Nouveaux Délits n°85

Depuis toujours attirée par les cultures amérindiennes et l’histoire coloniale qui leur est attachée, j’ai entrepris la folle aventure, une fois publiée en tant que poète et m’étant tissé un petit réseau de connaissances dans le milieu, de traduire les poètes contemporains dits « Indiens d’Amérique ». Cette décision est venue après des années de recherches durant lesquelles je me suis complètement imprégnée des cultures et de la littérature « Native American ». C’est ce qui a pesé dans la balance, c’est ce qui a convaincu les auteurices de me confier leurs textes. Ce parcours passionnant autant humainement que culturellement est émaillé de nombreuses publications, conférences, traductions de livres in extenso ou anthologies. À l’heure actuelle je me suis mise en relation avec plus de 40 auteurices et j’en ai traduit plus de cinquante puisque certains ont vécu pendant les siècles passés ou sont décédés. Je précise que je ne me suis penchée que sur les Indiens d’Amérique du nord, ce qui représente néanmoins quelque chose comme 500 tribus et presque autant de langues. Je traduis depuis la version anglaise originale, qui est parfois accompagnée d’une version écrite dans la langue tribale de l’auteurice et que je ne comprends pas à part quelques mots ou expressions quand il s’agit d’Anishinabemowin (Algonquin), de Lakota (Sioux), d’Apache (Nedni) ou de Navajo (Diné bizaad).
Ce numéro spécial avait pour but de faire connaître des auteurices très différents, de générations différentes, de nations différentes. Certains sont reconnus à l’échelle des États-Unis, certains sont des poètes émergents, certains sont des militants, d’autres des conteurs, mais tous et toutes transmettent dans leurs mots un peu de leur culture, de leur vision du monde, et surtout ils affirment une identité, une existence, qui leur ont été déniées pendant les siècles de conquête génocidaire comme ethnocidaire. Non les Indiens d’Amérique n’ont pas été supprimés de la surface de la terre, non ils ne portent pas de plumes et ne vivent plus dans des tipis, ils sont à la fois citoyens de leur nation et citoyens américains, ce qui n’est pas toujours facile à gérer. Le choix de commencer par le texte de Laura Tohe veut souligner l’importance que les Indiens d’Amérique accordent aux mots, à la parole, à leur langue particulière qui à leurs yeux leur a été donnée par le territoire même qu’ils occupent. La parole est sacrée. Les mots ont un pouvoir, celui de changer le point de vue de l’interlocuteurice, lecteurice, auditeurice, et par voie de conséquence de changer le monde. Puisse cet espoir porter ses fruits, puissent ces poèmes changer les cœurs et les consciences.
Béatrice Machet
AU SOMMAIRE
Délit de langue :
◌ Laura Tohe (Navajo) : "Je suis vêtue de ma langue"
◌ Casandra Lopez (Tongva, luiseño) : Études linguistiques : ‘Wiishmenok / aimer / apprécier / vouloir
Délit de poésie :
◌ Gordon Henry (Anishinaabe)
◌ Rena Priest (Lumni)
◌ Lance Henson (Cheyenne)
◌ Margo Tamez (Lipan Apache)
◌ Kim Schuk (Cherokee)
◌ Kateri Menominee (Anishinaabe)
◌ Margaret Noodin (Anishinaabe)
◌ Béatrice Machet
& un poèm'oracle de Cathy Garcia Canalès
Délits d’(in)citations, échos de voix dont le souffle tisse la toile sensible de l'humanité. Vous trouverez le bulletin de complicité au fond en sortant, n’hésitez pas à le confier au vent des possibles.
Traductrice et compagnonne pour ce numéro :
Béatrice Machet
Béatrice Machet que je remercie de tout cœur pour avoir rendu possible ce numéro vraiment très précieux qui signifie beaucoup pour moi et je remercie infiniment toustes les poètes qui ont généreusement accepté de nous confier leurs textes. cgc
Quand nous, les Indiens, on vivait ici il y a longtemps, avant l’arrivée des Blancs, y avait pas de réserve naturelle et pas d’animaux sauvages. Y avait que des montagnes, la rivière, les deux-pattes, les quatre-pattes, le peuple de sous la surface de l’eau et tout le reste. Il a fallu l’arrivée des Blancs pour rendre ce pays naturel et ces animaux sauvages. Et maintenant, il faut qu’ils votent une loi pour proclamer que la région est naturelle et la protéger contre eux-mêmes.
Louis Owens in Le chant du loup

Un des Poèm'oracles de Cathy Garcia Canalès
figurant dans le livre (à tire d'ailes éd., juin 2026)
présenté en quatrième de couverture
Nouveaux Délits - Octobre 2026 - ISSN : 1761-6530 - Dépôt légal : à parution - Imprimé sur papier recyclé et diffusé par l’Association Nouveaux Délits - Coupable responsable & illustratrice : Cathy Garcia Canalès - Traductrice : Béatrice Machet - Correcteur : Élisée Bec








RCF Radio Sud-Bretagne, Lorient 102.8, Jeudi 27 novembre 2025

















"D'où vous viennent toutes ces sensations, impressions, idées, réflexions qui envahissent chaque page ? Tout vous sollicite et mobilise votre esprit, vous êtes une véritable éponge ! Les grands vents de la mémoire ramènent plus qu'ils ne chassent vers les horizons lointains, vous avez encore beaucoup à dire, à crier, à confier, c'est certain."
"Ça y est, je me suis enfin plongé dans ces tourbillons de vents et de coups de gueule de Zéphyrage.