aux peuples, inculquez-leur une façon de penser qui soit la plus éloignée possible de ce qui se passe vraiment afin que, si la vérité est révélée au grand jour, elle paraisse bien trop ridicule et fantastique pour que la majorité l'accepte. Et en effet, si vous faites suffisamment bien votre travail, les gens vont tourner la vérité en dérision, dire que c'est de la folie, et ridiculiser quiconque essayera de la promouvoir.
    David Icke


     
     

  • NUMERO 16

    Mars 2006

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    Mars attaque !
    Et les oiseaux tombent du ciel, les innocents tombent des nues, les soldats tombent pour rien, il y a des gens qui tombent à pique, d’autres sur le carreau, la pluie ne tombe plus, bref, boum ! tout tombe plutôt mal.
    Faut-il pour autant baisser les bras, les yeux, le rideau, la tête ?
    Au bout de l’extrême pessimisme, est une plage. Une plage tranquille, une plage musicale.
    Une plage blanche et qui doit le rester. Non-espace. Non-penser. Non-faire.
    La vie libérée de l’espoir.
    C’est beau l’espoir mais c’est aussi un diktat qui nous condamne à l’attente de ce qui n’est pas encore et qui pourrait bien ne jamais être.
    L’espoir est une épine qui empêche de jouir de la rose présente.
    Quand il n’y a plus rien à espérer, alors oui c’est tout ou rien !
    L’étincelle de génie ou la balle dans la tête… L’étincelle de l’instant, le génie de la miette.
    Tout sommet couve son gouffre mais au bout de l’extrême pessimisme on peut entendre soudain le bruit de la forêt qui pousse plus que celui de l’arbre qui tombe. On peut entendre la musique de nos respirations, le cœur et le sang qui battent et les bruissements de nos rêves couvrent la cacophonie des bombardements médiatico-publicitaires. Nous immunisent contre l’overdose de sons, d’images, d’évènements factices… Cette nausée de la connerie quand elle est servie continuellement et à toutes les sauces.
    On peut en rire, en pleurer ou on peut chercher mieux. Trouver le génie de la miette.
    Même et surtout au bout de l’extrême pessimisme.

    CG





    Pour édifier un nouveau monde
    Tous les désespoirs sont permis

    Daniel Maximin
    In L’invention des désirades




    AU SOMMAIRE


    Délit de poésie : Jean-Michel Platier (Paris), Paull Viktor (Angleterre), Serge Dubois (Morbihan), Duane Niatum (État-Unis)

    Délit sur le causse : un nouvel extrait de jardin du causse de Cathy Garcia (Lot)

    Délit farouche : Du plomb dans l’aile, Les deniers de Judas et Poivre et sel de Jean-Marc la
    Frenière (Québec)

    Le délit d’(in)citations ne sert pas qu’à boucher les trous.

    Le culletin de bomplicité non plus.


    Illustrateur invité de ce numéro:
    Serge Dubois (oui, le même que le poète)
    s.oazar@wanadoo.fr

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    Une seule misère suffit
    à condamner une société.
    Il suffit qu'un seul homme soit tenu
    ou sciemment laissé dans la misère
    pour que le pacte civique
    tout entier soit nul.
    Aussi longtemps qu'il y a un homme dehors,
    la porte qui lui est fermée au nez
    ferme une cité d'injustice et de haine.
    Charles Péguy
    (1873-1914)

     

     

     

  • NUMERO 15

    Janvier 2006
     
    Éditose…
    Je m’encre et me tâche…

    Et pour commencer du bon pied une énième nouvelle année, j’emmerde le monde !
    CG

    Si des personnes se sont senties mal, ont été choquées, ont la grippe ferroviaire, sont maniaco-dépressives, ont gagné au loto alors qu’ils n’y jouent pas, ont pris du poids suite à cette morsure de rat caille du Quercy, qu’elles veuillent bien faire avancer la science en répondant au sondage ci-dessous :
     
    J’ai pris cet édito  (coche la bonne réponse) :
    0   au 1er degré
    0  autre degré
    0  ou de force
    0  j’ai pas compris la question
    0  ni l’édito
    0 je vais porter plainte
    0 je vais planter une porte
    0 c’est quoi ces conneries ?
    0 abonnez-moi vite
    0 on boit un verre ?
    0  autre
     
    * question accessoire  : les rats cailles pondent-ils des vœux ?
    0 oui
    0 non
    0  je m’abstentionne un moment
     
    * les 100 premières réponses seront numérotées
     
     
     Quant à ces féroces soldats,
     je le dis, ce n'est pas pour cafter,
    mais y font rien qu'à mugir dans nos campagnes.
    Pierre Desproges
     
     
     
     
     
     
    AU SOMMAIRE
     
     
     
     
    Mes complices du délit de poésie : Bruno Toméra (Saône et Loire), Justin Barrett (États-Unis)
    Délit fragile : Les moments de Liette de Juliette Clochelune (Essonne)
    Délits séditieux : d’Au bonheur des dagues –Farrago- de Pierre Tréfois (Belgique)
    Délit d’opinion Coup de gueule de Jean Gédéon (Val de Marne)
    Délit en ZEP : Siam de Walter Rulhmann (Sarthe)
     
    et
    Illustrateurs dépanneurs de ce numéro
     
    Patrick Evrard (dessins)
    Cathy Garcia (collages et autre)
     
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    Notre père le Dollar,
    Que votre cours soit respecté,
    Que votre règne dure.
    Donnez-nous aujourd'hui notre vision du jour,
    Effacez nos crédits comme nous le réclamons à tous nos débiteurs,
    Et délivrez-nous des pauvres.
    Amen.

    Eric-Emmanuel Schmitt
    In Golden Joe
     
     
     

  • NUMERO 14

    Novembre 2005
     
    Ça y est les arbres prennent feu… un magnifique été indien qui fait oublier que l’hiver approche à pas d’ours… 
    Je ne sais pas vous mais je sens qu’il va falloir faire des choses cet hiver… des choses que l’on a vraiment envie de faire, pas seulement celles que l’on « doit » faire.
    Créer des espaces un peu fous d’auto étonnement. 
    Se faire plaisir est une façon positive de contribuer au monde, faire obstacle à l’immonde...
    Le plaisir ! L’art d’en prendre et d’en donner. Pas de ces simulacres creux et consommables, ce malaxage de frustrations, non , je parle du plaisir plein, éminemment subversif !
    Ni but, ni récompense ou compensation, mais juste une façon de faire. D’être.
    Se lever, se coucher, s’occuper, de soi et des autres, travailler, manger, discuter, respirer, aimer, baiser avec plaisir. Avec joie. Une vaste et inconditionnelle joie qui ne tient à rien, pas même à un fil.
    Et c’est bien parce que ça me fait immensément plaisir que j’accueille entre ces pages, de plus en plus de voix venues d’ailleurs.
    Et tout particulièrement d’un ailleurs qui m’est inexplicablement et très personnellement cher, depuis longtemps… Vagues de paroles de cœur, avec des voix d’ici, des voix de là-bas, des voix humaines pour dire que ça existe encore…l’humanité ! Encore un peu…
    C.G.
     

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    Au tout début du temps quand hommes et animaux partageaient la terre un homme, s’il le voulait, pouvait devenir animal. Un animal pouvait devenir homme. Parfois il y avait des hommes, parfois des animaux, mais pas de différence, tous parlaient la même langue. En ce temps les mots étaient magie, l’esprit humain avait des pouvoirs. Un mot prononcé au hasard, pouvait avoir des effets étranges, devenait vivant soudain, et ce que les hommes voulaient arrivait, il suffisait de le dire, personne ne savait la raison, c’était ainsi.
    Knud Rasmussen
     
     
     
    AU SOMMAIRE
     

    Délit de poésie : Lina Zerón (Mexique), Anita Endrezze (Etats-Unis)
    Délit d'errance & d'entrave : Primitifs en position d’entraver de Tieri Briet (Lot)
    Délit quotidienLe néon, Demain on parlera, Le Café de la Place de Gérard Lacoste (Hte Garonne)
    Délit sur calepins : encore un extrait des extraordinaires et passionnantes aventures d’un journal vautré dans un autobus… par Cathy Garcia (Lot)
    Délit de fauchage : la lettre ouverte à Monsieur le Préfet du Gers, de Thierry Autefage (Hte Garonne)

    Avec en bonus le délit d’(in)citations et en malus le Bulletin de complicité à recopier autant de fois que de feuilles mortes à disséminer dans le vent d’automne.

    Joaquim Hock joaquimhock@brutele.be
    Grand Illustrateur Attitré de Nouveaux Délits
     
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    Aborigènes n.p. Personnes de moindre importance qui encombrent  les paysages d'un pays nouvellement découvert. Ils cessent rapidement d'encombrer ; ils fertilisent le sol.
    Ambrose Bierce
    in Le dictionnaire du Diable
     
     
     
     
     
     

  • NUMERO 13

    Septembre 2005

    Et si c’était un treize or ?
    Bonheur ou malheur ? Treize. Un numéro fétiche, insolite, marginal, erratique.

    Arcane du Tarot : la Mort. La mort non comme terminus mais comme aboutissement de cycle. Véritable renouveau ou cauchemar de Sisyphe ?
    Qu’importe ! La roue tourne, les saisons passent, les poils blanchissent.
    Les certitudes tombent comme les feuilles, d’autres les remplaceront…
    Mouvement, rythme, danse de vie ?
    Danser donc, encore et encore. S’illuminer.
    Se brûler parfois mais surtout demeurer vivant, et comme l’a si joliment écrit Bobin :
    ce qui est vivant, c’est ce qui ne se protège pas de sa perte.
    Pour ceux d’entre vous qui suivent, cette citation figurait déjà dans le précédent numéro. C’est pour dire si elle me plait…
    Alors n’hésitez pas à égarer cet exemplaire de Nouveaux Délits, sur un banc, dans un bar, dans un train, chez vos ami-e-s, vos amant-e-s, où vous voudrez, n’importe où si possible à l’abri de la pluie et sinon tant pis, pourquoi pas sous la pluie ?
    Et puis tant que vous y êtes, pourquoi ne pas faire de même pour vous ?
    Vous perdre un tout petit peu…
    Saluer l’imprévu, l’inattendu, les contre-temps, l’inopiné.
    Laisser le présent vous surprendre et vous improviser… Pourquoi pas ?

    CG


    Le passé est scories, le futur est imaginations. Tout deux forment le cadavre du connu.
    Lorsque le présent est vécu dans la dimension du connu, le couvercle du cercueil est déjà refermé.
    Le présent est inconnu et mystère, le bambou plie au vent, la rivière coule.

    Nan Shan
    In Recueil du Tao, Livre de l’Homme




    AU SOMMAIRE


    Dans ce numéro un hommage spécial à Thierry Metz, l’homme qui penche.

    Mes complices du Délit de poésie : Agnès Schnell (Ardennes), Patrice Maltaverne (Meurthe et Moselle), Andrea D’Urso (Italie), Hosho Mc Creesh (Etats-Unis)

    Délit d’(in)citations par ci par là toujours et encore, à consommer sans modération

    Et le bulletin de complicité avec incitation au délit de spam massif pour les branchés au net, pour les autres n’hésitez pas à le proposer de gré ou fermement à tout ceux que vous connaissez et ne connaissez pas (ce sera une bonne occasion pour vous faire de nouveaux amis ou ennemis, et plus si appétit).

    Joaquim Hock joaquimhock@brutele.be

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    Grand Illustrateur Attitré de Nouveaux Délits

     

     Quand l'un d'eux a la patience d'écouter une histoire jusqu'à la fin,
    c'est qu'il lui faut tout ce temps-là
    pour préparer la sienne.
    Jules Renard
    in Journal (17 novembre 1900)

     

     

  • NUMERO 12

    Juillet 2005 
      
     
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    Envie de quoi ?
    Et voilà l’été, et ses parfums de foin séché ou de pots d’échappement dans les embouteillages vacanciers… Mais encore ?
    Nouveaux Délits est née il y a deux ans exactement, juillet 2003, cette revue a quasi l’âge de ma fille, et c’est en quelque sorte aussi mon bébé. Et comme tout bébé, elle me prend du temps, de l’énergie, la tête parfois… Mais le plaisir est là aussi, alors j’y vais, je m’acharne dans ce curieux boulot de revuiste. Le plaisir est là et puis il y a vous aussi.
    Vous qui lisez en ce moment même cet édito chaque fois plus laborieux, vous et vous, et puis vous et puis toi tiens que je connais ! Bises à toi Jean-Phi, et puis à toi Coco, et Nico, et Pat évidemment, et Jean-Marc (merci encore et toujours pour mes études !) et Mumu, Dom et PascaletChristina, et Jeanne et j’en oublie. Bises à toi aussi Sylvestre, (c’est lui le papa de ma fille) et à toi Maman, et à Charlette et puis merci à vous, vous tous abonnés, lecteurs avertis ou de passage, lecteurs de hasard, lecteur d’un jour, d’une nuit, d’une envie pressante dans un local approprié.
    Merci à vous, ceux que je n’ai jamais encore rencontrés mais qui me donnent suffisamment de joie dans ces échanges pour que j’aie envie de poursuivre l’aventure, et tout particulièrement, merci à vous Eric, Bruno.
    Et puis, à toi, toi le seul que je n’ai pas nommé, mais tu sais qui, tu vas te reconnaître, toi mon homme, c’est pas pareil… Toi je t’aIME, pas avec un grand A, (les grands A me font peur, j’ai peur qu’ils ne m’avalent), mais avec un grand IME, un grand IME à la vie, à l’amour, à la joie d’être... malgré tout.
    Ce soir, à l’heure où j’écris cet édito, l’avant-veille de mes 35 ans. Avec un grand IME.
    C.G.

     


    Vivre, il n'y a là aucun bonheur. Vivre : porter de par le monde son moi douloureux.
    Mais être, être est bonheur. Être : se transformer en fontaine,
    vasque de pierre dans laquelle l'univers descend comme une pluie tiède.

    Milan Kundera
    in L'immortalité



    AU SOMMAIRE



    Délit de poésie : Victor Vidoc (Québec), Arunas Spraunius (Lituanie), Marie-Anne Schönfeld (Puy de Dôme)

    Délit dire au nid : Du chaos provisoirement établi de Pierre Tréfois (Belgique)

    Hybri-délit : Clafoutis universel et Le chien qui boitait de Jean-Jacques Marimbert (Toulouse)

    Délit de survie : parce que la réalité surpasse malheureusement la fiction, voici une histoire vraie à deux voix. La soue, par Léon Lili (Maine et Loire) et La résilience, par Lili, sa maman (Maine et Loire aussi)qui a vécu et souffert cette histoire. Une véritable leçon de vie et de courage.

    Délit intime : Soif de Marc Sastre (Hte Garonne)

    Délit ensablé : Cathy Garcia, poèmes désertiques

    Et toujours le Délit d’(in)citations à arroser et le bulletin de complicité à diffuser, le tout copieusement.

     

    Et le retour de Joaquim Hock joaquimhock@brutele.be
    Grand Illustrateur Attitré de Nouveaux Délits

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    Ce qui fait événement, c'est ce qui est vivant,
    et ce qui est vivant, c'est ce qui ne se protège pas de sa perte.

    Christian Bobin
    in Autoportrait au radiateur


     

     

     

  • NUMERO 11

    Mai 2005
     
    Hé dit toto !
    Tous les deux mois, prendre un papier et y noter l’édito, il fallait bien que ça arrive un jour…
    La panne sèche ! Qu’est-ce que je vais bien pouvoir vous dire pour présenter ce numéro 11 ?
    Je pourrais évidemment vous parler du référendum et vous énumérer les raisons de voter (oui ou) non, mais franchement je préfère vous laisser à votre réflexion. Nouveaux Délits n’a pas la prétention de singer la politique, n’a aucune prétention, hormis celle de se faire plaisir.
    Je suis très heureuse d’ailleurs de publier dans ce numéro deux auteurs que je connais personnellement, le premier est la charmante amoureuse du père de ma fille, le second est un ami qui en plus d’écrire, compte beaucoup pour moi. Comme je ne serai pas obligée de leur poster leur exemplaire, avec les économies ainsi réalisées, je peux espérer tirer le prochain numéro sur papier couleur parfumé, en faire une version dvd, lancer une marque de poésie cosmétique et même une chaîne télévisée.
    J’espère donc que cette première expérience va créer des vocations locales et donc des entreprises, des emplois, des parkings, de la pollution et….tiens je vais peut-être voter oui finalement.
    Mesdames et messieurs,
    très prochainement vous pourrez devenir actionnaires
    de Nouveaux Délits !
    C.G.
     
     

    La poésie, c'est quoi ?! Des conneries bien en ordre, c'est tout !
    Jean-Marie Gourio
    in L'intégrale des brèves de comptoir 1992-1993
     
     

    AU SOMMAIRE
     
    Délit de poésie :  Claude Roussie (Pyrénées Atlantique),  Emilie Cadiou (Lot), Patrick Evrard (Lot), Mireille Disdero  (Bouches du Rhône), Ludovic Kaspar (Yvelines)
    Délits instantanés non édulcorés : Olivier Vigna (Paris) avec des extraits de L’Appendice des jours
    Délits roulants : de nouveaux extraits des Calepins Voyageurs de Cathy Garcia (Lot)
    Délit d’(in)citations à infuser et Bulletin de complicité à diffuser
     

    Illustrateur Spécial Invité
    Ferran Casals  Torra
    ferranferran@yahoo.com
     
     
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    En attendant
    de me mêler
    à cette chose
    sans nom,
    je l’appelle encore
     l’Espace.
    Le mot
    rafraîchit ma
    pensée,
    et je marche.
    Jean Tardieu
    in La part de l’ombre
     
     
     
     
     

  • NUMERO 10

    Mars 2005

    Des (ex)croissances…
    Révélation ! « Croassez et multipliez-vous » cela s’adressait en fait aux grenouilles, qui l’ont d’ailleurs très bien compris. Pour nous autres êtres en devenir d’humains, le message véritablement inspiré c’est « décroissez et vous pourrez vous multipliez (si vous voulez) », et cela commence par toi cher-e lecteur-trice, par toi et moi.

    Changez le monde ? quelle idée ! Le monde n’est rien d’autre que notre propre reflet, notre projection sur l’écran Terre… Si le film tourne à l’horreur, nous en sommes tous acteurs… et réalisateurs.
    Changez le monde, c’est se changer soi, changer sa façon d’y être, sa façon de le voir, de se voir et de voir l’autre…
    Changer c’est échanger avec cet autre pour comprendre en quoi notre façon de vivre peut le condamner à ne faire que survivre…
    Il est grand temps de sortir de l’hypnose vous ne croyez pas ?
    Grand temps pour faire, sentir, créer, vivre autrement. La poésie doit participer de ce mouvement là, elle doit même le devancer.
    Les poètes, des visionnaires ?
    On pourrait croire que les poètes sont les dinosaures du XXIe siècle, voués à disparaître comme d’autres « catégories » d’individus considérées comme superflues, dépassées, inutiles, voire gênantes…
    On peut croire ce qu’on veut, mais il est grand temps d’agir plutôt que de croire, penser, se dire que…
    Il est temps d’agir, de bouleverser l’ordre sclérosé du monde, temps de passer à autre chose, à autrement…
    Le chaînon manquant entre le singe et l’Homme, c’était nous… hier.
    Aujourd’hui, là maintenant, à l’instant où tu lis ces mots lecteur-trice, tu es en pleine mutation, alors va donc lire la quatrième de couverture, entame ta décroissance et multiplie le message.

    C.G.



    AU SOMMAIRE

     

    Mes complices du Délit de poésie : Ferruccio Brugnaro (Italie), Mustapha Kharmoudi (Doubs)

    Délit d’être : Au monde de Jean-Philippe Jarlaud (Côte d’Or)

    Délit d’anticipation : des extraits du Petit traité des transparences de Philippe Leclair (Maine et Loire)

    Délit d’ouverture : Béatrice Machet (Var), philosophe, poétise, materne à sa belle façon, rend hommage à l’Autre, humain comme animal.

    Délit terre air sans oublier la mer : Michel Baglin (Hte Garonne) nous entraîne au fil de sa mémoire, de sa passion pour les livres, mais pas seulement, avec Icônes, Fenêtre, Poisson cru et Lignes et chemins.


    Ce numéro est comme ses prédécesseurs, saupoudré d’un Délit d’(in)citations à consommer sans modération et se ponctue par un Bulletin de complicité visant à multiplier les abonnés (ce qui permet à l’éditrice de satisfaire ces pulsions de décroissance par ailleurs).



    Joaquim Hock joaquimhock@brutele.be

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    Grand Illustrateur Attitré de Nouveaux Délits






    Il y a du plaisir
    à vaincre les falaises.
    Mais nul n’atteint le ciel
    qu’en grimpant dans sa tête.
    Charles Minetti
    in Patiences à Cavillore

    (Le poète et peintre Charles Minetti, est décédé le 12 février 2005)

     

     

     

  • NUMERO 9

    Janvier 2005 
     
    J’ai envie et…
    Tout commencement porte en lui une graine nommée espoir…
    Janvier donc, et en voulez-vous, en voilà des bons vœux de veine et contre-déveine !
    Bonne heure, bon jour, bon soir, bonne étoile, bon vent, bon zaï, bon d’abonnement en fin de numéro, bonne santé, plus de conscience et moins de science !
    Pour un bon appétit, fuyez donc les supermarchés !
    Et bonne année, pourquoi pas ?
    L’année bonne est une fleur qui fleurit quand une autre se fane, une fleur dont on se fait des colliers, des colliers qui finissent par peser et nous faire courber le dos…
    Une année est une convention de 365 (ou 6) autres conventions… solaires.
    Une année est un nombre dont les chiffres peuvent être additionnés pour en donner un seul et unique… Cette année donc porte le chiffre sept, comme les nains, les péchés, les merveilles (quoiqu’il paraît qu’on en a découvert une huitième…), les couleurs, les saveurs, les notes de musique, les sept conventions de la semaine et j’en passe…
    C’est un bon chiffre dit-on… sacré bon chiffre même !
     
    Alors je ne sais pas ce que vous allez pouvoir faire sept fois de suite sept jour sur sept tout au long de cette année bonne… mais moi j’ai une idée, j’en ai même sept d’un coup !
    Et pour commencer prenons exemple sur nos aînés…
     
    CG

     
     
    Il faut garder la forme.
     Ma grand-mère a commencé à marcher sept kilomètres par jour à soixante ans.
    Elle en a aujourd'hui quatre-vingt-dix-sept,
    et on ne sait absolument pas où elle est.

    Ellen DeGeneres
     
     
     
    AU SOMMAIRE
     
     
     
    Délit de poésie : Jean Gédéon, Angèle Lux (Québec), André Riaux, Anne Julien
    Délit tout frais : Cathy Garcia, jardin du causse
    Aïe ! coup délit  : Claude Guibbert, quelques haïkus de Nîmes et d’ailleurs
    Délit de plus ailleurs encore : Jérome Nicolle
     
    Et bien entendu le Délit d’(in)citations à gober les yeux grands ouverts
    et le bulletin de complicité car il n’est jamais trop tard pour se mouiller…
     
    Avec les dessins de
    Jacques Rouby
    Invité spécial de ce numéro 
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    L'amour ne se conclut pas, comme un marché.
    L'amour, c'est un oiseau. Imprévisible, fantasque.
    Fragile aussi, et périssable.
    Et cet oiseau, pourtant, d'un seul battement d'ailes,
     allège nos existences de tout le poids de l'absurdité.
    Louise Maheux-Forcier

    in Paroles et musique
     
     
     

  • Histoire chimique d'une tarte aux cerises de supermarché

    (Extrait du livre Le sol, la terre et les champs de Claude Bourguignon Ed. Sang de la Terre)

    I Histoire de la pâte

    La farine : Les grains de blé ont été enrobés d'un fongicide avant semis. Pendant sa culture, le blé a reçu de deux à six traitements de pesticides selon les années, un traitement aux hormones pour raccourcir les tiges afin d'éviter la verse et une dose importante d'engrais : 240 kg d'azote, 100 kg de phosphore et 100 kg de potassium à l'hectare. Dans le silo, après récolte, les grains sont fumigés au tétrachlorure de carbone et au bisulfide de carbone puis arrosés au chlopyriphosmethyl. Pour la mouture, la farine reçoit du chlorure de nitrosyle puis de l'acide ascorbique, de la farine de fève, du gluten et de l'amylase.

    La poudre levante : Elle est traitée au silicate de calcium et l'amidon est blanchi au permanganate de potassium.

    Les corps gras : Ils reçoivent un antioxydant comme l'hydroxytoluêne de butyl et un émulsifiant type lécithine.


    II Histoire de la crème

    Les œufs : Ils proviennent d'un élevage industriel où les poules sont nourries aux granulés contenant des antioxydants (E300 à E311), des arômes, des émulsifiants comme l'alginate de calcium, des conservateurs comme l'acide formique, des colorants comme la capsanthéine, des agents liants comme le lignosulfate et enfin des appétants pour qu'elles puissent avaler tout ça comme le glutamate de sodium. Elles reçoivent en plus des antibiotiques et en particulier des anticoccidiens. Les oeufs avant séchage reçoivent des émulsifiants, des agents actifs de surface comme l'acide cholique et une enzyme pour retirer le sucre du blanc.

    Le lait : Il provient d'un élevage industriel où les vaches reçoivent une alimentation riche en produits chimiques : des antibiotiques comme le flavophospholipol (F712) ou le monensin-sodium (F714), des antioxydants comme l'ascorbate de sodium (F301), l'alpha-tocophérol de synthèse (F307), le buthyl-hydrox-toluène (F321) ou l'ethoxyquine (E324), des émulsifiants comme l'alginate de propylène-glycol (F405) ou le polyéthylène glycol F496), des conservateurs comme l'acide acétique, l'acide tartrique (E334), l'acide propionique (F280) et ses dérivés (F281 à E284), des composés azotés chimiques comme l'urée (F801) ou le diurédo-isobutane (F803), des agents liants comme le stéarate de sodium, des colorants comme F131 ou F142 et enfin des appétants pour que les vaches puissent manger tout cela comme le glutamate de sodium.

    Les huiles : Elles ont été extraites par des solvants comme l'acétone puis raffinées par action de l'acide sulfurique, puis lavage à chaud, neutralisées à la lessive de soude, décolorées au bioxyde de chlore ou au bichromate de potassium et désodorisées à 160 0C avec du chlorure de zinc. Enfin, elles ont été recolorées à la curcumine.

    La crème : Une fois obtenue, elle reçoit des arômes et des stabilisants comme l'acide alginique (E400).


    III Histoire des cerises

    Les cerisiers ont reçu pendant la saison entre dix et quarante traitements de pesticides selon les années.
    Les cerises sont décolorées à l'anhydride sulfureux et recolorées de façon uniforme à l'acide carminique ou à l'érythrosine. Elles sont plongées dans une saumure contenant du sulfate d'aluminium et à la sortie elles reçoivent un conservateur comme le sorbate de potassium (E202).
    Elles sont enfin enduites d'un sucre qui provient de betteraves qui, comme les blés, ont reçu leur dose d'engrais et de pesticides. Le sucre extrait par défécation à la chaux et à l'anhydride sulfureux puis décoloré au sulfoxylate de sodium, puis raffiné au norite et à l'alcool isopropylique. Il est enfin azuré au bleu anthraquinonique.



    Peut-être même chez votre pâtissier du coin.... Il ne me reste plus qu'à vous souhaiter bon appétit !

     

     

     

  • LE PRINCIPE DE LA GRENOUILLE CHAUFFÉE de Olivier Clerc

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    « Imaginez une marmite remplie d'eau froide dans laquelle nage tranquillement une grenouille. Le feu est allumé sous la marmite, l'eau chauffe doucement. Elle est bientôt tiède. La grenouille trouve cela plutôt agréable et continue à nager.
    La température continue à grimper. L'eau est maintenant chaude. C'est un peu plus que n'apprécie la grenouille, ça la fatigue un peu, mais elle ne s'affole pas pour autant.
    L'eau est cette fois vraiment chaude. La grenouille commence à trouver cela désagréable, mais elle s'est affaiblie, alors elle supporte et ne fait rien.
    La température continue à monter jusqu'au moment où la grenouille va tout simplement finir par cuire et mourir, sans jamais avoir fait quelque chose pour s'extraire de la marmite.
    Si la même grenouille avait été plongée directement dans l'eau à 50, elle aurait immédiatement donné le coup de patte adéquat qui l'aurait éjectée aussitôt de la marmite...
    Cette expérience montre que, lorsqu'un changement s'effectue d'une manière suffisamment lente, il échappe à la conscience et ne suscite la plupart du temps aucune réaction, aucune opposition, aucune révolte ».


    Olivier Clerc, écrivain et philosophe

     

     

     

  • Les Indiens Kogis et l'asso TCHENDUKUA

    Les Indiens Kogis et l’association Tchendukua
    http://www.tchendukua.com/



    medium_Kogis_general.jpgGéographe français, Eric JULIEN est à l'origine de la démarche. Sauvé d'un oedème pulmonaire par les Kogis, alors qu'il découvrait leur territoire, il s'est mis dans la tête de les aider à récupérer leurs terres. Ces terres sans lesquelles, coupés de leurs racines, les Kogis deviennent des êtres flottants, des êtres morts. En 1997, il fonde l'Association Tchendukua - Ici et Ailleurs. En février 1998, une première terre est achetée (50 ha), une seconde en avril 1999 (70 ha) … une troisième en mai 2000 (50 ha) et enfin une quatrième en décembre 2000 (60 ha).
    Repliés dans les hautes vallées de la Sierra, pendant plusieurs siècles les Kogis resteront coupés du monde. De la Sierra Nevada de Santa Marta, ceux qui l'ont connue disent qu'elle est étrange, mystérieuse, attachante. Sans doute est-elle un peu tout cela. Sa localisation à seulement 45 km de la mer, sa forme, une pyramide aux parois vertigineuses, la variété de ses climats, font de cette île montagneuse, cernée par la mer et les déserts, un monde à part.
    Les Kogis, les Aruacos et les Arsarios, sont les derniers héritiers de l'une des plus brillantes civilisations du continent sud-américain, les Tayronas. Des 500.000 habitants approximativement dénombrés au XVIème siècle, on ne compte plus aujourd'hui que 25.000 représentants. Plus qu'une simple montagne, la Sierra Nevada représente à leurs yeux, le centre du monde, la mère terre qui leur a transmis le code moral et spirituel qui régit leur civilisation. Peuple de sages et de philosophes, ils connaissent une vie spirituelle intense. Privilégiant les choses de l'esprit, très tôt, ils initient certains de leurs enfants aux mystères de leur religion, selon un rite et une éthique particulièrement rigoureuse. L'acquisition de ce savoir n'a qu'un but, s'efforcer d'être en harmonie avec soi-même et avec le monde. Au centre de cet univers, les Mamus- prêtres et philosophes - règlent l'ordre social et spirituel de la communauté. Grands observateurs des phénomènes naturels, assurant les fonctions de juges et de médecins, ils veillent au bien-être de leur communauté et à l'équilibre de l'univers.

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    Mamu Antonino

    Le problème majeur des Indiens en général, des Kogis en particulier, c'est la terre. Leur vision du monde ne leur permet pas de faire la distinction que nous faisons, nous occidentaux, entre, d'un côté, la terre, sa propriété, son usage, et l'homme, considéré comme ne faisant pas partie du monde naturel. Pour les Kogis, la terre ne peut être réduite à un simple espace géophysique capable de supporter tous les outrages. Pour une raison simple, ils en font partie, ils en sont une composante aussi importante ou insignifiante qu'un arbre, une rivière, un animal ou une montagne. C'est de cette terre qu'ils sont nés, c'est grâce à elle qu'ils vivent et c'est vers elle qu'ils retournent au moment de leur mort. La terre est pour eux, comme une mémoire qui garde inscrite en elle, leur histoire, l'histoire du monde et les clés de leur avenir. En préserver l'équilibre et l'harmonie est une question de survie. Or aujourd'hui, cet équilibre ils ne peuvent plus le maintenir. Sous la pression de tous les paysans sans terre qui escaladent les contreforts de la Sierra, de la guérilla, des narcotrafiquants, les Kogis se trouvent repoussés vers les terres froides du massif où leur survie devient difficile. Face à ces changements, ces ruptures, ces menaces qui pèsent sur leur univers, Aruacos, Kogis, et Arsarios veulent prendre en charge leur destin. Dépositaires d'une sagesse, basée sur le respect, l'équilibre et la responsabilité, ils veulent prendre la parole et être écoutés. Ils voudraient nous enseigner à se soucier du monde, à prendre soin des autres et de l'environnement. Surtout, ils voudraient nous amener à explorer les voies de l'harmonie avec le monde et avec nous-mêmes. 

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     Sukua



    Pour en savoir plus, chez Albin Michel :
    Le chemin des neuf mondes Eric Julien (il existe aussi une vidéo du même nom à voir absolument)
    Le réveil d'une civilisation précolombienne Eric Julien avec Gentil Cruz (ce dernier a été assassiné en 2005 par les paramilitaires)

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    Pour agir : Tchendukua - Ici et Ailleurs - 11 rue de la Jarry 94300 Vincennes


     

     

     

  • Si j'étais Dieu... de René Barjavel

    « Si je mets dix hommes sur une île déserte, la loi d'attraction va les rassembler en deux groupes, et la loi d'opposition leur inspirer des idées absolument contraires sur la façon d'organiser l'île. Si un groupe pense "nord", l'autre groupe, par réflexe immédiat, pensera "sud". Et ils commenceront à ramasser des cailloux pour se convaincre réciproquement en se les envoyant sur la figure. Si un des deux groupes se montre plus fort et absorbe l'autre, une force d'opposition va naître en lui, grandir et le couper de nouveau en deux ou en plusieurs morceaux. C'est la loi!
    Ce n'est pas cela qui fait le malheur des hommes. Ils pourraient entre l'attraction et l'opposition, trouver un équilibre et vivre en paix, comme le soleil et les planètes. Ce qui les rend malheureux, c'est le bonheur. L'idée qu'ils s'en font, et le besoin de l'attraper. Ils s'imaginent qu'ils sont malheureux aujourd'hui, mais qu'ils pourront être heureux demain, s'ils adoptent certaine forme d'organisation. Chaque groupe a une idée d'organisation différente. Non seulement il se l'impose à lui-même, à grande souffrance, mais il cherche à l'imposer à l'autre groupe, qui n'en veut absolument pas, et qui essaie au contraire de lui faire avaler de force sa propre cuisine.
    Et chaque individu croit qu'il sera heureux demain, s'il est plus riche, plus considéré, plus aimé, s'il change de partenaire sexuel, de voiture, de cravate ou de soutien-gorge. Chacun, chacune attend de l'avenir des conditions meilleures, qui lui permettront, enfin, d'atteindre le bonheur. Cette conviction, cette attente, ou le combat que l'homme mène pour un bonheur futur, l'empêchent d'être heureux aujourd'hui. Le bonheur de demain n'existe pas. Le bonheur, c'est tout de suite ou jamais. Ce n'est pas organiser, enrichir, dorer, capitonner la vie, mais savoir la goûter à tout instant. C'est la joie de vivre, quelles que soient l'organisation et les circonstances. C'est la joie de boire l'univers par tous ses sens, de goûter, sentir, entendre, le soleil et la pluie, le vent et le sang, l'air dans les poumons, le sein dans la main, l'outil dans le poing, dans l’œil le ciel et la marguerite.
    Si tu ne sais pas que tu es vivant, tout cela tourne autour de toi sans que tu y goûtes, la vie te traverse sans que tu retiennes rien des joies ininterrompues qu'elle t'offre.
    »



    René Barjavel
    in Si j'étais Dieu...

     

     

     

  • CAMPAGNE NATIONALE POUR LA DÉCROISSANCE

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     Mes chers compatriotes, l’heure est grave, très grave. C’est aujourd'hui l’existence même de la nation qui est en péril. Vous le savez, la croissance économique mène notre monde au suicide écologique. En effet, plus de croissance, c’est inéluctablement plus de pollutions et moins de ressources naturelles. Aujourd'hui, la pollution a atteint un seuil critique pour notre planète. Évidemment, la planète détruite, ce serait la fin de la France ! Il faut donc sauver le monde pour sauver la France. Le niveau moyen de consommation des Français est devenu insupportable pour la Terre et seule la décroissance économique permettra de réduire la pression que nous exerçons sur la nature. Ainsi, fidèle à sa vocation universelle et humaniste, la France, qui a éclairé le monde avec les Lumières, sera de nouveau exemplaire : elle montrera aux pays riches le chemin de la justice en réduisant de manière drastique sa consommation, ceci afin de partager avec les bientôt 7 milliards de Terriens des ressources planétaires qui ne sont pas extensibles. Aussi, je vous engage dès aujourd'hui, solennellement, à réduire, et ceci de la façon la plus radicale qui soit, votre consommation. Chers compatriotes, gageons que nous serons plus épanouis, dans une France et sur une planète qui ne verra plus jamais l’Humain seulement dans sa dimension marchande, c’est-à-dire de consommateur.


    Vive la République, Vive la France, vive la Terre et vive la décroissance !
    Le Président

     
     
     
     
  • HISTOIRES DE CUL

    Par Cathy Garcia 

    Eh oui ! On trouve des histoires de cul même dans les dictionnaires, aussi j’espère que vous ne vous êtes pas levés le cul devant, autrement dit que vous êtes de bonne humeur afin de ne pas lire ce qui suit à l'écorche-cul, c’est à dire au regret, en rechignant. L’idéal serait d’y aller de cul et de tête, avec ardeur, sans précaution et sans mesure. De toute façon vous voilà mis à cul, il est trop tard pour…reculer.
    Si vous montrez le cul., c’est que vous avez peur et dans ce cas il ne vous reste plus qu’à prendre votre cul à deux mains et courir… Pour vous aider à courir plus vite, je peux aussi vous bonder le cul, une autre façon de dire un bon coup de pied au derrière, mais vous pourriez m’avoir dans le cul si je fais ça… me détester quoi !

    Vous êtes toujours là ? C’est que nous sommes d’accord, bon, de là à dire que nous sommes comme cul et chemise … mais enfin, parlons bien, parlons cul.

    Les culs terreux sont aux champs et les culs bénis à l’église mais en hiver, à l’église comme aux champs, c’est cul gelé. Si c’est cul nu c’est qu’on n’a rien dans les poches et qu’on est tellement mal vêtu qu’on nous voit le cul de tous côtés, pas comme ces coquettes qui se mettent tout sur leur cul, dépensières au possible, élégance oblige… Et puis elles en font des manières, bouches en cul de poule ! Quant à leurs maris ce sont dit-on des peigne-cul qui de plus, veulent peta plus aut que soun cuou, comme on dit en Provence. Vous m’avez compris…
    M’enfin l’argent fait pas le bonheur et paraît que la nuit chez ceux-là, c’est plutôt l'hôtel du cul tourné… C’est pas souvent que les coquettes se retrouvent cul par dessus tête !

    Mais revenons à ceux qui sont à cul, les pauvres, le cul sur la paille, qui l’ont dans le cul : tout ça pour dire sans ressource, perdus, vaincus et plein le cul du coup ! Tout ce qui leur reste c’est de faire beau cul, prendre philosophiquement parti de leur malheur, l'accepter...
    C’est la vie, il y en a qui gagnent et d’autres qui baisent le cul de la vieille…
    Les chanceux, parait qu’ils ont le cul bordé de nouilles quoiqu’en Provence on dit avé lou cuou borda d'anchoio, nouilles ou anchois, au choix ! Et puisqu’on est en Provence, savez-vous ce que c’est que le papier pour écrire au pape ?
    Le papier-cul bien-sûr puisque écrire au pape c’est caguer (pisser c’est chanja l'aigo dis óulivo, changer l’eau des olives). C’est à tomber sur le cul !
    De vrais poètes ces Provençaux !
    Quant à nos amis du Québec, s’ils ont le feu au cul c’est qu’ils sont en colère, et s’ils aiment se pogner le cul, autant dire qu’ils aiment se les rouler, s’évacher* sur le canapé… voire même y cogner des clous**.

    Voilà, ça suffit comme ça et celui qui n'est pas content n'a qu'à tourner son cul au vent.

     


    * s’étendre, se reposer ** s’endormir

     

     

     

  • "Au camp de Gurs...", témoignage de Matéo Maximoff

     
     
    « Au camp de Gurs, quand nous voulions aller en Espagne et que les Français nous ont pris et mis dans le camp - c’était en 1936, pendant la guerre d’Espagne à Séville. À l’époque où moi j’y étais, il y avait peut-être vingt mille espagnols. Il y avait bien deux mille juifs. Il y avait des homosexuels. Il y avait une quarantaine de tsiganes dont je me rappelle bien, c’était ma famille. Et dans le camp de Lannemezan qui est un camp entre Tarbes et Toulouse, il y avait quatre cent vingt tsiganes. Il n’y en avait pas d’autres, il n’y avait que des tsiganes. Il y avait en France, pendant la période d’occupation, cent dix camps d’internement, sous le régime de Vichy dont onze, c’est-à-dire 11 pour cent, uniquement pour les tsiganes. Mais le gouvernement actuel français ne veux pas le reconnaître. Une autre chose aussi que je peux vous dire et que je répète, j’ai écrit plusieurs livres sur les camps, dont un où la moitié du livre se passe à Lannemezan; j’ai envoyé un exemplaire au maire de Lannemezan actuel. Il n’a même pas osé me répondre. Alors que le maire de l’époque m’a écrit une lettre que je suis le seul à avoir dans laquelle il reconnaît que j’étais dans les camps. J’ai écrit au camp de Gurs; ils ont écrit un article où il y avait le nombre d’internés dont quarante gitans. J’ai écrit au comité en disant que j’ai été un des quarante, avec ma famille, et ils ne m’ont pas répondu. Par contre, un prêtre de Lourdes m’a envoyé des photos de Gurs sur lesquelles il y avait les pancartes où il figurait le nombre des internés. Et il y avait quarante tsiganes. Vous voyez, ce n’est pas seulement Vichy qui ne veut pas reconnaître, il y a aussi ceux qui sont au pouvoir actuellement. Pourquoi ? On ne nous demande pas, rien. Quand, moi j’ai reçu une somme, j’ai remercié la Suisse de me l’avoir envoyé, parce qu’en Suisse, ce n’est pas l’argent qui compte. Et pour les juifs, d’accord. Il y avait des millions et des millions. Mais pas les tsiganes. Par contre nous avions déclaré que nous n’avions pas d’argent, mais nos femmes avaient beaucoup de bijoux. C’était ça notre fortune. Nous les tsiganes, nous n’avons pas de maisons, nous n’avons pas de terrains, nous avons rien de spécial, mais nous avions des bijoux, beaucoup. Quand on avait un mariage, chaque femme portait des kilos de bijoux sur elle. On avait des bagues, des colliers, des boucles d’oreille. On peut pas savoir le nombre, c’est impossible. Et que les Suisses m’ont envoyé deux mille francs suisses, c’est pas grand chose, mais c’est l’acte qui compte parce que j’ai la lettre dans la poche et je peux vous la montrer. Pour moi c’est plus important que la somme que l’on envoie. Donc que la France fasse un geste. S’ils nous avaient donné seulement ne serait-ce que le franc symbolique, on aurait dit merci à la France. »
     
    Extrait de propos recueillis par Valerian Lallement et Philippe Krebs  le 12 décembre 1998, à Romainville, publiés par la revue Hermaphrodite http://sitehermaphrodite.free.fr
    medium_bouquin_Mateo.jpg

    Matéo Maximoff, né en 1917 à Barcelone d'un père Rom kaldérash venu de Russie et d'une mère Manouche de France, Matéo Maximoff est incontestablement le plus connu des écrivains tsiganes de langue française. Au cours de ses 82 années d'existence, il a cumulé des fonctions aussi variées que chaudronnier, journaliste, conférencier, conteur, pasteur, photographe...Il vivait en France où ses aïeuls, chaudronniers de Russie, étaient venus vers la fin du siècle écoulé. Il a écrit en rom (dialecte kalderash) et en français. Sa première oeuvre Les Ursitory (Les Parques) fut traduite en 14 langues. Parmi ses autres oeuvres citons: La Septième Fille, Condamnés à survivre, Ce monde qui n'est pas le mien. Il travailla aussi sur la traduction en dialecte kalderash du Nouveau Testament, parue en 1994.
     
     
     

  • L’explosion en chaîne de la créativité clandestine doit renverser la perspective du pouvoir

    C’est une révolution sans nom, comme tout ce qui ressortit du vécu, préparant dans la clandestinité quotidienne des gestes & des rêves sa cohérence explosive :

    Nous ne voulons pas travailler au spectacle de la fin du monde
    mais à la fin du monde du spectacle

    La question de la culture, c’est à dire en dernière analyse, de l’organisation de la vie, est arrêtée devant la nécessité d’une rupture qualitative inséparable du renversement de la société actuelle. Il faut dès maintenant s’atteler à la révolution permanente des esprits, frapper les imaginations, détourner les attentions des psychoses & de l’art jaune, être en somme des agents provocateurs. Il existe les foyers d’une internationale souterraine, réunis sur la notion de la fin ou de l’absence de l’art, & qui ne vise plus explicitement une production artistique quelconque.

    Notre tâche est d’élargir les failles dans le pseudo-monolithe du discours social, en découvrant graduellement des morceaux du vide du spectacle, en étiquetant les formes subtiles du contrôle des esprits, en ouvrant des routes d’évasion, en s’éloignant de la suffocation, de la cristallisation de l’image, en frappant sur des casseroles pour réveiller quelques citoyens de leurs transes médiatiques, en utilisant le média intime. Il convient ici de se référer à la propagande par le fait, qui est un mode d’action non concertée ne visant pas à des bouleversements définitifs, mais pouvant utilement ponctuer les prises de conscience qui se feront jour.
    Le caractère immuable de l’art, ou de tout autre chose, n’entre pas dans nos considérations, qui sont sérieuses. L’idée d’éternité est la plus grossière qu’un-e humain-e puisse concevoir à propos de ses actes.

    Partout des groupes d’une guérilla qui ne vise d’autre pouvoir que celui que des exaspéré-e-s sans étendard entendent exercer sur leurs propres existences. Un désordre déambulatoire qui apprend à esquiver les pièges du combat frontal & sa moisson de martyrs. Une communauté de l’instant qui se donne un malin plaisir à dire non, à manifester son existence. Un être ensemble qui ne s’inspire que de ses propres expériences, si furtives soient-elles. Un virus de vie qui résiste à l’individualisme désemparé & qui se propage sur la charogne d’un mouvement ouvrier en putrescence depuis qu’il s’est réalisé dans le salariat généralisé & son cortège d’allocations diverses mais toujours insuffisantes.
    L’activité de tels groupes finira par remplacer l’art. La créativité gratuite & l’échange de dons provoqueront le dépérissement de l’art en tant que reproductions de marchandises.


    NOUS NE CHERCHONS PAS A VOUS CONVAINCRE
    MAIS A VOUS PRÉPARER


    Une production du bureau du PUNC, section mexicaine de la subterranean internaçional (http://querencias.free.fr/)

     

     

     

  • Lettre d’un chef aztèque aux gouvernements européens

    publié dans CARTA A LAS IGLESIAS San Salvador, mai 2000

    Eh bien me voici, moi, Guaipuro Cuauhtémoc, descendant des peuples qui, il y a 40 000 ans, peuplaient l'Amérique. Je suis venu à la rencontre de ceux qui l'ont "découverte" il y a 500 ans. Voici donc que nous nous rencontrons tous : nous savons qui nous sommes.


    Mon frère douanier européen me réclame un papier écrit avec un visa pour pouvoir découvrir ceux qui m'ont découvert autrefois. Mon frère usurier européen me réclame le paiement d'une dette contractée par Judas - quelqu'un que je n'ai, en vérité, jamais mandaté. Mon frère usurier européen m'explique que toute dette se paie avec des intérêts, quand bien même il faudrait pour cela vendre des êtres humains et des pays entiers sans leur demander leur consentement. Et voilà, moi je les découvre. Moi aussi je peux réclamer mon dû, moi aussi je peux réclamer des intérêts. Les Archives des Indes font état, avec force papiers, force reçus et force signatures, de ce que, entre les seules années 1503 et 1660, sont arrivés à San Lùcar de Barrameda (Espagne), 185 000 kgs d'or et 16 millions de kgs d'argent, en provenance d'Amérique. Pillage ? Cela ne me viendrait pas à l'idée ! Ce serait penser que nos frères chrétiens ne respectent pas leur septième commandement. Spoliation ? Dieu me garde d'aller imaginer que les Européens, à l'image de Caïn, tuent puis dissimulent le sang de leur frère ! Génocide ? Ce serait là accorder du crédit à des calomniateurs comme Bartolomé de Las Casas et tous ceux qui ont qualifié la rencontre de "destruction des Indes" ou à des extrémistes comme le Dr Arturo Pietri, qui affirme que l'essor du capitalisme et de la civilisation européenne actuelle est le fruit de l'inondation en métaux précieux que vous, mes frères européens, avez arrachés des mains de ceux qui, en Amérique, sont aussi mes frères ! Non ! Ces 185 000 kilos d'or et ces 16 millions de kilos d'argent doivent être considérés comme le premier d'entre les divers prêts à l'amiable consentis par l'Amérique en faveur du développement de l'Europe. Penser le contraire reviendrait à établir l'existence de crimes de guerre, ce qui ouvrirait un droit à exiger non seulement le remboursement immédiat, mais même une indemnisation pour dommages et préjudices.
    Moi, Guaipuro Cuauhtémoc, je préfère croire en l'hypothèse la moins offensante à l'égard de mes frères européens. Des exportations de capitaux aussi fabuleuses n'ont été rien d'autre que la mise en place d'un plan Marshall-tezuma pour garantir la reconstruction de la barbare Europe ruinée par ses guerres déplorables contre les Musulmans cultivés, défenseurs de l'algèbre, de l'architecture, du bain quotidien et autres apports supérieurs de la civilisation. Voilà pourquoi, passé ce cinquième centenaire du "Prêt", nous sommes en droit de nous poser des questions : nos frères européens ont-ils fait une utilisation rationnelle, responsable ou tout au moins productive des ressources si généreusement avancées par le Fonds indo-américain international ?


    Nous sommes au regret de répondre non. Du point de vue stratégique, ils les ont dilapidées en batailles de Lépante, Invincible Armada, IIIè Reich et autres formes d'extermination mutuelle. Du point de vue financier, au terme d'un moratoire de 500 ans, ils se sont montrés tout aussi incapables de régler capital et intérêts que de se passer des rentes monétaires, des matières premières et de l'énergie bon marché en provenance du tiers-monde.


    L’affirmation de Milton Friedman, selon laquelle une économie assistée ne pourra jamais fonctionner, vient corroborer ce tableau déplorable et nous oblige à leur réclamer – pour leur propre bien - le paiement du capital et des intérêts, généreusement repoussé de siècle en siècle. Il est bien clair, toutefois, que nous ne nous abaisserons pas à réclamer à nos frères européens les taux - odieux et cruels - de 20 % et jusqu'à 30 %, que nos frères européens font payer aux peuples du tiers- monde. Nous nous limiterons à exiger la restitution des métaux précieux avancés, plus un modique intérêt fixe de 10 % par an, intérêt calculé sur les 300 dernières années. Sur cette base, et en application de la formule européenne de l'intérêt cumulé, nous informons nos découvreurs qu'ils ne nous doivent, au titre d'un premier paiement de leur dette, qu'une quantité de 185 000 kilos d'or et 16 millions de kilos d'argent, chacune d'elle élevée à la puissance 300. C'est-à-dire un nombre qui, s'il fallait l'exprimer, ferait appel à plus de 300 chiffres et dont le poids dépasserait largement celui de la Terre. Comme elles pèsent, ces masses d'or et d'argent ! Que pèseraient-elles si on calculait leur équivalent en sang ? Alléguer que l'Europe, en un demi-millénaire, n'est pas parvenue à générer des richesses suffisantes pour régler ce modique intérêt reviendrait à admettre son échec financier absolu et/ou 1'irrationalité démentielle des pré-supposés du capitalisme.


    Il est vrai que nous ne nous soucions pas, nous les Indo-Américains, de telles questions métaphysiques. Mais, ça oui, nous exigeons la signature immédiate d'une lettre d'intention qui impose une discipline aux peuples endettés du Vieux Continent et les oblige à remplir leurs engagements par une privatisation ou une reconversion rapide de l'Europe, afin que cette Europe nous soit livrée tout entière au titre du premier règlement d'une dette historique. 


    Les pessimistes du Vieux Monde affirment que leur civilisation est en plein banqueroute et que cela les empêche de remplir leurs engagements financiers ou moraux. Si tel était le cas, nous nous contenterions de recevoir en paiement la balle avec laquelle ils ont tué le poète. Mais ce ne sera pas possible : cette balle est le cœur de l'Europe.


    (Traduit et publié par DIAL, Diffusion de l’information sur l’Amérique Latine, bimensuel, Lyon)


  • LA SOCIÉTÉ CANCÉRIGÈNE (extraits)

    (…) En s’interrogeant sur la question de la santé en France, on pourrait tout aussi bien se demander si le devoir d’un citoyen français ne serait pas de souffrir ou de mourir du cancer pour participer à la prospérité économique nationale, à l’essor industriel et aux progrès de la recherche, de sorte qu’on mourrait presque avec autant de gloire et de misère dans les hôpitaux aseptisés que nos ancêtres dans la boue des tranchées. Le cancer deviendra t-il, lui aussi, patriotique ? La question peut choquer, mais elle a sa raison d’être. La France industrielle envoie chaque année sur le front du cancer près de 300 000 soldats, dont la moitié ne revient pas.

    (…) C’est ainsi que les produits de synthèse inexistants ou très rares dans la nature gagnent aujourd'hui tous les points du globe avec la course des eaux et le souffle des vents et que tous les hommes, tous les animaux, tous les milieux, terrestre, marin, aérien, tropical, arctique, urbain ou rural, sont contaminés. Le « progrès » auquel on les associe ne connaît pas de sanctuaire. Aucun être vivant n’est hors de leur portée. Transcendant les peuples, les continents, les classes, les âges, les sexes, le cancer, comme le bon sens, est en passe de devenir la chose du monde la mieux partagée.

    (…) Les chiffres du cancer sont en constante augmentation et les courbes d’incidence présentent une accélération à partir des années 60, qui atteint 63 % entre 1980 et 2000. Non seulement la croissance du mal est proportionnelle aux taux d’industrialisation, qu’on préfère appeler chez nous un facteur de développement, mais l’OMS, en 1994, a même pu établir une corrélation entre le produit national brut et le nombre des cancéreux, comme si le cancer était le prix à payer pour une vie à la fois plus longue et plus facile.

    (…) Vivre dans un monde cancérigène n’est pas une fatalité. Nul besoin d’attendre des recommandations ou des interdictions : cesser dès aujourd'hui d’acheter les aliments suspects et tous les produits inutiles limiteraient déjà le pouvoir de ceux qui les vendent.
    Enfin à ne voir que les polluants, on en oublierait l’organisation générale qui autorise, légitime et maintient les toxiques comme l’inévitable rançon du progrès. Toute comptabilité qui tend à évaluer la production sans allusion à la destruction qu’elle implique est mensongère, car les énormes dégâts en termes de santé ou d’environnement sont incalculables. Les 150 000 morts par cancer chaque année sont bien les pertes civiles de notre guerre économique, acceptés par tous mais supportés plus lourdement par quelques uns, au nom d’un confort par ailleurs bien mal réparti. Comment croire encore à une croissance infinie, à un développement sans limite, à une conquête et une expansion de marchés qu’il faudrait bientôt aller chercher sur d’autres planètes ?



    Extraits de La société cancérigène – Lutte-t-on vraiment contre le cancer ?

    Geneviève Barbier, Armand Farachi Ed. de La Martinière 2004

     

     

  • LA RÉVOLUTION DES SILENCIEUX

    Nous paraissons bien petits face à la puissance gigantesque des multinationales, face aux pouvoirs politiques, économiques et financiers qui dirigent ce monde, face à tous ceux qui font et défont les choses pour leurs propres profits.


    Et pourtant... Et pourtant... Nous, petits consommateurs, qui sommes si insignifiants, avons un pouvoir extraordinaire :


    · celui d’acheter ou non tel ou tel produit,
    · celui de nourrir de notre argent ou non telle ou telle entreprise,
    · celui de cautionner ou non tel ou tel entrepreneur.


    Nous avons la possibilité de choisir à qui nous donnons notre argent... et de là, à qui nous donnons du pouvoir économique et financier... qui nous pérennisons.
    ENSEMBLE, CHACUN DANS SON COIN, SANS TAMBOUR NI TROMPETTE, SANS FOURCHE NI CANON, FAISONS LA RÉVOLUTION DES SILENCIEUX


    1) Si nous voulons une terre saine et dépolluée, donnons notre argent-pouvoir à ceux qui respectent la planète et voient les choses à long terme, dans une dynamique de développement durable, à ceux dont on sait ce qu’ils font, et comment ils le font.


    2) Si nous ne voulons plus de drogues, de mafias et d’argent sale, donnons notre argent-pouvoir aux gens, aux entreprises, aux banques et aux institutions financières qui fonctionnent avec des choix éthiques, dans la transparence et le respect reconnus.


    3) Si nous ne voulons plus des guerres, cessons d’engrosser de notre argent les gens et les entreprises qui directement ou indirectement travaillent pour l’industrie des armes.


    4) etc. etc. Chaque centime compte, chaque euro qui sort du système des pouvoirs sans lendemains, pour nourrir les entreprises, les paysans ou les artisans qui respectent les Hommes et la Nature, est important.


    Ensemble, comme les gouttes qui, se réunissant, finissent par faire les rivières et les fleuves, puis les océans, faisons la RÉVOLUTION DES SILENCIEUX ! !


    Devenons des consommateurs conscients et attentifs, informés et informants, et surtout, prêts à perdre du pouvoir d’achat pour cette cause noble et juste ! Le pouvoir d’achat est le piège par lequel nous devenons dépendants des systèmes de pouvoirs pour qui le seul profit à court terme compte... sans autre considération. Servons-nous de l’expérience de ceux qui payent en milliers de morts les conséquences des cascades d’actions, à tous les niveaux, où les seules visions sont les profits uniquement personnels. N’attendons pas pour devenir conscients.

     

     

     

  • L’HISTOIRE DE DEMITRI AIPIN, éleveur de rennes khanty

    L’HISTOIRE DE DEMITRI
    (Telle qu’elle a été rapportée à Survival*, 2000)


    « Je suis née en 1963, là où se tient aujourd’hui la ville de Pokachi. Quand j’ai eu 11 ans, une compagnie est venue chez nous pour prospecter le pétrole, puis elle a construit la ville. Personne n’est venu nous parler ou nous demander notre avis. De nombreuse machines sont arrivées sur nos terres, des travailleurs aussi. Avant qu’ils ne s’installent, un grand nombre de familles vivaient sur cette terre, et toutes élevaient des rennes. Mais les ouvriers du pétrole ont mangé nos rennes. nous n’avons reçu aucun dédommagement pour nos rennes et notre terre. Ils ont aussi apporté de la vodka pour l’échanger contre du poisson, de la viande ou de la fourrure. Avant cela nous n’avions de la vodka qu’une seule fois par an.

    Mon père est mort et nous avons dû partir. D’autres familles nous ont accueillis – les relations entre nous étaient alors bien meilleures – il y avait plus de terre à partager et cette terre était belle. Nous vivions dans des chums (tentes en peau de rennes) et parfois, en hiver, nous vivions dans des maisons de bois qui étaient plus chaudes.

    J’ai dû quitter ma famille et ma communauté pour aller dans un pensionnat. Nous devions tous y aller. Sur les 27 élèves de ma classe, seuls 6 ou 7 sont encore en vie aujourd’hui. Au moins deux d’entre eux se sont pendus, et beaucoup d’autres sont morts dans des incidents liés à l’alcool. Aujourd’hui j’ai 37 ans.

    Je vis sur une terre qui abonde de pétrole, et pourtant, je n’ai même pas assez d’essence pour mon motoneige. On dit souvent de très belles choses sur la richesse de cette région, mais en réalité les Khanty sont très pauvres. Les compagnies pétrolières ne nous donnent rien, rien de positif. Elles affirment avoir apporté la civilisation aux Khanty, l’énergie etc. Mais si les ouvriers n’étaient pas là, nous pourrions nous passer de toute cette modernité.

    C’est difficile de parler au directeur de la compagnie pétrolière dans son bureau, ce doit être plus facile de rencontrer un roi que les employés des compagnies.
    »

    Demitri Aipin, éleveur de rennes khanty

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    Fondée en 1969, Survival International* (45 rue du Faubourg du Temple 75010 PARIS) est une organisation mondiale de soutien aux peuples indigènes. Elle défend leur volonté de décider de leur propre avenir et les aides à garantir leur vie, leur terres et leurs droits fondamentaux..

    www.survival-international.org 


     

     

  • HORREUR DE LA GENTILLESSE


    La gentillesse est une des premières vertus du commerce, une des règles de base dans la représentation : pour gagner le portefeuille, calmer les cœurs, flatter les enfants et les chiens et tout ce qui passe à portée de main.
    La bonté est l’inverse de cette politique-là. On n’y vend rien, on n’y achète rien. On apprend à y nommer ce qui est réel dans cette vie et à résister au nom de cette chose là, réelle. On n’y parle pas de SDF, on y parle des pauvres – et mieux encore : on ne parle pas des pauvres en général, on n’est pas encore dans l’attendrissement sociologiques des catégories, on parle de celui-ci, puis de celui-là, puis de cet autre encore.
    Ce qui est « exclu » de nos sociétés, c’est ce qui en est le centre, le meilleur : les rires des enfants, les songes des amants, la patience des misérables, le génie des mères. Parler d’exclus c’est donc se tromper de mot. Quand ce qui est « exclu » est au centre, au cœur, alors il ne faut pas parler d’exclusion, terme bien trop flou pour décrire un cœur qui a cessé de battre. Il ne s’agit pas d’inclure les pauvres dans une société morte. Il s’agit de faire revenir le sang dans le tout de cette société. Il faut un « traitement » non seulement « social » mais politique et spirituel : quelque chose entre résurrection et insurrection.


    Christian Bobin